Semaine du 6 au 12 avril 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

La fin d’une époque

 

 
 
 Editorial

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La fin d’une époque

Le cardinal Carol Wojtila n’était pas n’importe qui, bien avant que le Concile de Rome ne le désigne à l’une des charges politiques les plus importantes  de la planète.  Il avait de toute évidence pour mission de faire basculer l’opinion  dans la brèche déjà ouverte par le syndicat  libre Solidarnosk et de faire de cette jonction entre la politique et la religion l’arme imparable qui allait conduire à l’effondrement progressif de l’ensemble des régimes communistes d’Europe de l’Est.

Les jeunes générations auront eu du mal à voir dans ce vieillard malade,  torturé par la souffrance et incapable de s’exprimer normalement, l’homme qui a puissamment contribué  à abattre le camp communiste à la fin des années 1980. Lui-même natif de Pologne et probablement pour cela même, il a fait de l’Eglise de son pays une véritable base arrière des attaques politiques et idéologiques contre ce qu’il a aidé à qualifier désormais d’ex-URSS. Polyglotte maîtrisant neuf langues, sportif de haut niveau, artiste possédant plusieurs cordes à son arc dont celle de la comédie, théologien mais surtout farouche anti-communiste, il a usé de son pouvoir spirituel pour lutter avec une rare pugnacité contre un système auquel il n’a d’ailleurs pas proposé d’alternative puisqu’il s’est ensuite élevé contre le libéralisme, bien que beaucoup moins méchamment. Il fallait en effet une mission bien cruciale pour que l’Eglise accepte de faire pape un homme qui, non seulement n’était pas Italien – ce qui ne s’était pas vu depuis près de cinq siècles – mais quelqu’un qui vient de l’empire du Mal lui-même. C’est dire que le cardinal Carol Wojtila n’était pas n’importe qui, bien avant que le Concile de Rome ne le désigne à l’une des charges politiques les plus importantes de la planète. Il avait de toute évidence pour mission de faire basculer l’opinion dans la brèche déjà ouverte par  le syndicat libre Solidarnosk et de faire de cette jonction entre la politique et la religion l’arme imparable qui allait conduire à l’effondrement progressif de l’ensemble des régimes communistes d’Europe de l’Est. Ce rôle essentiel dans la chute du Mur de Berlin, les Russes ne le lui pardonneront d’ailleurs jamais, puisqu’ils lui refuseront jusqu’au bout la possibilité d’effectuer un voyage dans la fédération de Russie, y compris du temps de Boris Eltsine dont on aurait pu supposer qu’il accède plus facilement aux nombreuses sollicitations du Vatican. Il faut croire que le KGB avait légué au FSB un dossier si édifiant sur le personnage que jamais un chef d’Etat russe digne de ce nom n’aurait pu permettre à l’un des artisans du démantèlement de l’empire soviétique de fouler le sol de Moscou.

En dehors de cette œuvre mémorable autant que discutable au vu de la situation de monopole hégémonique que s’est alors octroyé l’Amérique sur la gestion des affaires du monde, Jean-Paul II n’a paradoxalement guère réussi à donner un nouvel élan à un christianisme qui continue à décliner inexorablement aussi bien en terme d’effectifs qu’en terme de rayonnement. Et la chose est aisément compréhensible au vu de l’orientation farouchement conservatrice, si ce n’est franchement réactionnaire, qu’il a imprimé à l’Eglise sur des questions aussi essentielles que la vie et la mort. Par son opposition forcenée et parfois irraisonnée à l’avortement, à la contraception, à l’euthanasie et au mariage des prêtres, il n’a évidemment guère contribué à faire prospérer le catholicisme auprès d’une jeunesse qui a dépassé ces débats depuis bien longtemps et qui ne se reconnaissait guère en une religion figée dans  des considérations moyenâgeuses. Considérations qui ont d’ailleurs conduit le Vatican à encourager la congrégation de Sant’Egidio à piloter un processus politique extrêmement dangereux pour l’Algérie car faisant la part belle à l’intégrisme islamiste, fidèle en cela à la ligne dégagée par Jean-Paul II qui, durant tout son pontificat, a ardemment œuvré à rapprocher les intégristes des trois grandes religions monothéistes.

Voyageur infatigable, le Pape aura ainsi tenté, à travers 123 voyages, de transformer sa victoire sur le communisme en la victoire du christianisme. Mais en vain. Il aura également essayé  d’ébranler la forteresse laïque en France par pas moins de huit voyages, dont deux à Lourdes, la ville des miracles. Là encore, rien.  La France a souvent plié face à lui, avec l’aimable collaboration de Madame Chirac, mais sans jamais rompre.

L’Eglise saura-t-elle tirer les leçons nécessaires de ses échecs et désigner à présent un pape moins rigoriste et plus attentif aux pulsions de l’humanité ? Voire.

A. M.

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