Semaine du 6 au 12 septembre 2006

La trame du mercredi

Du vainqueur et du vaincu

 

 
 
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La trame du mercredi

Du vainqueur et du vaincu

C’est maintenant que les armes se sont tues au Liban que l’on peut le mieux prendre la mesure des destructions qui y ont été occasionnées en 34 jours de bombardements massifs. Maintenant seulement qu’il est possible de trancher la question restée en suspend depuis le 14 août- date de la cessation des hostilités en application de la résolution 1701, non pas, comme on sait, entre le Liban et Israël mais entre celui-ci et le Hezbollah, une milice dont la puissance militaire est supérieure à celle de l’armée régulière libanaise, ce qui est pour le moins une singularité- de savoir lequel des deux belligérants a pris finalement le dessus.

Une remarque cependant : la victoire en question, la seule qui soit véritable et durable, n’est pas celle qui est issue directement des armes, à chaud et après un combat singulier, pour ainsi dire, mais celle qui découle de la situation dans sa globalité, sa complexité et la diversité de ses protagonistes. Et à cette aune, force est de constater que la perspective la plus probable qui se présente devant la milice chiite, est …son désarmement. Il n’y a même pas lieu de se demander s’il se fera un jour, tant les Israéliens et les Américains s’obtiendront à l’obtenir. Si bien que  l’on ne peut parier que sur le temps que cela prendra. Or, si les Israéliens et les Américains ne relâchent guère leur pression à cet effet, on ne voit pas non plus Fouad Siniora, et avec lui la majorité politique libanaise, aspirer à autre chose, en dépit des précautions qu’ils prennent pour n’en rien laisser paraître, et qui sont compréhensibles, la guerre civile n’étant jamais bien loin dans un pays où les puissances régionales ont l’habitude d’y régler leurs comptes.

Dans cette partie du monde, en fait, c’est toujours la guerre. Celle-ci y est plus ou moins intense et meurtrière, voilà tout. Quand le volcan n’est pas en éruption, ses grondements étouffés y préludent sûrement. C’est précisément ce qui se passe pour l’heure. Israël fait mine de faire dépendre son retrait du Sud Liban et la levée du blocus aérien et maritime du complet déploiement des forces de la Finul En réalité ce qu’il veut dès maintenant, c’est la libération de ses deux soldats enlevés par le Hezbollah, acte de guerre qui a mis le feu aux poudres un certain jour de juillet. Et ce que veut le Hezbollah, c’est un échange de prisonniers avant toute chose, un échange d’égal à égal, se déroulant entre deux belligérants se conformant l’un comme l’autre aux clauses de la paix revenue, comme dans une cérémonie solennelle établissant aux yeux du monde son statut de vainqueur final, étant entendu que s’il ne l’était pas, son ennemi ne lui aurait pas concédé cette marque de respect, tant sont inégales leurs forces respectives. Encore qu’il soit exclu que cette représentation ait lieu avec le Hezbollah incarnant son propre rôle ; cela personne ne le voudrait, ni Israël, ni le Liban, ni l’ONU. Il faut reconnaître que le Hezbollah n’est jamais allé jusqu’à exiger une chose pareille, même au temps où il proclamait sa victoire et qu’il semblait jusqu’à un certain point fondé à le faire. Qui va remporter cette nouvelle manche ?

A voir les dispositions conciliantes dont fait maintenant preuve Hassan Nasrallah, tant à l’égard d’Israël que de ses adversaires au Liban et dans le monde arabe, il ne paraît pas bien difficile de répondre à cette question. Convient-il en effet à un vainqueur de reconnaître qu’il s’était trompé en commettant l’acte déclencheur des hostilités, que s’il avait prévu ses conséquences, les destructions qu’il a entraînées, il ne l’aurait pas commis ? Cela ne ressemble-t-il pas  à du remords ? Si ça n’en est quand même pas, l’apparence y est cependant. Et l’affectation dans ce cas n’a pas pu ne pas être volontaire .Il est clair qu’il s’agit là d’une concession, faite à la fois à Israël, à l’Arabie Saoudite, à l’Egypte  à la Jordanie, et à toutes les parties libanaises qui estiment que ce n’est pas à une organisation politique de décider de la guerre et de la paix, qu’il y a des institutions nationales pour cela

. Mais quand le secrétaire général du Hezbollah affirme qu’il n’y aura pas de second round avec Israël,  c’est surtout à celui-ci qu’il cherche à complaire.  Il entend lui donner par ce biais l’assurance qu’il se gardera de lui enlever des soldats à l’avenir, ayant expérimenté ce qu’il en coûtait, dans l’espoir qu’Israël consente à l’échange de prisonnier et à lui sauver la face, c’est-à-dire qu’il accepte de lui faire le cadeau de continuer de se proclamer vainqueur de la partie qui s’est terminée le 14 août.

M.Habili   

 

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