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Elections partielles
Crise de procédure
Le peu de choses dites aux
journalistes par le ministre de l’Intérieur, lors de sa visite d’inspection dans
Alger, en compagnie du ministre des Travaux publics, la semaine dernière, laisse
penser qu’il existe un dissentiment entre lui et le chef du gouvernement sur la
question des élections partielles annoncées par ce dernier dans la foulée de la
reprise du dialogue avec les représentants des arouch.
Interrogé sur la date de leur
tenue, Yazid Zerhouni a répondu qu’il n’en savait rien, que la décision sur ce
point appartenait au chef du gouvernement, mais qu’en tout état de cause,
l’administration était d’ores et déjà prête pour les organiser au moment voulu.
Il a même engagé les journalistes qui lui posaient la question à s’adresser
plutôt au chef du gouvernement, comme s’il tenait à suggérer toute la distance
qui l’en séparait à cet égard.
L’hypothèse d’un différend est
d’autant plus plausible qu’au cours de la conférence de presse où le chef du
gouvernement a parlé d’élections partielles en Kabylie et dans quelques communes
des régions environnantes, il a semblé vouloir impliquer Yazid Zerhouni dans la
prise de décision en signalant que le ministère de l’Intérieur disposait des
instruments légaux lui permettant de dissoudre des assemblées locales
lorsqu’elles avaient été élues avec des taux de participation des plus faibles.
Il est en tout cas vraisemblable que le ministère de l’Intérieur ait voulu
signifier, la semaine dernière, au chef du gouvernement son refus d’assumer une
responsabilité dont il pense qu’elle n’est pas de son ressort. Il n’est pas non
plus fantaisiste de voir une allusion à l’imprévoyance d’Ahmed Ouyahia dans
cette affaire, quand il dit qu’à son avis, la date de la tenue de ces élections
dépend des discussions menées avec les délégués des arouch. En effet, qui ignore
que c’est fort d’un accord avec Bélaïd Abrika et ses amis, dont l’une des
revendications justement est la révocation des élus locaux, que le chef du
gouvernement a révélé son intention d’organiser des élections partielles ? La
date de celles-ci ne peut donc pas être tributaire d’une discussion qui, sur ce
point du moins, s’est conclue par un accord. Aussi a-t-on des raisons de penser
que le ministre de l’Intérieur, qui s’est tenu en retrait dans une affaire qui
tout de même le concerne, a surtout voulu laisser entendre que si le chef du
gouvernement achoppait sur des difficultés inattendues, c’est en premier lieu
parce qu’il s’est trompé d’interlocuteur.
Ahmed Ouyahia, en effet, n’a
pas peu étonné son monde en discutant de cette question uniquement avec un
mouvement qui, d’une part, est retombé depuis un certain temps déjà, et de
l’autre, n’a pas cessé de se dire non intéressé par la participation à des
élections, quelles qu’elles soient d’ailleurs. Même s’il est vrai que c’est son
opposition à celles d’octobre 2002 qui explique que le gouvernement en soit
réduit, aujourd’hui, à vouloir les annuler pour en organiser d’autres, qui
soient dans les normes nationales. Il reste qu’une solution présentée comme le
résultat du dialogue ne peut pas reposer sur l’assentiment d’une seule partie et
sur l’exclusion des autres, en l’occurrence les formations politiques, sans
lesquelles des élections ne sont pas sérieusement envisageables, en Kabylie
comme ailleurs. C’est pourtant la démarche adoptée par Ahmed Ouyahia, qui a
poussé l’exclusive jusqu’à la prononcer contre ses propres alliés de la
coalition, qui n’ont appris qu’à la dernière minute, dans les mêmes conditions
que tout le monde, à quoi tendait réellement la reprise du dialogue avec les
représentants des arouch.
Pour autant, les propos dont
s’est fendu Y. Zerhouni – on dirait “seulement” parce qu’il était pressé par les
journalistes – valent plus par ce qu’il a tu que par ce qu’il a dit. En effet,
il n’a pas eu un mot sur le décret de dissolution que le Président serait censé
prendre d’un moment à l’autre, selon les vœux du FLN, et qui a paru être la
seule chose susceptible de débloquer la situation, une fois qu’on s’était aperçu
que les lois en vigueur ne permettaient pas de dissoudre aussi facilement qu’il
avait semblé d’abord. Faut-il comprendre par ce silence que le Président n’a
aucunement l’intention de s’impliquer dans une question qui ne présente pas, à
ses yeux, un grand intérêt ? A moins, évidemment, qu’il n’ait récusé dûment une
proposition dont la mise en œuvre n’est pas irréprochable au point de vue de la
légalité.
En fait, tenter de trouver par
avance des réponses à ces questions n’est pas d’une grande utilité, entendu
qu’il suffit de patienter quelques jours pour savoir ce qu’il en est réellement.
Remarquons toutefois qu’il y a un point sur lequel Ahmed Ouyahia et Yazid
Zerhouni sont d’accord : ni l’un ni l’autre n’a fait la moindre allusion à un
arbitrage du président de la République en faveur de ces élections. Comme s’ils
l’excluaient totalement. Or, sans une décision émanant du chef de l’Etat
lui-même, il ne semble pas qu’il y ait une issue à la crise de procédure créée
par la satisfaction d’une des demandes du mouvement des arouch, la moins
importante qui plus est, laquelle du reste ne figure pas dans la plateforme
d’El-Kseur, sur quoi est censé porter pour l’essentiel le dialogue. C’est ainsi
que la rupture de ce dernier était due à une tout autre question, fondamentale
celle-là : le différend sur la procédure à mettre en œuvre pour
institutionnaliser tamazight. Pour autant donc que le Président ne décrète pas
la dissolution des assemblées locales, le chef du gouvernement se trouvera dans
une situation non seulement difficile, mais intenable, aussi bien vis-à-vis des
partenaires de la coalition que de ses interlocuteurs du mouvement des arouch,
qui n’auraient plus de raison après cela de poursuivre le dialogue avec lui. A.
Ouyahia en sortira à ce point affaibli qu’il aura beaucoup de mal à tenir son
rang dans l’équipe gouvernementale aussi bien d’ailleurs que vis-à-vis de
l’opinion dans son ensemble. C’est que le silence du Président équivaudrait à un
désaveu, s’il devait se prolonger plus longtemps. Il serait alors obligé de
l’interpréter comme une invitation à lui présenter sa démission. On peut penser
que s’il se refusait à cette perspective, on s’arrangerait, par un biais ou par
un autre, pour être plus directif sur le sens à donner à la réserve observée par
A. Bouteflika.
Toutefois, le plus probable
est que le chef du gouvernement n’a pas pu décider tout seul du recours à des
élections partielles pour mettre le point final à la crise en Kabylie ; il a dû
en référer au président Bouteflika et obtenir son autorisation, dans la mesure
où il n’avait pas explicitement reçu mission de renouer avec le dialogue et où
il n’était pas chargé, dès le départ, de créer les meilleures conditions pour
des élections partielles. Mais alors se pose la question de savoir pourquoi il
n’a pas jugé utile d’élargir la concertation à ses partenaires de la coalition
et, au delà, à toute la classe politique, des élections étant au programme ? Le
refus de les associer à tout le processus, ou seulement le choix qu’il a fait de
ne se tourner vers eux qu’après avoir tout concocté avec les arouch, est une
erreur qui risque de se solder par son éviction. En fait, dès maintenant, son
maintien ou son limogeage est en question ; pire encore, il devrait être
logiquement renvoyé pour avoir commis au moins deux impairs : avoir manqué à la
solidarité gouvernementale et avoir tenu à l’écart la classe politique quand son
adhésion, s’agissant d’élections, est la première chose à obtenir avant de rien
annoncer.
Deux erreurs qui seraient sans
grande portée si le chef du gouvernement n’a fait qu’exécuter une directive
présidentielle. Mais dans ce cas, une mesure présidentielle viendra
immanquablement aplanir la difficulté. Tandis que dans le cas contraire, ou même
dans l’hypothèse où le Président n’a fait qu’ordonner la reprise du dialogue,
sans plus, il faut s’attendre à ce que l’isolement, déjà perceptible, du chef du
gouvernement, s’accentue à telle enseigne que son départ devienne inévitable.
M. Habili
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Fébrilité trans-maghrébine
Le rêve presque permis ?
A quoi rime la multiplication
des actions et tractations trans-maghrébines de l’Algérie ? Difficile d’y lire
une quelconque avancée notable, mais ce qui semble décisif, c’est bien la
relance d’une UMA. Le sommet de l’UMA dont le président tunisien Zine El-Abidine
Ben Ali a évoqué la tenue à “bref délai”. Cette union est en stand-by depuis
belle lurette, mais avant cela, il faut apurer les passifs et Dieu sait qu’il
y’en a. Mais s’oriente-t-on vers un traitement des contentieux sans prise
d’otage des peuples et des sociétés qui n’aspirent qu’à vivre en harmonie avec
leurs voisins ? On peut aussi se permettre de rêver.
Si on se réfère au rapport du
département américain sur l’état du monde, les trois Etats principaux du Maghreb
(Algérie, Maroc et Tunisie) reçoivent le même traitement, notamment par le
nombre de pages qui leurs sont consacrés. Tous trois des pays qui enregistrent
des avancées notables en matière de démocratie, de respect des droits de
l’homme, mais connaissent également leurs retards et leurs difficultés. Si rien
ne va vraiment bien, tout ne va pas si mal.
Pour preuve de cette harmonie,
les cinq agences de presse de l’Union du Maghreb arabe (UMA), regroupant la
Mauritanie, l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie, qui ont décidé,
vendredi passé, lors d’une réunion à Nouakchott, de créer une agence de presse
commune. Si Hamoud Ould Abdi, ministre mauritanien de la Communication et
porte-parole du gouvernement, a déclaré que”cette décision montre la volonté de
nos agences de faire face à la mondialisation de l’information et donner une
image positive de nos pays, de notre information pour servir nos intérêts”, il a
omis de dire – mais cela est sous entendu – que ce sont cinq agences publiques,
pour ne pas dire officielles, qui se sont entendues pour créer une nouvelle
agence. Une façon comme une autre de généraliser la diffusion d’informations sur
les activités officielles dans ces pays. Plus concrètement, un site Internet
commun du pool des agences va être mis en place dès le 15 avril.
Les agences du Maghreb vont
également se pencher sur la conception juridique et technique du projet pour le
soumettre aux dirigeants de l’UMA lors du prochain sommet de cette organisation
régionale, prévu avant la fin de cette année.
Il faut dire que si du point
de vue officiel l’information trans-maghrébine fait son union, ce n’est
certainement pas le cas de la presse privée du Maghreb, présente mais malmenée
en Mauritanie, au Maroc et en Algérie, bâillonnée en Tunisie et totalement
inexistante en Libye. Mais on ne parle pas de ce qui fâche…
Réchauffement
Par ailleurs, le résultat le
plus notable du Sommet d’Alger de la Ligue arabe, c’est bien d’avoir permis au
président Abdelaziz Bouteflika et au roi Mohammed VI de se rencontrer. Si rien
de concret n’a filtré des rencontres, notamment la seconde où le souverain
marocain était celui qui invitait dans sa résidence algérienne, même provisoire
et le temps d’un sommet, on suppose que les deux chefs d’Etat veulent mettre de
côté les différends. Pour preuve, la réunion en parallèle de la commission mixte
qui devrait proposer des mesures à prendre à brève échéance.
Au même moment, l’ancien
représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara, Erik Jensen, a
indiqué espérer voir le Maghreb uni et connaître un réel progrès. Il s’exprimait
lors de l’émission Liqaa el-youm sur la chaîne Al Jazira. Jansen indiquait par
ailleurs que l’Algérie avait intérêt à ce que la question du Sahara Occidental
soit réglée.
Jansen, qui avait montré ses
limites et qui n’avait pas fait le consensus autour de sa personne, expliquait
que les données sur le terrain ont évolué pour voir le mode de règlement
également changer.
Samedi, le président
Bouteflika a annoncé au roi du Maroc la levée des visas pour les Marocains
désirant se rendre en Algérie. Ne reste plus que l’ouverture de la frontière
terrestre. Celle-ci, attendue de part et d’autre, reste soumise à des
dispositions particulières : lutte contre l’immigration clandestine et les
trafics en tous genres (essentiellement carburant et gaz dans le sens
Algérie-Maroc et kif dans le sens Maroc-Algérie). Des trafics qui, faut-il le
préciser, ne se sont jamais arrêtés alors que la frontière était fermée et
probablement que la construction du Maghreb des peuples – à l’image des vendeurs
de beignets tunisiens de Ghomrassen qui pullulent en Algérie et des marchands de
tapis de Tlemcen qui ont fait la fortune de Casablanca – a été certainement
maintenue par la périphérie sociale et économique née des trafics
trans-maghrébins.
L’hôte turbulent
Il y a eu aussi cette visite
qui a traîné en longueur du leader libyen Mouammar El Gueddafi. La Libye, qui
s’offre une ouverture tous azimuts sur le monde, une vente concurrentielle pour
l’Algérie dans le domaine des hydrocarbures, voit son chef de l’Etat passer plus
d’une semaine dans le pays frère et voisin, l’Algérie. A quoi rimait ce périple
? Le leader libyen était-il en visite d’observation ? Il a rencontré les femmes,
les syndicalistes, les représentants de partis politiques… Voit-il dans le
modèle algérien un exemple, des leçons à tirer ? On n’en saura pas plus que les
communiqués officiels laconiques et truffés de phrases “langue de bois” ont bien
voulu nous apprendre.
La visite aura été tout de
même riche en rebondissements alors que le leader libyen a bousculé tous les
usages protocolaires, histoire de dire qu’en tant que Maghrébin, lui aussi,
comme le roi du Maroc, se sentait chez lui. Se sentir chez soi, c’est
probablement ce à quoi devraient aspirer tous les Maghrébins, leaders
révolutionnaires, souverains, présidents et peuples compris.
Amine Esseghir
Passifs
Si on ne parle plus que de
l’ouverture de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc, cela
aura-t-il des répercussions négatives sur le tourisme en Tunisie ? Il faut dire
que la saison estivale 2003 a été sauvée en Tunisie grâce aux Algériens, alors
que les réminiscences des attentats de Djerba avaient découragé les Européens à
s’y rendre.
Par ailleurs, l’Algérie devra
toujours une fière chandelle aux Tunisiens qui ont laissé leur frontière ouverte
durant les années 90 alors que les ambassades commençaient à fermer leurs portes
en Algérie. Pour beaucoup d’Algériens, la Tunisie a été, en plus de l’asile
sécuritaire, la porte de sortie vers le monde lorsque celui-ci a fermé ses
portes à l’Algérie.
Il reste que les effets de la
répression policière contre les supporters algériens à Sfax aura eu aussi son
effet sur la perception que peuvent avoir lesMaghrébins les uns des autres.
Par ailleurs, les Marocains,
par presse “indépendante” interposée, se posent toujours la question : “Contre
qui l’Algérie s’arme-t-elle ?”, alors qu’ils ne cessent de mettre en évidence la
disproportion du budget d’armement algérien par rapport à celui du Maroc.
A. E.
Haut
Transports et travaux
publics
Des motifs d’insatisfaction
Tous les opérateurs
économiques vous diront que l’existence d’infrastructures routières,
autoroutières et autres moyens de transport sont des éléments qui favorisent
l’implantation des investissements étrangers. Car, après le secteur bancaire et
les télécommunications, les moyens de transport sont indispensables pour toute
activité économique.
Un récent sondage réalisé
auprès d’investisseurs étrangers par le Réseau euroméditerranéen d’agences de
promotion de l’investissement (ANIMA, dont l’ANDI est membre), publié en janvier
2005, montre l’intérêt que portent ceux-ci à l’existence et à la densité des
infrastructures et des moyens de transport comme critère d’investissement dans
un pays donné. Outre les facilités accordées aux investisseurs (réduction des
obstacles bureaucratiques…), les moyens de communication et de transport (des
personnes et des marchandises) comptent parmi les éléments décisifs dans le
choix d’implantation des opérateurs. Et, justement, l’Algérie a beaucoup de
retard à combler sur ce plan.
Les réformes annoncées à tour
de bras apportent des résultats très minimes dans le domaine des transports
(maritime, routier et aérien). Quarante ans après son indépendance, la capitale
algérienne ne dispose pas d’un aéroport de stature internationale. Inutile de se
comparer à des pays occidentaux, il faut juste regarder les infrastructures
aéroportuaires dont disposent nos voisins tunisiens et marocains pour constater
notre retard légendaire dans le domaine.
Interrogé à propos des retards
devenus désormais traditionnels dans les vols domestiques aussi bien que sur
les lignes internationales, un habitué de l’Algérie, ingénieur dans une
compagnie pétrolière, a eu cette remarque : “Je m’habitue presque aux retards
dans les vols, même si parfois cela dépasse les limites de l’entendement. Mais
le problème, dans un aéroport algérien, c’est qu’on ne dispose même pas d’un
minimum de confort, pas même des toilettes convenables.” Et vlan ! Tout compte
fait, il ne fallait aller chercher très loin. On est loin de la “balise
Internet” dans les aéroports ou les gares.
Il y a près d’une année,
Mohamed Maghlaoui, alors nouvellement installé au poste de ministre des
Transports, avait déclaré que la nouvelle aérogare d’Alger allait être
opérationnelle au second semestre de l’année en 2006. “Les travaux de la
nouvelle aérogare d’Alger seront achevés fin 2005, tandis que l’ouvrage sera
livré à partir du 1er janvier 2006”, avait-il déclaré en précisant que le
transfert des activités de l’ancienne aérogare, mitoyenne, vers la nouvelle se
fera “au cours du second semestre 2006”. Mais au rythme où vont les travaux de
la nouvelle aérogare d’Alger, il va falloir importer un aéroport international
ou attendre encore plusieurs années supplémentaires.
Depuis 1975, date de la prise
de décision du développement des infrastructures aéroportuaires du pays, le
projet de la nouvelle aérogare d’Alger ne cesse se casser le nez. Entre 1987 et
2001, au moins trois organismes chargés de la réalisation de ce projet ont été
créés puis dissous sans qu’aucun d’eux n’arrive à accomplir le travail.
De l’Office de réalisation de
l’aérogare internationale d’Alger Houari-Boumediene (ORAIHOB) créé en 1987, à
l’Agence nationale d’étude et de réalisation des aéroports (ANERA) mise en place
en 1994, puis la Société d’investissement et de gestion aéroportuaire (SIEGA)
qui vit le jour en 1998 (dissoute en 2001), aucune n’a pu accomplir la mission.
Passons sur l’argent fou qui a été englouti pour le fonctionnement de ces
organismes.
En janvier 2002, l’Etat décide
de la mise en concession de l’aéroport. Une opération hasardeuse qui a fini en
queue de poisson puisqu’aucun opérateur étranger n’a manifesté son intérêt. Dix
entreprises avaient pourtant retiré le cahier des charges à la suite à l’appel
d’offres lancé le 8 avril 2002, qui a été déclaré infructueux six mois plus
tard. Tous cela avec le “concours” d’une banque d’affaires, d’un bureau d’étude,
d’un bureau juridique et d’un cabinet d’audit comptable et financier, tous,
évidemment, de “notoriété internationale”.
L’Etat décide alors de
réaliser la nouvelle aérogare (appelée également “développement de la zone
ouest”) sur ses fonds propres. Le projet est finalement confié à l’entreprise
chinoise CSCEC. Les délais annoncés par Maghlaoui semblent surréalistes étant
donné le rythme constaté des travaux. Alors qu’il faudrait plusieurs centaines
de travailleurs (1 000, selon certaines estimations) et des rotations de 3 x 8
heures, le chantier fonctionne actuellement avec moins de 200 travailleurs,
affirment certaines sources. En 2000, le montant nécessaire à la réalisation du
projet était de 106 millions de dollars (environ 8,5 milliards de dinars) pour
une durée de 30 mois. En 2003, ce montant grimpe à 15,8 milliards de de dinars.
A ce sérieux handicap de
manque d’infrastructures aéroportuaires de stature internationale, il faut
ajouter l’insuffisance, tout aussi handicapante, du nombre de dessertes
aériennes, particulièrement sur le réseau domestique. Après s’être habitué,
pendant un laps de temps très court, à la concurrence de deux compagnies
aériennes (pendant la brève existence de Khalifa Airways), l’Algérien est soumis
de nouveau à la faiblesse de l’offre dans le domaine. Le retour de quelques
compagnies étrangères (Air France, Ibéria, British Airways…) a, heureusement,
augmenté l’offre sur le réseau international. Devant cette situation de monopole
que n’arrive pas à assumer Air Algérie, le ministre des Transports d’un
gouvernement “libéral” trouve qu’il n’est pas encore temps d’ouvrir le ciel
algérien à de nouvelles compagnies pour desservir les liaisons internes. Pour le
commun des Algériens qui voyagent une fois l’an par avion, cela ne pose pas de
véritable problème, mais pour des opérateurs économiques, c’est très
handicapant. Si un opérateur économique étranger est intéressé par la
privatisation de trois entreprises se trouvant à Oran, Constantine et Ghardaïa,
il lui faudra au moins cinq jours pour effectuer son périple avant de revenir
sur Alger tant l’offre est insuffisante. Y aller par la route serait de la pure
aventure. Non pas que la situation sécuritaire ne le permette pas, mais la
densité du réseau routier et autoroutier est telle qu’il est très pénible de
parcourir ces trajets.
Prévue il y a plus de 15 ans,
l’autoroute Est-Ouest ne verra pas le jour avant 2009. Amar Ghoul, ministre des
Travaux publics, semble revoir son optimisme à la baisse en déclarant que
l’autoroute Est-Ouest “doit être finalisée au plus tard au début de l’année
2009” au lieu du traditionnel “sera prête en 2009”. La certitude en moins, il
faut s’attendre à ce que la date de finalisation du projet soit encore reportée.
Il faut également rappeler les atermoiements qui ont entouré le projet,
notamment dans son volet financement, et qui sont source de retard. En effet,
les pouvoirs publics semblent avoir définitivement abandonné la formule BOT
(Build Operate & Transfert) pour la construction de l’autoroute Est-Ouest. Sans
aucune explication d’ailleurs. L’Etat vient donc de décider de financement la
totalité du projet.
En dehors de l’autoroute
Est-Ouest, il faut reconnaître, néanmoins, que de grands efforts sont effectués
par le secteur des travaux publics. Les réalisations vont bon train, pas
seulement dans la capitale ou sa périphérie, mais également dans d’autres
régions du pays. Encore faut-il que ces efforts soient capitalisés par le
secteur des transports en matière de réorganisation et de régulation du
transport urbain.
Le parent pauvre du transport
terrestre est, bien évidemment, le secteur ferroviaire qui a connu un lourd
désinvestissement ces dernières années acculant les chemins de fer à être à la
traîne des moyens de locomotion en Algérie. Là encore, vouloir encourager les
investissements étrangers avec un faible réseau ferroviaire (notamment à
destination des ports) relève de l’utopie. Car ce qu’il faut bien comprendre,
c’est que les opérateurs étrangers accordent une importance capitale au coût des
transports, qui peut déterminer la concurrence.
Quelles réformes économiques
sans une révolution dans le secteur des transports (élargi aux infrastructures
routières) ? La question mérite d’être fouillée davantage, pas seulement dans la
perspective d’attirer les investissements étrangers, mais juste pour établir une
économie intégrant l’immensité du territoire national. Que l’on puisse imaginer
qu’un jour un Algérien puisse habiter à 100 km de son lieu de travail, qu’il
rejoindrait en une heure et demie. C’est le temps qu’il faut actuellement pour
se rendre de Aïn Taya vers Alger-Centre !
Abdelkader Djalil
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Le programme gouvernemental
se fait plus lisible
Créer un marché, à défaut
d’une économie
Puisque le gouvernement semble
enfin décidé à joindre la parole à l’acte, autant admettre que les réformes
économiques ont franchi présentement un nouveau cap, dont l’équation se dote
désormais d’un élément nouveau : la “dollarisation”.
Comme de constat, la série de
hausses des prix des services publics connaît depuis quelques mois une
accélération notable et unilatérale. Celle-ci a été entamée par le projet de loi
de finances 2005 qui prévoyait un relèvement des taxes sur les carburants,
n’était le blocage par l’APN. Et l’idée a tout de même été mise en œuvre, par un
détour qui a consisté en l’injonction donnée à l’entreprise publique Naftal de
relever elle-même ses marges bénéficiaires sur les carburants et dérivés et sur
le gaz butane. Pareille décision semblait inopportune, parce que prise au milieu
de l’hiver le plus rude que l’Algérie ait jamais connu depuis 20 ans, mais tout
indique, comme on le verra plus loin, que c’est un Exécutif pressé qui est
derrière.
Le temps de faire admettre le
projet d’une hausse des prix de l’eau potable, à travers une explication
alambiquée d’un système de péréquation auquel personne n’a compris grand-chose,
voilà que le gouvernement décide à nouveau d’une hausse globale, certes légère,
des prix de l’électricité et du gaz. Une hausse effective cependant et qui a
ceci de révélateur qu’elle ne cible que les ménages (les consommateurs), alors
qu’elle favorise les producteurs du secteur industriel et agricole à travers des
baisse inattendues, à titre “d’encouragement”.
Ce processus à travers lequel
l’Etat “régule” les prix des services publics en annonce d’autres encore. L’on
sait, par exemple, qu’en 2006, la contractualisation des hôpitaux publics
entraînera une hausse du prix de la santé, la gratuité n’étant plus totale
depuis plusieurs années.
A vrai dire, bien que le
discours officiel présente des choix douloureux, telle la nécessité dictée par
l’essoufflement des capacités de financement de l’Etat (on se demande comment
cela est possible avec des indicateurs record), la direction prise est celle à
travers laquelle il est sciemment recherché un alignement des prix du marché
intérieur sur ceux des marchés extérieurs, pour ne pas dire ceux du marché
mondial. Cette “dollarisation”, qui va crescendo, a toutes les raisons de se
poursuivre dans le futur, tant que le pouvoir d’achat tient le coup,
c’est-à-dire pour pas très longtemps vu sa faiblesse évidente.
Cette tendance, nette parce
que programmatique, cible à créer un certain niveau d’avantages comparatifs de
nature à rendre la destination Algérie plus attractive pour les Investissements
directs étrangers (IDE). Elle s’inscrit dans une logique d’ensemble cohérente,
d’essence ultralibérale, mais qui a le travers de rechercher non pas à
construire une économie performante et compétitive (un tissu d’entreprises dans
le cadre d’une politique de plein emploi), mais à asseoir les conditions d’un
marché attractif (la garantie de la rentabilité au même coût d’investissement
qu’à l’étranger). L’élément révélateur se situe dans l’absence de réformes de
deuxième génération, celles devant cibler l’entreprise en tant que centre de
création de la richesse et de l’emploi.
Pour les besoins de la
démonstration, prenons le secteur de l’énergie. La loi Khelil se traduira par
des aménagements institutionnels et de marché qui auront pour conséquences de
reconfigurer le secteur dans le sens de la libéralisation. A aucun moment
l’exposé des motifs de cette loi, votée comme s’il s’agissait d’un cas
d’urgence, ne démontre par des projections, chiffrées s’il en fut, que cette loi
est inévitable ni ne résume le manque ou le gain généré par la mise en œuvre de
celle-ci. De plus, la célérité avec laquelle le débat sur la question a été
expédié contraste fortement avec la réalité du marché pétrolier (frôlant les 60
dollars le baril) qui ne saurait dans tous les cas de figure descendre en
dessous des 30 dollars (ce qui serait le scénario du pire). Un contexte qui, en
tout état de cause, est marqué par une demande mondiale qui ne cesse de se
maintenir à un niveau record en raison de la forte croissance aux Etats-Unis, du
dynamisme de l’économie chinoise et, dans une moindre mesure, européenne. Dans
ces trois pôles de l’économie mondiale, aucune politique de réaction, qu’il
s’agisse de reconstitution de réserves, de régimes de taxes ou de démarches
spéculatives, n’a eu raison de la hausse continue du prix du pétrole. Tout
concourt à dire qu’en vérité, le marché pétrolier est entré dans un long cycle
de forte demande et même l’OPEP n’y peut rien, puisque sa double hausse de la
production n’a aucunement pu inverser cette tendance.
On pourrait aisément conclure
que, puisque la demande est si supérieure à l’offre, il n’y a strictement aucun
besoin de faire du pied aux firmes pétrolières pour les voir se ruer vers la
moindre province pétrolière encore disponible à travers le monde. Malgré cela,
le véritable enjeu des recettes pétrolières du pays n’est pas dans le niveau
engrangé, mais dans l’usage fait de cette contrepartie. La loi Khelil, dont les
effets restent une inconnue, n’est pas faite pour sortir le pays de la logique
de la rente. On peut dire, sans risque de se tromper, que le changement
introduit se situe uniquement dans le mode de génération et de rétribution de
cette rente. Pour être plus précis, ce qui reste constant en parallèle, et c’est
là que le bât blesse, c’est que l’économie réelle a tôt de fait de rompre les
passerelles entre les recettes des hydrocarbures et le développement, de sorte
que l’argent du pétrole et du gaz sert exclusivement aux dépenses et non à
l’investissement. Qu’il s’agisse des dépenses sociales de l’Etat, du
fonctionnement des institutions ou des budget d’équipement, sans compter les
importations, l’unique acte économique accompli avec le pétrole est, en fait,
l’achat. Et la capacité de l’Etat à continuer dans ce sens dépend simplement de
la longévité des réserves de pétrole.
Cela amène à dire que la seule
véritable réforme sera celle qui aura pour effet d’amener les recette
pétrolières (quel que soit leur niveau) dans un circuit financier autre que
celui actuel pour parvenir à le transformer en capital, et donc en
investissement. Ce qui s’appelle, pour paraphraser un économiste, “produire le
producteur”.
A tous points de vue, on voit
bien que la loi Khelil est insuffisante pour produire à elle seule le décollage
économique devant succéder à la stabilisation du cadre macroéconomique. Mais,
puisque réforme “il faut”, autant dire que celle-ci vient beaucoup trop tôt et
non pas un peu tard, comme le ministre l’a regretté à l’issue du vote des
parlementaires.
Autre exemple qui confirme
l’esprit d’une réforme à double vitesse, la privatisation. Aujourd’hui, il est
avéré que parmi les entreprises publiques proposées à la cession, ce sont celles
à caractère monopolistique qui retiennent la plus grande attention du capital
privé, national soit-il ou étranger. Les grandes entreprises, protégées par
l’Etat et sans grande concurrence interne, concentrent le plus de manifestations
d’intérêt pour la simple raison qu’elles offrent non pas une activité dans des
conditions de marché ouvert, mais un marché rentable qu’elle détiennent sans
partage.
De la sorte, le programme du
gouvernement consiste non pas à construire une économie, mais à édifier un
marché.
On aurait bien voulu que cette
démarche soit la bonne. Mais la mise en œuvre d’une orientation ultralibérale
sans disposer d’un outil de production performant est porteuse de risques, sinon
de dangers. Et plus que tout, elle peut mettre tous les leviers du développement
entre les mains d’entreprises étrangères face auxquelles le pouvoir de
“régulation” de l’Etat serait insignifiant. Encore faut-il que ce flux massif
ait lieu, ce dont on doute fortement. Exemple : l’adhésion de l’Algérie à la
zone de libre-échange arabe, avec zéro taux de douane, qui peut se lire comme
une franche invitation au capital étranger à s’installer chez les voisins
marocain et tunisien chez qui les conditions requises sont, malheureusement,
hors d’atteinte.
Nabil Benali
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