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Histoire
L’olivier et la
fabrication de l’huile dans les Aurès
Les auteurs
anciens Salluste, Procope, Ibn-Khaldoun, El-Kaïrouani ont, tour à
tour, évoqué longuement, avec précision et un luxe de détails, les
oliveraies qui couvraient le versant sud du massif auréssien. Le
premier auteur parle même de “forêts d’oliviers” avec, c’est plus
que probable, un peu d’exagération et d’extrapolation spécifiquement
latines.
A l’heure
actuelle, ces fabuleuses oliveraies ont disparu, effacées par un
cataclysme écologique et l’érosion destructrice ; mais des
d’oliviers séculaires existent toujours, témoins muets, crédibles et
irréfutables, disséminés à travers le massif auréssien ; de nombreux
pressoirs à huile persistent, les uns en ruines, d’autres en parfait
état de marche, encore en usage à Béni-Frah et Aïn-Zatout, sur le
versant sud-ouest des Aurès. Quelques tribus ont conservé intactes
les méthodes et techniques de travail, dont les origines se perdent
dans la nuit des temps ; probablement antérieures à la période
punique. Les colons romains, après la chute de Carthage, n’ont fait
que moderniser et étendre la culture de l’olivier à tout le Maghreb
occupé par les légions romaines.
Les Béni-Frah, les
Gouassir de Ghassira, les Srahna de Kimmel, les habitants d’El-Ouldja,
de Taberdja, de la vallée de l’oued Bidjer, et quelque peu les
Béni-Bousliman de T’kout, continuent, comme des dizaines de siècles
auparavant, à planter l’olivier et à fabriquer une huile d’olive de
haute qualité.
A la fabrication
de l’huile, d’après les anciennes méthodes, les Auréssiennes sont
loin d’être étrangères ; si elles n’ont pas un rôle déterminant,
elles participent activement, avec les hommes, à toutes phases de
l’opération, de la cueillette des olives jusqu’au stockage de
l’huile dans les jarres.
La cueillette et
le ramassage des olives nécessitent l’effort et la participation de
tous, hommes, femmes et enfants indistinctement, qui grimpent aux
arbres et gaulent les fruits.
En général, comme
pour le noyer dans les Aurès, l’oliveraie appartient, la plupart du
temps, à plusieurs personnes qui ne sont pas toujours propriétaire
du fonds ; le travail est réalisé en commun par les copropriétaires
et leurs familles, qui se partagent ensuite la récolte d’olives
proportionnellement à leurs parts respectives.
Les fruits sont
ramassés par les femmes et mis dans des couffins d’alfa. On les
laisse fermenter pendant quinze à vingt jours, à l’abri de l’air et
des impuretés. Le concassage des olives n’est pas fait de la même
façon à travers tout le massif. A T’kout, les fruits sont mis dans
une fosse et broyés à l’aide d’une grande pierre ronde, qu’un homme
manipule en se servant des mains et des pieds. A Aïn-Zatout, chez
les Béni-Frah, on se sert d’une roue meulière de grès ; une méthode
qui rappelle celle usitée dans la Haute Kabylie et aussi dans le
Moyen Atlas et le Riff marocain. Quand les bêtes (mulet et âne) font
défaut, les hommes ou les femmes s’attèlent à la meule comme les
Rifains.
Les olives
concassées donnent une pâte onctueuse, qu’on laisse décanter pendant
toute une journée et une nuit dans des récipients, afin de
recueillir l’huile qui surnage lentement. La pâte qui reste est
alors cuite dans des bassines d’argile, et l’on en tire une huile de
seconde qualité.
La pâte est enfin
recueillie dans des couffes en alfa, qui, empilées les unes sur les
autres, sont mises sous presse. Le pressurage est du ressort des
hommes à T’kout et à Aïn-Zatout ; par contre, à El-Ouldja et à
Taberdga, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les femmes se
chargent de cette dure besogne.
A El-Ouldja, les
Auréssiennes empilent les paniers entre deux meules sur lesquelles
elles exercent une pression continue en se mettant dessus tout en
chantant pour se donner du cœur à l’ouvrage et s’encourager
mutuellement. A Taberdga, elles mettent la pâte dans une fosse
creusée dans un rocher, pleine d’eau, puis retroussées jusqu’au
mollets, elles descendent pour la piétiner tout en recueillant
l’huile qui remonte à la surface pour la verser dans des récipients
préparés à cet effet.
Selon une vieille
tradition appliquée à la lettre à travers tout le massif auréssien,
les utilisateurs du pressoir sont tenus de laisser au propriétaire
de ce dernier le dixième de l’huile récoltée. En général, quand la
production d’huile dépasse les besoins familiaux, ce qui n’arrive
que rarement, l’Auréssien troque le surplus contre d’autres produits
qui lui sont nécessaires : blé, orge, maïs, laine, etc.
A l’heure
actuelle, dans la wilaya de Batna, l’olivier est loin d’être une
préoccupation des services agricoles ; il a même presque disparu du
versant sud du massif auréssien. Les seules oliveraies rentables se
situent à Barika, Séfiane, Seggana et, à un degré moindre, dans les
daïras de N’gaous et d’El-Madher. On est loin, très loin de la “mer
d’oliviers” qu’évoquait le géographe arabe El-Kaïraouani dans son
Histoire de l’Afrique du Nord, qui date du XVIe siècle de l’ère
chrétienne, et de la “forêt d’oliviers” que l’écrivain romain
Salluste signalait dans son œuvre encyclopédique La vie de
Youghourta.
Chenouf Ahmed
Boudi
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