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Une offre, trois conditions
Si l’objectif de
la Charte pour la réconciliation nationale était de dépasser la
crise en appliquant des solutions aux séquelles de la «tragédie
nationale», il en est une qui est quasiment restée en l’état. Et
c’est à l’issue de la première étape de la mise en œuvre de la
Charte qu’il est permis de constater qu’à nouveau, tout est fait ou
presque obliger les autorités à rouvrir le dossier du FIS.
On le voit bien
qu’elle émane des dirigeants du Fis à l’étranger, et notamment d’Anouar
Haddam ou de Mourad Dhina, de leurs intermédiaires locaux à l’image
de Madani Mezrag ou encore de ceux qui souhaiteraient l’être, comme
Abou Djerra Soltani qui multiple les signaux en ce sens, la
revendication islamiste reste posée selon les mêmes termes qu’elle
l’a été depuis l’empêchement du deuxième tour des législatives de
1992 : pas de paix totale sans le plein retour du parti dissous. La
ténacité d’une telle exigence de la part du parti dissous n’a
d’équivalent que son insistance sur son argument premier selon
lequel il n’est en rien responsable des dizaines de milliers de
morts et de la destruction du pays. On a beau voir dans les
terroristes relâchés – ceux qui se sont rendus et ceux qui sont
encore dans les maquis, sans compter les témoignages de milliers de
miraculés – les preuves physiques que l’islamisme armé est tout sauf
une vue de l’esprit, pas le moindre scrupule ne semble retenir les «fissistes»
de clamer leur innocence et de se dire, sauf injustice, nullement
concernés par les interdictions que leur réserve la Charte pour la
paix et la réconciliation nationale. Ils semblent avoir délégué à
leur relais le soin de le dire, sachant pertinemment qu’une
confrontation directe avec l’initiateur de la charte ne serait
politiquement pas porteuse. Mais les responsables de l’ex-FIS ne
suggèrent pas moins au Président de passer sans plus tarder à la
solution finale, leur rendre leurs droits politiques intégralement,
ce qui ne saurait faire l’économie d’une amnistie générale au
préalable.
Pareille
proposition, en réponse à l’offre des autorités, ne serait pas sans
conséquences. Elle représente une remise des compteurs à zéro et
impose même de chicaner le pouvoir sur ses origines. Elle suggère
donc une redistribution des cartes qui ne peut se traduire que par
un changement du système politique. Cela rappelle, dans le principe,
l’initiative de Chadli Bendjedid qui avait décrété une amnistie
générale en 1988, laquelle a donné lieu à une transition qui a fait
basculer le pays vers le pluralisme, avec nouvelle Constitution et
nouveau processus électoral à la clé.
On l’aura
compris : aujourd’hui, le FIS demande non seulement sa
réhabilitation, mais du même coup un changement de régime, l’un ne
pouvant se faire sans l’autre et se rejoignant à l’intersection que
représente l’amnistie. Un compromis de taille ! D’abord ce dernier
est-il encore possible sachant que le dialogue avec l’islamisme
radical n’a pratiquement jamais été rompu pour l’amener à quitter la
voie des armes, ce qu’une partie de lui refuse encore de faire ?
Autre interrogation : n’y a-t-il que sur la question de la violence
qu’un compromis doit être établi ? Le clivage politique, né de la
division entre les deux camps de l’islamo-conservatisme, peut-il
trouver un accord fondamental sur la nature de l’Etat que les deux
camps accepteraient de préserver en l’espèce, sachant que le premier
est pour un Etat islamique, le second pour la république ?
S’il serait hâtif
d’en conclure que toute entente est résolument impossible entre les
différents protagonistes, la perception même de la crise et son
analyse demeure très loin de recueillir un assentiment unanime. Et
c’est peut-être cela précisément qui aurait incité le président
Bouteflika à rappeler que l’objectif de la politique de
réconciliation nationale était de fonder «un consensus national».
L’occasion, convenons-en, s’est révélée trop précieuse pour ne pas
être exploitée par les partisans de l’amnistie générale qui parlent
déjà d’une conférence nationale, à laquelle le FIS prendrait part.
Dans le cas qui nous préoccupe, cela s’appelle une contre-offre et
tout indique qu’elle ne sera pas la dernière, à en croire les
soutiens politiques au grand jour dont jouit encore le parti dissous
dans le pays.
Dans les jours qui
viennent, rien n’empêchera les divers acteurs de dérouler, chacun
suivant son objectif, des stratégies sans cesse renouvelées. Mais
restera cette donne qui fait toute la différence : la revendication
du FIS ne porte pas seulement autour de l’autorisation d’une
réapparition sur la scène politique, mais qu’à ce parti soit
pleinement accordée la permission de jouer ce qu’il estime être son
rôle historique et salutaire pour le pays : œuvrer à l’instauration
d’un Etat islamique en Algérie.
Le FIS veut sa
réhabilitation, un changement de régime et un changement d’Etat.
Telles sont ses conditions depuis le début, depuis toujours.
Objectivement, cela devrait suffire pour torpiller la politique de
la main tendue qui, pour sa part, a pris tous les airs, sauf d’être
conforme aux desiderata des islamistes. En plus clair, le compromis
avec le FIS est impossible car il n’est question de rien d’autre
pour lui que de lui remettre les clés du pouvoir.
N. B.
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