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Traité d’amitié
ou traité de la Tafna ?
On se demande
franchement comment a pu se dérouler une Année de l’Algérie en
France qui n’a servi en réalité que de poudre aux yeux pour masquer
un profond décalage dans les perceptions entre les deux pays.
L’Algérie estimant qu’il lui fallait faire de grandes concessions
pour donner toutes ses chances à l’écriture d’une nouvelle page
d’histoire avec la France, et celle-ci considérant de toute évidence
que les Algériens étaient prêts à toutes les compromissions pour
arracher ses faveurs.
Ce 5 juillet 2005
sera peut-être l’un de ceux où il nous faudra vraiment mériter notre
indépendance, face à une ancienne puissance coloniale qui manifeste
soudain de dangereuses velléités à un retour sur histoire pour le
moins partial. Signe des temps ou vengeance divine, l’Algérie risque
ainsi de se voir pénalisée pour avoir joué à fond la carte de la
main tendue et de la mémoire en berne. Cela ayant d’ailleurs
commencé par cette idée tout à fait saugrenue, pour ne pas dire
plus, de coupler le 5 juillet, date anniversaire de l’indépendance
du pays, avec une fête de la jeunesse qui a fini par la supplanter
jusqu’à carrément la faire oublier.
Quelques années
plus tard, au milieu des années 1980, c’est un nouveau pas qui est
franchi dans le processus d’amnésie nationale par un gouvernement
qui propose rien moins que la suppression de notre hymne national du
couplet faisant mention de la guerre contre la France.
Entre-temps, notre
système éducatif se caractérise par un remarquable sens de la
retenue qui lui fait systématiquement passer sous silence les
horreurs du colonialisme en même temps qu’il désincarne totalement
la guerre d’indépendance nationale en la mutilant de ses chefs les
plus flamboyants et de ses batailles les plus héroïques. Toujours
dans la même volonté de ne pas trop remuer le passé, l’Algérie a
également décidé, dès la fin des années 1970, de ne pas organiser de
défilé militaire le jour de l’indépendance. A la place, on préférera
de fastueuses festivités dédiées à la jeunesse, à la paix et à la
fraternité. Avons-nous eu tort ? La question se pose avec d’autant
plus d’amertume que l’ex-puissance colonisatrice, elle, n’a jamais
manqué de marquer avec force la moindre commémoration visant à
magnifier sa puissance militaire et sa place dans le monde. Le 14
juillet étant alors l’occasion de mettre en avant la notion de
révolution si chère à la France et de rendre un hommage, chaque
année plus appuyé, à l’armée française. Pendant ce temps, en
Algérie, des efforts colossaux sont déployés à l’intérieur aussi
bien qu’à l’extérieur des frontières pour vilipender et culpabiliser
une Armée nationale populaire qui a su s’opposer et réduire un
terrorisme qui aurait mis à mal tout autre armée au monde. Cela
après que l’Armée de libération nationale ait réussi à damer le pion
à une armée française qui s’est avérée incapable de maintenir son
emprise sur un pays qu’elle a copieusement pillé.
Alors que
l’Algérie n’a ménagé aucun effort et reculé devant aucun compromis
pour tenter de donner à ses relations avec la France toutes les
chances d’un développement harmonieux et mutuellement avantageuses,
en taisant notamment tous les sujets qui fâchent, la France, quant à
elle, a mis plus de trente-huit ans pour admettre l’existence de
quelque chose qui s’appelle la guerre d’Algérie. Sans compter
l’attitude outrageusement raciste d’une grande partie de la droite
française qui ne rate aucune occasion pour glorifier le rôle des
harkis et mettre en exergue l’action civilisatrice de la France,
jusqu’à ce point d’orgue absolument incroyable de l’adoption par le
Parlement français d’une loi trouvant des vertus à la colonisation
et incitant le peuple français à s’en réjouir. On se demande
franchement comment a pu se dérouler, alors, une Année de l’Algérie
en France qui n’a servi en réalité que de poudre aux yeux pour
masquer un profond décalage dans les perceptions entre les deux
pays. L’Algérie estimant qu’il lui fallait faire de grandes
concessions pour donner toutes ses chances à l’écriture d’une
nouvelle page d’histoire avec la France et celle-ci considérant de
toute évidence que les Algériens étaient prêts à toutes les
compromissions pour arracher ses faveurs. Le malentendu ne date pas
d’aujourd’hui. Il est inscrit dans les gènes historiques de deux
peuples trop différents pour se comprendre aussi facilement. L’un,
l’Algérien, n’ayant jamais agressé ni pillé personne pour vivre et
l’autre, le Français, ayant au contraire fait de l’agression et de
l’appropriation des biens des autres le seul moyen d’exister. Ce
malheureux épisode de la loi du 23 février nous permet en tout cas
de lever toutes les équivoques et de mieux situer le terrain qu’il
nous reste à parcourir pour arriver un jour à la signature d’un
authentique traité d’amitié qui ne soit pas la reconduction du
traité de la Tafna.
A. M.
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