Semaine du 5 au 11  juillet 2006

 

Reconfiguration du champ politique

Une nouvelle cartographie pour une nouvelle phase

Nouveau coup de gueule du président Bouteflika

Vers quel cap s’achemine-t-on ?

Grands projets

Au ralenti…

Les divisions internes refont surface

FLN : Belkhadem est-il l’homme de la situation ?

Un nouveau volet social est annoncé à la CNAN

Le naufrage continue

 

 
 
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Reconfiguration du champ politique

Une nouvelle cartographie pour une nouvelle phase

De la reconfiguration du champ politique algérien, il en est question depuis plusieurs années déjà. Le premier à avoir lancé l’idée a été le président de la République à l’occasion des élections locales et législatives organisées en 2002. Abdelaziz Bouteflika, qui entamait presque la troisième année de son premier mandat, avait estimé qu’il était peut-être nécessaire de réviser la cartographie politique en vigueur sur de nouvelles bases. Bouteflika avait ainsi émis l’idée que seules les formations récoltant au moins 5% des suffrages exprimés lors d’élections locales et législatives pourraient continuer à faire de la politique et présenter des candidats. Les autres verraient leurs agréments retirés. Il faut dire aussi que Bouteflika ne manquait pas d’arguments pour faire valoir son idée. En effet, les résultats obtenus à l’issue de chaque consultation électorale organisée depuis l’avènement du pluralisme politique ne pouvaient que le conforter dans sa démarche. Il y a lieu de souligner que nombreux sont les partis qui  présentent des listes de candidats, en général, à l’occasion d’élections locales, et plus précisément les APC, qui ne réussissent même pas à arracher un siège. Les vainqueur de ces joutes sont quasiment toujours les mêmes. Ce sont les candidats qui se présentent sous la bannière de partis connus. Dans le désordre, on retrouve  le RND, le FLN, le MSP, le PT, El-Islah, le FNA, le FFS et le RCD (lorsqu’ils ne boycottent pas) et le PRA. Parfois, d’autres partis, arrivent à sauver l’honneur et obtiennent un tout petit siège dans une APC de l’intérieur du pays. Pour ce qui des législatives, ces petits partis n’ont aucune chance. La cour des grands leur est systématiquement fermée. Pourtant, il faut savoir qu’officiellement, plus d’une soixantaine de partis politiques a été agréée à la faveur de la constitution du 23 février 1989, amendée en 1996. Des partis dont les apparitions sont limitées dans le temps. Ils ne sortent de leur hibernation qu’à l’occasion d’élections. Il n’en fallait pas plus pour que des responsables  de formations, à l’image de Aboudjerra Soltani, se saisissent de cette occasion et relayent le président de la République en reprenant à leur compte l’idée suggérée. C’est devenu presque une exigence pour  le patron du MSP. Mais cette idée n’est pas pour déplaire. D’aucuns y ont vu tout simplement une violation de la Constitution qui accorde le droit à l’exercice politique. La disposition constitutionnelle ne conditionne pas, toutefois, cette pratique à un taux minimal de voix qui doit être récolté par les formations en lice. On pensait, depuis, que le dossier sur la question était clos, d’autant qu’on donnait l’impression d’être passé à autre chose.

Il est vrai que la scène politique est, entre temps, agitée par d’autres préoccupations. D’autres ? Pas si sûr que cela. En effet, à l’occasion du débat sur la révision de la loi fondamentale, il semblerait que l’on soit tenté de remettre la question sur la table. L’initiative, ce qui est loin d’être étonnant, émane du FLN de Belkhadem. Il est à souligner que la commission mise en place par cette formation en vue de proposer une nouvelle mouture de la Constitution avait, outre cette mission, celle de se pencher sur les codes de  la commune et de la wilaya. Mais aussi  sur la loi électorale en vigueur depuis 1997, date de son adoption. Et connaissant le souci de ce parti d’anticiper les désirs du Président, il ne serait pas surprenant que les amendements qui seront proposés pour enrichir la  loi électorale et sur les partis politiques introduisent une clause d’exclusion des partis n’ayant pas réussi, à l’issue des élections de 2007, à réunir 5% des voix exprimées. La proposition sera présentée de sorte à ce qu’aucune objection ne soit  suscitée ou soulevée.

Tentation hégémonique

En définitive, une telle proposition obéit à la nature même du FLN. Cette formation, qui a longtemps été seule sur la scène nationale du temps du parti-pouvoir, ne conçoit que difficilement le fait d’être  mise dans l’obligation, après la promulgation de la Constitution de 1989, de partager l’exercice du pouvoir avec d’autres formations politiques, émanation de cette loi qui elle-même est le résultat des évènements d’octobre 1988. Un partage que  le FLN n’admettra jamais, quand bien même il s’est trouvé dans l’obligation de faire avec. L’ancien parti unique désigné du doigt était, aux yeux de l’opinion, la principale cause du retard enregistré dans la démocratisation du pays. Le FLN était ce boulet qui retardait tout. Preuve en est tous les changements intervenus et toutes les réformes introduites dans le sillage de la Constitution de 1989. Obligé d’adopter un profil bas, voire d’être surclassée au profit d’une formation nouvellement créée, le RND en l’occurrence, le parti drivé par Belkhadem estime à n’en pas douter que l’heure de la revanche a sonné. Aujourd’hui, tous les signaux émis, notamment à partir de la Présidence, permettent de penser que le FLN tient sa revanche sur l’histoire. Il tentera de la matérialiser par des propositions d’amendements qui aboutiront à une remise en cause du pluralisme politique. C’est dans la nature même de ce parti. Mais dans un premier temps, il ne pourra que s’accommoder de partis ayant fait leurs preuves sur le terrain. En effet, il sera difficile de trouver une justification légale pour éliminer les partis qui pourront, à titre d’exemple, prouver leur représentativité et par conséquence leur ancrage au sein de la société. Eliminer le RND, pour ne citer que celui-là, ne sera pas une mince affaire. Pourtant, l’envie ne doit pas manquer. Il suffit pour s’en convaincre de se remémorer l’épisode de la tentative de redressement fomentée au lendemain des élections perdues de 2002. Après ces joutes, la majorité au sein du Parlement et dans les APC était revenue à l’ancien parti unique. Cet échec n’aura pas dissuadé les tenants de l’élimination de la formation de Ouyahia du champ. Après sa démission du gouvernement et son remplacement par Belkhadem, mouvement qui intervient à la veille de nouvelles consultations électorales, prévues pour 2007, les vieux démons ressurgissent.                       

Les «redresseurs» de 2002 ont tenté de revenir à la charge, mais leur tentative fut mort-née. En fait, ce qui est certain, c’est que le FLN, bien que rien ne permette d’affirmer qu’il est l’instigateur de cette opération, ne lâchera pas prise. Tout concourt à accréditer une telle thèse. La nouvelle ère politique qui s’entrouvre pour le pays, pour peu que la nouvelle Constitution soit adoptée, ne peut s’accommoder de la présence d’une nuée de formations politiques. Désormais, les jeux seront fait d’avance. Car une lecture de la mouture du projet laisse entrevoir le dessein hégémonique du FLN qui revient sous la houlette de Belkhadem, plus nostalgique que jamais des années 1970. Mais  le pays et ses forces démocratiques risquent d’en payer le prix. Et la question qui s’impose est pourquoi avons-nous perdu tout ce temps à vouloir faire croire que l’Algérie était capable de passer à une autre phase de son histoire ?

Nadia Kerraz                     

 

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Nouveau coup de gueule du président Bouteflika

Vers quel cap s’achemine-t-on ?

Le président de la République n'est pas satisfait des résultats du gouvernement et des walis. Il a encore exprimé son mécontentement, rejetant la responsabilité et les échecs sur les autres. Mais là n’est pas la nouveauté. L’originalité de son discours du 25 juin dernier réside dans le fait qu’au-delà de l’approche du «père contrarié» qui prend à témoin l’opinion publique sur les imperfections, ce dernier a abordé avec des accents nationalistes et menaçants des sujets fâcheux suscitant interrogations, défiance et suspicion. Bouteflika serait-il en train d’imposer de nouveaux «équilibres» au sein du sérail ?

Outre la question de l'hymne et de l'emblème nationaux, obéissant beaucoup plus à des aspects techniques, qu’il a trouvé incorrectement intégrée dans la Constitution, le premier magistrat du pays s'en est pris vertement à des ministres et des walis, de même qu’aux Algériens binationaux, reprochant à ces derniers de jouer sur divers registres au gré de leurs intérêts. Cette digression a surpris plus d’un, d’autant que le code de la nationalité reconnaissant la double nationalité, comme tout le monde sait, a été révisé en mars 2005 par ordonnance présidentielle. D’aucuns l’ont même comparée à «un dérapage» rappelant justement l’étiquette hizb frança (parti de la France) collée depuis des années par les milieux islamo-nationalistes et ultranationalistes à des «émigrés» binationaux ainsi qu’aux francophones et aux «éradicateurs» de la société algérienne.

La démarche du premier magistrat du pays suscite des interrogations, d’autant qu’elle s’écarte à chacune de ses sorties médiatiques de l’objectif rassembleur et donne une piètre image d’un Etat géré par des «incompétents» après avoir été la cible privilégiée des intégristes-terroristes.

Sur un autre plan, cette démarche conforte ceux qui estiment que les régimes despotiques et coloniaux ont pour devise «diviser pour régner» et qui préviennent contre les effets néfastes des manipulations de l’identité nationale et de la diabolisation du voisin français et du monde occidental pouvant faire, selon eux, le lit des fanatiques et des tenants du conflit des civilisations.

Aussi est-il légitime de se demander si Bouteflika, le casseur des tabous et néanmoins président de la République algérienne devant disposer de qualités de vision et de sérénité, entretient sciemment les amalgames, les clivages et la politique d’exclusion, la polémique et l’esprit de conservatisme sur des questions sensibles, y compris celles appartenant au domaine des libertés individuelles. Si tel est le cas, à quelles fins ? Si son discours ne s’identifie pas plutôt à un appel à la vindicte, comme le supposent certains, ou si son intention est de cibler les binationaux occupant de hautes fonctions dans les rouages névralgiques de l'Etat, dont des ministres, comme le soutiennent d’autres. Dans un cas comme dans l’autre, la question qui se pose est de savoir pourquoi Bouteflika a lui-même fait appel à la compétence de deux hommes bénéficiant de la double nationalité en leur cédant les ministères stratégiques de l’Energie et des Participations et de la Promotion des investissements ?

Positions tranchées ou sautes d’humeur ?

De l’avis des observateurs, le chef de l’Etat a vraisemblablement extériorisé son irritation après la révélation faite par les officiels français que 100 000 Algériens sont demandeurs de la nationalité française. D’aucuns justifient son coup de gueule par la sortie «inexpliquée» de l’ancien président Ahmed Ben Bella qui, lui, a fini par se réapproprier ses origines marocaines au moment où des pressions extérieures sont exercées sur l’Algérie pour lui faire renoncer à ses positions internationales, notamment envers la décolonisation du Sahara occidental. Si ces points de vue s’avéraient justes, les propos du chef de l’Etat exprimeraient-ils des positions tranchées ou seulement des sautes d’humeur ?

Mais il ne faut pas non plus écarter, comme le conseillent certains milieux, l’idée que Bouteflika a peut-être saisi la gravité d’un choix porté sur des hommes que l’on dit proches des intérêts du «capital international» ou celle de la loi sur la richesse pétrolière. Surtout après son aveu sur l’impossibilité de sa génération de créer «une économie alternative au secteur des hydrocarbures».

La récente sortie de Louisa Hanoune, la responsable du Parti des travailleurs (PT), qui a applaudi «au droit des générations futures à bénéficier des richesses naturelles», va dans ce sens. Si l’on en croit le leader du PT, le président de la République a pris conscience du «danger qui menace la souveraineté nationale et a mesuré l'ampleur des conséquences dévastatrices en cas d'application de cette loi».

Pourtant, ce revirement et les décisions portant augmentation des salaires et relèvement des retraites peuvent obéir à des logiques différentes. Ils peuvent être le prélude d’un rééquilibrage au sommet de l’Etat ou au sein du pouvoir. Les mesures sociales, certes tant attendues, sont par ailleurs annoncées avant même la tenue de la tripartite gouvernement-patronat-UGTA, prévue pour septembre prochain. Obéissent-elles à la logique d’apaisement du front social, à celle, électoraliste, en prévision des élections de 2007 et 2009 ou viennent-elles appuyer le discrédit d’Ahmed Ouyahia et de l’organisation de Sidi-Saïd ? A défaut de rallier la conception de certains ministres, — en particulier celle du ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni — fermement opposés à la nouvelle loi sur les hydrocarbures, le président Bouteflika peut être amené à adopter une position tactique ou carrément renégocier un nouveau compromis. Reste à savoir, dans ce cas de figure, la teneur de l’arrangement et si, foncièrement, le chef de l’Etat est prêt à engager l’alternance démocratique au pouvoir.

Le départ d’Ouyahia de la chefferie du gouvernement et son remplacement par le patron du FLN montrent hélas que la crise autour du projet de société est toujours là. La désignation du «redresseur» Belkhadem, partisan du contrat de Rome, peut révéler le rapport de force actuel, lui-même tributaire d’une vision archaïque de la globalisation aux couleurs de l’infitah (ouverture ultralibérale).

Ahmed Ouyahia toujours sur la défensive

Mais ce rapport de force n’est pas figé, même avec le maintien du gouvernement, quoique l’alliance naturelle entre les forces patriotiques et démocratiques, formée sur le terrain de la lutte antiterroriste est à présent étouffée par celle, dominante dans les sphères du pouvoir, des islamo-conservateurs.

A partir de là, on a du mal à comprendre un Ouyahia poussé vers la sortie qui refuse d’entrer dans l’opposition et de se battre, alors la lutte est (ré)engagée au sommet de l’Etat autour de l’avenir de l’Algérie. Modernité ou sa négation (intégrisme religieux) ? Sauf si la recherche ou la préservation d’un consensus autour de l’arrêt de l’affrontement sanglant avec l’islamisme radical, auquel est venue se greffer la promesse (vraie ou fausse) d’un nouveau partage de la rente pétrolière maintient le cap sur les errements et les alliances contre nature. L’attitude défensive du patron du Rassemblement national démocratique, du moins telle qu’elle se présente aujourd’hui, risque d’influer négativement sur les échéances futures et les recompositions à venir de la classe politique. Après l’annonce (non démentie) par la presse de la révision constitutionnelle, à quoi faut-il s’attendre ? A un troisième mandat de Bouteflika ou/et au changement «dans la continuité» ? L’interview du responsable du bureau national du RND, Seddik Chihab, publiée par Le Jour d’Algérie (édition du 28 juin 2006), apporte quelques réponses, en indiquant les préoccupations de la formation d’Ouyahia : rester sur l’échiquier politique, les institutions de l’Etat, les deux chambres du Parlement et l’alliance présidentielle, quitte à cautionner la révision de la Constitution. Le RND, par la voix de Chihab, se démarque des forces démocratiques, même s’il appelle ces dernières à s’organiser en «pôles politiques», ainsi que les partis autres que ceux de la coalition présidentielle à participer à l’émergence d’une «classe politique forte».

Tout comme l’UGTA, il semble affirmer son appartenance au pouvoir et décidé à conserver ses espaces dans le sérail, en demeurant à la disposition du président de la République, qui incarne «la souveraineté et la volonté populaire». Est-il vraiment disposé à sacrifier tous ses soutiens dans l’Algérie qui résiste et qui veut avancer ?

Z’hor Chérief

 

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Grands projets

Au ralenti…

Annoncés en grande pompe au début de son deuxième mandat présidentiel, les grands projets du Président, qui devaient donner au pays un visage plus moderne, traînent toujours en longueur. A tel point que beaucoup de gens ne croient plus en leur réalisation. Ce sont ces lenteurs et le manque de sérieux qui ont fait réagir le Président, lors de la rencontre qui a regroupé les membres du gouvernement et les walis. Le constat est des plus accablants, l’état des lieux n’a rien de réjouissant et la machine d’Etat fonctionne au ralenti.

Le président de la République n’a pas hésité à sermonner les responsables de ces lenteurs et a relevé aussi des malfaçons et des surcoûts.

Ministres et walis sont portés responsables de toutes sortes de lenteurs qui font que les projets du Président risquent de ne pas être livrés dans les délais prévus, c’est-à-dire en 2009. D’autant plus que ces projets – surtout celui qui prévoit la réalisation d’un million de logements – sont attendus par les citoyens qui n’ont pas d’autre espoir de voir un jour leurs vœux exaucés que la promesse présidentielle.

Donc beaucoup de chantiers ont été lancés, à savoir donner du travail aux jeunes et moins jeunes, relancer l’économie nationale, doper les investissements étrangers… mais surtout arriver à rétablir la confiance entre les Algériens et leurs dirigeants. Plus de 100 milliards de dollars ont été injectés, sur une période de cinq ans, pour assurer la réalisation dans les délais de ces projets. Mais à ce jour, rien de concret n’a encore vu le jour. Et les citoyens, qui attendent à chaque fois une bouffée d’espoir qui leur fasse oublier le marasme qu’ils vivent au jour le jour, finissent par ne plus attendre cet espoir et ne plus croire aux promesses qu’on leur fait. Une façon comme une autre de se préserver des désillusions qui ne manquent pas de survenir. Donc le projet ambitieux de réaliser un million de logements à l’horizon 2009, s’il a fait rêver tous les Algériens en quête d’un toit, a soulevé, dès le départ, des avis contradictoires.

Si pour le gouvernement le projet est réalisable, beaucoup de spécialistes se sont évertués à dire que sa réalisation est à la fois coûteuse et impossible, surtout si l’on tient compte de tous les problèmes qui sont le lot du secteur du bâtiment, à commencer par la rareté du foncier, les pénuries de plus en plus courantes des matériaux de construction, mais aussi et surtout l’état dans lequel se trouvent les entreprises du bâtiment. Le meilleur exemple qu’ont donné ces spécialistes pour étayer leurs affirmations est celui du projet de location-vente lancé par l’Agence pour l’amélioration et le développement du logement (AADL) en 2001, dont la réalisation a été accordée à des entreprises chinoises, qui ont déjà fait leurs preuves, et qui traîne à ce jour. Ce projet, dont l’objectif était d’arriver à loger un plus grand nombre de citoyens, n’a pas été atteint et nombreux sont ceux qui ont déposé leur dossier en 2001, attendant toujours un logement qui ne vient pas. Cette expérience, lancée en grande pompe elle aussi, et les résultats peu concluants qu’elle a enregistrés, aurait dû alerter les autorités sur les difficultés que connaît le secteur du bâtiment et, par la même, la nature des obstacles que connaîtra le projet d’un million de logements.

Pour ce qui est de la création d’emplois, la situation est un peu moins accablante même si elle n’est pas reluisante. Les chiffres fournis par l’Office national des statistiques assurent que le taux du chômage a baissé, chez nous, à moins de 15 %, ce qui signifie que des emplois ont été créés. Mais cela est-il suffisant ? Surtout quand on voit ces jeunes qui font de la vente à la sauvette leur gagne-pain et qui ne bénéficient d’aucune couverture sociale pour se soigner en cas de maladie ou d’accident.

Pour ce qui est des investisseurs étrangers, il est facile de constater qu’ils n’affluent pas. Les lenteurs administratives, la bureaucratie, les impôts… beaucoup de contraintes font que ces investisseurs préfèrent s’installer dans les pays voisins, la Tunisie ou le Maroc, où les problèmes sont moins nombreux et rapidement pris en charge. Il est à noter aussi que les investisseurs étrangers qui consentent à s’installer chez nous s’orientent plus vers les prestations de services : téléphonie mobile, concessions automobiles, etc. Ces investisseurs offrent certes de l’emploi pour les jeunes, mais ne consentent pas de lourds investissements, dans l’industrie par exemple. Leur préférence va à des activités où le gain est rapide et assuré, sans trop se ruiner. Une motivation purement commerciale.

Mais il faut reconnaître tout de même que si beaucoup de secteurs semblent ralentis, d’autres fonctionnent à un rythme respectable. Il n’y a qu’à voir le secteur des travaux publics où, à travers tout le territoire, des projets sont réalisés, surtout dans le secteur routier. A Alger, par exemple, beaucoup d’infrastructures, et pas des moindres, ont été réalisées. Routes, trémies, nouveaux carrefours, nouvelles bretelles qui relient entre elles des régions éloignées… tout ces projets ont un seul but : assurer une circulation automobile plus fluide et mettre fin aux multiples points noirs qui empoisonnaient l’existence des automobilistes.

Le projet de la réalisation de l’autoroute Est-Ouest est lui aussi des plus prometteurs. En effet, relier l’est et l’ouest du pays par des voies qui ne seront pas encombrées n’est pas rien. Les routiers seront les premiers à apprécier les bienfaits d’un tel projet, eux qui sont perpétuellement sur les routes et connaissent les aléas des routes nationales, devenues trop exiguës pour contenir le flux sans cesse croissant des voitures, bus et camions qui les empruntent tous les jours. L’autoroute Est-Ouest a, certes, connu des retards, voire des interruptions, mais l’on sait que ces incidents sont surtout dus à des problèmes de financement, et il a fallu faire plusieurs avis d’appels d’offres internationaux pour enfin redémarrer des travaux qui avancent tout de même à un rythme satisfaisant.

Enfin, pour remédier à cet état de choses, le président Bouteflika prévoit de lancer un nouveau plan de développement complémentaire pour 2006. Doté d’une enveloppe de 150 milliards de dinars, dégagée au titre de la loi de finances complémentaire pour 2006, ce plan donnera un nouveau souffle au programme lancé en 2004 et dont les résultats ne sont guère brillants. Il compte aussi élargir les compétences des walis, afin qu’ils deviennent les ordonnateurs principaux, sans les tracasseries et autres méandres bureaucratiques des directeurs de wilaya. Ces mesures suffiront-elles pour faire regagner le temps perdu et pour que les projets lancés soient enfin livrés dans les délais ?

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Les divisions internes refont surface

FLN : Belkhadem est-il l’homme de la situation ?

La mission de Belkhadem serait-elle de faire en sorte que l’avenir du FLN soit toujours suspendu à la volonté du chef de l’Etat ? C’est cette question qui se pose aujourd’hui chez la base du parti qui constate que le secrétaire général n’a pratiquement rien réglé s’agissant de la crise interne qui perdure et qui risque d’éclater à nouveau à l’approche des législatives.

La sortie médiatique de l’ancien chef de file des coordinateurs libres, Tayeb Yennoune a tôt fait de révéler le malaise que l’on tente de taire depuis de longs mois. Dans une lettre au SG de l’instance exécutive, ce membre du conseil national du parti a annoncé son retrait de la commission de supervision de Bab El Oued dont il était membre. Il appelle par la même occasion le secrétaire général du parti à ouvrir une enquête sur les entorses aux statuts avec lesquelles se déroulent les opérations de restructuration interne, constatant également une violation du règlement interne. M. Yennoune qui, lors de la crise redresseurs/ pro-Benflis s’est positionné en troisième protagoniste, a exige l’ouverture d’une enquête sur la distribution des cartes pour les adhérents. «A travers cette opération, tous les redresseurs ont été exclus. Ce constat n’a pas été fait à Bab El Oued seulement mais il est valable pour toutes les mouhafadates au niveau national» lit on dans sa lettre qu’il a choisi de rendre publique quelques jours après l’avoir adressée à A. Belkhadem, constatant sans doute que ce dernier n’a pas pris de décision en conséquence. Pour Tayeb Yenoune, l’heure est grave. Il estime que tant que l’exclusion est maintenue, le FLN ne va pas connaître la stabilité, allusion clairement faite à l’égard des pro-Benflis qui, même sans Ali Benflis, continuent de se poser en légalistes qui n’acceptent aucunement de se faire dicter leur conduite par les redresseurs, ne serait-ce que parce qu’ils ne voient aucune raison de quitter des fonctions auxquelles ils estiment avoir accédé en toute régularité. Mais pour M. Yenoune, il est temps de battre le rappel des troupes, estimant surtout que «le redressement du parti doit se poursuivre tant qu’il y a toujours des pratiques à corriger». Cette affaire n’est pas à contenir dans la seule mouhafada de Bab El Oued, si l’on en croit notre contestataire qui rejette toute la responsabilité à la direction du parti quant aux conséquences de cette exclusion «qui a touché les cadres pas de Bab El oued uniquement mais au niveau de toutes les wilayas du pays».

La réaction de la pression mise par Yenoune ne s’est fait attendre : Belkhadem aurait décidé de dissoudre expéditivement la commission de coordination qui chapeautait l’opération de restructuration dans la wilaya d’Alger, promettant par là non pas de laisser les structures locales adopter individuellement leur mode opératoire, mais la reprise en main directe de toutes les opération par la direction du parti. C’est que la situation est également explosive dans es kasmate : à Bourouba, une réunion organique a failli en venir aux mains, alors qu’à Aïn Benian, lors d’une simple formalité de constitution de la commission électorale, des militants du parti assurent même qu’une députée membre de cette structure locale a été insultée par ses collègues, tandis qu’un élu APW a failli se voir retirer la carte d’adhérant.

La tournure que prend la situation interne du parti n’est pas sans conséquence sur la base qui, déjà, s’interroge sur la manière dont leur parti est géré et pourquoi la direction actuelle peine autant à trouver les compromis qui s’imposent à tous les niveaux afin de dépasser la crise organique qui ne s’est jamais vraiment éteinte. Pour notre édification, des sources parlementaires avancent qu’à la veille de la présentation de son bilan par Ahmed Ouyahia (épreuve qui n’a jamais eu lieu comme on le sait), pas moins de 160 députés du FLN, étiquettés pro-Benflis durant la crise de 2004, étaient d’accord pour un vote favorable à Ahmed Ouyahia. Si cette information était fondée, sachant qu’il n’est plus possible de la vérifier, que faut-il en déduire ? Les mêmes sources mettent cette information en lien avec la mise en minorité progressive de l’aile des légalistes (appellation de conjoncture des anciens pro-Benflis) et avec la mise à l’écart de Abdelkrim Abada qui, malgré le fait qu’il dispose de a qualité de chargé de l’organique, n’est plus en mesure de maîtriser quoi que ce soit. Ce discret rééquilibrage en faveur des redresseurs n’a pas été d goût de leurs adversaires qui craignent de ne plus pouvoir faire le poids au moment où chacun tentera d’imposer ses hommes dans les listes électorales pour les législatives.

On le devine, le FLN peine sérieusement à aller au bout de sa restructuration organique. Officiellement, une session de l’instance exécutive a été récemment consacrée exclusivement pour le bilan organique ainsi que les rapports des 11 ateliers de réflexion et la mise en place d’un plan de travail pour le reste de l’an 2006 afin de ne pas finir en reste sur les échéances à venir.

Pour minimiser la crise, sans pour l’autant la nier, les cadres du parti avouent que des difficultés subsistent toujours dans les trois grandes wilayas pour leurs spécificités, s’agissant d’Alger, Oran et Constantine (?), cependant que l’on avance un taux de 90% de kasmas qui auraient élus la composante de leurs bureaux. Le reste à réaliser a été promis pour le mois de mai. Nous en somme en juillet et tout indique que la machine fonctionne plutôt à reculons à en croire les crises qui éclatent ça et là. Aussi la question reste pleinement posée quant aux limites de la solution d’urgence que s’est donné le parti, juste pour obtenir la levée du gel de ses activités. Pour dépasser cet écueil, Abdelaziz Belkhadem a fait de l’unité par l’action son credo, s’attelant à retourner tout ce qui venait - serait-ce qu’à demis mots - du président de la république pour l’employer au service de la cohésion interne : réconciliation nationale, révision constitutionnelle, etc. Mais à mesure que l’on s’approche de ce grand rendez-vous qui, cinq ans auparavant a formalisé le retour du FLN au premier plan, les efforts de colmatage semblent fondre comme neige au soleil. Pour ce parti qui, objectivement, reste un des viviers des cadres du pays, Belkhadem a tenté une réponse politique à une crise organique, étant pourtant bien placé pour savoir que la teneur idéologique du parti n’est composée de que demi-positions et d’exploitation des contradictions profondes de la société. L’actuel secrétaire général aura-t-il l’envergure nécessaire pour faire face à ce double enjeu politique et organique ? La réponse est au niveau de la base qui demeure dans sa bonne partie encore traversée par les deux courants de l’opportunisme et d’une grogne sourde qui ne demande qu’à revenir en surface.

Nabil Benali

 

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Un nouveau volet social est annoncé à la CNAN

Le naufrage continue

Conséquence logique du plan de redressement qui a transformé la SNTM-CNAN en CNAN Group avec pour objectif de vendre les vieux navires sans pour autant investir dans l’achat de nouveaux bateaux, la Compagnie nationale de transport maritime des marchandises s’apprête à faire une compression de son personnel navigant. Une étape prévue par les mesures décidées en 2003 par le Conseil des participations de l’Etat et qui devra être appliquée par l’actuel directeur général, mais qui ne semble rencontrer aucune résistance au sein des «représentants» des travailleurs.

Dans une note d’information datée du 16 avril 2006, le DG de CNAN Group, M. Boumbar, informe l’ensemble des travailleurs qu’une décision a été prise pour rationaliser les effectifs sous la forme de départs volontaires ou de retraites anticipées. Dans l’exposé des motifs, le premier responsable de la compagnie fait référence à «l’état technique» de la flotte qui «constitue aujourd’hui une source de perte importante pour le pays et une raison sérieuse d’inquiétude pour l’avenir du pavillon national».

Le constat (très lucide) est tellement grave que la décision de faire partir en retraite des marins parait secondaire. «Elle (la flotte, ndlr) est dans une situation de quasi-inexistence et de ce fait, inapte à assurer le minimum de la mission qui lui est dévolue», explique M. Boumbar à ses travailleurs.

«Notre compagnie, avoue-t-il encore pour justifier un nouveau plan social, dégage depuis des années de lourds déficits et subit le poids d’un endettement insupportable». Il admet implicitement que les mesures du CPE de réorganiser CNAN Group autour «d’entités homogènes et autonomes, saines, fiables et viables, axée chacune d’elle sur un seul métier» n’ont pas eu l’effet escompté. Il a également rappelé que la création de CNAN Group sur les cendres de la SNTM-CNAN a été accompagnée par un effacement considérable d’une partie (plusieurs milliards de dinars) de la dette de la compagnie et de l’entrée en actionnariat, avec de l’argent frais, des entreprises portuaires nationales. C’était sans compter avec la légendaire incapacité de cette compagnie à naviguer convenablement sur le marché du transport maritime pour des raisons qui ne s’expliquent pas uniquement par la vétusté de ses navires, mais aussi par une mauvaise gestion criarde. Et pour cause, plusieurs parmis les 27 navires qui ont été vendus à des compagnies étrangères (dont des égyptiennes) ont été dépannés sur place, avant de quitter les ports algériens, et reviennent régulièrement pour décharger des marchandises importées !

Ainsi donc, après trois années d’exercice, CNAN Group est dans une situation de compression de personnel navigant. Après la vente de 27 navires et l’immobilisation de 6 autres destinés également à êtres vendus, il ne reste en exploitation que 14 navires. M. Boumbar fait état d’un programme de renouvellement de la flotte sur la période 2007-2012 pour l’acquisition de 12 navires. Un programme qui est en stand-by, car il dépend des négociations qui auront lieux avec les éventuels partenaires intéressés par «l’ouverture du capital de CNAN Group et de ses filiales», explique-t-il.

Par conséquent, en attendant son redéploiement, l’entreprise a décidé de rationaliser les ressources humaines au sein du Groupe et de ses filiales. Une rationalisation qui ne touchera pas le personnel sédentaire du fait des «départs à la retraite et du nombre important de contrats à durée déterminée (CDD)», lit-on dans la note du DG de la CNAN. Par contre, explique-t-il, «il n’en est pas de même pour le personnel navigant, plus spécialisé, qui constitue 70% des effectifs» de la compagnie.

Les marins de la CNAN sont donc invités à «opter pour un départ volontaire, un départ en retraite proportionnelle ou encore un départ en retraite particulière», lit-on dans la lettre du DG accompagnée de formulaires pour chaque cas de départ. Il est également indiqué que «le travailleur qui choisit l’une de ces formules bénéficiera d’un indemnisation fixée à un mois de salaire par année d’ancienneté avec un maximum de 15 mois». Passé le délai fixé au mois de mai dernier, «les salariés, toutes fonctions confondues, entrant dans le cadre de la compression, ne pourront plus bénéficier de cette mesure et se verront ainsi appliquer les seules dispositions prévues par la loi (caisse de chômage et retraite anticipée)», avertit le directeur général de la compagnie.

Ce n’est pas la première fois que la CNAN effectue ce genre de dégraissage de ses effectifs. Il y a eu, rappelons-le, celui de 1997-1998 où pas moins de 80 marins ont été mis à la porte pour des raisons économiques. A l’époque, l’entreprise connaissait de gros problèmes mais, sans doute, moins importants que ceux qu’elle connaît actuellement. Il faut donc s’attendre à des départs obligatoires massifs compte tenu de la crise que vit la Compagnie nationale de transport maritime de marchandises. Car il est évident que la santé financière et structurelle de la CNAN ne plaide pas en sa faveur pour contracter des accords de partenariat avec des compagnies étrangères, condition nécessaire pour pouvoir acquérir de nouveaux bateaux et maintenir les équipages.

Si la compression de l’effectif des navigants de la CNAN paraît inévitable cette fois, les responsables de l’entreprise doivent veiller à ce que les pratiques frauduleuses utilisées en 1997/1998 par certains membres du syndicat – qui ont donné lieu à un immense trafic – lorsque des marins – qui demandent l’ouverture d’une enquête sur ce dossier – ont été mis au chômage avec de faux documents, ne se reproduisent plus.

 

C’est vraisemblablement le naufrage de CNAN Group dont les dirigeants ne présentent aucune perspective sérieuse de relance de la compagnie au moment où l’Algérie connaît un extraordinaire boom dans le commerce extérieur et, par conséquent, un important marché à saisir en matière de transport maritime des marchandises. L’histoire de cette compagnie nous enseigne que ce n’est pas l’âge de ses navires qui explique les difficultés qu’elle rencontre actuellement. Il s’agit bel et bien d’un problème de gestion qui semble impossible à améliorer tant que les pratiques, les acteurs et les intérêts ne changent pas. Les révélations faites lors du procès de l’ex-DG et d’autres membres de la direction de CNAN Group, dans l’affaire du Béchar, comme l’affaire de la gestion des œuvres sociales de la compagnie (où sont impliqués les syndicalistes), ont montré qu’il y a une profonde léthargie et de graves défaillances dans la gestion de l’entreprise qui ont eu pour résultat la dégringolade et la perte de parts de marché au profit de la concurrence. Des navires déclarés inaptes à la navigation ont été vendus pour finalement revenir, quelques mois plus tard, dans les ports d’Algérie chargés de marchandises. Comme pour narguer les dirigeants de la CNAN.

Incapable de faire correctement son métier de transport maritime de marchandise, la compagnie s’est orientée, contre tout bon sens et avec l’assentiment des pouvoirs publics, vers le transport de passagers dont les résultats sont un échec sur toute la ligne et des pertes immenses en devises en raison de la location des navires et des équipages étrangers.

Y a-t-il un moyen de stopper la dérive de cette compagnie ? En vérité, les pouvoirs publics sont devant le choix suivant : placer à la tête de CNAN Group des dirigeants compétents et qui ne soient pas otages des syndicalistes et exiger d’eux des résultats, ou carrément liquider l’entreprise afin de préserver le Trésor Public de pertes supplémentaires. Car finalement, l’effacement en 2003 d’une partie de la dette de la défunte STNM/CNAN et l’obligation faite aux entreprises portuaires d’entrer dans le capital de la «nouvelle» CNAN Group n’a pas sauvé le pavillon national du transport maritime de marchandises. Les calculs des uns et des autres n’ont abouti qu’à la poursuite du naufrage.

Abdelkader Djalil

 

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