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Républiques de l’ex-URSS
Le déclin de l’influence
russe
Quand les historiens
essaieront de déterminer les responsables de l’effritement de l’empire russe,
ils réserveront sans doute une place de choix à Vladimir Poutine, le maître du
Kremlin, qui a vu ces dernières années décliner son influence dans les pays de
l’ex-URSS.
Mikhaïl Gorbatchev, le père de
la Perestroïka, est considéré par de nombreux Russes comme le fossoyeur de
l’Union Soviétique, avatar de l’empire russe. Quant à Boris Eltsine, il est pour
beaucoup celui qui a bradé les richesses du pays dans le chaos qui a suivi la
fin de l’URSS en 1991.
Mais c’est Vladimir Poutine
qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2000, a présidé malgré lui au déclin de
l’influence de la Russie dans des régions qui ont longtemps été sous sa
domination.
L’ancien agent du KGB, qui
rêve pourtant de restaurer la grande puissance russe, a été confronté depuis
2003 à des “révolutions” pacifiques en Ukraine et en Géorgie qui ont porté au
pouvoir des leaders tournés vers l’Occident et non plus vers Moscou.
L’ex-République soviétique de
Moldavie, pourtant dirigée par un communiste initialement poussé par Moscou,
cherche désormais également à s’intégrer dans les structures européennes plutôt
que dans celles de la Communauté des Etats indépendants (CEI) mise sur pied à la
fin de l’URSS.
Commentant la dernière
“révolution” en date, celle du Kirghizstan, en Asie centrale, Vadimir Poutine a
reconnu que la capacité de Moscou d’imposer sa volonté dans une région du monde
jadis régentée par l’URSS n’était plus ce qu’elle était il y a encore une
décennie. Il a dans la foulée estimé que la CEI, regroupant douze anciennes
Républiques soviétiques, avait été conçue (au moment de l’effondrement de
l’Union Soviétique) comme un “club utile” devant faciliter un “divorce
civilisé”.
“Si on attendait de la CEI des
réussites particulières dans tous les domaines, celles-ci ne se sont pas
produites et ne pouvaient pas se produire”, précise le Président russe alors que
cette organisation traverse une crise.
La CEI n’a pas été en mesure
d’atteindre ses objectifs, selon Vadimir Poutine, qui ne dit pas pour quelles
raisons elle n’y est pas parvenue.
La Russie a cherché, sans
toujours beaucoup de succès, à travers la CEI, à coordonner sa politique et ses
intérêts avec ceux des autres pays membres en vue d’y maintenir son influence.
Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent pour prôner sa disparition.
Autre partisan de la
restauration de la grande puissance russe, le chef du Parti communiste, Guennadi
Ziouganov, a vivement critiqué les derniers événements en Géorgie, en Ukraine et
au Kirghizstan, et estimé qu’ils risquaient de faire disparaître les derniers
vestiges de l’empire russe. Son commentaire :”Si nous ne faisons rien, ce
processus va s’étendre à tout l’espace post-soviétique et détruira la Russie
elle-même.”
Loin de rester inactif, le
Kremlin a mis sur pied, ces derniers temps, un département chargé de lutter
contre “les révolutions” dans l’espace post-soviétique, événements qui, dans le
cas de l’Ukraine et de la Géorgie, sont en grande partie le fruit du travail
d’ONG financées par les Américains. Mais si Vladimir Poutine avait commis
l’erreur de s’impliquer en Ukraine en soutenant personnellement le candidat
pro-russe Viktor Ianoukovitch, finalement battu par le pro-occidental Viktor
Iouchtenko, il s’est bien gardé de prendre position au Kirghizstan. Et s’il a
condamné la manière “illégitime” dont l’opposition Kirghize a pris le pouvoir,
il s’est déclaré prêt à travailler avec la nouvelle équipe. Celle-ci a, de son
côté, assuré à maintes reprises vouloir développer ses relations avec Moscou.
L’après-2008 en Russie
La chute du régime d’Askar
Akaïev au Kighizstan alimente à Moscou les conversations des élites, qui
préparent déjà l’après-2008 : pourra-t-on renverser le clan Poutine, et si oui,
quelle sera la couleur de cette “révolution” après celle de la rose en Géorgie
et l’orange ukrainienne ?
Vladimir Poutine, ex-colonel
du KGB, au pouvoir depuis mars 2000, devra selon la Constitution russe, passer
la main en 2008. Et son entourage, fort de nombreux responsables des services
secrets, prépare le terrain à la désignation d’un successeur crédible à
présenter comme dauphin. Mais libéraux, ultra-nationalistes et “oligarques”
fourbissent aussi leurs armes car le maître du Kremlin fait face, depuis le
début de l’année, à un mouvement de contestation.
Le maire de Moscou, Iouri
Loujkov, qui sent le vent tourner, estimait dernièrement, devant les étudiants
de l’Université de Moscou, qu’une “révolution” était désormais possible en
Russie. Le travail du gouvernement, dénonçait-il, a “mis la société dans un état
permanent d’anxiété”.
Pour les élites moscovites, la
révolution kirghize est “une donnée nouvelle”. La Russie pensait que ce type
d’événement était impossible en Asie Centrale, la preuve du contraire a été
faite et donc elle projette forcément cela sur sa propre réalité. Vladimir
Poutine, qui a dénoncé la “faiblesse” du pouvoir au Kirghizstan, ne peut pas ne
pas en tenir compte.
Or, le terrain s’est fait plus
favorable ces derniers mois : l’image d’un maître du Kremlin fort et déterminé
s’est quelque peu estompée. Les milieux économiques lui reprochent des réformes
qui n’avancent pas, alors que les redressements fiscaux ou les menaces
judiciaires pleuvent, se traduisant par d’importants pots-de-vin à verser, selon
les hommes d’affaires eux-mêmes. Le mécontentement populaire se nourrit pour sa
part d’une réforme sociale particulièrement mal préparée par le gouvernement, et
qui a brusquement supprimé, début janvier, de multiples avantages hérités de
l’époque soviétique, appauvrissant retraités, étudiants et militaires. Une autre
réforme, plus impopulaire encore, est en cours, supprimant cette fois les
subventions au logement.
Les mouvements nationalistes
radicaux profitent, eux, de la perte d’influence de Moscou sur ses anciens
satellites, tel l’Ukraine ou la Géorgie, pour agiter des épouvantails. Et pour
couronner le tout, dans l’entourage présidentiel sont apparues au grand jour des
luttes de clans sur les partages d’actifs économiques et des divergences sur la
politique à mener.
“Je pense que désormais une
révolution est tout à fait possible en Russie”, note le politologue Vladimir
Prybylovski. Les manifestations contre les réformes sociales “ont montré une
situation nouvelle et il ne manque en Russie qu’un leader. Mais ses conséquences
sont des plus imprévisibles”, ajoute-t-il.
Car si révolution il y a, sa
couleur reste à déterminer. “Celle de la pomme ou du citron ?”, s’interroge le
même analyste, en référence à Iabloko (la pomme, parti d’opposition libérale
démocrate) et au leader de l’extrême gauche nationaliste Edouard Limonov (du
russe limone, citron).
Les nationalistes sont de plus
en plus actifs dans le pays, mais ils manquent encore d’un dirigeant incontesté.
Les libéraux n’ont quant à eux
jamais réussi à unir leurs forces pour s’imposer sur la scène politique, même
s’ils promettent une future union entre Iabloko (dirigé par Grigori Iavlinski),
SPS (Irina Khakamada, Boris Nemtsov, Anatoli Tchoubaïs) et le comité 2008 (Garry
Kasparov, qui vient de quitter le monde des échecs).
“de toutes façons, il faudra
compter avec les Tchékistes de Poutine, beaucoup plus déterminés à garder le
pouvoir que les conservateurs de la fin des années 1980, quand la Perestroïka a
mené à l’effondrement de l’URSS”, souligne Vladimir Prybylovsky.
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