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Réconciliation nationale, amnistie, Constitution
Qui sait où va
l’Algérie ?
Les derniers
propos du ministre d’Etat, représentant personnel du président de la
République, auront eu l’avantage d’éclairer la lanterne de tous ceux
qui observent la scène politique nationale, mais en même temps, ont
confirmé tout ce à quoi on s’attend un peu pour les prochains mois.
Abdelaziz Belkhadem a “mené campagne” durant une journée à travers
les médias lourds, il y a un peu plus d’une semaine, pour expliquer
ce vers quoi va le pays.
La Constitution
sera révisée, on ne sait pas de quelle manière (référendum ou
convocation des deux chambres du Parlement) mais un débat a déjà été
entamé au niveau du FLN. La question est liée à la forme du régime :
parlementaire ou présidentiel. Si Abdelaziz Belkhadem préconise
personnellement le régime parlementaire, il indique que “nous ne
sommes pas prêts pour cela” et qu’il vaudrait mieux s’orienter vers
le régime présidentiel. Est-ce que le représentant du président de
la République exprimait également l’avis du président Bouteflika ?
On serait tenté de le penser. Une des premières observations
formulées par le président Bouteflika, dès sa prise de pouvoir, en
1999, a été la question de la forme du régime. Pour lui, la
Constitution actuelle était une entité politique hybride qui avait
pris le plus mauvais du régime parlementaire et le pire du régime
présidentiel. Cette critique laissait entendre sans ambages que le
Président s’apprêtait à proposer sa modification. Cela ne s’est pas
fait durant le premier mandat, mais cette fois, il ne fait plus de
doutes que la Constitution sera révisée. Est-ce qu’en sus sera revue
la durée du mandat présidentiel ou les limites de son renouvellement
? Il y a lieu d’attendre la mouture et, à ce sujet, Abdelaziz
Belkahdem ne dit pas qui va élaborer cette nouvelle version.
Même s’il ne
s’agit pas de reprendre à notre compte les critiques du FFS à propos
de la constituante mais il faut bien constater que seule la
Constitution de 1963 a été élaborée par une assemblée constituante
(avec les soubresauts que l’on sait). Les suivantes, adoptées par
référendum, ont été élaborées par des techniciens et on a été
prompts à les critiquer dès leur adoption, avec d’autant plus de
facilité qu’elles n’étaient pas des synthèse de débats politiques
menées par les acteurs effectifs de la société.
Est-ce qu’encore
une fois, la formule tant décriée sera réutilisée ? Abdelaziz
Belkhadem suggère qu’un débat ait lieu et le FLN sera le premier à
le mener à l’intérieur de ses instances et avec ses militants. Mais
est-ce que seul le FLN, fort du nombre de ses députés, va proposer
cette nouvelle Constitution ? Si ce sont les députés qui vont
débattre et proposer, quel est le sort de la société civile, des
associations et des personnalités politiques qui n’auront pas voix
au chapitre ?
En fait, si le SG
du FLN donne le top de départ de ce qui est un grand chantier
législatif, il semble que le discours oublie de déterminer les
modalités de refonte de la Constitution et c’est certainement sur ce
point que seront attrapés tous les artisans de cette révision.
La charte de
réconciliation nationale
Qu’est ce que la
réconciliation nationale ? Une loi, une ordonnance, un dispositif,
une idéologie ? Il semble que ce soit tout cela en même temps.
Abdelaziz Belkhadem précise que ce sera une charte, une sorte de
corpus proposé aux Algériens afin qu’ils l’adoptent comme fut
adoptée la Charte nationale. Par qui sera rédigé ce corpus ? On
l’ignore, mais il sera proposé à l’enrichissement lors de débats
publics, comme le fut la Charte nationale en 1975, passée depuis à
la trappe de l’histoire.
Il reste que la
réconciliation nationale ne définit pas les grands axes de la
politique sociale ou économique mais détermine les chapitres sur
lesquels devront se pencher politiques et législateurs pour
justement mener à bien la politique de réconciliation nationale. Il
s’agira de l’outil de base ou de la référence essentielle pour
traiter tous les dossiers (souvent pénibles) qui touchent à la
réconciliation nationale.
Mais si on parle
de débat sur la réconciliation nationale, celui qui a eu lieu avant
terme concerne l’amnistie générale. Celle-ci sera un des titres de
la réconciliation nationale, mais la récognition ne se fera pas
uniquement autour de ce grand titre.
Débat au sein du
FLN, dans quelques journaux... Mais de toute évidence, la débâcle de
l’Equipe nationale de football concerne plus de public que les
questions politiques. On se demande aussi si le choix de cette
période chaude est propice à mener des débats de fonds. Certes, il y
a eu les épisodes des étés maudits, avec le déballage de 1998, la
crise du FLN de 2003... Veut-on alors “sauver la saison estivale
2005” avec un débat politique ? Ce serait là une manière
constructive d’éviter des polémiques aussi coûteuses qu’inutiles,
mais pourra-t-on intéresser les Algériens au devenir politique de
leur pays ? Est-ce que c’est à l’aune de l’indifférence des
Algériens pour ces consultations que l’on effectuera un véritable
sondage grandeur nature et que l’on saura enfin tout le bien que nos
concitoyens pensent des politiques?
Ces questions
demeurent entières. Si ces chantiers sont menés par un parti
politique – c’est son rôle – ils intéressent aussi, faut-il le
rappeler, tous les Algériens indépendamment de leur appartenance
politique ou du peu d’intérêt qu’ils portent à cette dernière.
Amine Esseghir
Haut
Le mémorial de la honte
Marignane, petite
ville du sud de la France. Le 6 juillet ; ce jour tant attendu par
les nostalgiques de “l’Algérie française”, cette ville fêtera la
barbarie en inaugurant un monument à la gloire des “fusillés de
l’OAS”.
C’est le “mémorial
de la honte” en souvenir des tueurs de l’OAS désormais encensés,
réhabilités et récompensés par des retraites mirobolantes qui sera
inauguré à la gloire de Roger Degueldre, fondateur des sinistres
commandos Delta de l’OAS. Cette “commémoration” soulève déjà
l’indignation de plusieurs associations qui réclament son gel et
l’arrêt de la construction des stèles érigées un peu partout dans le
bastion des rapatriés, le Sud de la France.
C’est une offense
au monde entier et au général De Gaulle, ancien président de la
République, lui-même cible des assassins de l’OAS. Les tueurs de
cette organisation, coulés dans le bronze, sculptés dans le béton et
autres cénotaphes de bronze et de marbre, seront exhibés pour rendre
hommage à Roger Degueldre, dont les tueurs ont commis des milliers
d’assassinats, tels Bastien-Thiry, impliqué dans la tentative
d’assassinat du général de Gaulle au Petit-Clamart, Dovecar et
Piegts, tous deux impliqués dans l’assassinat du commissaire central
d’Alger, Roger Gavoury. Les quatre ont été condamnés à mort et
exécutés.
Le spectre des
commandos Delta hante les mauvaises consciences et resurgit avec les
stèles érigées en leur mémoire dans le sud de la France. Des voix
discordantes s’élèvent pour exprimer leur indignation et dénoncer
l’inauguration, le 6 juillet prochain, d’un monument à Marignane,
dédié à Roger Degueldre, créateur des “escadrons de la mort” et chef
des sinistres commandos Delta de l’OAS qui ont assassiné des
milliers d’Algériens mais aussi des Français.
Les stèles érigées
à la gloire de tueurs racistes sont l’œuvre de fascistes de la
droite extrême, nostalgiques de l’Algérie française, qui poussent
jusqu’à la caricature l’esprit de la loi, enjoignant aux historiens
d’enseigner le “rôle positif” de la colonisation comme une quête
salvatrice et régénératrice. Même le Français moyen qui a fustigé
cette loi incongrue ne peut s’imaginer qu’elle sera transmise aux
futures générations.
Un “mémorial de la
honte”, des “cathédrales de la peste” et des monuments portant
l’effigie de Roger Degueldre qui, sous couvert de réconciliation, ne
sont que prétexte au retour au grand jour des vieux démons qui
démangent les mauvaises consciences.
Il est évident que
toutes ces commémorations à titre posthume s’inscrivent dans le
négationnisme des crimes coloniaux, encouragé par la loi du 23
février 2005 dont les répercussions n’ont pas tardé à se traduire en
actes.
Le négationnisme
s’affiche ostensiblement. Désormais, avec les commémorations autour
de l’Organisation de l’armée secrète, composée en majorité
d’assassins qui ne connaîtront jamais la gloire, la postérité est
visée dans une tentative de “récupération”, sous une forme déguisée,
du colonialisme, voire une sorte de repentance subrepticement
imposée à la nation.
Un pas de plus est
franchi vers la glorification du meurtre, vers la transformation des
assassins en victimes qui tentent de se refaire une virginité avec
l’édification de monuments en souvenir de ceux qui ont commis des
exactions sur des populations civiles, faisant des attentats une
doctrine absolue et un viatique incontournable pour assouvir leurs
vils desseins.
Le lobby pied-noir
et l’Association amicale pour la défense des intérêts moraux et
matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie
française (Adimad) ont fait ériger une stèle à Marignane
(Bouches-du-Rhône) à la gloire des “combattants morts pour que vive
l’Algérie française”. Les nostalgiques de l’OAS et leurs héritiers
de l’Adimad clament que ces crimes ont été amnistiés et qu’ils sont
désormais réhabilités.
Déjà, cette
association a érigé plusieurs stèles à la gloire de ces prétendus
“martyrs”, qui laissent tout le monde de marbre. Demain, il ne
serait pas exclu que les cendres de ces “victimes” soient
transférées au Panthéon, que la monarchie française soit elle aussi
réhabilitée, que Hitler et le nazisme aient droit de cité et que les
holocaustes soient justifiés.
Des rapatriés
pieds-noirs va-t’en-guerre
Selon une
déclaration du représentant des rapatriés en France, les colons
français qui s’arrogent le droit de retour en Algérie n’ont qu’un
seul but : asservir ce pays jadis colonisé, pour le recoloniser à
nouveau. Mettant à profit les “avantages” que leur confère la loi de
février, les rapatriés d’Algérie n’ont pas tardé à procéder à
l’élévation de plusieurs stèles dans le Sud de la France alors que
l’indignation est à son paroxysme ; des associations demandent le
gel de ces “cathédrales de la peste” qui sont une offense au général
De Gaulle. Si l’intention de ces rapatriés est de faire revivre
l’Algérie française et s’ils veulent croiser le fer avec les
nationalistes algériens, ils seront servis. Mais le jeu n’en vaut
pas la chandelle. Des rapatriés à l’idéologie perverse et décadente
qui sont la fois des déracinés inconsolables et des enracinés,
s’enferment dans des velléités farfelues afin de tenter de
reconquérir l’Algérie. C’est dire à quel point les pieds-noirs n’ont
toujours pas digéré l’indépendance de l’Algérie et tentent d’avancer
à reculons.
On voit que les
“assises anticolonialistes” (les indigènes de la République)
trouvent leur parfaite justification pour mettre fin aux visées
revanchardes de quelques rapatriés tentés de nouveau par l’aventure
coloniale.
Le révisionnisme
et la falsification de l’histoire aux seules fins de l’adapter au
contexte politique contemporain se font de plus en plus précis ; on
est passé à un cran de plus en autorisant l’élévation de plusieurs
stèles à la mémoire des hommes de l’OAS.
L’OAS
ressuscitée
L’OAS,
Organisation armée secrète, fut constituée en 1961, à l’instigation
des généraux Salan et Jouhaud et d’hommes politiques comme
Jean-Jacques Susini ; elle tenta par tous les moyens, attentats en
Algérie et en France, de s’opposer à la politique algérienne du
général de Gaulle. Quand il fut clair que l’indépendance de
l’Algérie était inexorable et acquise, l’OAS pratiqua la politique
de la terre brûlée. Son terrorisme aveugle contribua au départ
d’Algérie de la majorité des pieds-noirs. Pour mémoire, rappelons
que le lieutenant Roger Degueldre, né en 1925, a été fusillé le 6
juillet 1962 au fort d’Ivry. Ancien maquisard, engagé dans l’armée à
la libération et passé à la Légion, il gagna ses galons en Indochine
puis en Algérie. Déserteur le 22 avril 1961 lors du putsch des
généraux d’Alger, il devient le responsable des commandos Delta de
l’OAS qui ont exécuté assassinats et actes de terrorisme,
massacraient les Arabes quand ils ne commettaient pas des attentats
à l’explosif ou le mitraillage de blessés à l’hôpital. Degueldre fut
condamné à mort par la Cour militaire de justice le 28 juin 1962. Il
a été fusillé le 6 juillet 1962. Aujourd’hui, les partisans et
sympathisant du fondateur des commandos Delta de l’OAS se
recueillent et lui rendent hommage, au cimetière des Gonnards, à
Versailles.
L’histoire
assombrie
Il est évident
qu’il y a un réel mouvement de réhabilitation insidieuse du
colonialisme au sein des anciens rapatriés, mauvais perdants et
rancuniers, fascinés par leur pays d’origine qu’ils ne sont pas près
d’oublier. Ces nostalgiques de “l’Algérie française”, déracinés et
inconsolables se sont mobilisés et érigent des monuments en souvenir
de leur pays d’origine et des tueurs de l’OAS pour donner une
nouvelle impulsion à leur idéologie décadente et “revaloriser
l’œuvre bienfaitrice et instructive de la colonisation pour les
générations futures” qui pourront s’en inspirer à travers les
fondements de la loi du 23 février 2005. Cette loi tendancieuse aux
relents de nouvelles conquêtes coloniales enjoint aux enseignants de
reconnaître “le rôle positif de la présence outre-mer, notamment en
Afrique du Nord” et d’insuffler la doctrine de supériorité de la
race blanche.
A cet effet,
Europe-Action, née en janvier 1963 et disparue en 1966, a placé au
cœur de sa doctrine la notion de race et a réaffirmé la supériorité
de la “civilisation blanche” sur “les races inférieures”. Le second
aspect de cette loi réhabilite les anciens tueurs de l’OAS en les
rétablissant dans leurs droits à la retraite avec tous les avantages
y afférents.
Ces anciens
terroristes se voient réhabilités grâce à cette loi, initiée par
Philippe Douste-Blazy en 2003, dont la tâche éloquente est de
“parachever l’effort de solidarité nationale envers les rapatriés et
de promouvoir l’œuvre collective de la France outre mer” vont ouvrir
la voie à des dérives extrémistes. Dans le sud de la France, leur
bastion, ces rapatries en déphasage avec le temps ont projeté de
mettre à exécution l’édification d’une stèle à la mémoire du
lieutenant créateur des commandos Delta, Roger Degueldre, fusillé le
6 juillet 1962, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.
Force est de
constater que l’amnistie des membres de l’OAS interdit d’entamer des
poursuites judiciaires à leur encontre ; c’est une façon habile et
exemplaire d’installer l’amnésie et le laxisme. Mais leur mémoire
sinistre resurgit ; pour preuve, nombre de stèles ont été érigées à
Toulon, Nice, Théoule-sur-Mer, Perpignan...
La France
malade de son passé algérien
Le FLN a ressenti
comme une provocation la nomination de Philippe Douste-Blazy au
ministère français des Affaires étrangères. En effet, celui-ci est
le co-auteur d’une récente loi réhabilitant la colonisation de
l’Algérie. Depuis six ans que les Français tentent de réviser leur
souvenir de cette période, ils multiplient les gestes
contradictoires sans parvenir à admettre l’ampleur des crimes
commis. Cependant, la réconciliation entre les deux rives de la
Méditerranée passe d’abord par la réconciliation des Français avec
leur histoire.
Pour montrer sa
bonne volonté de renouer le dialogue avec Alger en vue de la
signature du traité d’amitié entre les deux capitales, Jacques
Chirac a retiré la légion d’honneur à Aussaresses, condamné en
décembre 2004 pour apologie de la torture à la suite de la
publication de ses Mémoires sur la guerre d’Algérie.
De concession en
concession, le deuxième geste du Président français, dont la cote de
popularité ne fait que dégringoler, a été sa réaction à l’élection
d’Assia Djebar à l’Académie française. Jacques Chirac, pour faire
oublier ses déboires politiciennes après le “non” exprimé
massivement par le peuple français au projet de Constitution
européenne, a lui-même reconnu que cette consécration à un écrivaine
algérienne donnait “un nouveau témoignage de la profonde amitié de
la France à l’égard de l’Algérie”. Est-ce que ces deux “événements”
sont suffisants pour croire qu’il existe un espoir pour continuer à
nourrir un projet d’amitié, même éphémère, entre l’Algérie et la
France, alors que les politiques français réaffirment la mission
civilisatrice de la colonisation ?
Quel traité
d’amitié ?
Ces deux coups de
théâtre médiatiques ne sauraient dédouaner pour autant la barbarie
dont s’est rendue coupable, incontestablement, la France coloniale
qui s’évertue à occulter des horreurs à travers la loi du 23 février
2005 votée par le Parlement français, qui glorifie les bourreaux et
leurs complices d’hier. Un traité d’amitié ne peut être signé dans
le contexte actuel où s’entremêle la non-reconnaissance des
génocides perpétrés par l’armée coloniale. L’outrecuidance est à son
comble lorsque cette loi, qui insiste sur l’aspect bienfaiteur du
colonialisme, se mêle au passé ensanglanté d’un pays qui garde les
stigmates d’une occupation séculaire. Il est évident que la
pertinence de ce traité sera subordonnée à une refonte de cette loi,
qui ne peut que porter préjudice aux victimes du colonialisme, et au
rappel à l’ordre des pieds-noirs qui sont en train d’exhumer les
tueurs de l’OAS à travers des monuments indécents. Le fait que le
président Chirac ait enlevé la légion d’honneur à Aussaresses ne
peut être interprété comme un geste de bonne volonté car cela n’a
rien à voir avec cette infâme loi que tout le monde récuse. Il a été
clairement signifié aux politiques français que la loi sur les
rapatriés français est une entrave aux bonnes relations entre les
deux pays et que le traité d’amitié ne pourra être paraphé que quand
les conditions seront réunies. Si l’on prend acte du rejet par la
société française de toute velléité de réhabilitation pernicieuse de
l’OAS et de l’exclusion de la légion d’honneur du général
Aussaresses, on doit estimer ces gestes à leur juste valeur : ils ne
peuvent interférer sur la polémique entretenue par Paris qui
tergiverse et relativise l’ampleur des crimes coloniaux.Aujourd’hui,
alors que la France est attendue sur sa reconnaissance des crimes
commis par l’armée coloniale contre les populations algériennes,
avant et durant la Guerre de Libération, c’est tout à fait le
contraire qui se produit. Les caciques du colonialisme positif
surprennent avec leurs déclarations lapidaires aussi bien l’Algérie
que les Français eux-mêmes.
N. Rahal
Haut
Si la qualité de moudjahid m’était contée...
Pour des
considérations interlopes, le ministre des Moudjahidine vient
d’affirmer qu’une opération d’assainissement va bientôt être lancée
et ce pour démasquer les intrus qui, par la corruption, la ruse, le
mensonge et l’entourloupe, se sont adjugé une qualité qu’ils sont
loin de posséder.
Comment réagir
à une telle déclaration et que faut-il en penser ?
Une histoire
satyrique bien de chez nous nous apprend qu’un jour, les humains se
sont concertés et ont appelé le renard du coin pour lui proposer la
trêve suivante : “Désormais, monsieur le renard, nous avons décidé
que tu auras à surveiller le troupeau que nous possédons.” A ces
mots le renard se met à pleurer. Interloqués, les humains lui
demandent les raisons d’un tel chagrin. Il leur répond que si une
telle chose devait se produire, lui ne s’occuperait que des moutons
alors que les agneaux seraient laissés sous la surveillance de son
fils.
La morale de cette
histoire est qu’à l’impossible nul n’est tenu.
Pour revenir à des
choses plus prosaïques, je dois dire qu’il a fallu beaucoup de temps
à ce haut responsable pour qu’il réagisse à une anomalie de
notoriété publique.
Combien de
patriotes – au sens noble du terme – n’ont-ils pas dénoncé cette
forfaiture, laquelle était monnayée par des individus qui avaient
hâte de mettre le pays à genoux dans le cadre d’un plan
machiavélique concerté pour accaparer des leviers de commande et
autres postes de décision ? Rien moins que cela.
Il reste que la
peur de représailles et la chape de plomb qui maintenait les
Algériens sous un régime inique avait fini par être levée grâce au
sacrifice des jeunes, du 5 octobre 1988.
Mais hélas, les
clans étaient devenus trop puissants pour être inquiétés.
D’autant que par
abomination, un terrorisme retors et inqualifiable ne lésinait pas
sur les éliminations physiques. L’agora s’était vidée et il ne
restait que quelques téméraires qui jouaient leur vie et celles de
leurs familles pour perpétuer l’honnêteté rédemptrice ; sans doute
par écœurement au vu de ce que l’Algérie ne cesse de subir.
Parmi ceux-là, un
certain Mellouk Benyoucef – vrai moudjahid et cadre supérieur au
ministère de la Justice – avait osé franchir le Rubicon et
comptabiliser des dizaines de faux moudjahidine. Ces usurpateurs
n’occupaient pas que des postes subalternes de plantons ou autres
préposés aux écritures, mais étaient (ou sont) des hauts magistrats,
qui au niveau de la cour Suprême, qui en qualité de président de
cour ou procureur général. Bien entendu, leur puissance réelle au
niveau des arcanes du pouvoir s’est manifestée de la manière la plus
cruelle tant et si bien qu’il se retrouvera jeté dans une geôle en
compagnie de Mahmoudi Abderrahmane, alors directeur de L’Hebdo
Libéré. Comme un vulgaire intrus, il n’a cessé d’être soumis aux
menaces de mort et autres harcèlements ; tout comme il fut relevé de
ses fonctions et laissé sans salaire, c’est-à-dire dans une grande
détresse. Seuls son courage, l’affectueux soutien de sa digne épouse
et un entourage restreint l’ont aidé à surmonter ces terribles
épreuves.
La déclaration
du ministre soulève des questions.
1 - En 1962,
combien de personnes avaient la qualité de moudjahid ?
2 - En promettant
de dévoiler les noms des faux moudjahidine, n’y a-t-il pas risque de
troubler de l’ordre public ?
Livrer à la
vindicte populaire des faussaires, c’est les exposer à toutes sortes
de sarcasmes et autres humiliations qui rejailliraient sur leurs
enfants, ce dont il faut faire l’économie.
3 - Une ordonnance
“amnistiante” devra déterminer les mécanismes d’une telle opération
si tant est que la légalité soit observée.
4 - Prévoir une
campagne de sensibilisation pour amener chaque contrevenant à se
désister de sa fausse qualité sans aucun risque.
5 - Tout
contrevenant devra renvoyer directement au ministère des
Moudjahidine son brevet de pension ainsi que les attributs de sa
qualité.
6 - Ce n’est
qu’après une période “probatoire” que les récalcitrants feront
l’objet de poursuites judiciaires, si besoin est.
Il est évident que
la réussite de cette action,sera le prélude à d’autres, non moins
bénéfiques pour l’Algérie, à l’exemple de l’idée quant au
rapatriement des fonds déposés par des Algériens dans des banques
étrangères. Si les détenteurs de ces sommes colossales les
investissaient, ils enclencheraient une dynamique puissante de
création d’emplois pour les centaines de milliers de chômeurs qui ne
rêvent que de vivre dignement ; au besoin à être obligés de
s’expatrier malgré les contraintes sans nom qu’ils auront à
affronter.
Dans le même ordre
d’idées, quand le président de la République fait part de
difficultés venant de cercles à la périphérie du Pouvoir, on est en
droit de demander à ceux qui incarnent la gestion des affaires du
pays d’oser innover, d’anticiper et surtout de s’investir dans des
actions et chantiers à même de faire renaître la confiance entre
gouvernants et gouvernés. C’est un devoir impérieux et chacun est
invité à méditer le verset 23 de la Sourate 33 : “Il est, parmi les
croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement
envers Allah. Certains d’entre eux ont atteint leur fin et d’autres
attendent encore, et ils n’ont varié aucunement (dans leur
engagement).”
C’est dire que si
le ministre des Moudjahidine – et d’autres dans leurs secteurs
respectifs – tenait sa parole, ce serait (et non sera) la première
pierre blanche (côté officiel, s’entend) posée pour la construction
de l’Algérie rêvée par nos chouhada.
_______________________
N.B. Une dernière
interrogation : compte tenu des derniers survivants, ces listes
reprendraient-elles même ceux qui sont passés de vie à trépas ? En
tout état de cause et avec impatience je dis : Chiche, monsieur le
ministre !
Le moudjahid
Souhabi Abdelkader, ex-cadre des Douanes qui préfère l’exil à
l’injustice
Haut
L’Intelligentsia dans les rangs de la Révolution
L’UGEMA a
cinquante ans
C’est la ville de
Tlemcen qui aura l’insigne honneur d’abriter la rencontre
commémorant le cinquantenaire de la naissance de l’UGEMA. Cette
ville des lumières et du savoir, cité de la résistance
anticoloniale, Tlemcen, glorifie ceux de l’élite intellectuelle
révolutionnaire qui ont sacrifié leur vie pour que vive l’Algérie
libre et indépendante.
L’événement est
plus qu’historique avec l’ouverture des travaux du séminaire par le
président Abdelaziz Bouteflika, qui a tenu personnellement à venir
rendre un vibrant hommage à cette frange de la population qui a
quitté les bancs du lycée et de l’université pour rejoindre le
maquis. Ils seront les cadres de l’Algérie indépendante.
Emotion et
témoignages
L’Algérie vit un
moment historique de son combat en célébrant le cinquantième
anniversaire de la Révolution du 1er Novembre 1954. Beaucoup de
faits de l’histoire restent encore dans la mémoire des acteurs qui
ont survécu et dont les témoignages sont d’un apport incalculable
pour les historiens.
Nous célébrons le
cinquantième anniversaire de la création de l’UGEMA, organisation
estudiantine qui a été un réservoir de cadres de la Révolution et
qui seront aux avant-postes des responsabilités de l’Etat, au
lendemain de l’indépendance nationale.
Sans nul doute, au
moment où le président Bouteflika s’apprête à engager le processus
de réconciliation nationale, la présence de nombre de ces militants
de l’UGEMA, par leur savoir, qui ont constitué l’intelligence au
service de la Révolution et de l’Algérie libre, fera de cette
journée historique un moment d’enseignement, mais également un
regard sur la communion dans la communauté du peuple.
Ecrire l’histoire,
c’est se référer aux sources et aux témoignages. Tout a une
signification et confère une attitude critique. La vérité historique
est infinie. Tout n’est plus faux ni vrai non plus, loin de là, car
il y a des choses qui échappent à la raison. Il n’y a pas de faits
seulement, mais des interprétations à la fois, des acteurs et des
récits sur des événements vécus.
Lorsqu’à l’appel
de l’UGEMA, il y a de cela 50 ans, la déclaration publiée marqua une
rupture avec un mythe et un engagement d’une ferveur patriotique
intense et l’expression forte du texte : “Avec un diplôme en plus,
nous ne ferons pas de meilleurs cadavres.” A quoi donc
serviraient-ils, ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant
que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos
épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos
vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm… Et
nous, les cadres de demain, on nous offre d’encadrer quoi ?
D’encadrer qui ?
“La grève des
étudiants fut largement suivie par les étudiants et un grand nombre
parmi eux rejoindra les rangs de l’ALN.”
On ne peut
détacher la lutte des étudiants du combat mené par les différents
partis du mouvement national. A l’époque déjà, les étudiants
algériens étaient organisés dans l’Association des étudiants
musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN), créée en 1919 à Alger, et de
l’Association des étudiants musulmans nord-africains créée en 1927 à
Paris et regroupant les étudiants maghrébins en France, dont le
siège était au 115, boulevard Saint-Michel, à Paris.
C’est à la faveur
d’une motion votée à l’unanimité le 27 février 1955 à Alger, par les
étudiants de l’AEMAN, que sera lancée l’initiative de la création
d’une nouvelle organisation estudiantine algérienne permettant aux
étudiants de participer dans un cadre organique à la Guerre de
Libération nationale. Cette organisation sera dénommée UGEMA.
L’UGEMA, la
lettre “M” et les autres…
Le congrès
constitutif de l’UGEMA a eu lieu du 8 au 14 juillet 1955, à la salle
de la Mutualité, après une réunion préparatoire tenue à Paris du
4 au 7 avril.
Le choix de la
lettre “M” (musulman) n’est pas fortuit. Etait-ce une façon de
revendiquer l’appartenance du mouvement aux valeurs arabo-musulmanes
ou avait-elle une autre interprétation, à l’époque, de nature
idéologique ?
Selon Mohamed
Harbi, un congrès parallèle a été organisé à la Maison des Lettres,
rue Feron, par des étudiants algériens communistes et nationalistes
de gauche visant à créer l’Union générale des étudiants algériens (UGEA).
Mais cette tentative sera avortée.
L’action de l’UGEMA,
qui avait auparavant une ligne de défense syndicale (intérêts
moraux, échanges culturels, lutte contre l’analphabétisme),
s’oriente désormais vers des objectifs politiques.
Répression,
interpellations, arrestations dans les rangs estudiantins
La répression ne
va pas tarder à s’abattre sur ses membres, dont un grand nombre
connaîtra les interpellations, les perquisitions et les arrestations
au cours de l’année 1955 et certains trouveront la mort, tel le
vice-président de l’Union, Zeddour Belkacem.
Le 20 janvier
1956, les étudiants algériens en France organisent une grève de la
faim pour protester contre les mesures répressives. Mais
l’engagement de l’UGEMA dans le mouvement de libération se précise à
partir du 19 mai, date de la grève illimitée des cours et des
examens, déclenchée en accord avec la direction du FLN.
Selon Bélaïd
Abdeslem, un des animateurs de l’UGEMA, l’idée de créer une Union
musulmane des étudiants maghrébins en 1953, n’a pas marché du fait
que les Tunisiens avaient créé leur propre union, l’UGET. Il était
alors dans notre esprit de rassembler les sensibilités politiques
proches : des communistes, des oulémas et des indépendants.
Controverse
idéologique et orientations du mouvement estudiantin
Dans le milieu
intellectuel, les communistes, dira A. Bélaïd, étaient les plus
entreprenants. Pour le courant nationaliste, l’Algérie était au
centre de toute action. Pour les communistes, tout se ramenait à
l’action communiste mondiale et, à l’époque, la bombe atomique était
au menu de leurs réunions, c’est-à-dire un militantisme pour le
mouvement de la paix et contre les essais nucléaires. Mais pour les
nationalistes, l’indépendance de l’Algérie passait avant toute autre
action. Le problème palestinien a aussi partagé les étudiants des
deux courants.
Après la crise
berbériste de 1949, beaucoup d’étudiants du PPA sont passés au sein
du PCA, même si aux élections de la direction de l’AEMAN, le courant
nationaliste l’a emporté.
Bélaïd Abdeslam
dira plus tard, dans ses entretiens avec Mahfoud Bennoune et Ali
El-Kenz, dans le livre Le Hasard et l’Histoire, qu’il cumulait sur
sa personne la haine des éléments berbéristes et communistes et que
l’étiquette l’a suivi longtemps et colle à sa peau comme étant un
élément réactionnaire, anti-communiste, anti-gauche.
La problématique
qui se posait en lançant l’Union nationale des étudiants était celle
d’une union des étudiants algériens arabes et donc musulmans, et non
celle qui “acceptait les étudiants juifs et français”.
Cette thèse
n’était pas dans l’esprit de Bélaïd Abdeslam, celle aux relents
racistes ou anti-confessionnels, mais par un souci tactique, et la
loi du nombre aurait fait basculer l’Union vers plus de Français et
de juifs que de musulmans du fait que dans l’organisation,
l’effectif des étudiants d’origine européenne et juive dépasserait
les 500 étudiants algériens en Algérie et en France.
A en croire A.
Bélaïd, l’Union sera formée en majorité de non-musulmans.
En France,
l’influence du courant communiste est grandissante dans l’AEMAN.
Cependant, dira A. Bélaïd, Marocains et Tunisiens votaient
massivement pour les candidats d’obédience PPA.
Les Rédha Malek,
Abdelmalek Benhabyles, Mohamed Amir, Mohamed Mahdi, Mohamed Harbi,
Messaoud Aït Chaâlal, Mouloud Belaouane, Tahar Hamdi, Hachemi
Bounedjar, Mohamed Rezoug, Mohamed Kellou, Mohamed Khemisti, Ali
Lakhdar, Ahmed Ouanouri, Mohamed Ouaddahi, Mohamed Oucif, Chérif
Faïdi, Mentouri Mahmoud, Mahmoud Benhabylès, Mohamed Abada, Saïd
Chibane, Mohamed Toumi, Mustapha Laliam, Rachid et Tahar Maïza,
Mohamed Bedjam, Djeloul Beghli, Noureddine Deleci, Chaïb Taleb, tous
ces étudiants sont venus renforcer le courant nationaliste et leur
apport a été déterminant pour le lancement de la constitution de l’UGEMA.
D’autres étudiants arrivèrent à Paris, tels que Abdelkader Belarbi
et Lakhdar Brahimi, avec l’idée d’une conférence nationale
préparatoire pour organiser le congrès constitutif då!l’UGEMA, en
prenant appui sur les étudiants à Alger.
Lamine Khène et
le contrôle de l’AEMAN à Alger
A la suite d’une
correspondance entre Bélaïd et Khène, tout est en marche pour la
création de l’UGEMA. A partir de 1955, les militants du courant
nationaliste ont pris le contrôle de l’AEMAN dans la coalition
communiste. Le nouveau président de l’AEMAN était Mohamed Baghli,
entouré de Mohamed Benyahia, Alloua Benbabouche, Lamine Khène et
d’autres.
Alors que le
courant nationaliste était pour la création de l’UGEMA, les
communistes étaient pour l’UGEA.
Les deux
conférences préparatoires, en mars 1955, furent tenues à Alger et à
Paris. C’était Benyahia qui devait entreprendre, pendant les
vacances de Pâques, une tournée à travers les universités de France
pour convaincre les étudiants algériens de se rallier à la thèse de
l’UGEMA. Rédha Malek en faisait de même pour la région parisienne.
Bélaïd Abdeslam
dit avoir été rassuré par Mohamed Seddik Benyahia qui l’accueillit à
la gare de Lyon en lui lançant l’idée que “Paris est encerclée par
la province”.
Le décompte des
voix et les partisans de l’UGEMA
En voyant que la
majorité des étudiants était pour les thèses de l’UGEMA, les
communistes se sont retirés et sont allés faire une conférence à
part. Alors que Rédha Malek défendait brillamment les grandes idées
de l’UGEMA, les communistes maintenaient l’idée de “l’Algérie,
nation en formation”. Ce qui mènera à l’organisation, au mois de
juillet, de deux congrès, l’un pour l’UGEA (communistes,
berbéro-communistes et leurs sympathisants), l’autre pour l’UGEMA
avec les nationalistes où se sont ralliés les éléments de l’UDMA et
des oulémas. Taleb El-Ibrahimi soutenait alors le courant ugémiste.
Tout cela se passait durant l’année 1955, où les actions étaient
conformes à la ligne du FLN qui n’était que la continuité du
mouvement nationaliste PPA/MTLD. Il faut dire qu’au niveau
estudiantin, la même démarche a été suivie, comme celle de
l’Association des amis du Manifeste et de la liberté en 1944 et
celle des communistes où ils ont créé parallèlement le Manifeste des
amis de la démocratie.
Le marxisme
estudiantin en vogue face à l’UGEMA – UGEA
Le congrès
constitutif de l’UGEMA, tenu en juillet 1955 à Paris, réunissait les
représentants des communautés universitaires de France, d’Europe,
d’Alger, de la Zaïtouna et les Quarawiyine de Fès. Le siège du
comité exécutif était à Paris.
Mohamed Harbi,
nous dit Bélaïd Abdeslam, avait opté pour l’UGEA et il en a été un
militant actif, alors qu’il fut un des jeunes les plus méritants au
sein du PPA/MTLD. Il était même informé des préparatifs du congrès
de l’UGEMA. Il connaissait tout de nos contacts et démarches, ajoute
Bélaïd Abdeslam.
Le premier comité
exécutif de l’UGEMA était en majorité oulémas-UDMA ; le discours
d’ouverture a été prononcé par Taleb El-Ibrahimi. Il y avait dans le
comité exécutif, entre autres, Layachi Yaker, Abderahmane Cheriet et
bien sûr les membres fondateurs tels que Bélaïd Abdeslam, Mouloud
Belahouane, Abdelmalek Benhabylès, Benyahia Mohamed Seddik, Lamine
Khène, Malek Rédha, Aït Chaâlal, Ali Abdellah, Aoufi Mahfoud,
Belarbi Abdelkader, Bouabdellah Mokhtar, Boutamjit Tahar, Brahimi
Lakhdar, Brahimi Noureddine, Hamdi Tahar, Houhou Djamel, Kellou
Mohamed Messaoud, Khemisti Mohamed, Lakhdar Ali, Mansour Benali,
Mokrane Mohamed, Ould Rouis Bachir, Refas Mohamed, Rezzouk Mohamed,
Taleb Chouaïb, Tiar Sid Ali, Zirouche Derradji. Tous ont fait parti
du comité exécutif de juillet 1955 à septembre 1962. Les autres
étaient membres du comité directeur de juillet 1955 à décembre 1957,
tels que Abderrahim Noureddine, Largem, Belhacine Saâd, Benyahia
Mohamed, Berrah Ghalem, Boudiaf Aïssa, Boudjelab Amar, Faydi Chérif,
Ferdjioui Abdelhamid, Ghazali Méziane, Hamouche Arezki, Khellef
Maâmar, Krim Rachid, Larbi Mohamed, Rédha Malek, Mokdad Allaoua,
Mentouri Mahmoud, Sahnoun Mohamed, Sisbane Chérif…
UGEMA pour le
FLN
L’UGEMA devenant
un partenaire crédible dans les milieux estudiantins internationaux
et organisations, s’est rapprochée de Abane Ramdane (FLN) pour
engager les actions politiques.
L’UGEMA se
prononcera pour le FLN. C’est la section UGEMA d’Alger qui a lancé
l’idée de “la grève générale et illimitée des cours et des examens
et départ à l’ALN”.
Bélaïd Abdeslam a
quand même obtenu, par le biais d’amis français, un laissez-passer
pour aller à Alger où il devait rencontrer Lamine Khène, Allaoua
Benbabouche, Hachem Malek (frère de Rédha Malek et membre fondateur
de l’UGEMA quii sera arrêté en 1957, jusqu’à l’indépendance), Sadek
Kéramane et Brahim Chergui.
A. Bélaïd
rencontrera Benkhedda avec Lamine Khène et Benbatouche. Le mouvement
avait été suivi par les lycées, qui ont observé la grève et de
nombreux lycéens rejoignent les rangs de l’ALN.
Il faut dire qu’à
Paris, les leaders de l’UGEMA n’étaient pas chauds pour la grève
générale et illimitée des cours. Lamine Khène et Benbatouche
rejoignirent le maquis et Allaoua Benbatouche tombera au champ de
bataille dans la Wilaya II, pendant sa traversée de la frontière
algéro-tunisienne, de retour vers l’intérieur. Et Bélaïd devait
convaincre ses camarades de Paris de la décision prise pour la grève
qu’il fallait généraliser à l’ensemble des étudiants algériens.
Ainsi fut-il
définitivement acquis que la jeunesse estudiantine s’intégrait dans
le vaste mouvement de lutte révolutionnaire de notre peuple. Le 19
mai 1956 s’inscrit donc dans une stratégie de lutte menée par le FLN
et c’est au CE du FLN qu’il sera ordonné, le 3 octobre 1957, la fin
de la grève, à l’ouverture de la rentrée universitaire de l’année
1957/1958. Les autorités françaises opèreront la dissolution de l’UGEMA
le 28 janvier 1958.
Certains des
étudiants algériens dans les universités de France ont rejoint l’ALN
par leurs propres moyens, tels que Mustapha Laliam, Mohamed Gueddi
(membre fondateur de l’UGEMA, mort au combat, étudiant en médecine),
les frères Belhocine (membres de l’UGEMA, morts au combat), Ahmed
Chérif Mentouri dit Mahmoud (frère de Bachir Mentouri, membre
fondateur de l’UGEMA, qui rejoint l’ALN aux frontières et meurt en
1957 tomba au champ d’honneur), Yahia Farès (membre fondateur de l’UDMA,
rejoint l’ALN), Mohamed Toumi ; d’autres étudiants seront acheminés
par la fédération de France FLN.
En décembre 1956,
l’UGEMA rompt tout contact avec l’UNEF qui voulait infléchir la
ligne politique du mouvement qui ne sera repris qu’en 1960 avec une
nette évolution de l’UNEP pour les thèses du FLN, et donc de l’UGEMA.
Par l’ampleur de
la grève, les étudiants algériens ont réussi à sensibiliser les
étudiants du reste du monde, y compris ceux de France, car le
mouvement estudiantin avait une influence considérable sur les
opinions de leurs pays respectifs et sur l’opinion internationale.
De nombreux étudiants recevaient des bourses d’études par le biais
de l’Union internationale des étudiants (UIE), dont le siège est à
Prague. Il faut dire que des non grévistes ot été exclus de l’UGEMA.
La grève a été
d’une portée politique certaine à bien des égards. Quelque 2 000
étudiants et lycéens dees universités d’Alger, de France, de la
Zitouna, d’El-Karaouine (Fès), du Moyen-Orient, de l’Institut
Ben-Badis et d’El-Ketania de Constantine formaient l’effectif
global mobilisé en 1956.
Parmi eux,
Belkacem Zeddour (qui fut un martyr de la Révolution), Brahim
Mezhoud, Adda Benguetaf, Abbou Kacem Saâdallah, Malek Bennabi,
Mohamed Ksour, Torki Rabah, Abdelkader Benkaci, Yahia Bouaziz, Abbou
Alliouche, Mohamed Meftah, Nour Abdelkader, qui ont fait les
universités du Moyen-Orient, notamment au Caire où ils se
rencontraient au Club estudiantin maghrébin ou à Damas, où le bureau
des étudiants était présidé par Youcef Rouissi, organisé en
commission des étudiants, ensuite en Ligue des étudiants.
Le mouvement
estudiantin aux sources de l’UGEMA
On peut dire que
la grève des étudiants fut un tournant dans l’engagement du
mouvement de l’intelligentsia dans les rangs de la Révolution. Ce
sont ces élites qui prendront les postes de responsabilité dans
l’économie, la diplomatie, l’encadrement de l’ANP et
l’administration, au lendemain de l’indépendance.
Mais le combat
idéologique se poursuivra à l’ombre des luttes de position et le
mouvement estudiantin ne sera pas indemne des différents conflits et
débats au plan systématique, quarante-neuf ans après…
Beaucoup de
témoignages et d’ouvrages écrit sur le rôle de l’UGEMA et son
engagement dans le mouvement de libération national auront donné à
l’UNEA et aux autres organisations estudiantines et de jeunesse les
référents qui demeureront à jamais le symbole de cette jeunesse
combative et imprégnée de hautes valeurs humanistes.
Cet anniversaire,
qui s’inscrit dans le cadre du cinquantenaire de la Révolution et
ouvre les horizons, en ce XXIe siècle, à une Algérie solidaire,
réconciliée sous la clairvoyance et la vision éclairée de la
démarche du président Bouteflika dans la réhabilitation des grands
hommes et des héros de notre histoire lointaine et contemporaine, au
moment ou plus que jamais le devoir de mémoire nous interpelle afin
d’immortaliser les faits saillants de notre combat libérateur contre
toute tentative de falsification et d’atteinte à la dignité et à la
mémoire de nos chouhada.
Cette occasion est
aussi celle d’une réponse énergique à la loi du 23 février 2005 qui
voulait positivement glorifier les atrocités perpétrées contre le
peuple algérien durant les 132 ans de présence coloniale et qui ont
laissé des séquelles indélébiles dans la mémoire collective.
Boudjemaâ Haïchour
(Chercheur universitaire)
__________
Notes
1 - Mahfoud
Bennoune et Ali Kenz : Le Hasard et l’Histoire, entretiens avec
Bélaïd Abdeslam. La lutte des étudiants et la formation de l’UGEMA,
p. 89 (ENAG Alger 1990)
2 - Guy Perville :
Les étudiants algériens de l’université française (1880-1962), éd.
CNRS (Paris 1984)
3 - Bruno
Etienne : Les étudiants algériens, lutte, UGEMA (Tunis 1960)
4 - Revue Athakafa
(n° 92, avril 1986), Action des étudiants algériens au Moyen-Orient,
par Amar Bahloul. p. 115.
5 - Slimane
Cheikh : L’Algérie en armes (1981, CPU) pp.251-253.
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