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La trame du mercredi
Du vainqueur et
du vaincu
C’est maintenant
que les armes se sont tues au Liban que l’on peut le mieux prendre
la mesure des destructions qui y ont été occasionnées en 34 jours de
bombardements massifs. Maintenant seulement qu’il est possible de
trancher la question restée en suspend depuis le 14 août- date de la
cessation des hostilités en application de la résolution 1701, non
pas, comme on sait, entre le Liban et Israël mais entre celui-ci et
le Hezbollah, une milice dont la puissance militaire est supérieure
à celle de l’armée régulière libanaise, ce qui est pour le moins une
singularité- de savoir lequel des deux belligérants a pris
finalement le dessus.
Une remarque
cependant : la victoire en question, la seule qui soit véritable et
durable, n’est pas celle qui est issue directement des armes, à
chaud et après un combat singulier, pour ainsi dire, mais celle qui
découle de la situation dans sa globalité, sa complexité et la
diversité de ses protagonistes. Et à cette aune, force est de
constater que la perspective la plus probable qui se présente devant
la milice chiite, est …son désarmement. Il n’y a même pas lieu de se
demander s’il se fera un jour, tant les Israéliens et les Américains
s’obtiendront à l’obtenir. Si bien que l’on ne peut parier que sur
le temps que cela prendra. Or, si les Israéliens et les Américains
ne relâchent guère leur pression à cet effet, on ne voit pas non
plus Fouad Siniora, et avec lui la majorité politique libanaise,
aspirer à autre chose, en dépit des précautions qu’ils prennent pour
n’en rien laisser paraître, et qui sont compréhensibles, la guerre
civile n’étant jamais bien loin dans un pays où les puissances
régionales ont l’habitude d’y régler leurs comptes.
Dans cette partie
du monde, en fait, c’est toujours la guerre. Celle-ci y est plus ou
moins intense et meurtrière, voilà tout. Quand le volcan n’est pas
en éruption, ses grondements étouffés y préludent sûrement. C’est
précisément ce qui se passe pour l’heure. Israël fait mine de faire
dépendre son retrait du Sud Liban et la levée du blocus aérien et
maritime du complet déploiement des forces de la Finul En réalité ce
qu’il veut dès maintenant, c’est la libération de ses deux soldats
enlevés par le Hezbollah, acte de guerre qui a mis le feu aux
poudres un certain jour de juillet. Et ce que veut le Hezbollah,
c’est un échange de prisonniers avant toute chose, un échange d’égal
à égal, se déroulant entre deux belligérants se conformant l’un
comme l’autre aux clauses de la paix revenue, comme dans une
cérémonie solennelle établissant aux yeux du monde son statut de
vainqueur final, étant entendu que s’il ne l’était pas, son ennemi
ne lui aurait pas concédé cette marque de respect, tant sont
inégales leurs forces respectives. Encore qu’il soit exclu que cette
représentation ait lieu avec le Hezbollah incarnant son propre
rôle ; cela personne ne le voudrait, ni Israël, ni le Liban, ni
l’ONU. Il faut reconnaître que le Hezbollah n’est jamais allé
jusqu’à exiger une chose pareille, même au temps où il proclamait sa
victoire et qu’il semblait jusqu’à un certain point fondé à le
faire. Qui va remporter cette nouvelle manche ?
A voir les
dispositions conciliantes dont fait maintenant preuve Hassan
Nasrallah, tant à l’égard d’Israël que de ses adversaires au Liban
et dans le monde arabe, il ne paraît pas bien difficile de répondre
à cette question. Convient-il en effet à un vainqueur de reconnaître
qu’il s’était trompé en commettant l’acte déclencheur des
hostilités, que s’il avait prévu ses conséquences, les destructions
qu’il a entraînées, il ne l’aurait pas commis ? Cela ne
ressemble-t-il pas à du remords ? Si ça n’en est quand même pas,
l’apparence y est cependant. Et l’affectation dans ce cas n’a pas pu
ne pas être volontaire .Il est clair qu’il s’agit là d’une
concession, faite à la fois à Israël, à l’Arabie Saoudite, à
l’Egypte à la Jordanie, et à toutes les parties libanaises qui
estiment que ce n’est pas à une organisation politique de décider de
la guerre et de la paix, qu’il y a des institutions nationales pour
cela
. Mais quand le
secrétaire général du Hezbollah affirme qu’il n’y aura pas de second
round avec Israël, c’est surtout à celui-ci qu’il cherche à
complaire. Il entend lui donner par ce biais l’assurance qu’il se
gardera de lui enlever des soldats à l’avenir, ayant expérimenté ce
qu’il en coûtait, dans l’espoir qu’Israël consente à l’échange de
prisonnier et à lui sauver la face, c’est-à-dire qu’il accepte de
lui faire le cadeau de continuer de se proclamer vainqueur de la
partie qui s’est terminée le 14 août.
M.Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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