Semaine du 6 au 12 avril 2005

 

Elections partielles

Crise de procédure

Fébrilité trans-maghrébine

Le rêve presque permis ?

Transports et travaux publics

Des motifs d’insatisfaction

Le programme gouvernemental se fait plus lisible

Créer un marché, à défaut d’une économie

 

 
 
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Elections partielles

Crise de procédure

Le peu de choses dites aux journalistes par le ministre de l’Intérieur, lors de sa visite d’inspection dans Alger, en compagnie du ministre des Travaux publics, la semaine dernière, laisse penser qu’il existe un dissentiment entre lui et le chef du gouvernement sur la question des élections partielles annoncées par ce dernier dans la foulée de la reprise du dialogue avec les représentants des arouch.

Interrogé sur la date de leur tenue, Yazid Zerhouni a répondu qu’il n’en savait rien, que la décision sur ce point appartenait au chef du gouvernement, mais qu’en tout état de cause, l’administration était d’ores et déjà prête pour les organiser au moment voulu. Il a même engagé les journalistes qui lui posaient la question à s’adresser plutôt au chef du gouvernement, comme s’il tenait à suggérer toute la distance qui l’en séparait à cet égard.

L’hypothèse d’un différend est d’autant plus plausible qu’au cours de la conférence de presse où le chef du gouvernement a parlé d’élections partielles en Kabylie et dans quelques communes des régions environnantes, il a semblé vouloir impliquer Yazid Zerhouni dans la prise de décision en signalant que le ministère de l’Intérieur disposait des instruments légaux lui permettant de dissoudre des assemblées locales lorsqu’elles avaient été élues avec des taux de participation des plus faibles. Il est en tout cas vraisemblable que le ministère de l’Intérieur ait voulu signifier, la semaine dernière, au chef du gouvernement son refus d’assumer une responsabilité dont il pense qu’elle n’est pas de son ressort. Il n’est pas non plus fantaisiste de voir une allusion à l’imprévoyance d’Ahmed Ouyahia dans cette affaire, quand il dit qu’à son avis, la date de la tenue de ces élections dépend des discussions menées avec les délégués des arouch. En effet, qui ignore que c’est fort d’un accord avec Bélaïd Abrika et ses amis, dont l’une des revendications justement est la révocation des élus locaux, que le chef du gouvernement a révélé son intention d’organiser des élections partielles ? La date de celles-ci ne peut donc pas être tributaire d’une discussion qui, sur ce point du moins, s’est conclue par un accord. Aussi a-t-on des raisons de penser que le ministre de l’Intérieur, qui s’est tenu en retrait dans une affaire qui tout de même le concerne, a surtout voulu laisser entendre que si le chef du gouvernement achoppait sur des difficultés inattendues, c’est en premier lieu parce qu’il s’est trompé d’interlocuteur.

Ahmed Ouyahia, en effet, n’a pas peu étonné son monde en discutant de cette question uniquement avec un mouvement qui, d’une part, est retombé depuis un certain temps déjà, et de l’autre, n’a pas cessé de se dire non intéressé par la participation à des élections, quelles qu’elles soient d’ailleurs. Même s’il est vrai que c’est son opposition à celles d’octobre 2002 qui explique que le gouvernement en soit réduit, aujourd’hui, à vouloir les annuler pour en organiser d’autres, qui soient dans les normes nationales. Il reste qu’une solution présentée comme le résultat du dialogue ne peut pas reposer sur l’assentiment d’une seule partie et sur l’exclusion des autres, en l’occurrence les formations politiques, sans lesquelles des élections ne sont pas sérieusement envisageables, en Kabylie comme ailleurs. C’est pourtant la démarche adoptée par Ahmed Ouyahia, qui a poussé l’exclusive jusqu’à la prononcer contre ses propres alliés de la coalition, qui n’ont appris qu’à la dernière minute, dans les mêmes conditions que tout le monde, à quoi tendait réellement la reprise du dialogue avec les représentants des arouch.

Pour autant, les propos dont s’est fendu Y. Zerhouni – on dirait “seulement” parce qu’il était pressé par les journalistes – valent plus par ce qu’il a tu que par ce qu’il a dit. En effet, il n’a pas eu un mot sur le décret de dissolution que le Président serait censé prendre d’un moment à l’autre, selon les vœux du FLN, et qui a paru être la seule chose susceptible de débloquer la situation, une fois qu’on s’était aperçu que les lois en vigueur ne permettaient pas de dissoudre aussi facilement qu’il avait semblé d’abord. Faut-il comprendre par ce silence que le Président n’a aucunement l’intention de s’impliquer dans une question qui ne présente pas, à ses yeux, un grand intérêt ? A moins, évidemment, qu’il n’ait récusé dûment une proposition dont la mise en œuvre n’est pas irréprochable au point de vue de la légalité.

En fait, tenter de trouver par avance des réponses à ces questions n’est pas d’une grande utilité, entendu qu’il suffit de patienter quelques jours pour savoir ce qu’il en est réellement. Remarquons toutefois qu’il y a un point sur lequel Ahmed Ouyahia et Yazid Zerhouni sont d’accord : ni l’un ni l’autre n’a fait la moindre allusion à un arbitrage du président de la République en faveur de ces élections. Comme s’ils l’excluaient totalement. Or, sans une décision émanant du chef de l’Etat lui-même, il ne semble pas qu’il y ait une issue à la crise de procédure créée par la satisfaction d’une des demandes du mouvement des arouch, la moins importante qui plus est, laquelle du reste ne figure pas dans la plateforme d’El-Kseur, sur quoi est censé porter pour l’essentiel le dialogue. C’est ainsi que la rupture de ce dernier était due à une tout autre question, fondamentale celle-là : le différend sur la procédure à mettre en œuvre pour institutionnaliser tamazight. Pour autant donc que le Président ne décrète pas la dissolution des assemblées locales, le chef du gouvernement se trouvera dans une situation non seulement difficile, mais intenable, aussi bien vis-à-vis des partenaires de la coalition que de ses interlocuteurs du mouvement des arouch, qui n’auraient plus de raison après cela de poursuivre le dialogue avec lui. A. Ouyahia en sortira à ce point affaibli qu’il aura beaucoup de mal à tenir son rang dans l’équipe gouvernementale aussi bien d’ailleurs que vis-à-vis de l’opinion dans son ensemble. C’est que le silence du Président équivaudrait à un désaveu, s’il devait se prolonger plus longtemps. Il serait alors obligé de l’interpréter comme une invitation à lui présenter sa démission. On peut penser que s’il se refusait à cette perspective, on s’arrangerait, par un biais ou par un autre, pour être plus directif sur le sens à donner à la réserve observée par A. Bouteflika.

Toutefois, le plus probable est que le chef du gouvernement n’a pas pu décider tout seul du recours à des élections partielles pour mettre le point final à la crise en Kabylie ; il a dû en référer au président Bouteflika et obtenir son autorisation, dans la mesure où il n’avait pas explicitement reçu mission de renouer avec le dialogue et où il n’était pas chargé, dès le départ, de créer les meilleures conditions pour des élections partielles. Mais alors se pose la question de savoir pourquoi il n’a pas jugé utile d’élargir la concertation à ses partenaires de la coalition et, au delà, à toute la classe politique, des élections étant au programme ? Le refus de les associer à tout le processus, ou seulement le choix qu’il a fait de ne se tourner vers eux qu’après avoir tout concocté avec les arouch, est une erreur qui risque de se solder par son éviction. En fait, dès maintenant, son maintien ou son limogeage est en question ; pire encore, il devrait être logiquement renvoyé pour avoir commis au moins deux impairs : avoir manqué à la solidarité gouvernementale et avoir tenu à l’écart la classe politique quand son adhésion, s’agissant d’élections, est la première chose à obtenir avant de rien annoncer.

Deux erreurs qui seraient sans grande portée si le chef du gouvernement n’a fait qu’exécuter une directive présidentielle. Mais dans ce cas, une mesure présidentielle viendra immanquablement aplanir la difficulté. Tandis que dans le cas contraire, ou même dans l’hypothèse où le Président n’a fait qu’ordonner la reprise du dialogue, sans plus, il faut s’attendre à ce que l’isolement, déjà perceptible, du chef du gouvernement, s’accentue à telle enseigne que son départ devienne inévitable.

M. Habili

 

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Fébrilité trans-maghrébine

Le rêve presque permis ?

A quoi rime la multiplication des actions et tractations trans-maghrébines de l’Algérie ? Difficile d’y lire une quelconque avancée notable, mais ce qui semble décisif, c’est bien la relance d’une UMA. Le sommet de l’UMA dont le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali a évoqué la tenue à “bref délai”. Cette union est en stand-by depuis belle lurette, mais avant cela, il faut apurer les passifs et Dieu sait qu’il y’en a. Mais s’oriente-t-on vers un traitement des contentieux sans prise d’otage des peuples et des sociétés qui n’aspirent qu’à vivre en harmonie avec leurs voisins ? On peut aussi se permettre de rêver.

Si on se réfère au rapport du département américain sur l’état du monde, les trois Etats principaux du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) reçoivent le même traitement, notamment par le nombre de pages qui leurs sont consacrés. Tous trois des pays qui enregistrent des avancées notables en matière de démocratie, de respect des droits de l’homme, mais connaissent également leurs retards et leurs difficultés. Si rien ne va vraiment bien, tout ne va pas si mal.

Pour preuve de cette harmonie, les cinq agences de presse de l’Union du Maghreb arabe (UMA), regroupant la Mauritanie, l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie, qui ont décidé, vendredi passé, lors d’une réunion à Nouakchott, de créer une agence de presse commune. Si Hamoud Ould Abdi, ministre mauritanien de la Communication et porte-parole du gouvernement, a déclaré que”cette décision montre la volonté de nos agences de faire face à la mondialisation de l’information et donner une image positive de nos pays, de notre information pour servir nos intérêts”, il a omis de dire – mais cela est sous entendu – que ce sont cinq agences publiques, pour ne pas dire officielles, qui se sont entendues pour créer une nouvelle agence. Une façon comme une autre de généraliser la diffusion d’informations sur les activités officielles dans ces pays. Plus concrètement, un site Internet commun du pool des agences va être mis en place dès le 15 avril.

Les agences du Maghreb vont également se pencher sur la conception juridique et technique du projet pour le soumettre aux dirigeants de l’UMA lors du prochain sommet de cette organisation régionale, prévu avant la fin de cette année. 

Il faut dire que si du point de vue officiel l’information trans-maghrébine fait son union, ce n’est certainement pas le cas de  la presse privée du Maghreb, présente mais malmenée en Mauritanie, au Maroc et en Algérie, bâillonnée en Tunisie et totalement inexistante en Libye. Mais on ne parle pas de ce qui fâche…

Réchauffement

Par ailleurs, le résultat le plus notable du Sommet d’Alger de la Ligue arabe, c’est bien d’avoir permis au président Abdelaziz Bouteflika et au roi Mohammed VI de se rencontrer. Si rien de concret n’a filtré des rencontres, notamment la seconde où le souverain marocain était celui qui invitait dans sa résidence algérienne, même provisoire et le temps d’un sommet, on suppose que les deux chefs d’Etat veulent mettre de côté les différends. Pour preuve, la réunion en parallèle de la commission mixte qui devrait proposer des mesures à prendre à brève échéance.

Au même moment, l’ancien représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara, Erik Jensen, a indiqué espérer voir le Maghreb uni et connaître un réel progrès. Il s’exprimait lors de l’émission Liqaa el-youm  sur la chaîne Al Jazira. Jansen indiquait par ailleurs que l’Algérie avait intérêt à ce que la question du Sahara Occidental soit réglée.

Jansen, qui avait montré ses limites et qui n’avait pas fait le consensus autour de sa personne, expliquait que les données sur le terrain ont évolué pour voir le mode de règlement également changer.

Samedi, le président Bouteflika a annoncé au roi du Maroc la levée des visas pour les Marocains désirant se rendre en Algérie. Ne reste plus que l’ouverture de la frontière terrestre. Celle-ci, attendue de part et d’autre, reste soumise à des dispositions particulières : lutte contre l’immigration clandestine et les trafics en tous genres (essentiellement carburant et gaz dans le sens Algérie-Maroc et kif dans le sens Maroc-Algérie). Des trafics qui, faut-il le préciser, ne se sont jamais arrêtés alors que la frontière était fermée et probablement que la construction du Maghreb des peuples – à l’image des vendeurs de beignets tunisiens de Ghomrassen qui pullulent en Algérie et des marchands de tapis de Tlemcen qui ont fait la fortune de Casablanca – a été certainement maintenue par la périphérie sociale et économique née des trafics trans-maghrébins.

L’hôte turbulent

Il y a eu aussi cette visite qui a traîné en longueur du leader libyen Mouammar El Gueddafi. La Libye, qui s’offre une ouverture tous azimuts sur le monde, une vente concurrentielle pour l’Algérie dans le domaine des hydrocarbures, voit son chef de l’Etat passer plus d’une semaine dans le pays frère et voisin, l’Algérie. A quoi rimait ce périple ? Le leader libyen était-il en visite d’observation ? Il a rencontré les femmes, les syndicalistes, les représentants de partis politiques… Voit-il dans le modèle algérien un exemple, des leçons à tirer ? On n’en saura pas plus que les communiqués officiels laconiques et truffés de phrases “langue de bois” ont bien voulu nous apprendre.

La visite aura été tout de même riche en rebondissements alors que le leader libyen a bousculé tous les usages protocolaires, histoire de dire qu’en tant que Maghrébin, lui aussi, comme le roi du Maroc, se sentait chez lui. Se sentir chez soi, c’est probablement ce à quoi devraient aspirer tous les Maghrébins, leaders révolutionnaires, souverains, présidents et peuples compris.

Amine Esseghir

 

Passifs

Si on ne parle plus que de l’ouverture de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc, cela aura-t-il des répercussions négatives sur le tourisme en Tunisie ? Il faut dire que la saison estivale 2003 a été sauvée en Tunisie grâce aux Algériens, alors que les réminiscences des attentats de Djerba avaient découragé les Européens à s’y rendre.

Par ailleurs, l’Algérie devra toujours une fière chandelle aux Tunisiens qui ont laissé leur frontière ouverte durant les années 90 alors que les ambassades commençaient à fermer leurs portes en Algérie. Pour beaucoup d’Algériens, la Tunisie a été, en plus de l’asile sécuritaire, la porte de sortie vers le monde lorsque celui-ci a fermé ses portes à l’Algérie.

Il reste que les effets de la répression policière contre les supporters algériens à Sfax aura eu aussi son effet sur la perception que peuvent avoir lesMaghrébins les uns des autres.

Par ailleurs, les Marocains, par presse “indépendante” interposée, se posent toujours la question : “Contre qui l’Algérie s’arme-t-elle ?”, alors qu’ils ne cessent de mettre en évidence la disproportion du budget d’armement algérien par rapport à celui du Maroc.

A. E.

 

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Transports et travaux publics

Des motifs d’insatisfaction

Tous les opérateurs économiques vous diront que l’existence d’infrastructures routières, autoroutières et autres moyens de transport sont des éléments qui favorisent l’implantation des investissements étrangers. Car, après le secteur bancaire et les télécommunications, les moyens de transport sont indispensables pour toute activité économique.

Un récent sondage réalisé auprès d’investisseurs étrangers par le Réseau euroméditerranéen d’agences de promotion de l’investissement (ANIMA, dont l’ANDI est membre), publié en janvier 2005, montre l’intérêt que portent ceux-ci à l’existence et à la densité des infrastructures et des moyens de transport comme critère d’investissement dans un pays donné. Outre les facilités accordées aux investisseurs (réduction des obstacles bureaucratiques…), les moyens de communication et de transport (des personnes et des marchandises) comptent parmi les éléments décisifs dans le choix d’implantation des opérateurs. Et, justement, l’Algérie a beaucoup de retard à combler sur ce plan.

Les réformes annoncées à tour de bras apportent des résultats très minimes dans le domaine des transports (maritime, routier et aérien). Quarante ans après son indépendance, la capitale algérienne ne dispose pas d’un aéroport de stature internationale. Inutile de se comparer à des pays occidentaux, il faut juste regarder les infrastructures aéroportuaires dont disposent nos voisins tunisiens et marocains pour constater notre retard légendaire dans le domaine.

Interrogé à propos des retards devenus désormais traditionnels dans les vols  domestiques aussi bien que sur les lignes internationales, un habitué de l’Algérie, ingénieur dans une compagnie pétrolière, a eu cette remarque : “Je m’habitue presque aux retards dans les vols, même si parfois cela dépasse les limites de l’entendement. Mais le problème, dans un aéroport algérien, c’est qu’on ne dispose même pas d’un minimum de confort, pas même des toilettes convenables.” Et vlan ! Tout compte fait, il ne fallait aller chercher très loin. On est loin de la “balise Internet” dans les aéroports ou les gares.

Il y a près d’une année, Mohamed Maghlaoui, alors nouvellement installé au poste de ministre des Transports, avait déclaré que la nouvelle aérogare d’Alger allait être opérationnelle au second semestre de l’année en 2006. “Les travaux de la nouvelle aérogare d’Alger seront achevés fin 2005, tandis que l’ouvrage sera livré à partir du 1er janvier 2006”, avait-il déclaré en précisant que le transfert des activités de l’ancienne aérogare, mitoyenne, vers la nouvelle se fera “au cours du second semestre 2006”. Mais au rythme où vont les travaux de la nouvelle aérogare d’Alger, il va falloir importer un aéroport international ou attendre encore plusieurs années supplémentaires.

Depuis 1975, date de la prise de décision du développement des infrastructures aéroportuaires du pays, le projet de la nouvelle aérogare d’Alger ne cesse se casser le nez. Entre 1987 et 2001, au moins trois organismes chargés de la réalisation de ce projet ont été créés puis dissous sans qu’aucun d’eux n’arrive à accomplir le travail.

De l’Office de réalisation de l’aérogare internationale d’Alger Houari-Boumediene (ORAIHOB) créé en 1987, à l’Agence nationale d’étude et de réalisation des aéroports (ANERA) mise en place en 1994, puis la Société d’investissement et de gestion aéroportuaire (SIEGA) qui vit le jour en 1998 (dissoute en 2001), aucune n’a pu accomplir la mission. Passons sur l’argent fou qui a été englouti pour le fonctionnement de ces organismes.

En janvier 2002, l’Etat décide de la mise en concession de l’aéroport. Une opération hasardeuse qui a fini en queue de poisson puisqu’aucun opérateur étranger n’a manifesté son intérêt. Dix entreprises avaient pourtant retiré le cahier des charges à la suite à l’appel d’offres lancé le 8 avril 2002, qui a été déclaré infructueux six mois plus tard. Tous cela avec le “concours” d’une banque d’affaires, d’un bureau d’étude, d’un bureau juridique et d’un cabinet d’audit comptable et financier, tous, évidemment, de “notoriété internationale”.

L’Etat décide alors de réaliser la nouvelle aérogare (appelée également “développement de la zone ouest”) sur ses fonds propres. Le projet est finalement confié à l’entreprise chinoise CSCEC. Les délais annoncés par Maghlaoui semblent surréalistes étant donné le rythme constaté des travaux. Alors qu’il faudrait plusieurs centaines de travailleurs (1 000, selon certaines estimations) et des rotations de 3 x 8 heures, le chantier fonctionne actuellement avec moins de 200 travailleurs, affirment certaines sources. En 2000, le montant nécessaire à la réalisation du projet était de 106 millions de dollars (environ 8,5 milliards de dinars) pour une durée de 30 mois. En 2003, ce montant grimpe à 15,8 milliards de de dinars.

A ce sérieux handicap de manque d’infrastructures aéroportuaires de stature internationale, il faut ajouter l’insuffisance, tout aussi handicapante, du nombre de dessertes aériennes, particulièrement sur le réseau domestique. Après s’être habitué, pendant un laps de temps très court, à la concurrence de deux compagnies aériennes (pendant la brève existence de Khalifa Airways), l’Algérien est soumis de nouveau à la faiblesse de l’offre dans le domaine. Le retour de quelques compagnies étrangères (Air France, Ibéria, British Airways…) a, heureusement, augmenté l’offre sur le réseau international. Devant cette situation de monopole que n’arrive pas à assumer Air Algérie, le ministre des Transports d’un gouvernement “libéral” trouve qu’il n’est pas encore temps d’ouvrir le ciel algérien à de nouvelles compagnies pour desservir les liaisons internes. Pour le commun des Algériens qui voyagent une fois l’an par avion, cela ne pose pas de véritable problème, mais pour des opérateurs économiques, c’est très handicapant. Si un opérateur économique étranger est intéressé par la privatisation de trois entreprises se trouvant à Oran, Constantine et Ghardaïa, il lui faudra au moins cinq jours pour effectuer son périple avant de revenir sur Alger tant l’offre est insuffisante. Y aller par la route serait de la pure aventure. Non pas que la situation sécuritaire ne le permette pas, mais la densité du réseau routier et autoroutier est telle qu’il est très pénible de parcourir ces trajets.

Prévue il y a plus de 15 ans, l’autoroute Est-Ouest ne verra pas le jour avant 2009. Amar Ghoul, ministre des Travaux publics, semble revoir son optimisme à la baisse en déclarant que l’autoroute Est-Ouest “doit être finalisée au plus tard au début de l’année 2009” au lieu du traditionnel “sera prête en 2009”. La certitude en moins, il faut s’attendre à ce que la date de finalisation du projet soit encore reportée. Il faut également rappeler les atermoiements qui ont entouré le projet, notamment dans son volet financement, et qui sont source de retard. En effet, les pouvoirs publics semblent avoir définitivement abandonné la formule BOT (Build Operate & Transfert) pour la construction de l’autoroute Est-Ouest. Sans aucune explication d’ailleurs. L’Etat vient donc de décider de financement la totalité du projet.

En dehors de l’autoroute Est-Ouest, il faut reconnaître, néanmoins, que de grands efforts sont effectués par le secteur des travaux publics. Les réalisations vont bon train, pas seulement dans la capitale ou sa périphérie, mais également dans d’autres régions du pays. Encore faut-il que ces efforts soient capitalisés par le secteur des transports en matière de réorganisation et de régulation du transport urbain.

Le parent pauvre du transport terrestre est, bien évidemment, le secteur ferroviaire qui a connu un lourd désinvestissement ces dernières années acculant les chemins de fer à être à la traîne des moyens de locomotion en Algérie. Là encore, vouloir encourager les investissements étrangers avec un faible réseau ferroviaire (notamment à destination des ports) relève de l’utopie. Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les opérateurs étrangers accordent une importance capitale au coût des transports, qui peut déterminer la concurrence.

Quelles réformes économiques sans une révolution dans le secteur des transports (élargi aux infrastructures routières) ? La question mérite d’être fouillée davantage, pas seulement dans la perspective d’attirer les investissements étrangers, mais juste pour établir une économie intégrant l’immensité du territoire national. Que l’on puisse imaginer qu’un jour un Algérien puisse habiter à 100 km de son lieu de travail, qu’il rejoindrait en une heure et demie. C’est le temps qu’il faut actuellement pour se rendre de Aïn Taya vers Alger-Centre !

Abdelkader Djalil

 

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Le programme gouvernemental se fait plus lisible

Créer un marché, à défaut d’une économie

Puisque le gouvernement semble enfin décidé à joindre la parole à l’acte, autant admettre que les réformes économiques ont franchi présentement un nouveau cap, dont l’équation se dote désormais d’un élément nouveau : la “dollarisation”.

Comme de constat, la série de hausses des prix des services publics connaît depuis quelques mois une accélération notable et unilatérale. Celle-ci a été entamée par le projet de loi de finances 2005 qui prévoyait un relèvement des taxes sur les carburants, n’était le blocage par l’APN. Et l’idée a tout de même été mise en œuvre, par un détour qui a consisté en l’injonction donnée à l’entreprise publique Naftal de relever elle-même ses marges bénéficiaires sur les carburants et dérivés et sur le gaz butane. Pareille décision semblait inopportune, parce que prise au milieu de l’hiver le plus rude que l’Algérie ait jamais connu depuis 20 ans, mais tout indique, comme on le verra plus loin, que c’est un Exécutif pressé qui est derrière.

Le temps de faire admettre le projet d’une hausse des prix de l’eau potable, à travers une explication alambiquée d’un système de péréquation auquel personne n’a compris grand-chose, voilà que le  gouvernement décide à nouveau d’une hausse globale, certes légère, des prix de l’électricité et du gaz. Une hausse effective cependant et qui a ceci de révélateur qu’elle ne cible que les ménages (les consommateurs), alors qu’elle favorise les producteurs du secteur industriel et agricole à travers des baisse inattendues, à titre “d’encouragement”.

Ce processus à travers lequel l’Etat “régule” les prix des services publics en annonce d’autres encore. L’on sait, par exemple, qu’en 2006, la contractualisation des hôpitaux publics entraînera une hausse du prix de la santé, la gratuité n’étant plus totale depuis plusieurs années.

A vrai dire, bien que le discours officiel présente des choix douloureux, telle la nécessité dictée par l’essoufflement des capacités de financement de l’Etat (on se demande comment cela est possible avec des indicateurs record), la direction prise est celle à travers laquelle il est sciemment recherché un alignement des prix du marché intérieur sur ceux des marchés extérieurs, pour ne pas dire ceux du marché mondial. Cette “dollarisation”, qui va crescendo, a toutes les raisons de se poursuivre dans le futur, tant que le pouvoir d’achat tient le coup, c’est-à-dire pour pas très longtemps vu sa faiblesse évidente.

Cette tendance, nette parce que programmatique, cible à créer un certain niveau d’avantages comparatifs de nature à rendre la destination Algérie plus attractive pour les Investissements directs étrangers (IDE). Elle s’inscrit dans une logique d’ensemble cohérente, d’essence ultralibérale, mais qui a le travers de rechercher non pas à construire une économie performante et compétitive (un tissu d’entreprises dans le cadre d’une politique de plein emploi), mais à asseoir les conditions d’un marché attractif (la garantie de la rentabilité au même coût d’investissement qu’à l’étranger). L’élément révélateur se situe dans l’absence de réformes de deuxième génération, celles devant cibler l’entreprise en tant que centre de création de la richesse et de l’emploi.

Pour les besoins de la démonstration, prenons le secteur de l’énergie. La loi Khelil se traduira par des aménagements institutionnels et de marché qui auront pour conséquences de reconfigurer le secteur dans le sens de la libéralisation. A aucun moment l’exposé des motifs de cette loi, votée comme s’il s’agissait d’un cas d’urgence, ne démontre par des projections, chiffrées s’il en fut, que cette loi est inévitable ni ne résume le manque ou le gain généré par la mise en œuvre de celle-ci. De plus, la célérité avec laquelle le débat sur la question a été expédié contraste fortement avec la réalité du marché pétrolier (frôlant les 60 dollars le baril) qui ne saurait dans tous les cas de figure descendre en dessous des 30 dollars (ce qui serait le scénario du pire). Un contexte qui, en tout état de cause, est marqué par une demande mondiale qui ne cesse de se maintenir à un niveau record en raison de la forte croissance aux Etats-Unis, du dynamisme de l’économie chinoise et, dans une moindre mesure, européenne. Dans ces trois pôles de l’économie mondiale, aucune politique de réaction, qu’il s’agisse de reconstitution de réserves, de régimes de taxes ou de démarches spéculatives, n’a eu raison de la hausse continue du prix du pétrole. Tout concourt à dire qu’en vérité, le marché pétrolier est entré dans un long cycle de forte demande et même l’OPEP n’y peut rien, puisque sa double hausse de la production n’a aucunement pu inverser cette tendance.

On pourrait aisément conclure que, puisque la demande est si supérieure à l’offre, il n’y a strictement aucun besoin de faire du pied aux firmes pétrolières pour les voir se ruer vers la moindre province pétrolière encore disponible à travers le monde. Malgré cela, le véritable enjeu des recettes pétrolières du pays n’est pas dans le niveau engrangé, mais dans l’usage fait de cette contrepartie. La loi Khelil, dont les effets restent une inconnue, n’est pas faite pour sortir le pays de la logique de la rente. On peut dire, sans risque de se tromper, que le changement introduit se situe uniquement dans le mode de génération et de rétribution de cette rente. Pour être plus précis, ce qui reste constant en parallèle, et c’est là que le bât blesse, c’est que l’économie réelle a tôt de fait de rompre les passerelles entre les recettes des hydrocarbures et le développement, de sorte que l’argent du pétrole et du gaz sert exclusivement aux dépenses et non à l’investissement. Qu’il s’agisse des dépenses sociales de l’Etat, du fonctionnement des institutions ou des budget d’équipement, sans compter les importations, l’unique acte économique accompli avec le pétrole est, en fait, l’achat. Et la capacité de l’Etat à continuer dans ce sens dépend simplement de la longévité des réserves de pétrole.

Cela amène à dire que la seule véritable réforme sera celle qui aura pour effet d’amener les recette pétrolières (quel que soit leur niveau) dans un circuit financier autre que celui actuel pour parvenir à le transformer en capital, et donc en investissement. Ce qui s’appelle, pour paraphraser un économiste, “produire le producteur”.

A tous points de vue, on voit bien que la loi Khelil est insuffisante pour produire à elle seule le décollage économique devant succéder à la stabilisation du cadre macroéconomique. Mais, puisque réforme “il faut”, autant dire que celle-ci vient beaucoup trop tôt et non pas un peu tard, comme le ministre l’a regretté à l’issue du vote des parlementaires.

Autre exemple qui confirme l’esprit d’une réforme à double vitesse, la privatisation. Aujourd’hui, il est avéré que parmi les entreprises publiques proposées à la cession, ce sont celles à caractère monopolistique qui retiennent la plus grande attention du capital privé, national soit-il ou étranger. Les grandes entreprises, protégées par l’Etat et sans grande concurrence interne, concentrent le plus de manifestations d’intérêt pour la simple raison qu’elles offrent non pas une activité dans des conditions de marché ouvert, mais un marché rentable qu’elle détiennent sans partage.

De la sorte, le programme du gouvernement consiste non pas à construire une économie, mais à édifier un marché.

On aurait bien voulu que cette démarche soit la bonne. Mais la mise en œuvre d’une orientation ultralibérale sans disposer d’un outil de production performant est porteuse de risques, sinon de dangers. Et plus que tout, elle peut mettre tous les leviers du développement entre les mains d’entreprises étrangères face auxquelles le pouvoir de “régulation” de l’Etat serait insignifiant. Encore faut-il que ce flux massif ait lieu, ce dont on doute fortement. Exemple : l’adhésion de l’Algérie à la zone de libre-échange arabe, avec zéro taux de douane, qui peut se lire comme une franche invitation au capital étranger à s’installer chez les voisins marocain et tunisien chez qui les conditions requises sont, malheureusement, hors d’atteinte.

Nabil Benali

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