Semaine du 7 au 13 septembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Eradicateurs qui êtes-vous ?

 

 
 
 Editorial

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Eradicateurs qui êtes-vous ?

Un danger mortel guette aujourd’hui le prochain référendum autour de la charte pour la paix et la réconciliation nationale ; le réveil des vieux démons et des vieilles haines autour de faux clivages et de conflits artificiels. Alors que c’est une société déjà en voie d’apaisement qui est appelée à entériner ce 29 septembre à venir la fin d’une époque douloureuse dans l’histoire de notre jeune Nation, voilà que tentent de ressurgir des mots et des expressions qui appartiennent à un lexique et à une époque bien particuliers. Un temps où des forces politiques bien précises ont essayé de masquer les véritables enjeux de cette terrible tragédie, pour les faire passer par des grilles de lecture déformant gravement la réalité. Le FFS, le FLN de Mehri, les dirigeants du Fis dissous et l’Internationale Socialiste dans son ensemble ont ainsi tenté d’enfermer notre pays dans des problématiques fausses pour nous condamner à ne jamais trouver de solution. Alors que l’Algérie était en butte à ce que le projet de  charte pour la paix et la réconciliation nationale qualifie d’ « agression criminelle sans précédent »,  le FFS et l’Internationale Socialiste ont quant à eux préféré parler de guerre civile mettant aux prises des réconciliateurs à de soit disant éradicateurs. Ce terme n’existant pas dans la langue française, ni encore moins dans la langue arabe il a évidemment fallu le forger de toute pièces pour en faire une partie agissante dans un conflit pourtant  d’une tout autre dimension. Le but étant sans conteste de contourner l’obstacle constitué par l’engagement résolu de la totalité des forces de sécurité et de l ‘écrasante majorité de la population dans le combat anti-terroriste. Sachant qu’il est plus aisé de dénoncer des éradicateurs supposés animés d’une folie meurtrière contre les islamistes, que des forces de sécurité  engagées dans le rétablissement de l’ordre. Ce qui permettait ainsi de régler un autre gros problème qui consistait à trouver des protagonistes crédibles à une guerre civile qui autrement n’en serait plus une. L’absence objective de forces de gauche et de laïcs s’avérant désastreux pour quiconque aurait souhaité les mettre au banc des accusés. La plupart des militants de gauche ayant soit été contraint à l’exil dés les premiers mois ayant suivi l’interruption du processus électoral en janvier 1992, soit assassinés. Le peu qui resteront  ne constituant pas un bloc suffisamment menaçant pour l’opposer à la déferlante terroriste, il fallait donc bien trouver autre chose.  Ce stratagème politique d’une grande perversité ne réussira cependant pas à prendre au piége un haut commandement militaire doué d’une remarquable capacité de discernement, puisque loin de se complaire dans une position éradicatrice aussi dangereuse, il développera dés les premiers mois de la crise, en mai 1992, les premiers signes d’ouverture en direction d’une solution politique en soutien à la solution sécuritaire. Cela donnera le premier général dialoguiste qui s’exprimera sous le sceau de l’anonymat dans le quotidien arabophone Essalem. Ce général dialoguiste, sera plus tard identifié comme étant le général Khaled Nezzar, en personne. Quelques mois plus tard à peine, ce sera au tour du général Touati de développer une longue analyse sur les colonnes de la revue El Djeich, dans laquelle il trace  avec un indéniable talent, les lignes forces du rôle et de la place de l’ANP dans le règlement du conflit qui prenait déjà des proportions inquiétantes. Des lignes forces qui confirmaient la démarche dialoguiste du général anonyme tout en précisant bien que l’Armée ne fléchirait pas d’un iota sur le caractère républicain de l’Etat algérien et qu’elle ne permettrait jamais à une insurrection quelle que soit sa nature de mettre en péril les institutions de la République. Et il faut bien admettre que l’armée algérienne ne déviera pas de cette ligne, malgré les horreurs commises par les terroristes. Mieux que cela, elle sera à l’origine de la mise sur pied dés 1993 d’une commission nationale du dialogue national qui comportera en son sein deux généraux, le général Mohamed Touati et le général Ahmed Senhadji qui feront tout leur possible pour tenter de ramener à la table du dialogue les dirigeants du Fis dissous en liberté. Quant à Abassi Madani et Ali Belhadj, ils seront placés en 1994, par le Président Liamine  en résidence surveillée et invités à lancer des appels à la paix. Chose qu’ils ne feront évidemment pas, interprétant cette initiative comme un signe de faiblesse qu’il fallait au contraire capitaliser en un regain de radicalisme.

La seule réalité de ces soi-disant éradicateurs sera alors les multiples déclarations de personnalités connues pour leurs sympathies islamistes, telles que Taleb Ibrahimi, Abdelhamid Mehri Ali Yahia Abdennour, Aït Ahmed ou Abdelaziz Belkhadem, qui tout en dénonçant de mythiques éradicateurs essayaient d’introduire le doute au sein même de l’armée  et  l’amener ainsi à prendre ses distances dans la lutte anti-terroriste. Un stratagème qui n’a pas eu les effets escomptés puisque le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale stipule clairement que : «  Pour les citoyennes et les citoyens, pour les familles algériennes, il est vital de transcender définitivement cette tragédie qui ne réside pas dans des débats théoriques, abstraits ou idéologiques, donnant lieu à des échanges de vues entre acteurs ou organisations, agissant à l’intérieur ou hors du territoire national.

Cette question vitale concerne la sécurité des biens et celle des personnes et même leur honneur, c’est-à-dire tout ce que l’Islam sacralise et que la Loi protège et garantit. »

A. M.

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