Semaine du 23 au 29 août 2006

 

 

L'éditorial : Par Nabil Benali

Une offre, trois conditions

 

 
 
 Editorial

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Une offre, trois conditions

Si l’objectif de la Charte pour la réconciliation nationale était de dépasser la crise en appliquant des solutions aux séquelles de la «tragédie nationale», il en est une qui est quasiment restée en l’état. Et c’est à l’issue de la première étape de la mise en œuvre de la Charte qu’il est permis de constater qu’à nouveau, tout est fait ou presque obliger les autorités à rouvrir le dossier du FIS.

On le voit bien qu’elle émane des dirigeants du Fis à l’étranger, et notamment d’Anouar Haddam ou de Mourad Dhina, de leurs intermédiaires locaux à l’image de Madani Mezrag ou encore de ceux qui souhaiteraient l’être, comme Abou Djerra Soltani qui multiple les signaux en ce sens, la revendication islamiste reste posée selon les mêmes termes qu’elle l’a été depuis l’empêchement du deuxième tour des législatives de 1992 : pas de paix totale sans le plein retour du parti dissous. La ténacité d’une telle exigence de la part du parti dissous n’a d’équivalent que son insistance sur son argument premier selon lequel il n’est en rien responsable des dizaines de milliers de morts et de la destruction du pays. On a beau voir dans les terroristes relâchés  – ceux qui se sont rendus et ceux qui sont encore dans les maquis, sans compter les témoignages de milliers de miraculés – les preuves physiques que l’islamisme armé est tout sauf une vue de l’esprit, pas le moindre scrupule ne semble retenir les «fissistes» de clamer leur innocence et de se dire, sauf injustice, nullement concernés par les interdictions que leur réserve la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Ils semblent avoir délégué à leur relais le soin de le dire, sachant pertinemment qu’une confrontation directe avec l’initiateur de la charte ne serait politiquement pas porteuse. Mais les responsables de l’ex-FIS ne suggèrent pas moins au Président de passer sans plus tarder à la solution finale, leur rendre leurs droits politiques intégralement, ce qui ne saurait faire l’économie d’une amnistie générale au préalable.

Pareille proposition, en réponse à l’offre des autorités, ne serait pas sans conséquences. Elle représente une remise des compteurs à zéro et impose même de chicaner le pouvoir sur ses origines. Elle suggère donc une redistribution des cartes qui ne peut se traduire que par un changement du système politique. Cela rappelle, dans le principe, l’initiative de Chadli Bendjedid qui avait décrété une amnistie générale en 1988, laquelle a donné lieu à une transition qui a fait basculer le pays vers le pluralisme, avec nouvelle Constitution et nouveau processus électoral à la clé.

On l’aura compris : aujourd’hui, le FIS demande non seulement sa réhabilitation, mais du même coup un changement de régime, l’un ne pouvant se faire sans l’autre et se rejoignant à l’intersection que représente l’amnistie. Un compromis de taille ! D’abord ce dernier est-il encore possible sachant que le dialogue avec l’islamisme radical n’a pratiquement jamais été rompu pour l’amener à quitter la voie des armes, ce qu’une partie de lui refuse encore de faire ? Autre interrogation : n’y a-t-il que sur la question de la violence qu’un compromis doit être établi ? Le clivage politique, né de la division entre les deux camps de l’islamo-conservatisme, peut-il trouver un accord fondamental sur la nature de l’Etat que les deux camps accepteraient de préserver en l’espèce, sachant que le premier est pour un Etat islamique, le second pour la république ?

S’il serait hâtif d’en conclure que toute entente est résolument impossible entre les différents protagonistes, la perception même de la crise et son analyse demeure très loin de recueillir un assentiment unanime. Et c’est peut-être cela précisément qui aurait incité le président Bouteflika à rappeler que l’objectif de la politique de réconciliation nationale était de fonder «un consensus national». L’occasion, convenons-en, s’est révélée trop précieuse pour ne pas être exploitée par les partisans de l’amnistie générale qui parlent déjà d’une conférence nationale, à laquelle le FIS prendrait part. Dans le cas qui nous préoccupe, cela s’appelle une contre-offre et tout indique qu’elle ne sera pas la dernière, à en croire les soutiens politiques au grand jour dont jouit encore le parti dissous dans le pays.

Dans les jours qui viennent, rien n’empêchera les divers acteurs de dérouler, chacun suivant son objectif, des stratégies sans cesse renouvelées. Mais restera cette donne qui fait toute la différence : la revendication du FIS ne porte pas seulement autour de l’autorisation d’une réapparition sur la scène politique, mais qu’à ce parti soit pleinement accordée la permission de jouer ce qu’il estime être son rôle historique et salutaire pour le pays : œuvrer à l’instauration d’un Etat islamique en Algérie.

Le FIS veut sa réhabilitation, un changement de régime et un changement d’Etat. Telles sont ses conditions depuis le début, depuis toujours. Objectivement, cela devrait suffire pour torpiller la politique de la main tendue qui, pour sa part, a pris tous les airs, sauf d’être conforme aux desiderata des islamistes. En plus clair, le compromis avec le FIS est impossible car il n’est question de rien d’autre pour lui que de lui remettre les clés du pouvoir.

N. B.

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