Semaine du 6 au 12 juillet 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Traité d’amitié ou traité de la Tafna ?

 

 
 
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Traité d’amitié ou traité de la Tafna ?

On se demande franchement comment a pu se dérouler une Année de l’Algérie en France qui n’a servi en réalité que de poudre aux yeux pour masquer un profond décalage dans les perceptions entre les deux pays. L’Algérie estimant qu’il lui fallait faire de grandes concessions pour donner toutes ses chances à l’écriture d’une nouvelle page d’histoire avec la France, et celle-ci considérant de toute évidence que les Algériens étaient prêts à toutes les compromissions pour arracher ses faveurs.

Ce 5 juillet 2005 sera peut-être l’un de ceux où il nous faudra vraiment mériter notre indépendance, face à une ancienne puissance coloniale qui manifeste soudain de dangereuses velléités à un retour sur histoire pour le moins partial. Signe des temps ou vengeance divine, l’Algérie risque ainsi de se voir pénalisée pour avoir joué à fond la carte de la main tendue et de la mémoire en berne. Cela ayant d’ailleurs commencé par cette idée tout à fait saugrenue, pour ne pas dire plus, de coupler le 5 juillet, date anniversaire de l’indépendance du pays, avec une fête de la jeunesse qui a fini par la supplanter jusqu’à carrément la faire oublier.

Quelques années plus tard, au milieu des années 1980, c’est un nouveau pas qui est franchi dans le processus d’amnésie nationale par un gouvernement qui propose rien moins que la suppression de notre hymne national du couplet faisant mention de la guerre contre la France.

Entre-temps, notre système éducatif se caractérise par un remarquable sens de la retenue qui lui fait systématiquement passer sous silence les horreurs du colonialisme en même temps qu’il désincarne totalement la guerre d’indépendance nationale en la mutilant de ses chefs les plus flamboyants et de ses batailles les plus héroïques. Toujours dans la même volonté de ne pas trop remuer le passé, l’Algérie a également décidé, dès la fin des années 1970, de ne pas organiser de défilé militaire le jour de l’indépendance. A la place, on préférera de fastueuses festivités dédiées à la jeunesse, à la paix et à la fraternité. Avons-nous eu tort ? La question se pose avec d’autant plus d’amertume que l’ex-puissance colonisatrice, elle, n’a jamais manqué de marquer avec force la moindre commémoration visant à magnifier sa puissance militaire et sa place dans le monde. Le 14 juillet étant alors l’occasion de mettre en avant la notion de révolution si chère à la France et de rendre un hommage, chaque année plus appuyé, à l’armée française. Pendant ce temps, en Algérie, des efforts colossaux sont déployés à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur des frontières pour vilipender et culpabiliser une Armée nationale populaire qui a su s’opposer et réduire un terrorisme qui aurait mis à mal tout autre armée au monde. Cela après que l’Armée de libération nationale ait réussi à damer le pion à une armée française qui s’est avérée incapable de maintenir son emprise sur un pays qu’elle a copieusement pillé.

Alors que l’Algérie n’a ménagé aucun effort et reculé devant aucun compromis pour tenter de donner à ses relations avec la France toutes les chances d’un développement harmonieux et mutuellement avantageuses, en taisant notamment tous les sujets qui fâchent, la France, quant à elle, a mis plus de trente-huit ans pour admettre l’existence de quelque chose qui s’appelle la guerre d’Algérie. Sans compter l’attitude outrageusement raciste d’une grande partie de la droite française qui ne rate aucune occasion pour glorifier le rôle des harkis et mettre en exergue l’action civilisatrice de la France, jusqu’à ce point d’orgue absolument incroyable de l’adoption par le Parlement français d’une loi trouvant des vertus à la colonisation et incitant le peuple français à s’en réjouir. On se demande franchement comment a pu se dérouler, alors, une Année de l’Algérie en France qui n’a servi en réalité que de poudre aux yeux pour masquer un profond décalage dans les perceptions entre les deux pays. L’Algérie estimant qu’il lui fallait faire de grandes concessions pour donner toutes ses chances à l’écriture d’une nouvelle page d’histoire avec la France et celle-ci considérant de toute évidence que les Algériens étaient prêts à toutes les compromissions pour arracher ses faveurs. Le malentendu ne date pas d’aujourd’hui. Il est inscrit dans les gènes historiques de deux peuples trop différents pour se comprendre aussi facilement. L’un, l’Algérien, n’ayant jamais agressé ni pillé personne pour vivre et l’autre, le Français, ayant au contraire fait de l’agression et de l’appropriation des biens des autres le seul moyen d’exister. Ce malheureux épisode de la loi du 23 février nous permet en tout cas de lever toutes les équivoques et de mieux situer le terrain qu’il nous reste à parcourir pour arriver un jour à la signature d’un authentique traité d’amitié qui ne soit pas la reconduction du traité de la Tafna.

A. M.

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