Semaine du 6 au 12 juillet 2005

 

Près de quatre années après la campagne militaire lancée par les Etats-Unis

L’Afghanistan toujours en proie à l’insécurité

Les vicissitudes de la diplomatie chinoise

 
 
 Monde

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Près de quatre années après la campagne militaire lancée par les Etats-Unis

L’Afghanistan toujours en proie à l’insécurité

Moment décisif pour l’avenir politique de l’Afghanistan que celui des élections législatives et provinciales prévues pour le 18 septembre, près de quatre années après la campagne militaire lancée par les Etats-Unis contre ce pays.

Un scrutin qui devrait parachever le processus de transition mis en place, mais qui est grandement compromis par l’aggravation de la situation au plan sécuritaire, notamment dans le sud du pays. Les combattants talibans semblent avoir repris leur souffle depuis leur déroute en 2001, en témoignent les opérations menées ces trois derniers mois dans plusieurs provinces.

“Le pays est confronté à une escalade tant dans le nombre que dans la gravité des incidents”, reconnaît Jean Arnault, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afghanistan.

Signe du retour en force sur la scène afghane des talibans : pour la première fois depuis la chute de la milice fondamentaliste, l’armée américaine a reconnu que des “tirs ennemis” pouvaient être à l’origine de l’accident d’un hélicoptère avec 17 militaires à bord, la semaine dernière, à l’est de Kaboul. Cet accident est le neuvième d’un appareil de la coalition et le premier pour lequel la possibilité de “tirs ennemis” est évoquée.

La résurgence des violences relance les inquiétudes sur la capacité des Américains à assurer la sécurité avant la prochaine échéance électorale.

Le calme relatif qui avait régné durant l’élection présidentielle d’octobre et l’accalmie hivernale de la guérilla avaient amené les responsables militaires à assurer qu’ils avaient “brisé les reins” des talibans.

Au cours du moins de juin, cinq soldats américains et au moins 187 personnes, pour la plupart des talibans présumés, ont été tuées dans une série d’embuscades, d’attentats ou d’attaques diverses, contre 116 en juin 2004. Le mois de juin avait commencé avec un spectaculaire attentat-suicide contre une mosquée de Kandahar, l’ancien bastion des talibans, qui avait fait 21 morts, dont le chef de la police de Kaboul.

Il y a une quinzaine de jours, une vaste opération menée dans le “triangle noir” des confins des provinces de Kandahar, Kaboul et Oruzgan avait fait entre 77 morts, selon l’armée américaine, et 176 tués, selon les autorités afghanes, dont des talibans supposés. Cette opération, présentée comme un grand succès par les autorités afghanes, montre pourtant que les talibans sont capables de se regrouper en grand nombre.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement afghan, avec l’aide de la diplomatie américaine, s’efforce de mettre en place une “réconciliation”  avec des responsables de l’ancien régime. Le Président afghan lui-même a proposé un accord “armes contre amnistie” aux talibans, à l’exception d’un noyau de quelque 150 d’entre eux, considérés comme des criminels de guerre ou suspectés de liens avec le réseau Al-Qaîda d’Oussama ben Laden. L’ancien ministre taliban des Affaires étrangères, Wakeel Ahmed Mutawakil, joue un rôle-clé dans ce processus de “réconciliation”, selon les déclarations d’un porte-parole de la présidence afghane.

Mais cette politique ne paraît pas avoir porté ses fruits. La résurgence des violences coïncide également avec l’exaspération de la population face à la lenteur de la reconstruction. L’affaire de la profanation du Coran par des soldats américains sur la base de Guantanamo avait provoqué, en mai 2005, d’importantes manifestations, réprimées dans le sang par les forces de l’ordre, faisant au moins 15 morts. Au-delà de la protestation contre la profanation du livre sacré, la population a aussi exprimé son ressentiment à l’égard des autorités afghanes et américaines.

Selon un analyste politique afghan, Habibullah Rafi, “le déséquilibre des politiques de reconstruction a porté la population à tourner le dos au gouvernement et à revenir vers les talibans”.

La situation en Afghanistan commence à ressembler étrangement à celle qui prévaut en Irak.

l’élargissement du Conseil de sécurité de l’ONU constitue son prochain grand test de vitalité.

 

Les vicissitudes de la diplomatie chinoise

Embargo européen sur les armes maintenu, dossier nord-coréen gelé, le Japon qui agace : la diplomatie chinoise est à la peine et la question de l’élargissement du Conseil de sécurité de l’ONU constitue son prochain grand test de vitalité.

“La politique étrangère chinoise rencontre des revers qui mettent au jour à la fois ses priorités et ses ambivalences”, explique Jean-Pierre Cabestan, directeur du CNRS à Paris. Il est clair, ajoute ce sinologue, que “Taiwan passe avant l’Europe” en référence à la loi votée en mars à Pékin, qui autorise le recours à la force contre l’île si elle déclarait son indépendance. Cet acte est en partie à l’origine du report aux calendes grecques de la levée de l’embargo américain sur les armes, espérée avant fin juin. Sur cette question, de nombreux analystes relèvent des “erreurs d’appréciation” de la diplomatie chinoise, contrainte il est vrai de composer avec les impératifs du régime communiste.

“2004 devait être l’année de l’Europe pour la Chine, mais elle a raté le coche. C’est une preuve d’un manque de mobilité. Il y avait des concessions à faire, notamment par rapport aux droits de l’homme, et elles n’ont pas été faites”, suggère un diplomate occidental en poste à Pékin.

“Les priorités intérieures handicapent les actions diplomatiques. Le régime doit tenir bon sur les droits de l’homme et sur Taiwan, sinon on touché à ses fondements. Il y a des vaches sacrées !”, ajoute ce même diplomate.

Pour Shi Yinhong, directeur du Centre de recherches sur les Etats-Unis à l’Université du Peuple de Pékin, “la diplomatie chinoise fait face à des problèmes mais n’est pas en panne”. “La levée de l’embargo est seulement une question, de temps, les relations sino-européennes sont bonnes dans l’ensemble”, affirme-t-il.

Difficile de dire, en revanche, si les relations avec la Corée du Nord sont au beau fixe tant l’opacité qui enveloppe les deux pays communistes ne facilite pas le décryptage. Ce qui est néanmoins certain, c’est que l’engagement de la Chine à trouver une solution à la menace nucléaire du régime de Kim Jong-Il a montré ses limites, sauf à considérer que l’investissement n’avait pour but que de maintenir un statu-quo, jugé comme le moins mauvais des scénarios.

Pékin, qui chaque semaine appelle les protagonistes des pourparlers multilatéraux sur le nucléaire nord-coréen à reprendre le chemin des négociations, prêche dans le vide depuis juin 2004. “Ces pourparlers sont un casse-tête. Les Etats-Unis sont le principal responsable du blocage car leur politique à l’égard de la Corée du Nord est trop rigide”, estime le professeur Shi.

Pour d’autres observateurs aussi, le durcissement de la politique américaine vis-à-vis de la Chine depuis le second mandat de George W. Bush est à l’origine des difficultés actuelles de la diplomatie chinoise. C’est sans doute vrai sur la question du Japon, fidèle allié des Etats-Unis, et dont la Chine veut empêcher l’accès à un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en menant une croisade à l’issue incertaine. “Si l’ONU approuve l’élargissement, la Chine risque de se retrouver isolée”, parie Jean-Pierre Cabestan. Isolée pour la première fois depuis longtemps, elle qui n’a utilisé son veto onusien qu’à quatre reprises depuis 1971, année du remplacement de Taiwan par la République populaire à New York. “Les relations sino-japonaises sont l’un des grands problèmes posés à la diplomatie chinoise. Si un jour la Chine doit utiliser son droit de veto, le prix à payer sera énorme”, admet Shi Yinhong. Les chances de Pékin de rallier suffisamment d’opposants à la candidature du Japon paraissent élevées tant la mobilisation du ministère des Affaires Etrangères est entière, estime le diplomate occidental, qui relativise ce qui serait une possible perte de face à l’ONU.

“La Chine est aujourd’hui un poids lourd. Elle est au cœur de tout et son rôle incontournable adoucit les effets des échecs”, dit-il.

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