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Terrorisme
Ce
n'était pas une guerre civile
Ce
qui s'est passé en Algérie durant la dernière décennie ne peut
aucunement être qualifié de guerre civile. Même si les ONG
internationales l'ont claironné haut et fort, même si elles ont
insidieusement participé à occulter la vérité et à laisser planer le
doute en posant la fameuse question "qui tue qui en Algérie ?", il
n'en demeure pas moins que ces années de violence n'ont rien d'une
guerre civile.
Assimiler la violence dans laquelle a basculé l'Algérie dès les
années quatre-vingt-dix à une guerre civile serait incontestablement
nous renvoyer à celle qui a secoué le Liban dès 1975, quand les
tensions qui régnaient entre les différentes communautés du pays et
les réfugiés palestiniens n'ont pu être apaisées ou canalisées dans
une autre voie que la violence. Ces tensions ont mené à des
démonstrations de force et de colère, qui ont donné lieu à des
émeutes qui s'étendent rapidement aux quartiers arabes et aux camps
palestiniens. Fedayin palestiniens et phalangistes chrétiens se
livrent alors à des combats de rue toute la nuit.
Dire
que ce qui s'est passé en Algérie est une guerre civile serait aussi
nous comparer à l'Angola où depuis près de 25 ans, les forces du
gouvernement et les rebelles de l'UNITA s'affrontent avec une
férocité incroyable. Une férocité qui a fait que 1,7 million de
personnes ont fui la campagne pour chercher un peu de sécurité dans
les villes côtières et les capitales de province. Cet exode forcé
n'était pas sans conséquences sur la production agricole qui, en
1999, avait sérieusement chuté, provoquant ainsi des pénuries
alimentaires.
Ce
serait aussi nous comparer à la Côte-d'Ivoire qui, depuis septembre
2002, vit une partition de fait entre le Nord et le Centre, qui sont
sous l'autorité de la rébellion des "Forces nouvelles", et le Sud
qui est dominé par les Forces armées nationales de Côte-d'Ivoire (FANCI),
restées loyales au chef de l'Etat, ou alors la guerre civile qui
oppose les séparatistes de la province indonésienne d'Aceh et le
gouvernement central de Djakarta depuis 1976. Une guerre qui a fait
plus de 15.000 morts.
Et ce
serait aussi se rappeler la guerre civile au Soudan, qui a éclaté
en 1983 quand l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA),
issue du Sud à majorité chrétienne et animiste, s'est rebellée
contre le Nord arabo-musulman. Résultat : au moins 1,5 million de
morts et quatre millions de déplacés. Un autre conflit, qui a éclaté
en 2003, dans le Darfour, à l'ouest du pays, a fait pour sa part
plus de 70.000 morts et 1,6 million de déplacés.
Comparer ce qui s'est passé en Algérie à ces cas de guerre civile
serait erroné, car la réalité chez nous est tout autre. Il est vrai
que le pays entier a sombré dans une violence qu'on ne croyait pas
possible. Il est vrai aussi que, par moments, l'horreur avait
atteint le summum, que des villages entiers ont été décimés, que des
édifices publics ont été détruits, brûlés, saccagés. Que beaucoup de
familles ont fui les douars et les villages isolés pour se
rapprocher des villes et bénéficier de plus de sécurité. Mais ce
n'était pas une guerre civile. Ce qui s'est passé en Algérie est
beaucoup plus simple. C'est une faction qui, sous le couvert
d'instaurer un régime islamiste, a essayé de mener le pays vers le
chaos pour l'affaiblir et avoir enfin le dessus.
Les
groupes armés qui ont sévi durant les dernières années n'avaient
aucunement la caution du peuple. C'est pour cette raison tout simple
que ces groupes ont choisi de s'attaquer aux citoyens où qu'ils se
trouvent. Chez eux, sur leurs lieux de travail, dans les endroits
publics. La stratégie étant de terroriser les gens afin qu'ils
s'imaginent ces groupes invincibles. Cette stratégie n'a pas tout à
fait réussi, car si les gens ont eu peur, il faut reconnaître qu'ils
ont toujours condamné cette violence, et nombreux sont ceux qui ont
fini par se constituer en groupes de défense ou ce qu'il était
communément reconnu d'appeler les "Patriotes". Ces Patriotes ont
largement contribué au retour de la paix dans leurs quartiers ou
villages que la peur des frappes terroristes avait pratiquement
vidés.
Le
terrorisme en Algérie, s'il visait l'arrivée au pouvoir d'une
faction, s'est trompé de cible en s'attaquant aux populations
civiles, en tuant des policiers et des intellectuels, en violant les
filles… Les groupes armés se sont définitivement mis en marge de la
société.
Et
donc si le terrorisme a été vaincu, c'est grâce aux efforts
conjugués de l'armée et des forces de sécurité qui ont réussi des
frappes importantes et ont ratissé la plupart des maquis où les
groupes armés avaient installé leurs bases. Mais c'est grâce aussi à
la mobilisation des citoyens qui ont rejeté en bloc les offres de
ces illuminés qui proposaient le paradis à ceux qui les
soutiendraient et l'enfer aux autres.
La
violence dans laquelle a basculé l'Algérie n'a rien d'une guerre
civile et ne ressemble en rien aux cas de guerre civile cités. Chez
nous, il s'agit tout simplement d'un groupe qui voulait le pouvoir,
coûte que coûte, et qui a opté pour une démonstration de force pour
y arriver et contraindre le peuple à soutenir cette action. Cette
force, si elle a pu surprendre au départ – car personne, pas même
l'armée ou les forces de sécurité, n'étaient préparés à cette
guérilla – était en réalité réfléchie bien à l'avance. L'essentiel
des attaques se faisait à travers les embuscades ou coups de main
rapides où le repli se faisait tout aussi rapidement. En éclair.
Ce
sont donc ces frappes rapides, par surprise, qui donnaient
l'impression que les groupes armés détenaient une grande force. Mais
cette impression s'est effacée devant les frappes des forces de
sécurité et la mobilisation générale des citoyens, qui ont crié haut
et fort leur rejet du terrorisme. Où est la guerre civile dans tout
cela ?
Khadidja Mohamed Bouziane
Haut
Référendum du 29 septembre
Un
mauvais coup contre le mouvement démocratique
Il
est déjà arrivé au président Bouteflika de nous expliquer qu’il
n’était pas tenu de recourir à la voie référendaire pour faire
passer sa politique de la réconciliation, et qu’il aurait pu se
contenter de faire approuver par le Parlement les dispositions
contenues dans la charte pour la paix et la réconciliation, avec
d’autant plus de facilité du reste que son programme, où ce projet
figurait en bonne place, avait reçu l’aval des deux chambres au
lendemain de sa réélection. S’il a finalement opté pour le
référendum, ce n’est pas, laisse-t-il ainsi entendre, parce qu’il
était en difficulté, ou qu’il se voyait dans la nécessité de
contourner de fortes oppositions au sein des institutions en
demandant l’arbitrage des Algériens, mais parce qu’il a estimé en
conscience que sur un sujet d’une telle importance, il valait mieux
consulter la nation, serait-il certain par avance de son sentiment.
On retiendra qu’Abdelaziz Bouteflika ne recherche le soutien du
peuple que lorsque il peut très bien s’en passer. De sorte que s’il
avait des doutes sur la réponse de la majorité des Algériens, il
se serait bien gardé de leur demander leur avis ; il se serait
rabattu sur la procédure ordinaire, où il n’aurait rencontré aucune
difficulté, étant donné qu’il dispose d’une majorité plus que
suffisante au Parlement. Et comme pour bien préciser sa pensée, il
tient à rappeler qu’en 1999, il avait fait voter la loi sur la
concorde civile par les deux chambres avant de la soumettre au
peuple. A cette époque, comme aujourd’hui, bien loin de demander
quelque chose, c’est lui qui a concédé quelque chose, qu’il était en
son pouvoir de ne pas concéder. Il offre à la société la
possibilité d’exprimer son opinion alors qu’il peut faire
autrement. Or, il donne le sentiment de quelqu’un qui estime par
moments qu’elle n’apprécie pas à sa juste valeur son geste, qu’elle
le prend, ou qu’elle affecte de le prendre pour une sorte
d’obligation qu’il se devait de s’acquitter envers elle. La preuve
qu’elle se trompe sur ce qu’il en est réellement à ce propos, c’est
que c’est justement aujourd’hui, aujourd’hui qu’elle est appelée à
se prononcer en premier, avant donc ses représentants, qu’elle fait
montre d’une certaine désaffection, du moins de ce qui apparaît
comme telle en comparaison de l’enthousiasme qui l’avait soulevée
précédemment. C’est au moment où la décision lui revient totalement,
où le Président lui reconnaît concrètement la primauté, au moment
donc où elle se voit traitée en véritable détentrice de la
souveraineté, qu’elle donne le sentiment d’être atteinte par le
doute quand à la justesse de la politique qu’on lui demande
d’approuver. C’est à croire que le patron du MSP a raison quand il
va affirmant que les Algériens ne savent décidément pas ce qu’ils
veulent.
Il
peut paraître que ce ne sont là que subtilités oiseuses, que
finasseries ne tirant pas à conséquence, le débat publique n’ayant
pas encore atteint dans notre pays un niveau tel qu’il faille
examiner de près des propos d’autant plus spontanés que les gens qui
les profèrent savent qu’ils n’ont pas à craindre la contradiction
publique. Le débat réel, tel qu’on le voit se développer dans les
grandes démocraties notamment pendant les campagnes, électorales ou
référendaires, ne faisant pas encore partie de nos mœurs
politiques, c’est tout simplement perdre son temps que de
s’attarder à des considérations comme celles qui précèdent. La
désinvolture, pour ne pas dire plus, des dirigeants des pays dont la
marque est le déficit démocratique à l’égard de leur peuple- plus ou
moins grande, il est vrai, selon les cas- étant la règle, cette
attitude cesse en même temps de signifier quelque chose de précis,
tenant à des conditions particulières, c’est-à-dire propres à tel
pays à un moment donné de son histoire. Il n’y aurait ainsi aucun
intérêt, pour ainsi dire pratique, à relever que le président
algérien prend un certain soin de présenter la consultation
prochaine comme une faveur accordée à la société, et non comme une
option appelée par l’importance de l’enjeu. On doit cependant à la
vérité de signaler qu’il est arrivé au président Bouteflika de dire,
notamment à Sétif, tout le contraire, à savoir que la voie
référendaire s’est imposée en quelque sorte d’elle-même au moment où
il avait à choisir entre les deux procédures : l’adoption de la
charte par le Parlement ou le recours à la souveraineté populaire.
Mais que vaut cette déclaration quand on sait qu’à Chlef le
Président a pris son contre-pied ? Le fait qu’il ne dise à ce propos
une chose que pour la démentir un peu plus tard semble signifier que
d’une certaine façon il n’a pas dépassé le stade où il hésitait
entre ces deux possibilités.
Certes, l’organisation d’un référendum est du ressort exclusif du
président de la République. Libre à lui de demander au peuple son
sentiment sur un sujet donné, ou de se contenter d’un débat à
l’Assemblée suivi d’un vote. La Constitution ne détermine pas les
matières où il doit s’en référer au peuple. Il est seul habilité à
en juger. Le président Bouteflika ne commet donc en l’espèce aucune
entorse à la lettre de la Constitution. Pourtant il en modifie
grandement l’esprit. Le référendum sur la concorde civile aussi bien
que celui sur la charte pour la paix et la réconciliation, en
réalité plus celui-ci que celui-là, n’auraient pas dû être décidés
parce qu’ils sont sans objet. En effet, on ne se réfère en principe
au peuple, en sa qualité de souverain, que pour qu’il rende sa
sentence sur une question donnée. Il est aberrant de lui demander
son avis sur une question qui ne dépend pas de lui. Quand il aura
répondu par un oui massif à la question qui lui sera posée le 29
septembre prochain, aura-t-il pour autant décidé souverainement pour
la paix civile, alors qu’il aurait pu faire le choix opposé ? Il
aura en effet « décrété la paix », comme disent certains démagogues,
mais sans la moindre chance d’être obéi, à supposer même qu’il soit
entendu. Il aura « décrété la paix » pour rien. N’étant pas maître
de décider, il n’avait pas à être interrogé sur ce point. On ne
demande pas à un peuple d’exprimer un vœu, mais de trancher un
dilemme, de résoudre une crise, de prendre une décision, en donnant
sa réponse par un oui ou par un non à la question qu’on lui pose.
L’après-29 septembre ressemblera, sous le rapport de la sécurité, le
seul qui soit en cause, en tout point à la période antérieure. La
souveraineté populaire à laquelle on n’aura recouru aura vainement
apportée sa sanction. Et pour cause, on demande à un peuple de
choisir la paix et la réconciliation quand ni l’une ni l’autre ne
sont en son pouvoir, et que de plus il est en paix avec lui-même. En
toute rigueur, c’est aux seuls terroristes que la question devrait
être posée. Elle aurait alors un objet, puisque le choix qui serait
fait par eux serait de nature à déterminer l’avenir du pays, du
moins dans son aspect sécuritaire. Or, on connaît d’ores et déjà
leur réponse. Ce qui rend le référendum doublement inutile.
Mais,
ne manqueront pas certains de dire, où a-t-on vu un régime non
démocratique s’en remettre au peuple, avec l’intention d’agir selon
ce que ce dernier aura décidé ? C’est justement parce qu’il ne sera
d’aucun effet, en tout cas par rapport à la question posée, que ce
référendum sera organisé. Ce qui vient d’être dit, nous le savons
déjà ; il ne nous aide dès lors en rien dans le présent. Qui ignore
que dans ces pays-là, un référendum ça ne sert qu’à plébisciter
quelqu’un ?
Cette
objection est bien trop générale pour être tout à fait pertinente.
Ce qui importe d’ailleurs en premier le 29 septembre, ce n’est pas
ce que pensent les opposants politisés ou organisés, mais ce que
pensent les masses populaires de la proposition qui leur est faite.
Apporteront-elles leur assentiment à celle-ci, et donc à un homme,
ou non, sachant que l’alternative n’est pas entre le oui et le non,
mais entre la participation massive et l’abstention massive.
Il y
a au moins deux bonnes raisons de penser que le taux de
participation sera le 29 septembre significativement inférieur par
rapport aussi bien à celui du référendum sur la concorde civile, il
y a de cela six ans, qu’à celui de l’élection présidentielle d’avril
2004. Entendons-nous bien, l’abstention sera à ce point marquée
qu’il sera impossible de la nier totalement au moyen des chiffres
officiels. La première raison tient sans doute au détournement de la
notion de référendum, qui fait que la souveraineté populaire est
sollicitée non pour trancher une question, mais pour permettre au
Président de s’autoriser d’elle pour mener une politique qu’il prend
soin aujourd’hui de laisser dans l’imprécision. La 8° disposition de
la Charte est assez éloquente à cet égard. Le président Bouteflika
ne demande pas au peuple de décider, puisque celui-ci est interrogé
sur quelque chose qui n’est pas de son ressort, mais de lui voter
les pleins pouvoirs pour qu’il puisse agir selon ses vues à lui.
S’il n’y avait pas le précédent du référendum sur la concorde
civile, qui a montré aux Algériens qu’il ne suffit pas de voter pour
la paix et la réconciliation pour que celles-ci surviennent, que
seules la résistance et la lutte antiterroristes sont à même de les
rétablir, une majorité d’entre eux serait aujourd’hui portée à
croire qu’elles dépendent réellement de sa participation et de son
vote. Ils savent maintenant par expérience qu’il n’en est rien, et
que s’il fallait croire ce qui se répète inlassablement depuis le
début de la campagne, en fait depuis bien plus longtemps, à savoir
que la paix et la réconciliation sont tributaires de leur vote, le
terrorisme aurait cessé au lendemain du premier référendum, dès
1999. Aucune campagne, mille discours, si adroits soient-ils, ne
feraient perdre de vue que les promesses d’alors n’ont pas été
tenues.
La
deuxième grande raison donnant à penser que l’abstention sera
importante cette fois-ci, est d’un autre ordre, en ce qu’elle n’est
pas liée, du moins pas directement, aux questions soulevées par le
document soumis à l’approbation de la nation. C’est un fait bien
connu en effet que les électeurs ne se contentent jamais de répondre
uniquement, lors d’un référendum, à la question posée, mais se
saisissent de l’occasion qui leur est ainsi offerte pour porter un
jugement sur l’ensemble de la politique, et notamment dans sa
dimension économique, qui est menée alors. S’ils veulent sanctionner
un gouvernement, ou même un président, ou seulement infléchir sa
politique, ils attendent rarement que le débat porte sur le
programme pour exprimer leur rejet de celui qui est présentement mis
en œuvre. Le 29 septembre à l’évidence, les Algériens ne se
prononceront pas- pour autant qu’ils votent d’ailleurs- seulement
sur la charte pour la paix et la réconciliation, mais sur les choix
économiques, sociaux, et autres, des dirigeants actuels. Et comme le
président Bouteflika aime rappeler que c’est son programme qui
s’applique aujourd’hui, programme qui déjà inscrit la réconciliation
nationale au premier rang de ses objectifs, c’est aussi son action à
la tête de l’Etat, en même temps que sa personne, qui seront jugées
le jour du référendum.
Croire pourtant que la manœuvre destinée à s’achever en triomphe le
29 septembre prochain est condamnée à un échec complet, étant donné
que ses buts proclamés sont hors d’atteinte par ce biais-là, c’est
se tromper sur sa portée politique et stratégique, ou plutôt les
tenir pour rien. Parmi ceux qui s’inscrivent en faux contre la
démarche en question, il en est qui semblent la rejeter uniquement
parce qu’elle reposerait sur le refus de ses initiateurs de prendre
en compte les dimensions politiques de la crise, la violence n’étant
que l’une d’entre elles, peut-être même, de leur point de vue, la
moins importante. Les dispositions de la Charte déclinent la
«solution sécuritaire» en quelque sorte finale que le pouvoir veut
mettre en œuvre avec pour principal souci d’éloigner le pays d’une
véritable solution qui serait, elle, strictement, ou entièrement
politique.
Le
fait est que la charte pour la paix et la réconciliation, de même
que la loi sur la concorde civile, constituent des étapes d’une même
solution politique, qui vise à récupérer au profit d’un seul bloc,
le bloc formé des islamistes dans leur diversité d’une part, et des
conservateurs nationalistes chauvins de l’autre, réunis dans le FLN
pour l’essentiel, et accessoirement dans le RND, la victoire
remportée par le pays dans son ensemble contre le terrorisme
islamiste, c’est-à-dire contre une des composantes du bloc au
pouvoir. A quoi reconnaît-on un nationaliste chauvin ? Au fait qu’il
pense que la crise politique algérienne a éclaté quand le bloc
islamo-nationaliste s’est divisé, les islamistes ayant estimé, à
tort aux yeux de leurs alliés conservateurs, que le temps est arrivé
pour que le rôle dirigeant leur revienne ; mais aussi au fait qu’il
milite sans répit pour que la réconciliation se fasse entre les
deux courants, et qu’il considère qu’en cela précisément réside la
solution à la crise, et qu’il n’y a pas de salut en dehors de
celle-ci. L’épisode de la concorde civile suffira pour illustrer le
propos. En 1999, le terrorisme avait beaucoup reflué, grâce
notamment à la mobilisation populaire ; l’effort de la nation pour
le maintien de son unité, s’il devait se poursuivre avec la même
intensité, allait l’anéantir. Or, ce n’était pas là l’objectif des
nationalistes au pouvoir, pour qui les islamistes, mêmes radicaux,
sont des alliés naturels. Il fallait à tout prix arrêter le
processus en cours, et faire une offre de paix. Et peu importe
finalement qu’elle soit acceptée ou rejetée, l’essentiel est
ailleurs, il se situe au niveau politique. Il faut qu’il soit
possible de soutenir avec vraisemblance que ce ne sont pas la lutte
antiterroriste et la mobilisation populaire qui ont fait reculer le
terrorisme et sauvé la cohésion nationale, mais la politique de la
main de la nation tendue à ceux de ses enfants qui la combattent
injustement, il faut que le mérite dans ce reflux revienne à la
politique de la réconciliation, et à elle seule. Six ans plus tard,
le terrorisme existe toujours, et ses tenants n’ont toujours pas
l’intention de s’inscrire dans une démarche de paix et de
réconciliation. Les choix fondamentaux des gouvernants leur
commandent de renouveler leur offre, même si les conditions
d’aujourd’hui différent sensiblement de ceux de 1999, et d’abord par
ceci que leur nouvelle initiative n’est précédée d’aucune reddition
massive nécessitant un traitement juridico-politique, comme ce fut
le cas la première fois. Ce n’est d’ailleurs pas là la seule
différence significative. Comme ils tiennent à garder la porte de la
rahma ouverte devant ceux des terroristes qui voudraient bénéficier
de l’amnistie promise par la charte, ils ne fixent aucune date
limite aux dispositions de celle-ci, de sorte qu’elle permet de
m’amnistier non seulement les crimes commis, mais aussi ceux qui ne
le sont pas encore, ceux qui le seront inévitablement plus tard,
ceux que les terroristes se réservent en quelque sorte le droit de
commettre quand bon leur semblera. Ce point d’ailleurs est l’un des
plus troublants dans ce document. Il semble d’autant plus
incompréhensible qu’on sait maintenant que la nouvelle offre de paix
ne constitue elle-même qu’un pas qui sera suivi par d’autres du même
genre. Si on prévoit de refaire des offres similaires plus tard,
pourquoi laisser courir indéfiniment celle qu’on fait maintenant,
pourquoi ne pas prescrire des limites temporelles à ses dispositions
amnistiantes ? Peut-être ne parle-t-on de nouvelles étapes que par
légèreté, ou que pour donner le change ; à moins que ce ne soit pour
montrer sa volonté à tout faire pour aboutir à la paix, et plaider
ainsi sa propre cause devant ceux qu’on voudrait se concilier. Il
existe toutefois une autre interprétation, plus conforme aux choix
fondamentaux de ceux qui nous gouvernent. Depuis des années, avant
même l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, le terrorisme est sur sa
pente descendante. C’est l’année 1997 qui semble être l’année où son
reflux s’est amorcé. Mais peu importe ici la période précise à
laquelle il faut rapporter le début du reflux terroriste en Algérie.
D’autant que le fait est très généralement admis ; les seuls
peut-être qui croient encore que le terrorisme sortira quand même
victorieux, c’est les terroristes encore actifs. Or, aujourd’hui,
notre pays n’est pas le seul à le combattre. Depuis le 11-septembre
2001, une mobilisation internationale se dresse devant lui. La
bataille principale, ce n’est désormais plus ici qu’elle se
déroule, mais en Irak, où Al-qaïda affronte directement les
Etats-Unis et leurs alliés. Autant d’ennemis, dont les plus grandes
puissances, déterminés à éliminer la menace qu’il représente pour
leur sécurité, voilà qui décide de son avenir, à plus ou moins brève
échéance, encore que sa fin ne soit sûrement pas pour demain.
Ce
sont toutes ces considérations, à la fois internes et externes,
politiques et idéologiques, qui sont intervenues dans l’élaboration
de la démarche dont le référendum du 29 septembre n’est
effectivement qu’une des étapes.
M.
Habili
Haut
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