Semaine du 6 au 12 avril 2005

 

Républiques de l’ex-URSS

Le déclin de l’influence russe

 

 
 
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Républiques de l’ex-URSS

Le déclin de l’influence russe

Quand les historiens essaieront de déterminer les responsables de l’effritement de l’empire russe, ils réserveront sans doute une place de choix à Vladimir Poutine, le maître du Kremlin, qui a vu ces dernières années décliner son influence dans les pays de l’ex-URSS.

Mikhaïl Gorbatchev, le père de la Perestroïka, est considéré par de nombreux Russes comme le fossoyeur de l’Union Soviétique, avatar de l’empire russe. Quant à Boris Eltsine, il est pour beaucoup celui qui a bradé les richesses du pays dans le chaos qui a suivi la fin de l’URSS en 1991.

Mais c’est Vladimir Poutine qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2000, a présidé malgré lui au déclin de l’influence de la Russie dans des régions qui ont longtemps été sous sa domination.

L’ancien agent du KGB, qui rêve pourtant de restaurer la grande puissance russe, a été confronté depuis 2003 à des “révolutions” pacifiques en Ukraine et en Géorgie qui ont porté au pouvoir des leaders tournés vers l’Occident et non plus vers Moscou.

L’ex-République soviétique de Moldavie, pourtant dirigée par un communiste initialement poussé par Moscou, cherche désormais également à s’intégrer dans les structures européennes plutôt que dans celles de la Communauté des Etats indépendants (CEI) mise sur pied à la fin de l’URSS.

Commentant la dernière “révolution” en date, celle du Kirghizstan, en Asie centrale, Vadimir Poutine a reconnu que la capacité de Moscou d’imposer sa volonté dans une région du monde jadis régentée par l’URSS n’était plus ce qu’elle était il y a encore une décennie. Il a dans la foulée estimé que la CEI, regroupant douze anciennes Républiques soviétiques, avait été conçue (au moment de l’effondrement de l’Union Soviétique) comme un “club utile” devant faciliter un “divorce civilisé”.

“Si on attendait de la CEI des réussites particulières dans tous les domaines, celles-ci ne se sont pas produites et ne pouvaient pas se produire”, précise le Président russe alors que cette organisation traverse une crise.

La CEI n’a pas été en mesure d’atteindre ses objectifs, selon Vadimir Poutine, qui ne dit pas pour quelles raisons elle n’y est pas parvenue.

La Russie a cherché, sans toujours beaucoup de succès, à travers la CEI, à coordonner sa politique et ses intérêts avec ceux des autres pays membres en vue d’y maintenir son influence. Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent pour prôner sa disparition.

Autre partisan de la restauration de la grande puissance russe, le chef du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, a vivement critiqué les derniers événements en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizstan, et estimé qu’ils risquaient de faire disparaître les derniers vestiges de l’empire russe. Son commentaire :”Si nous ne faisons rien, ce processus va s’étendre à tout l’espace post-soviétique et détruira la Russie elle-même.”

Loin de rester inactif, le Kremlin a mis sur pied, ces derniers temps, un département chargé de lutter contre “les révolutions” dans l’espace post-soviétique, événements qui, dans le cas de l’Ukraine et de la Géorgie, sont en grande partie le fruit du travail d’ONG financées par les Américains. Mais si Vladimir Poutine avait commis l’erreur de s’impliquer en Ukraine en soutenant personnellement le candidat pro-russe Viktor Ianoukovitch, finalement battu par le pro-occidental Viktor Iouchtenko, il s’est bien gardé de prendre position au Kirghizstan. Et s’il a condamné la manière “illégitime” dont l’opposition Kirghize a pris le pouvoir, il s’est déclaré prêt à travailler avec la nouvelle équipe. Celle-ci a, de son côté, assuré à maintes reprises vouloir développer ses relations avec Moscou.

L’après-2008 en Russie

La chute du régime d’Askar Akaïev au Kighizstan alimente à Moscou les conversations des élites, qui préparent déjà l’après-2008 : pourra-t-on renverser le clan Poutine, et si oui, quelle sera la couleur de cette “révolution” après celle de la rose en Géorgie et l’orange ukrainienne ?

Vladimir Poutine, ex-colonel du KGB, au pouvoir depuis mars 2000, devra selon la Constitution russe, passer la main en 2008. Et son entourage, fort de nombreux responsables des services secrets, prépare le terrain à la désignation d’un successeur crédible à présenter comme dauphin. Mais libéraux, ultra-nationalistes et “oligarques” fourbissent aussi leurs armes car le maître du Kremlin fait face, depuis le début de l’année, à un mouvement de contestation.

Le maire de Moscou, Iouri Loujkov, qui sent le vent tourner, estimait dernièrement, devant les étudiants de l’Université de Moscou, qu’une “révolution” était désormais possible en Russie. Le travail du gouvernement, dénonçait-il, a “mis la société dans un état permanent d’anxiété”.

Pour les élites moscovites, la révolution kirghize est “une donnée nouvelle”. La Russie pensait que ce type d’événement était impossible en Asie Centrale, la preuve du contraire a été faite et donc elle projette forcément cela sur sa propre réalité. Vladimir Poutine, qui a dénoncé la “faiblesse” du pouvoir au Kirghizstan, ne peut pas ne pas en tenir compte.

Or, le terrain s’est fait plus favorable ces derniers mois : l’image d’un maître du Kremlin fort et déterminé s’est quelque peu estompée. Les milieux économiques lui reprochent des réformes qui n’avancent pas, alors que les redressements fiscaux ou les menaces judiciaires pleuvent, se traduisant par d’importants pots-de-vin à verser, selon les hommes d’affaires eux-mêmes. Le mécontentement populaire se nourrit pour sa part d’une réforme sociale particulièrement mal préparée par le gouvernement, et qui a brusquement supprimé, début janvier, de multiples avantages hérités de l’époque soviétique, appauvrissant retraités, étudiants et militaires. Une autre réforme, plus impopulaire encore, est en cours, supprimant cette fois les subventions au logement.

Les mouvements nationalistes radicaux profitent, eux, de la perte d’influence de Moscou sur ses anciens satellites, tel l’Ukraine ou la Géorgie, pour agiter des épouvantails. Et pour couronner le tout, dans l’entourage présidentiel sont apparues au grand jour des luttes de clans sur les partages d’actifs économiques et des divergences sur la politique à mener.

“Je pense que désormais une révolution est tout à fait possible en Russie”, note le politologue Vladimir Prybylovski. Les manifestations contre les réformes sociales “ont montré une situation nouvelle et il ne manque en Russie qu’un leader. Mais ses conséquences sont des plus imprévisibles”, ajoute-t-il.

Car si révolution il y a, sa couleur reste à déterminer. “Celle de la pomme ou du citron ?”, s’interroge le même analyste, en référence à Iabloko (la pomme, parti d’opposition libérale démocrate) et au leader de l’extrême gauche nationaliste Edouard Limonov (du russe limone, citron).

Les nationalistes sont de plus en plus actifs dans le pays, mais ils manquent encore d’un dirigeant incontesté.

Les libéraux n’ont quant à eux jamais réussi à unir leurs forces pour s’imposer sur la scène politique, même s’ils promettent une future union entre Iabloko (dirigé par Grigori Iavlinski), SPS (Irina Khakamada, Boris Nemtsov, Anatoli Tchoubaïs) et le comité 2008 (Garry Kasparov, qui vient de quitter le monde des échecs).

“de toutes façons, il faudra compter avec les Tchékistes de Poutine, beaucoup plus déterminés à garder le pouvoir que les conservateurs de la fin des années 1980, quand la Perestroïka a mené à l’effondrement de l’URSS”, souligne Vladimir Prybylovsky.

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