Semaine du 6 au 12 juillet 2005

 

L’impossible oubli

 

Réconciliation nationale, amnistie, Constitution

Qui sait où va l’Algérie ?

Le mémorial de la honte

Si la qualité de moudjahid m’était contée...

L’Intelligentsia dans  les rangs de la Révolution

L’UGEMA a cinquante ans

 

 
 
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  Réconciliation nationale, amnistie, Constitution

Qui sait où va l’Algérie ?

Les derniers propos du ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République, auront eu l’avantage d’éclairer la lanterne de tous ceux qui observent la scène politique nationale, mais en même temps, ont confirmé tout ce à quoi on s’attend un peu pour les prochains mois. Abdelaziz Belkhadem a “mené campagne” durant une journée à travers les médias lourds, il y a un peu plus d’une semaine, pour expliquer ce vers quoi va le pays.

La Constitution sera révisée, on ne sait pas de quelle manière (référendum ou convocation des deux chambres du Parlement) mais un débat a déjà été entamé au niveau du FLN. La question est liée à la forme du régime : parlementaire ou présidentiel. Si Abdelaziz Belkhadem préconise personnellement le régime parlementaire, il indique que “nous ne sommes pas prêts pour cela” et qu’il vaudrait mieux s’orienter vers le régime présidentiel. Est-ce que le représentant du président de la République exprimait également l’avis du président Bouteflika ? On serait tenté de le penser. Une des premières observations formulées par le président Bouteflika, dès sa prise de pouvoir, en 1999, a été la question de la forme du régime. Pour lui, la Constitution actuelle était une entité politique hybride qui avait pris le plus mauvais du régime parlementaire et le pire du régime présidentiel. Cette critique laissait entendre sans ambages que le Président s’apprêtait à proposer sa modification. Cela ne s’est pas fait durant le premier mandat, mais cette fois, il ne fait plus de doutes que la Constitution sera révisée. Est-ce qu’en sus sera revue la durée du mandat présidentiel ou les limites de son renouvellement ? Il y a lieu d’attendre la mouture et, à ce sujet, Abdelaziz Belkahdem ne dit pas qui va élaborer cette nouvelle version.

Même s’il ne s’agit pas de reprendre à notre compte les critiques du FFS à propos de la constituante mais il faut bien constater que seule la Constitution de 1963 a été élaborée par une assemblée constituante (avec les soubresauts que l’on sait). Les suivantes, adoptées par référendum, ont été élaborées par des techniciens et on a été prompts à les critiquer dès leur adoption, avec d’autant plus de facilité qu’elles n’étaient pas des synthèse de débats politiques menées par les acteurs effectifs de la société.

Est-ce qu’encore une fois, la formule tant décriée sera réutilisée ? Abdelaziz Belkhadem suggère qu’un débat ait lieu et le FLN sera le premier à le mener à l’intérieur de ses instances et avec ses militants. Mais est-ce que seul le FLN, fort du nombre de ses députés, va proposer cette nouvelle Constitution ? Si ce sont les députés qui vont débattre et proposer, quel est le sort de la société civile, des associations et des personnalités politiques qui n’auront pas voix au chapitre ?

En fait, si le SG du FLN donne le top de départ de ce qui est un grand chantier législatif, il semble que le discours oublie de déterminer les modalités de refonte de la Constitution et c’est certainement sur ce point que seront attrapés tous les artisans de cette révision.

La charte de réconciliation nationale

Qu’est ce que la réconciliation nationale ? Une loi, une ordonnance, un dispositif, une idéologie ? Il semble que ce soit tout cela en même temps. Abdelaziz Belkhadem précise que ce sera une charte, une sorte de corpus proposé aux Algériens afin qu’ils l’adoptent comme fut adoptée la Charte nationale. Par qui sera rédigé ce corpus ? On l’ignore, mais il sera proposé à l’enrichissement lors de débats publics, comme le fut la Charte nationale en 1975, passée depuis à la trappe de l’histoire.

Il reste que la réconciliation nationale ne définit pas les grands axes de la politique sociale ou économique mais détermine les chapitres sur lesquels devront se pencher politiques et législateurs pour justement mener à bien la politique de réconciliation nationale. Il s’agira de l’outil de base ou de la référence essentielle pour traiter tous les dossiers (souvent pénibles) qui touchent à la réconciliation nationale.

Mais si on parle de débat sur la réconciliation nationale, celui qui a eu lieu avant terme concerne l’amnistie générale. Celle-ci sera un des titres de la réconciliation nationale, mais la récognition ne se fera pas uniquement autour de ce grand titre.

Débat au sein du FLN, dans quelques journaux... Mais de toute évidence, la débâcle de l’Equipe nationale de football concerne plus de public que les questions politiques. On se demande aussi si le choix de cette période chaude est propice à mener des débats de fonds. Certes, il y a eu les épisodes des étés maudits, avec le déballage de 1998, la crise du FLN de 2003... Veut-on alors “sauver la saison estivale 2005” avec un débat politique ? Ce serait là une manière constructive d’éviter des polémiques aussi coûteuses qu’inutiles, mais pourra-t-on intéresser les Algériens au devenir politique de leur pays ? Est-ce que c’est à l’aune de l’indifférence des Algériens pour ces consultations que l’on effectuera un véritable sondage grandeur nature et que l’on saura enfin tout le bien que nos concitoyens pensent des politiques?

Ces questions demeurent entières. Si ces chantiers sont menés par un parti politique – c’est son rôle – ils intéressent aussi, faut-il le rappeler, tous les Algériens indépendamment de leur appartenance politique ou du peu d’intérêt qu’ils portent à cette dernière.

Amine Esseghir

 

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Le mémorial de la honte

Marignane, petite ville du sud de la France. Le 6 juillet ; ce jour tant attendu par les nostalgiques de “l’Algérie française”, cette ville fêtera la barbarie en inaugurant un monument à la gloire des “fusillés de l’OAS”.

C’est le “mémorial de la honte” en souvenir des tueurs de l’OAS désormais encensés, réhabilités et récompensés par des retraites mirobolantes qui sera inauguré à la gloire de Roger Degueldre, fondateur des sinistres commandos Delta de l’OAS. Cette “commémoration” soulève déjà l’indignation de plusieurs associations qui réclament son gel et l’arrêt de la construction des stèles érigées un peu partout dans le bastion des rapatriés, le Sud de la France.

C’est une offense au monde entier et au général De Gaulle, ancien président de la République, lui-même cible des assassins de l’OAS. Les tueurs de cette organisation, coulés dans le bronze, sculptés dans le béton et autres cénotaphes de bronze et de marbre, seront exhibés pour rendre hommage à Roger Degueldre, dont les tueurs ont commis des milliers d’assassinats, tels Bastien-Thiry, impliqué dans la tentative d’assassinat du général de Gaulle au Petit-Clamart, Dovecar et Piegts, tous deux impliqués dans l’assassinat du commissaire central d’Alger, Roger Gavoury. Les quatre ont été condamnés à mort et exécutés.

Le spectre des commandos Delta hante les mauvaises consciences et resurgit avec les stèles érigées en leur mémoire dans le sud de la France. Des voix discordantes s’élèvent pour exprimer leur indignation et dénoncer l’inauguration, le 6 juillet prochain, d’un monument à Marignane, dédié à Roger Degueldre, créateur des “escadrons de la mort” et chef des sinistres commandos Delta de l’OAS qui ont assassiné des milliers d’Algériens mais aussi des Français.

Les stèles érigées à la gloire de tueurs racistes sont l’œuvre de fascistes de la droite extrême, nostalgiques de l’Algérie française, qui poussent jusqu’à la caricature l’esprit de la loi, enjoignant aux historiens d’enseigner le “rôle positif” de la colonisation comme une quête salvatrice et régénératrice. Même le Français moyen qui a fustigé cette loi incongrue ne peut s’imaginer qu’elle sera transmise aux futures générations.

Un “mémorial de la honte”, des “cathédrales de la peste” et des monuments portant l’effigie de Roger Degueldre qui, sous couvert de réconciliation, ne sont que prétexte au retour au grand jour des vieux démons qui démangent les mauvaises consciences.

Il est évident que toutes ces commémorations à titre posthume s’inscrivent dans le négationnisme des crimes coloniaux, encouragé par la loi du 23 février 2005 dont les répercussions n’ont pas tardé à se traduire en actes.

Le négationnisme s’affiche ostensiblement. Désormais, avec les commémorations autour de l’Organisation de l’armée secrète, composée en majorité d’assassins qui ne connaîtront jamais la gloire, la postérité est visée dans une tentative de “récupération”, sous une forme déguisée, du colonialisme, voire une sorte de repentance subrepticement imposée à la nation.

Un pas de plus est franchi vers la glorification du meurtre, vers la transformation des assassins en victimes qui tentent de se refaire une virginité avec l’édification de monuments en souvenir de ceux qui ont commis des exactions sur des populations civiles, faisant des attentats une doctrine absolue et un viatique incontournable pour assouvir leurs vils desseins.

Le lobby pied-noir et l’Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (Adimad) ont fait ériger une stèle à Marignane (Bouches-du-Rhône) à la gloire des “combattants morts pour que vive l’Algérie française”. Les nostalgiques de l’OAS et leurs héritiers de l’Adimad clament que ces crimes ont été amnistiés et qu’ils sont désormais réhabilités.

Déjà, cette association a érigé plusieurs stèles à la gloire de ces prétendus “martyrs”, qui laissent tout le monde de marbre. Demain, il ne serait pas exclu que les cendres de ces “victimes” soient transférées au Panthéon, que la monarchie française soit elle aussi réhabilitée, que Hitler et le nazisme aient droit de cité et que les holocaustes soient justifiés.

Des rapatriés pieds-noirs va-t’en-guerre

Selon une déclaration du représentant des rapatriés en France, les colons français qui s’arrogent le droit de retour en Algérie n’ont qu’un seul but : asservir ce pays jadis colonisé, pour le recoloniser à nouveau. Mettant à profit les “avantages” que leur confère la loi de février, les rapatriés d’Algérie n’ont pas tardé à procéder à l’élévation de plusieurs stèles dans le Sud de la France alors que l’indignation est à son paroxysme ; des associations demandent le gel de ces “cathédrales de la peste” qui sont une offense au général De Gaulle. Si l’intention de ces rapatriés est de faire revivre l’Algérie française et s’ils veulent croiser le fer avec les nationalistes algériens, ils seront servis. Mais le jeu n’en vaut pas la chandelle. Des rapatriés à l’idéologie perverse et décadente qui sont la fois des déracinés inconsolables et des enracinés, s’enferment dans des velléités farfelues afin de tenter de reconquérir l’Algérie. C’est dire à quel point les pieds-noirs n’ont toujours pas digéré l’indépendance de l’Algérie et tentent d’avancer à reculons.

On voit que les “assises anticolonialistes” (les indigènes de la République) trouvent leur parfaite justification pour mettre fin aux visées revanchardes de quelques rapatriés tentés de nouveau par l’aventure coloniale.

Le révisionnisme et la falsification de l’histoire aux seules fins de l’adapter au contexte politique contemporain se font de plus en plus précis ; on est passé à un cran de plus en autorisant l’élévation de plusieurs stèles à la mémoire des hommes de l’OAS.

 L’OAS ressuscitée

L’OAS, Organisation armée secrète, fut constituée en 1961, à l’instigation des généraux Salan et Jouhaud et d’hommes politiques comme Jean-Jacques Susini ; elle tenta par tous les moyens, attentats en Algérie et en France, de s’opposer à la politique algérienne du général de Gaulle. Quand il fut clair que l’indépendance de l’Algérie était inexorable et acquise, l’OAS pratiqua la politique de la terre brûlée. Son terrorisme aveugle contribua au départ d’Algérie de la majorité des pieds-noirs. Pour mémoire, rappelons que le lieutenant Roger Degueldre, né en 1925, a été fusillé le 6 juillet 1962 au fort d’Ivry. Ancien maquisard, engagé dans l’armée à la libération et passé à la Légion, il gagna ses galons en Indochine puis en Algérie. Déserteur le 22 avril 1961 lors du putsch des généraux d’Alger, il devient le responsable des commandos Delta de l’OAS qui ont exécuté assassinats et actes de terrorisme, massacraient les Arabes quand ils ne commettaient pas des attentats à l’explosif ou le mitraillage de blessés à l’hôpital. Degueldre fut condamné à mort par la Cour militaire de justice le 28 juin 1962. Il a été fusillé le 6 juillet 1962. Aujourd’hui, les partisans et sympathisant du fondateur des commandos Delta de l’OAS se recueillent et lui rendent hommage, au cimetière des Gonnards, à Versailles.

L’histoire assombrie

Il est évident qu’il y a un réel mouvement de réhabilitation insidieuse du colonialisme au sein des anciens rapatriés, mauvais perdants et rancuniers, fascinés par leur pays d’origine qu’ils ne sont pas près d’oublier. Ces nostalgiques de “l’Algérie française”, déracinés et inconsolables se sont mobilisés et érigent des monuments en souvenir de leur pays d’origine et des tueurs de l’OAS pour donner une nouvelle impulsion à leur idéologie décadente et “revaloriser l’œuvre bienfaitrice et instructive de la colonisation pour les générations futures” qui pourront s’en inspirer à travers les fondements de la loi du 23 février 2005. Cette loi tendancieuse aux relents de nouvelles conquêtes coloniales enjoint aux enseignants de reconnaître “le rôle positif de la présence outre-mer, notamment en Afrique du Nord” et d’insuffler la doctrine de supériorité de la race blanche.

A cet effet, Europe-Action, née en janvier 1963 et disparue en 1966, a placé au cœur de sa doctrine la notion de race et a réaffirmé la supériorité de la “civilisation blanche” sur “les races inférieures”. Le second aspect de cette loi réhabilite les anciens tueurs de l’OAS en les rétablissant dans leurs droits à la retraite avec tous les avantages y afférents.

Ces anciens terroristes se voient réhabilités grâce à cette loi, initiée par Philippe Douste-Blazy en 2003, dont la tâche éloquente est de “parachever l’effort de solidarité nationale envers les rapatriés et de promouvoir l’œuvre collective de la France outre mer” vont ouvrir la voie à des dérives extrémistes. Dans le sud de la France, leur bastion, ces rapatries en déphasage avec le temps ont projeté de mettre à exécution l’édification d’une stèle à la mémoire du lieutenant créateur des commandos Delta, Roger Degueldre, fusillé le 6 juillet 1962, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.

Force est de constater que l’amnistie des membres de l’OAS interdit d’entamer des poursuites judiciaires à  leur encontre ; c’est une façon habile et exemplaire d’installer l’amnésie et le laxisme. Mais leur mémoire sinistre resurgit ; pour preuve, nombre de stèles ont été érigées à Toulon, Nice, Théoule-sur-Mer, Perpignan...

La France malade de son passé algérien

Le FLN a ressenti comme une provocation la nomination de Philippe Douste-Blazy au ministère français des Affaires étrangères. En effet, celui-ci est le co-auteur d’une récente loi réhabilitant la colonisation de l’Algérie. Depuis six ans que les Français tentent de réviser leur souvenir de cette période, ils multiplient les gestes contradictoires sans parvenir à admettre l’ampleur des crimes commis. Cependant, la réconciliation entre les deux rives de la Méditerranée passe d’abord par la réconciliation des Français avec leur histoire.

Pour montrer sa bonne volonté de renouer le dialogue avec Alger en vue de la signature du traité d’amitié entre les deux capitales, Jacques Chirac a retiré la légion d’honneur à Aussaresses, condamné en décembre 2004 pour apologie de la torture à la suite de la publication de ses Mémoires sur la guerre d’Algérie.

De concession en concession, le deuxième geste du Président français, dont la cote de popularité ne fait que dégringoler, a été sa réaction à l’élection d’Assia Djebar à l’Académie française. Jacques Chirac, pour faire oublier ses déboires politiciennes après le “non” exprimé massivement par le peuple français au projet de Constitution européenne, a lui-même reconnu que cette consécration à un écrivaine algérienne donnait “un nouveau témoignage de la profonde amitié de la France à l’égard de l’Algérie”. Est-ce que ces deux “événements” sont suffisants pour croire qu’il existe un espoir pour continuer à nourrir un projet d’amitié, même éphémère, entre l’Algérie et la France, alors que les politiques français réaffirment la mission civilisatrice de la colonisation ?

Quel traité d’amitié ?

Ces deux coups de théâtre médiatiques ne sauraient dédouaner pour autant la barbarie dont s’est rendue coupable, incontestablement, la France coloniale qui s’évertue à occulter des horreurs à travers la loi du 23 février 2005 votée par le Parlement français, qui glorifie les bourreaux et leurs complices d’hier. Un traité d’amitié ne peut être signé dans le contexte actuel où s’entremêle la non-reconnaissance des génocides perpétrés par l’armée coloniale. L’outrecuidance est à son comble lorsque cette loi, qui insiste sur l’aspect bienfaiteur du colonialisme, se mêle au passé ensanglanté d’un pays qui garde les stigmates d’une occupation séculaire. Il est évident que la pertinence de ce traité sera subordonnée à une refonte de cette loi, qui ne peut que porter préjudice aux victimes du colonialisme, et au rappel à l’ordre des pieds-noirs qui sont en train d’exhumer les tueurs de l’OAS à travers des monuments indécents. Le fait que le président Chirac ait enlevé la légion d’honneur à Aussaresses ne peut être interprété comme un geste de bonne volonté car cela n’a rien à voir avec cette infâme loi que tout le monde récuse. Il a été clairement signifié aux politiques français que la loi sur les rapatriés français est une entrave aux bonnes relations entre les deux pays et que le traité d’amitié ne pourra être paraphé que quand les conditions seront réunies. Si l’on prend acte du rejet par la société française de toute velléité de réhabilitation pernicieuse de l’OAS et de l’exclusion de la légion d’honneur du général Aussaresses, on doit estimer ces gestes à leur juste valeur : ils ne peuvent interférer sur la polémique entretenue par Paris qui tergiverse et relativise l’ampleur des crimes coloniaux.Aujourd’hui, alors que la France est attendue sur sa reconnaissance des crimes commis par l’armée coloniale contre les populations algériennes, avant et durant la Guerre de Libération, c’est tout à fait le contraire qui se produit. Les caciques du colonialisme positif surprennent avec leurs déclarations lapidaires aussi bien l’Algérie que les Français eux-mêmes.

N. Rahal

 

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Si la qualité de moudjahid m’était contée...

Pour des considérations interlopes, le ministre des Moudjahidine vient d’affirmer qu’une opération d’assainissement va bientôt être lancée et ce pour démasquer les intrus qui, par la corruption, la ruse, le mensonge et l’entourloupe, se sont adjugé une qualité qu’ils sont loin de posséder.

Comment réagir à une telle déclaration et que faut-il en penser ?

Une histoire satyrique bien de chez nous nous apprend qu’un jour, les humains se sont concertés et ont appelé le renard du coin pour lui proposer la trêve suivante : “Désormais, monsieur le renard, nous avons décidé que tu auras à surveiller le troupeau que nous possédons.” A ces mots le renard se met à pleurer. Interloqués, les humains lui demandent les raisons d’un tel chagrin. Il leur répond que si une telle chose devait se produire, lui ne s’occuperait que des moutons alors que les agneaux seraient laissés sous la surveillance de son fils.

La morale de cette histoire est qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Pour revenir à des choses plus prosaïques, je dois dire qu’il a fallu beaucoup de temps à ce haut responsable pour qu’il réagisse à une anomalie de notoriété publique.

Combien de patriotes – au sens noble du terme – n’ont-ils pas dénoncé cette forfaiture, laquelle était monnayée par des individus qui avaient hâte de mettre le pays à genoux dans le cadre d’un plan machiavélique concerté pour accaparer des leviers de commande et autres postes de décision ? Rien moins que cela.

Il reste que la peur de représailles et la chape de plomb qui maintenait les Algériens sous un régime inique avait fini par être levée grâce au sacrifice des jeunes, du 5 octobre 1988.

Mais hélas, les clans étaient devenus trop puissants pour être inquiétés.

D’autant que par abomination, un terrorisme retors et inqualifiable ne lésinait pas sur les éliminations physiques. L’agora s’était vidée et il ne restait que quelques téméraires qui jouaient leur vie et celles de leurs familles pour perpétuer l’honnêteté rédemptrice ; sans doute par écœurement au vu de ce que l’Algérie ne cesse de subir.

Parmi ceux-là, un certain Mellouk Benyoucef – vrai moudjahid  et cadre supérieur au ministère de la Justice – avait osé franchir le Rubicon et comptabiliser des dizaines de faux moudjahidine. Ces usurpateurs n’occupaient pas que des postes subalternes de plantons ou autres préposés aux écritures, mais étaient (ou sont) des hauts magistrats, qui au niveau de la cour Suprême, qui en qualité de président de cour ou procureur général. Bien entendu, leur puissance réelle au niveau des arcanes du pouvoir s’est manifestée de la manière la plus cruelle tant et si bien qu’il se retrouvera jeté dans une geôle en compagnie de Mahmoudi Abderrahmane, alors directeur de L’Hebdo Libéré. Comme un vulgaire intrus, il n’a cessé d’être soumis aux menaces de mort et autres harcèlements ; tout comme il fut relevé de ses fonctions et laissé sans salaire, c’est-à-dire dans une grande détresse. Seuls son courage, l’affectueux soutien de sa digne épouse et un entourage restreint l’ont aidé à surmonter ces terribles épreuves.

La déclaration du ministre soulève des questions.

1 - En 1962, combien de personnes avaient la qualité de moudjahid ?

2 - En promettant de dévoiler les noms des faux moudjahidine, n’y a-t-il pas risque de troubler de l’ordre public ?

Livrer à la vindicte populaire des faussaires, c’est les exposer à toutes sortes de sarcasmes et autres humiliations qui rejailliraient sur leurs enfants, ce dont il faut faire l’économie.

3 - Une ordonnance “amnistiante” devra déterminer les mécanismes d’une telle opération si tant est que la légalité soit observée.

4 - Prévoir une campagne de sensibilisation pour amener chaque contrevenant à se désister de sa fausse qualité sans aucun risque.

5 - Tout contrevenant devra renvoyer directement au ministère des Moudjahidine son brevet de pension ainsi que les attributs de sa qualité.

6 - Ce n’est qu’après une période “probatoire” que les récalcitrants feront l’objet de poursuites judiciaires, si besoin est.

Il est évident que la réussite de cette action,sera le prélude à d’autres, non moins bénéfiques pour l’Algérie, à l’exemple de l’idée quant au rapatriement des fonds déposés par des Algériens dans des banques étrangères. Si les détenteurs de ces sommes colossales les investissaient, ils enclencheraient une dynamique puissante de création d’emplois pour les centaines de milliers de chômeurs qui ne rêvent que de vivre dignement ; au besoin à être obligés de s’expatrier malgré les contraintes sans nom qu’ils auront à affronter.

Dans le même ordre d’idées, quand le président de la République fait part de difficultés venant de cercles à la périphérie du Pouvoir, on est en droit de demander à ceux qui incarnent la gestion des affaires du pays d’oser innover, d’anticiper et surtout de s’investir dans des actions et chantiers à même de faire renaître la confiance entre gouvernants et gouvernés. C’est un devoir impérieux et chacun est invité à méditer le verset 23 de la Sourate 33 : “Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont atteint leur fin et d’autres attendent encore, et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement).”

C’est dire que si le ministre des Moudjahidine – et d’autres dans leurs secteurs respectifs – tenait sa parole, ce serait (et non sera) la première pierre blanche (côté officiel, s’entend) posée pour la construction de l’Algérie rêvée par nos chouhada.

 

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N.B. Une dernière interrogation : compte tenu des derniers survivants, ces listes reprendraient-elles même ceux qui sont passés de vie à trépas ? En tout état de cause et avec impatience je dis : Chiche, monsieur le ministre !

 

Le moudjahid Souhabi Abdelkader, ex-cadre des Douanes qui préfère l’exil à l’injustice

 

 

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L’Intelligentsia dans  les rangs de la Révolution

L’UGEMA a cinquante ans

C’est la ville de Tlemcen qui aura l’insigne honneur d’abriter la rencontre commémorant le cinquantenaire de la naissance de l’UGEMA. Cette ville des lumières et du savoir, cité de la résistance anticoloniale, Tlemcen, glorifie ceux de l’élite intellectuelle révolutionnaire qui ont sacrifié leur vie pour que vive l’Algérie libre et indépendante.

L’événement est plus qu’historique avec l’ouverture des travaux du séminaire par le président Abdelaziz Bouteflika, qui a tenu personnellement à venir rendre un vibrant hommage à cette frange de la population qui a quitté les bancs du lycée et de l’université pour rejoindre le maquis. Ils seront les cadres de l’Algérie indépendante.

Emotion et témoignages

L’Algérie vit un moment historique de son combat en célébrant le cinquantième anniversaire de la Révolution du 1er Novembre 1954. Beaucoup de faits de l’histoire restent encore dans la mémoire des acteurs qui ont survécu et dont les témoignages sont d’un apport incalculable pour les historiens.

Nous célébrons le cinquantième anniversaire de la création de l’UGEMA, organisation estudiantine qui a été un réservoir de cadres de la Révolution et qui seront aux avant-postes des responsabilités de l’Etat, au lendemain de l’indépendance nationale.

Sans nul doute, au moment où le président Bouteflika s’apprête à engager le processus de réconciliation nationale, la présence de nombre de ces militants de l’UGEMA, par leur savoir, qui ont constitué l’intelligence au service de la Révolution et de l’Algérie libre, fera de cette journée historique un moment d’enseignement, mais également un regard sur la communion dans la communauté du peuple.

Ecrire l’histoire, c’est se référer aux sources et aux témoignages. Tout a une signification et confère une attitude critique. La vérité historique est infinie. Tout n’est plus faux ni vrai non plus, loin de là, car il y a des choses qui échappent à la raison. Il n’y a pas de faits seulement, mais des interprétations à la fois, des acteurs et des récits sur des événements vécus.

Lorsqu’à l’appel de l’UGEMA, il y a de cela 50 ans, la déclaration publiée marqua une rupture avec un mythe et un engagement d’une ferveur patriotique intense et l’expression forte du texte : “Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres.” A quoi donc serviraient-ils, ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm… Et nous, les cadres de demain, on nous offre d’encadrer quoi ? D’encadrer qui ?

“La grève des étudiants fut largement suivie par les étudiants et un grand nombre parmi eux rejoindra les rangs de l’ALN.”

On ne peut détacher la lutte des étudiants du combat mené par les différents partis du mouvement national. A l’époque déjà, les étudiants algériens étaient organisés dans l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN), créée en 1919 à Alger, et de l’Association des étudiants musulmans nord-africains créée en 1927 à Paris et regroupant les étudiants maghrébins en France, dont le siège était au 115, boulevard Saint-Michel, à Paris.

C’est à la faveur d’une motion votée à l’unanimité le 27 février 1955 à Alger, par les étudiants de l’AEMAN, que sera lancée l’initiative de la création d’une nouvelle organisation estudiantine algérienne permettant aux étudiants de participer dans un cadre organique à la Guerre de Libération nationale. Cette organisation sera dénommée UGEMA.

L’UGEMA, la lettre “M” et les autres…

Le congrès constitutif de l’UGEMA a eu lieu du 8 au 14 juillet 1955, à la salle de la Mutualité, après une réunion préparatoire tenue à Paris du 4 au 7 avril.

Le choix de la lettre “M” (musulman) n’est pas fortuit. Etait-ce une façon de revendiquer l’appartenance du mouvement aux valeurs arabo-musulmanes ou avait-elle une autre interprétation, à l’époque, de nature idéologique ?

Selon Mohamed Harbi, un congrès parallèle a été organisé à la Maison des Lettres, rue Feron, par des étudiants algériens communistes et nationalistes de gauche visant à créer l’Union générale des étudiants algériens (UGEA). Mais cette tentative sera avortée.

L’action de l’UGEMA, qui avait auparavant une ligne de défense syndicale (intérêts moraux, échanges culturels, lutte contre l’analphabétisme), s’oriente désormais vers des objectifs politiques.

Répression, interpellations, arrestations dans les rangs estudiantins

La répression ne va pas tarder à s’abattre sur ses membres, dont un grand nombre connaîtra les interpellations, les perquisitions et les arrestations au cours de l’année 1955 et certains trouveront la mort, tel le vice-président de l’Union, Zeddour Belkacem.

Le 20 janvier 1956, les étudiants algériens en France organisent une grève de la faim pour protester contre les mesures répressives. Mais l’engagement de l’UGEMA dans le mouvement de libération se précise à partir du 19 mai, date de la grève illimitée des cours et des examens, déclenchée en accord avec la direction du FLN.

Selon Bélaïd Abdeslem, un des animateurs de l’UGEMA, l’idée de créer une Union musulmane des étudiants maghrébins en 1953, n’a pas marché du fait que les Tunisiens avaient créé leur propre union, l’UGET. Il était alors dans notre esprit de rassembler les sensibilités politiques proches : des communistes, des oulémas et des indépendants.

Controverse idéologique et orientations du mouvement estudiantin

Dans le milieu intellectuel, les communistes, dira A. Bélaïd, étaient les plus entreprenants. Pour le courant nationaliste, l’Algérie était au centre de toute action. Pour les communistes, tout se ramenait à l’action communiste mondiale et, à l’époque, la bombe atomique était au menu de leurs réunions, c’est-à-dire un militantisme pour le mouvement de la paix et contre les essais nucléaires. Mais pour les nationalistes, l’indépendance de l’Algérie passait avant toute autre action. Le problème palestinien a aussi partagé les étudiants des deux courants.

Après la crise berbériste de 1949, beaucoup d’étudiants du PPA sont passés au sein du PCA, même si aux élections de la direction de l’AEMAN, le courant nationaliste l’a emporté.

Bélaïd Abdeslam dira plus tard, dans ses entretiens avec Mahfoud Bennoune et Ali El-Kenz, dans le livre Le Hasard et l’Histoire, qu’il cumulait sur sa personne la haine des éléments berbéristes et communistes et que l’étiquette l’a suivi longtemps et colle à sa peau comme étant un élément réactionnaire, anti-communiste, anti-gauche.

La problématique qui se posait en lançant l’Union nationale des étudiants était celle d’une union des étudiants algériens arabes et donc musulmans, et non celle qui “acceptait les étudiants juifs et français”.

Cette thèse n’était pas dans l’esprit de Bélaïd Abdeslam, celle aux relents racistes ou anti-confessionnels, mais par un souci tactique, et la loi du nombre aurait fait basculer l’Union vers plus de Français et de juifs que de musulmans du fait que dans l’organisation, l’effectif des étudiants d’origine européenne et juive dépasserait les 500 étudiants algériens en Algérie et en France.

A en croire A. Bélaïd, l’Union sera formée en majorité de non-musulmans.

En France, l’influence du courant communiste est grandissante dans l’AEMAN. Cependant, dira A. Bélaïd, Marocains et Tunisiens votaient massivement pour les candidats d’obédience PPA.

Les Rédha Malek, Abdelmalek Benhabyles, Mohamed Amir, Mohamed Mahdi, Mohamed Harbi, Messaoud Aït Chaâlal, Mouloud Belaouane, Tahar Hamdi, Hachemi Bounedjar, Mohamed Rezoug, Mohamed Kellou, Mohamed Khemisti, Ali Lakhdar, Ahmed Ouanouri, Mohamed Ouaddahi, Mohamed Oucif, Chérif Faïdi, Mentouri Mahmoud, Mahmoud Benhabylès, Mohamed Abada, Saïd Chibane, Mohamed Toumi, Mustapha Laliam, Rachid et Tahar Maïza, Mohamed Bedjam, Djeloul Beghli, Noureddine Deleci, Chaïb Taleb, tous ces étudiants sont venus renforcer le courant nationaliste et leur apport a été déterminant pour le lancement de la constitution de l’UGEMA. D’autres étudiants arrivèrent à Paris, tels que Abdelkader Belarbi et Lakhdar Brahimi, avec l’idée d’une conférence nationale préparatoire pour organiser le congrès constitutif då!l’UGEMA, en prenant appui sur les étudiants à Alger.

Lamine Khène et le contrôle de l’AEMAN à Alger

A la suite d’une correspondance entre Bélaïd et Khène, tout est en marche pour la création de l’UGEMA. A partir de 1955, les militants du courant nationaliste ont pris le contrôle de l’AEMAN dans la coalition communiste. Le nouveau président de l’AEMAN était Mohamed Baghli, entouré de Mohamed Benyahia, Alloua Benbabouche, Lamine Khène et d’autres.

Alors que le courant nationaliste était pour la création de l’UGEMA, les communistes étaient pour l’UGEA.

Les deux conférences préparatoires, en mars 1955, furent tenues à Alger et à Paris. C’était Benyahia qui devait entreprendre, pendant les vacances de Pâques, une tournée à travers les universités de France pour convaincre les étudiants algériens de se rallier à la thèse de l’UGEMA. Rédha Malek en faisait de même pour la région parisienne.

Bélaïd Abdeslam dit avoir été rassuré par Mohamed Seddik Benyahia qui l’accueillit à la gare de Lyon en lui lançant l’idée que “Paris est encerclée par la province”.

Le décompte des voix et les partisans de l’UGEMA

En voyant que la majorité des étudiants était pour les thèses de l’UGEMA, les communistes se sont retirés et sont allés faire une conférence à part. Alors que Rédha Malek défendait brillamment les grandes idées de l’UGEMA, les communistes maintenaient l’idée de “l’Algérie, nation en formation”. Ce qui mènera à l’organisation, au mois de juillet, de deux congrès, l’un pour l’UGEA (communistes, berbéro-communistes et leurs sympathisants), l’autre pour l’UGEMA avec les nationalistes où se sont ralliés les éléments de l’UDMA et des oulémas. Taleb El-Ibrahimi soutenait alors le courant ugémiste. Tout cela se passait durant l’année 1955, où les actions étaient conformes à la ligne du FLN qui n’était que la continuité du mouvement nationaliste PPA/MTLD. Il faut dire qu’au niveau estudiantin, la même démarche a été suivie, comme celle de l’Association des amis du Manifeste et de la liberté en 1944 et celle des communistes où ils ont créé parallèlement le Manifeste des amis de la démocratie.

Le marxisme estudiantin en vogue face à l’UGEMA – UGEA

Le congrès constitutif de l’UGEMA, tenu en juillet 1955 à Paris, réunissait les représentants des communautés universitaires de France, d’Europe, d’Alger, de la Zaïtouna et les Quarawiyine de Fès. Le siège du comité exécutif était à Paris.

Mohamed Harbi, nous dit Bélaïd Abdeslam, avait opté pour l’UGEA et il en a été un militant actif, alors qu’il fut un des jeunes les plus méritants au sein du PPA/MTLD. Il était même informé des préparatifs du congrès de l’UGEMA. Il connaissait tout de nos contacts et démarches, ajoute Bélaïd Abdeslam.

Le premier comité exécutif de l’UGEMA était en majorité oulémas-UDMA ; le discours d’ouverture a été prononcé par Taleb El-Ibrahimi. Il y avait dans le comité exécutif, entre autres, Layachi Yaker, Abderahmane Cheriet et bien sûr les membres fondateurs tels que Bélaïd Abdeslam, Mouloud Belahouane, Abdelmalek Benhabylès, Benyahia Mohamed Seddik, Lamine Khène, Malek Rédha, Aït Chaâlal, Ali Abdellah, Aoufi Mahfoud, Belarbi Abdelkader, Bouabdellah Mokhtar, Boutamjit Tahar, Brahimi Lakhdar, Brahimi Noureddine, Hamdi Tahar, Houhou Djamel, Kellou Mohamed Messaoud, Khemisti Mohamed, Lakhdar Ali, Mansour Benali, Mokrane Mohamed, Ould Rouis Bachir, Refas Mohamed, Rezzouk Mohamed, Taleb Chouaïb, Tiar Sid Ali, Zirouche Derradji. Tous ont fait parti du comité exécutif de juillet 1955 à septembre 1962. Les autres étaient membres du comité directeur de juillet 1955 à décembre 1957, tels que Abderrahim Noureddine, Largem, Belhacine Saâd, Benyahia Mohamed, Berrah Ghalem, Boudiaf Aïssa, Boudjelab Amar, Faydi Chérif, Ferdjioui Abdelhamid, Ghazali Méziane, Hamouche Arezki, Khellef Maâmar, Krim Rachid, Larbi Mohamed, Rédha Malek, Mokdad Allaoua, Mentouri Mahmoud, Sahnoun Mohamed, Sisbane Chérif…

UGEMA pour le FLN

L’UGEMA devenant un partenaire crédible dans les milieux estudiantins internationaux et organisations, s’est rapprochée de Abane Ramdane (FLN) pour engager les actions politiques.

L’UGEMA se prononcera pour le FLN. C’est la section UGEMA d’Alger qui a lancé l’idée de “la grève générale et illimitée des cours et des examens et départ à l’ALN”.

Bélaïd Abdeslam a quand même obtenu, par le biais d’amis français, un laissez-passer pour aller à Alger où il devait rencontrer Lamine Khène, Allaoua Benbabouche, Hachem Malek (frère de Rédha Malek et membre fondateur de l’UGEMA quii sera arrêté en 1957, jusqu’à l’indépendance), Sadek Kéramane et Brahim Chergui.

A. Bélaïd rencontrera Benkhedda avec Lamine Khène et Benbatouche. Le mouvement avait été suivi par les lycées, qui ont observé la grève et de nombreux lycéens rejoignent les rangs de l’ALN.

Il faut dire qu’à Paris, les leaders de l’UGEMA n’étaient pas chauds pour la grève générale et illimitée des cours. Lamine Khène et Benbatouche rejoignirent le maquis et Allaoua Benbatouche tombera au champ de bataille dans la Wilaya II, pendant sa traversée de la frontière algéro-tunisienne, de retour vers l’intérieur. Et Bélaïd devait convaincre ses camarades de Paris de la décision prise pour la grève qu’il fallait généraliser à l’ensemble des étudiants algériens.

Ainsi fut-il définitivement acquis que la jeunesse estudiantine s’intégrait dans le vaste mouvement de lutte révolutionnaire de notre peuple. Le 19 mai 1956 s’inscrit donc dans une stratégie de lutte menée par le FLN et c’est au CE du FLN qu’il sera ordonné, le 3 octobre 1957, la fin de la grève, à l’ouverture de la rentrée universitaire de l’année 1957/1958. Les autorités françaises opèreront la dissolution de l’UGEMA le 28 janvier 1958.

Certains des étudiants algériens dans les universités de France ont rejoint l’ALN par leurs propres moyens, tels que Mustapha Laliam, Mohamed Gueddi (membre fondateur de l’UGEMA, mort au combat, étudiant en médecine), les frères Belhocine (membres de l’UGEMA, morts au combat), Ahmed Chérif Mentouri dit Mahmoud (frère de Bachir Mentouri, membre fondateur de l’UGEMA, qui rejoint l’ALN aux frontières et meurt en 1957 tomba au champ d’honneur), Yahia Farès (membre fondateur de l’UDMA, rejoint l’ALN), Mohamed Toumi ; d’autres étudiants seront acheminés par la fédération de France FLN.

En décembre 1956, l’UGEMA rompt tout contact avec l’UNEF qui voulait infléchir la ligne politique du mouvement qui ne sera repris qu’en 1960 avec une nette évolution de l’UNEP pour les thèses du FLN, et donc de l’UGEMA.

Par l’ampleur de la grève, les étudiants algériens ont réussi à sensibiliser les étudiants du reste du monde, y compris ceux de France, car le mouvement estudiantin avait une influence considérable sur les opinions de leurs pays respectifs et sur l’opinion internationale. De nombreux étudiants recevaient des bourses d’études par le biais de l’Union internationale des étudiants (UIE), dont le siège est à Prague. Il faut dire que des non grévistes ot été exclus de l’UGEMA.

La grève a été d’une portée politique certaine à bien des égards. Quelque 2 000 étudiants et lycéens dees universités d’Alger, de France, de la Zitouna, d’El-Karaouine (Fès), du Moyen-Orient, de l’Institut Ben-Badis et d’El-Ketania de Constantine formaient l’effectif global  mobilisé en 1956.

Parmi eux, Belkacem Zeddour (qui fut un martyr de la Révolution), Brahim Mezhoud, Adda Benguetaf, Abbou Kacem Saâdallah, Malek Bennabi, Mohamed Ksour, Torki Rabah, Abdelkader Benkaci, Yahia Bouaziz, Abbou Alliouche, Mohamed Meftah, Nour Abdelkader, qui ont fait les universités du Moyen-Orient, notamment au Caire où ils se rencontraient au Club estudiantin maghrébin ou à Damas, où le bureau des étudiants était présidé par Youcef Rouissi, organisé en commission des étudiants, ensuite en Ligue des étudiants.

Le mouvement estudiantin aux sources de l’UGEMA

On peut dire que la grève des étudiants fut un tournant dans l’engagement du mouvement de l’intelligentsia dans les rangs de la Révolution. Ce sont ces élites qui prendront les postes de responsabilité dans l’économie, la diplomatie, l’encadrement de l’ANP et l’administration, au lendemain de l’indépendance.

Mais le combat idéologique se poursuivra à l’ombre des luttes de position et le mouvement estudiantin ne sera pas indemne des différents conflits et débats au plan systématique, quarante-neuf ans après…

Beaucoup de témoignages et d’ouvrages écrit sur le rôle de l’UGEMA et son engagement dans le mouvement de libération national auront donné à l’UNEA et aux autres organisations estudiantines et de jeunesse les référents qui demeureront à jamais le symbole de cette jeunesse combative et imprégnée de hautes valeurs humanistes.

Cet anniversaire, qui s’inscrit dans le cadre du cinquantenaire de la Révolution et ouvre les horizons, en ce XXIe siècle, à une Algérie solidaire, réconciliée sous la clairvoyance et la vision éclairée de la démarche du président Bouteflika dans la réhabilitation des grands hommes et des héros de notre histoire lointaine et contemporaine, au moment ou plus que jamais le devoir de mémoire nous interpelle afin d’immortaliser les faits saillants de notre combat libérateur contre toute tentative de falsification et d’atteinte à la dignité et à la mémoire de nos chouhada.

Cette occasion est aussi celle d’une réponse énergique à la loi du 23 février 2005 qui voulait positivement glorifier les atrocités perpétrées contre le peuple algérien durant les 132 ans de présence coloniale et qui ont laissé des séquelles indélébiles dans la mémoire collective.

Boudjemaâ Haïchour

(Chercheur universitaire)

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Notes

1 - Mahfoud Bennoune et Ali Kenz : Le Hasard et l’Histoire, entretiens avec Bélaïd Abdeslam. La lutte des étudiants et la formation de l’UGEMA, p. 89 (ENAG Alger 1990)

2 - Guy Perville : Les étudiants algériens de l’université française (1880-1962), éd. CNRS (Paris 1984)

3 - Bruno Etienne : Les étudiants algériens, lutte, UGEMA (Tunis 1960)

4 - Revue Athakafa (n° 92, avril 1986), Action des étudiants algériens au Moyen-Orient, par Amar Bahloul. p. 115.

5 - Slimane Cheikh : L’Algérie en armes (1981, CPU) pp.251-253.

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