Semaine du 7 au 13 septembre 2005

 

 

 

Terrorisme

Ce n'était pas une guerre civile

Référendum du 29 septembre

Un mauvais coup contre le mouvement démocratique

 

 
 
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Ce n'était pas une guerre civile

Ce qui s'est passé en Algérie durant la dernière décennie ne peut aucunement être qualifié de guerre civile. Même si les ONG internationales l'ont claironné haut et fort, même si elles ont insidieusement participé à occulter la vérité et à laisser planer le doute en posant la fameuse question "qui tue qui en Algérie ?", il n'en demeure pas moins que ces années de violence n'ont rien d'une guerre civile.

Assimiler la violence dans laquelle a basculé l'Algérie dès les années quatre-vingt-dix à une guerre civile serait incontestablement nous renvoyer à celle qui a secoué le Liban dès 1975, quand les tensions qui régnaient entre les différentes communautés du pays et les réfugiés palestiniens n'ont pu être apaisées ou canalisées dans une autre voie que la violence. Ces tensions ont mené à des démonstrations de force et de colère, qui ont donné lieu à des émeutes qui s'étendent rapidement aux quartiers arabes et aux camps palestiniens. Fedayin palestiniens et phalangistes chrétiens se livrent alors à des combats de rue toute la nuit.

Dire que ce qui s'est passé en Algérie est une guerre civile serait aussi nous comparer à l'Angola où depuis près de 25 ans, les forces du gouvernement et les rebelles de l'UNITA s'affrontent avec une férocité incroyable. Une férocité qui a fait que 1,7 million de personnes ont fui la campagne pour chercher un peu de sécurité dans les villes côtières et les capitales de province. Cet exode forcé n'était pas sans conséquences sur la production agricole qui, en 1999, avait sérieusement chuté, provoquant ainsi des pénuries alimentaires.

Ce serait aussi nous comparer à la Côte-d'Ivoire qui, depuis septembre 2002, vit une partition de fait entre le Nord et le Centre, qui sont sous l'autorité de la rébellion des "Forces nouvelles", et le Sud qui est dominé par les Forces armées nationales de Côte-d'Ivoire (FANCI), restées loyales au chef de l'Etat, ou alors la guerre civile qui oppose les séparatistes de la province indonésienne d'Aceh et le gouvernement central de Djakarta depuis 1976. Une guerre qui a fait plus de 15.000 morts.

Et ce serait aussi se rappeler la guerre civile au Soudan,  qui a éclaté en 1983 quand l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), issue du Sud à majorité chrétienne et animiste, s'est rebellée contre le Nord arabo-musulman. Résultat : au moins 1,5 million de morts et quatre millions de déplacés. Un autre conflit, qui a éclaté en 2003, dans le Darfour, à l'ouest du pays, a fait pour sa part plus de 70.000 morts et 1,6 million de déplacés.

Comparer ce qui s'est passé en Algérie à ces cas de guerre civile serait erroné, car la réalité chez nous est tout autre. Il est vrai que le pays entier a sombré dans une violence qu'on ne croyait pas possible. Il est vrai aussi que, par moments, l'horreur avait atteint le summum, que des villages entiers ont été décimés, que des édifices publics ont été détruits, brûlés, saccagés. Que beaucoup de familles ont fui les douars et les villages isolés pour se rapprocher des villes et bénéficier de plus de sécurité. Mais ce n'était pas une guerre civile. Ce qui s'est passé en Algérie est beaucoup plus simple. C'est une faction qui, sous le couvert d'instaurer un régime islamiste, a essayé de mener le pays vers le chaos pour l'affaiblir et avoir enfin le dessus.

Les groupes armés qui ont sévi durant les dernières années n'avaient aucunement la caution du peuple. C'est pour cette raison tout simple que ces groupes ont choisi de s'attaquer aux citoyens où qu'ils se trouvent. Chez eux, sur leurs lieux de travail, dans les endroits publics. La stratégie étant de terroriser les gens afin qu'ils s'imaginent ces groupes invincibles. Cette stratégie n'a pas tout à fait réussi, car si les gens ont eu peur, il faut reconnaître qu'ils ont toujours condamné cette violence, et nombreux sont ceux qui ont fini par se constituer en groupes de défense ou ce qu'il était communément reconnu d'appeler les "Patriotes". Ces Patriotes ont largement contribué au retour de la paix dans leurs quartiers ou villages que la peur des frappes terroristes avait pratiquement vidés.

Le terrorisme en Algérie, s'il visait l'arrivée au pouvoir d'une faction, s'est trompé de cible en s'attaquant aux populations civiles, en tuant des policiers et des intellectuels, en violant les filles… Les groupes armés se sont définitivement mis en marge de la société.

Et donc si le terrorisme a été vaincu, c'est grâce aux efforts conjugués de l'armée et des forces de sécurité qui ont réussi des frappes importantes et ont ratissé la plupart des maquis où les groupes armés avaient installé leurs bases. Mais c'est grâce aussi à la mobilisation des citoyens qui ont rejeté en bloc les offres de ces illuminés qui proposaient le paradis à ceux qui les soutiendraient et l'enfer aux autres.

La violence dans laquelle a basculé l'Algérie n'a rien d'une guerre civile et ne ressemble en rien aux cas de guerre civile cités. Chez nous, il s'agit tout simplement d'un groupe qui voulait le pouvoir, coûte que coûte, et qui a opté pour une démonstration de force pour y arriver et contraindre le peuple à soutenir cette action. Cette force, si elle a pu surprendre au départ – car personne, pas même l'armée ou les forces de sécurité, n'étaient préparés à cette guérilla  – était en réalité réfléchie bien à l'avance. L'essentiel des attaques se faisait à travers les embuscades ou coups de main rapides où le repli se faisait tout aussi rapidement. En éclair.

Ce sont donc ces frappes rapides, par surprise, qui donnaient l'impression que les groupes armés détenaient une grande force. Mais cette impression s'est effacée devant les frappes des forces de sécurité et la mobilisation générale des citoyens, qui ont crié haut et fort leur rejet du terrorisme. Où est la guerre civile dans tout cela ?

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Référendum du 29 septembre

Un mauvais coup contre le mouvement démocratique

Il est déjà arrivé au président Bouteflika de nous expliquer qu’il n’était pas tenu de recourir à  la voie référendaire pour faire passer sa politique de la réconciliation, et qu’il aurait pu se contenter de faire approuver par le Parlement les dispositions contenues dans la charte pour la paix et la réconciliation, avec d’autant plus de facilité du reste  que son programme, où ce projet figurait en bonne place, avait reçu l’aval des deux chambres au lendemain de sa réélection. S’il a finalement opté pour le référendum, ce n’est pas, laisse-t-il ainsi entendre, parce qu’il était en difficulté, ou qu’il se voyait dans la nécessité de contourner de fortes oppositions au sein des institutions en demandant l’arbitrage des Algériens, mais parce qu’il a estimé en conscience que sur un sujet d’une telle importance, il valait mieux consulter la nation, serait-il certain par avance de son sentiment. On retiendra qu’Abdelaziz Bouteflika ne recherche le soutien du peuple que lorsque il peut très bien s’en passer. De sorte que s’il avait des doutes sur  la réponse  de la majorité des Algériens, il se serait bien gardé de leur demander leur avis ; il se serait rabattu sur la procédure ordinaire, où il n’aurait rencontré aucune difficulté, étant donné qu’il dispose d’une majorité plus que suffisante au Parlement. Et comme pour bien préciser sa pensée, il tient à rappeler qu’en 1999, il avait fait voter la loi sur la concorde civile par les deux chambres avant de la soumettre au peuple. A cette époque, comme aujourd’hui, bien loin de demander quelque chose, c’est lui qui a concédé quelque chose, qu’il était en son pouvoir de ne pas concéder. Il offre  à la société la possibilité d’exprimer son opinion alors qu’il  peut faire autrement. Or, il donne le sentiment de quelqu’un qui estime par moments qu’elle n’apprécie pas à sa juste valeur son geste,  qu’elle le prend, ou qu’elle affecte de le prendre pour une sorte d’obligation qu’il se devait de s’acquitter envers elle. La preuve qu’elle se trompe sur ce qu’il en est réellement  à ce propos, c’est que c’est justement aujourd’hui, aujourd’hui qu’elle est appelée à se prononcer en premier, avant donc ses représentants, qu’elle fait montre d’une certaine désaffection, du moins de ce qui apparaît comme telle en comparaison de l’enthousiasme qui l’avait soulevée précédemment. C’est au moment où la décision lui revient totalement, où le Président lui reconnaît concrètement la primauté,  au moment donc où elle se voit  traitée en véritable détentrice de la souveraineté, qu’elle donne le sentiment d’être atteinte par le doute quand à la justesse de la politique qu’on lui demande d’approuver. C’est à croire que le patron du MSP a raison quand il va affirmant que les Algériens ne savent décidément pas ce qu’ils veulent.

Il peut paraître que ce ne sont là que subtilités oiseuses, que finasseries ne tirant pas à conséquence, le débat publique n’ayant pas encore atteint dans notre pays un niveau tel qu’il faille examiner de près des propos d’autant plus spontanés que les gens qui les profèrent savent qu’ils n’ont pas à craindre la contradiction publique. Le débat réel, tel qu’on le voit se développer dans les grandes démocraties notamment pendant les campagnes, électorales ou référendaires, ne faisant pas encore partie de nos mœurs politiques,  c’est tout simplement perdre son temps que de s’attarder à des considérations comme celles qui précèdent. La désinvolture, pour ne pas dire plus, des dirigeants des pays dont la marque est le déficit démocratique à l’égard de leur peuple- plus ou moins grande, il est vrai, selon les cas- étant la règle,  cette attitude cesse en même temps de signifier quelque chose de précis, tenant à des conditions particulières, c’est-à-dire propres à tel pays à un moment donné de son histoire. Il n’y aurait ainsi aucun intérêt, pour ainsi dire pratique, à relever que le président algérien prend un certain soin de présenter la consultation prochaine comme une faveur accordée à la société, et non comme une option appelée par l’importance de l’enjeu. On doit cependant à la vérité de signaler qu’il est arrivé au président Bouteflika de dire, notamment à Sétif, tout le contraire, à savoir que la voie référendaire s’est imposée en quelque sorte d’elle-même au moment où il avait à choisir entre les deux procédures : l’adoption de la charte par le Parlement ou le recours à la souveraineté populaire. Mais que vaut cette déclaration quand on sait qu’à Chlef le Président a pris son contre-pied ? Le fait qu’il ne dise à ce propos une chose que pour la démentir un peu plus tard semble signifier que d’une certaine façon il n’a pas dépassé le stade où il hésitait entre ces deux possibilités.

Certes, l’organisation d’un référendum est du ressort exclusif du président de la République. Libre à lui de demander au peuple son sentiment sur un sujet donné, ou de se contenter d’un débat à l’Assemblée suivi d’un vote. La Constitution ne détermine pas les matières où il doit s’en référer au peuple. Il est seul habilité à en juger. Le président Bouteflika ne commet donc en l’espèce aucune entorse à la lettre de la Constitution. Pourtant il en modifie grandement l’esprit. Le référendum sur la concorde civile aussi bien que celui sur la charte pour la paix et la réconciliation, en réalité plus celui-ci que celui-là, n’auraient pas dû être décidés parce qu’ils sont sans objet. En effet, on ne se réfère en principe au peuple, en sa qualité de souverain, que pour qu’il rende sa sentence sur une question donnée. Il est aberrant de lui demander son avis sur une question qui ne dépend pas de lui. Quand il aura répondu par un oui massif à la question qui lui sera posée le 29 septembre prochain, aura-t-il pour autant décidé souverainement pour la paix civile, alors qu’il aurait pu faire le choix opposé ? Il aura en effet « décrété la paix », comme disent certains démagogues, mais sans la moindre chance d’être obéi, à supposer même qu’il soit entendu. Il aura «  décrété la paix » pour rien. N’étant pas maître de décider, il n’avait pas à être interrogé sur ce point. On ne demande pas à un peuple d’exprimer un vœu, mais de trancher un dilemme, de résoudre une crise, de prendre une décision, en donnant sa réponse par un oui ou par un non à la question qu’on lui pose.

L’après-29 septembre ressemblera, sous le rapport de la sécurité, le seul qui soit en cause, en tout point à la période antérieure. La souveraineté populaire à laquelle on n’aura recouru aura vainement apportée sa sanction. Et pour cause, on demande à un peuple de choisir la paix et la réconciliation quand ni l’une ni l’autre ne sont en son pouvoir, et que de plus il est en paix avec lui-même. En toute rigueur, c’est aux seuls terroristes que la question devrait être posée. Elle aurait alors un objet, puisque le choix qui serait fait par eux serait de nature à déterminer l’avenir du pays, du moins dans son aspect sécuritaire. Or, on connaît d’ores et déjà leur réponse. Ce qui rend le référendum doublement inutile.

Mais, ne manqueront pas certains de dire, où a-t-on vu un régime non démocratique s’en remettre au peuple, avec l’intention d’agir selon ce que ce dernier aura décidé ? C’est justement parce qu’il ne sera d’aucun effet, en tout cas par rapport à la question posée, que ce référendum sera organisé. Ce qui vient d’être dit, nous le savons déjà ; il ne nous aide dès lors en rien dans le présent. Qui ignore que dans ces pays-là, un référendum ça ne sert qu’à plébisciter quelqu’un ?

Cette objection est bien trop générale pour être tout à fait pertinente. Ce qui importe d’ailleurs en premier le 29 septembre, ce n’est pas ce que pensent les opposants politisés ou organisés, mais ce que pensent les masses populaires de la proposition qui leur est faite. Apporteront-elles leur assentiment à celle-ci, et donc à un homme, ou non, sachant que l’alternative n’est pas entre le oui et le non, mais entre la participation massive et l’abstention massive.

Il y a au moins deux bonnes raisons de penser que le taux de participation sera le 29 septembre  significativement inférieur par rapport aussi bien à celui du référendum sur la concorde civile, il y a de cela six ans, qu’à celui de l’élection présidentielle d’avril 2004. Entendons-nous bien, l’abstention sera à ce point marquée qu’il sera impossible de la nier totalement au moyen des chiffres officiels. La première raison tient sans doute au détournement de la notion de référendum, qui fait que la souveraineté populaire est sollicitée non pour trancher une question, mais pour permettre au Président de s’autoriser d’elle pour mener une politique qu’il prend soin aujourd’hui de laisser dans l’imprécision. La 8° disposition de la Charte est assez éloquente à cet égard. Le président Bouteflika ne demande pas au peuple de décider, puisque celui-ci est interrogé sur quelque chose qui n’est pas de son ressort, mais de lui voter les pleins pouvoirs pour  qu’il puisse agir selon ses vues à lui. S’il n’y avait pas le précédent du référendum sur la concorde civile, qui a montré aux Algériens qu’il ne suffit pas de voter pour la paix et la réconciliation pour que celles-ci surviennent, que seules  la résistance et la lutte antiterroristes sont à même de les rétablir, une majorité d’entre eux serait aujourd’hui portée à croire qu’elles dépendent réellement de sa participation et de son vote. Ils savent maintenant par expérience qu’il n’en est rien, et que s’il fallait croire ce qui se répète inlassablement depuis le début de la campagne, en fait depuis bien plus longtemps, à savoir que la paix et la réconciliation sont tributaires de leur vote, le terrorisme aurait cessé au lendemain du premier référendum, dès 1999. Aucune campagne, mille discours, si adroits soient-ils, ne feraient perdre de vue que les promesses d’alors n’ont pas été tenues.

La deuxième grande raison donnant à penser que l’abstention sera importante cette fois-ci, est d’un autre ordre, en ce qu’elle n’est pas  liée, du moins pas directement, aux questions soulevées par  le document soumis à l’approbation de la nation. C’est un fait bien connu en effet que les électeurs ne se contentent jamais de répondre uniquement, lors d’un référendum, à la question posée, mais se saisissent de l’occasion qui leur est ainsi offerte pour porter un jugement sur l’ensemble de la politique, et notamment dans sa dimension économique, qui est menée alors. S’ils veulent sanctionner un gouvernement, ou même un président, ou seulement infléchir sa politique, ils attendent rarement que le débat porte sur le programme pour exprimer leur rejet de celui qui est présentement mis en œuvre. Le 29 septembre à l’évidence, les Algériens ne se prononceront pas- pour autant qu’ils votent d’ailleurs- seulement sur la charte pour la paix et la réconciliation, mais sur les choix économiques, sociaux, et autres, des dirigeants actuels. Et comme le président Bouteflika aime rappeler que c’est son programme   qui s’applique aujourd’hui, programme qui déjà inscrit la réconciliation nationale au premier rang de ses objectifs, c’est aussi son action à la tête de l’Etat, en même temps que sa personne, qui seront jugées le jour du référendum.

Croire pourtant que la manœuvre destinée à s’achever en triomphe le 29 septembre prochain est condamnée à un échec complet, étant donné que ses buts proclamés sont hors d’atteinte par ce biais-là, c’est se tromper sur sa portée politique et stratégique, ou plutôt les tenir pour rien. Parmi ceux qui s’inscrivent en faux contre la démarche en question, il en est qui semblent la rejeter uniquement parce qu’elle reposerait sur le refus de ses initiateurs de prendre en compte les dimensions politiques de la crise, la violence n’étant que l’une d’entre elles, peut-être même, de leur point de vue, la moins importante. Les dispositions de la Charte déclinent la «solution sécuritaire» en quelque sorte finale que le pouvoir veut mettre en œuvre avec pour principal souci d’éloigner le pays d’une véritable solution qui serait, elle, strictement, ou entièrement  politique.

Le fait est que la charte pour la paix et la réconciliation, de même que la loi sur la concorde civile, constituent des étapes d’une même solution politique, qui vise à récupérer au profit d’un seul bloc, le bloc formé des islamistes dans leur diversité d’une part, et des conservateurs nationalistes chauvins de l’autre, réunis dans le FLN pour l’essentiel, et accessoirement dans le RND, la victoire remportée par le pays dans son ensemble contre le terrorisme islamiste, c’est-à-dire contre une des composantes du bloc au pouvoir. A quoi reconnaît-on un nationaliste chauvin ? Au fait qu’il pense que la crise politique algérienne a éclaté quand le bloc islamo-nationaliste s’est divisé, les islamistes ayant estimé, à tort aux yeux de leurs alliés conservateurs, que le temps est arrivé pour que le rôle dirigeant leur revienne ; mais aussi au fait qu’il milite sans répit pour que la réconciliation se fasse entre  les deux courants, et qu’il considère qu’en cela précisément réside la solution à la crise, et qu’il n’y a pas de salut en dehors de celle-ci. L’épisode de la concorde civile suffira pour illustrer le propos. En 1999, le terrorisme avait beaucoup reflué, grâce notamment à la mobilisation populaire ; l’effort de la nation pour le maintien de son unité, s’il devait se poursuivre avec la même intensité, allait l’anéantir. Or, ce n’était pas là l’objectif des nationalistes au pouvoir, pour qui les islamistes, mêmes radicaux, sont des alliés naturels. Il fallait à tout prix arrêter le processus en cours, et faire une offre de paix. Et peu importe finalement qu’elle soit acceptée ou rejetée, l’essentiel est ailleurs, il se situe au niveau politique. Il faut qu’il soit possible de soutenir avec vraisemblance que ce ne sont pas  la lutte antiterroriste et la mobilisation populaire qui ont fait reculer le terrorisme et sauvé la cohésion nationale, mais la politique de la main de la nation tendue à ceux de ses enfants qui la combattent injustement, il faut que le mérite dans ce reflux revienne à la politique de la réconciliation, et à elle seule. Six ans plus tard, le terrorisme existe toujours, et ses tenants n’ont toujours pas l’intention de s’inscrire dans une démarche de paix et de réconciliation. Les choix fondamentaux des gouvernants leur commandent  de renouveler leur offre, même si les conditions d’aujourd’hui différent sensiblement de ceux de 1999, et d’abord par ceci que leur nouvelle initiative n’est précédée d’aucune reddition massive nécessitant un traitement juridico-politique, comme ce fut le cas la première fois. Ce n’est d’ailleurs pas là la seule différence significative. Comme ils tiennent à garder la porte de la rahma ouverte devant ceux des terroristes qui voudraient bénéficier de l’amnistie promise par la charte, ils ne fixent aucune date limite aux dispositions de celle-ci, de sorte qu’elle permet de m’amnistier non seulement les crimes commis, mais aussi ceux qui ne le sont pas encore, ceux qui le seront inévitablement plus tard, ceux que les terroristes se réservent en quelque sorte le droit de commettre quand bon leur semblera. Ce point d’ailleurs est l’un des plus troublants dans ce document. Il semble d’autant plus incompréhensible qu’on sait maintenant que la nouvelle offre de paix ne constitue elle-même qu’un pas qui sera suivi par d’autres du même genre. Si on prévoit de refaire des offres similaires plus tard, pourquoi laisser courir indéfiniment  celle qu’on fait maintenant, pourquoi ne pas prescrire des limites temporelles à ses dispositions amnistiantes ? Peut-être ne parle-t-on de nouvelles étapes que par légèreté, ou que pour donner le change ; à moins que ce ne soit pour montrer sa volonté à tout faire pour aboutir à la paix, et plaider ainsi sa propre cause devant ceux qu’on voudrait se concilier. Il existe toutefois une autre interprétation, plus conforme aux choix fondamentaux de ceux qui nous gouvernent. Depuis des années, avant même l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, le terrorisme est sur sa pente descendante. C’est l’année 1997 qui semble être l’année où son reflux s’est amorcé. Mais peu importe ici la période précise à laquelle il faut rapporter le début du reflux terroriste en Algérie. D’autant que le fait est très généralement admis ; les seuls peut-être qui croient encore que le terrorisme sortira quand même victorieux, c’est les terroristes encore actifs. Or, aujourd’hui, notre pays n’est pas le seul  à le combattre. Depuis le 11-septembre 2001, une mobilisation internationale se dresse devant lui. La bataille principale, ce n’est désormais  plus ici qu’elle se déroule, mais en Irak, où Al-qaïda affronte directement les Etats-Unis et leurs alliés. Autant d’ennemis, dont les plus grandes puissances, déterminés à éliminer la menace qu’il représente pour leur sécurité, voilà qui décide de son avenir, à plus ou moins brève échéance, encore que sa fin ne soit sûrement pas pour demain.

Ce sont toutes ces considérations, à la fois internes et externes, politiques et idéologiques, qui sont intervenues dans l’élaboration de la démarche dont le référendum du 29 septembre n’est effectivement qu’une des étapes.

M. Habili 

 

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