Semaine du 6 au 12 juillet 2005

 

Ecole élémentaire

Qui doit enseigner l’éducation physique et sportive ?

 

 
 
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Ecole élémentaire

Qui doit enseigner l’éducation physique et sportive ?

“Si vous voulez faire une âme qui se répande largement, un homme de généreuse et intrépide volonté, un ouvrier des grandes tâches et des labeurs, faites d’abord et avant tout un organisme vigoureux, de solide résistance, aux muscles d’acier… L’être fort est résistant, robuste, rapide, adroit, énergique, endurci, frugal, sobre.

De plus il sait marcher, courir, sauter, grimper, boxer, lancer, se défendre et nager.” G. Hébert

Trop souvent, les activités physiques sont considérées comme un secteur distinct de l’activité scolaire, sans liaison avec les disciplines enseignées. Pourtant, c’est sans doute une faute de séparer ainsi l’éducation du corps des autres formes de l’éducation. L’enseignement donné dans les écoles primaires se rapporte à un triple objet : éducation physique, éducation intellectuelle, éducation morale. Cette trilogie, que les fondateurs de l’école publique voulaient intangible, a subi les injures du temps : l’éducation intellectuelle a nettement pris le pas sur ses sœurs et l’éducation physique paraît bien être aujourd’hui la plus pauvre des trois et bien souvent négligée. Il y a là une grave erreur car, partout où on lui fait la place qui lui revient, elle étend généreusement ses bienfaits aux deux autres.

Qui doit enseigner l’éducation physique et sportive (EPS) à l’école élémentaire ? Comment l’enseigner ? Plus précisément, comment faire qu’elle ne soit plus un appendice jugé plus ou moins superflu ? Comment donc l’intégrer et pourquoi ? Dans une éducation globale de la personnalité de l’enfant ? Qu’attendre de la réhabilitation et du renouveau de cette discipline ? Comment en apprécier les résultats ?

Toutes ces questions doivent être au cœur de la réforme et de la rénovation de l’école algérienne en cours, afin de garantir aux jeunes une éducation complète et exigeante, ce qu’elle ne saurait être si le sport n’y avait toute sa place, de favoriser la pratique de l’EPS tant à l’intérieur de l’école qu’à l’extérieur dans le cadre des associations et de définir une vraie politique sportive en tant que partie intégrante de notre système éducationnel et aussi en tant que facteur de base essentiel de ce qu’il faut appeler “la qualité de la vie”.

L’éducation physique et sportive est négligée. Pourquoi ?

Les programmes des écoles primaires ont accordé 2h 30 à l’éducation physique sur les trente heures de travail hebdomadaire.

Dans la pratique, il semble bien que peu de classes bénéficient de ces dispositions ; les séances d’éducation physique ont partout tendance à s’espacer et les maîtres ont toujours de bonnes raisons pour se justifier. Tantôt ils arguent la surcharge des programmes, tantôt la faiblesse de leurs élèves dans les matières jugées essentielles, tantôt l’absence ou l’insuffisance d’équipement du terrain indispensable. L’expérience montre que toutes ces raisons sont secondaires.

La vérité est que, faute d’avoir eux-mêmes reçu une éducation physique suffisante, les maîtres de nos écoles ont un tempérament sédentaire. De plus, faute d’avoir reçu une formation suffisante sur ce point, ils possèdent rarement les connaissances techniques requises et il faut bien le dire, ce qui leur manque avant tout c’est une formation idéologique propre à les convaincre de la profonde valeur de l’éducation physique sur le corps et de l’action bienfaisante qu’elle exerce également tant sur l’éducation morale.

L’éducation physique propose à l’école élémentaire un double but : corriger les attitudes défectueuses qu’impose trop souvent au corps de l’enfant le travail scolaire, développer ses qualités physiques, sa force, son adresse, son agilité. Il faut ajouter que l’action fonctionnelle trouve son achèvement dans une action morale, l’enfant apprenant à cultiver l’esprit de discipline et l’esprit communautaire en prenant goût à l’émulation et à l’effort.

Convaincre que le temps consacré à l’EPS n’est pas volé à la formation de l’esprit ; bien au contraire, à l’école élémentaire, toute éducation soucieuse d’efficacité et d’égalité des chances doit commencer par être physique.

Le reste est affaire de formation pratique des maîtres. Cela suppose avant tout qu’on leur dégage du temps pour participer à des stages où l’EPS est traitée dans une ambiance interdisciplinaire. Ils y rafraîchiraient leur expérience et leurs conceptions dans une discipline qu’on ne peut plus désormais considérer comme un enseignement spécial.

L’unicité du maître

L’éducation physique (comme pédagogie des conduites motrices), tour à tour ou à la fois orientée vers la connaissance et la maîtrise du corps et vers l’acquisition des notions fondamentales qui structurent la vie de l’esprit, trouve, sans artifice ni arbitraire, sa place dans l’action éducative générale, confiée naturellement à un maître polyvalent tout au long de l’éducation de base : la formation et le développement de la personnalité sont, à ce stade, prioritaires.

Il importe que l’instituteur soit chargé d’enseigner l’EPS au même titre que la lecture, la rédaction, la dictée, le calcul ou les disciplines d’éveil. L’intervention du maître dans ce secteur d’activité permet, outre la coordination la plus efficace de l’action éducative, une meilleure connaissance des enfants et une coopération maître-élève plus confiante. L’unicité du maître doit être la règle. L’action éducative est un tout et l’éducation sportive une des démarches associées par lesquelles on aide un enfant à prendre possession de soi et du monde qui l’entoure, à acquérir le goût de l’effort, l’aptitude au dépassement de soi, l’ambition de s’imposer dans le cadre de sa vie active.

On comprend que la polyvalence de l’instituteur n’est pas un mythe ou un pis-aller, mais une source de progrès et d’efficacité, à une seule mais impérative condition : c’est que dans chaque domaine, le polyvalent puisse, comme au stage, soumettre les difficultés rencontrées dans la pratique à des spécialistes qualifiés, travaillant eux aussi au contact de la réalité quotidienne et le plus possible en équipes interdisciplinaires.

Lorsque l’instituteur aura pris conscience que cette éducation par le mouvement est une pièce maîtresse de l’édifice pédagogique qui permet à l’enfant de résoudre plus facilement les problèmes de sa scolarité et le prépare à son existence future d’adulte, il ne fera plus passer cette activité au second plan.

Triple action de l’éducation physique

Sur le corps : le docteur Henri Pâté disait que “la jeunesse ne doit pas oublier que le sport n’est pas un but, mais un moyen ; le moyen de mettre au service de l’intelligence un corps plus sain, plus résistant, plus robuste et de permettre ainsi la réalisation de toute la possibilité humaine”.

L’action sur le corps est évidemment la plus tangible. Elle a des effets multiples : correction des attitudes défectueuses dues à la station assise et au mobilier scolaire ; formation d’un squelette droit, d’une cage thoracique ample, d’une sangle abdominale tonique ; développement des qualités physiques : force, adresse, agilité, endurance ; activation du jeu des grandes fonctions (articulaire, circulaire et surtout respiratoire ; perfectionnement de la coordination nerveuse ; régulation de la croissance par suractivité glandulaire directement liée à l’oxygénation du sang…

Sur l’éducation intellectuelle : l’éducation physique agit sur l’éducation intellectuelle en rafraîchissant l’attention. Des expériences récentes du docteur Sippel en Allemagne ont confirmé que le travail intellectuel tire toujours profit de l’exercice musculaire. Le docteur Jean Philippe assure que “la belle ordonnance de nos mouvements et de nos actes dégage et favorise plus qu’on ne croit cette libre allure de l’esprit qui permet de promener autour de soi le regard d’un intelligent observateur…”.

Sur l’éducation morale : les bienfaits de l’éducation physique sont ici d’une valeur inappréciable : discipline de la volonté et formation du caractère, hardiesse et résolution, goût de l’effort, amour de la perfection, modestie et loyauté, respect de la règle commune, sens du service pour la communauté…

Il est évident que le développement intellectuel et moral dépend étroitement des conditions dans lesquelles s’opère l’évolution physique et psychologique. C’est pourquoi l’éducation physique ne saurait être traitée à la légère.

Ecolier aujourd’hui, champion olympique demain ?

C’est à l’école que se joue l’avenir du sport d’une nation. Le sport fait partie de la vie, de la culture. Il n’est pas un luxe, mais un besoin comme la santé, la liberté ou la culture. Il doit commencer tôt et se terminer tard. Il concerne tout le monde, aussi bien dans les loisirs que dans le travail. C’est aussi à partir du jeune âge que se font les vocations pour un sport. Le succès et le développement considérable de la pratique sportive au cours de ces dernières années, l’élévation du niveau des performances, la renommée des grands champions et l’écho publicitaire qui les entoure, éveillent inévitablement des vocations de plus en plus précoces. Quel petit Algérien ou Algérienne ne rêvent pas de devenir un Morcelli, une Boulmerka, un Guerroudj, un Zidane, un Ronaldo, un Jordan, une Marie-José Pérec, une Eunice Barber, un Haïlé Gébrésélassié, un Sergueï Boubka, un Sotomayor, un Michael Johnson, un Carl Lewis  des années futures ? Sous d’autres cieux, les athlètes en herbe, futurs champions olympiques peut-être, sont suivis durant toute leur scolarité, depuis le cycle élémentaire jusqu’à l’université.

Le sport doit avoir donc sa place dans l’école, dans une école ouverte et vivifiée par les apports de ce qu’on appelle “le périscolaire”. Et trouver sa terre d’élection dans les association socioculturelles polyvalentes, héritières pour notre temps des gymnases grecs de la grande époque. C’est par là qu’on restaurera l’olympisme de tous les jours. Il est au sport ce que l’humanisme est aux activités intellectuelles.

Ce “choix capital pour l’intégrité et pour l’avenir de l’homme”, il est aujourd’hui entre les mains des citoyens et des éducateurs, dirigeants sportifs comme enseignants. C’est le succès même du sport pour tous, du développement du sport culture, du sport style de vie pour les individus et pour la nation qui est en jeu. “L’éducation physique et sportive ne forge pas seulement des corps, elle met en place, dès l’enfance et pour toute la vie, des comportements qui n’importent peut-être pas moins que la culture intellectuelle à la dignité, au bonheur, et à la paix : lui faire sa place, c’est affirmer la priorité de l’éducation sur l’instruction ; elle devient alors une responsabilité majeure de l’instituteur, au même titre que la formation de l’esprit.” (H. Paté).

La pratique du sport peut donc faire un excellent ménage avec l’éducation intellectuelle et même la favoriser en détendant le corps et en l’équilibrant. En ce qui concerne l’éducation morale et la formation de la volonté, son rôle est plus net encore. Elle est, comme l’a fort bien discerné l’Antiquité qui, plus que nous, a eu le sentiment que l’éducation formait un tout selon la formule : “Mens sana in corpore sano.”

Abdelhamid Benzerari

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