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La trame du mercredi
Démagogie
Il
est impossible que les auditoires des trois mousquetaires (
Bouteflika, Belkhadem, Ouyahia, Soltani) qui sillonnent en ce
moment le pays chacun de son côté, soient à ce point naïfs qu'ils
prennent pour argent comptant des discours si démagogiques que ne
s'y laisserait pas prendre un enfant, que l'on tenterait de plus de
corrompre avec toutes sortes de gâteries.
Le
fait qu'ils soient seuls à s'adresser au peuple, s'étant arrangés
pour empêcher que l'opposition soit cette fois-ci un tant soit peu
audible, leur fait perdre la mesure, et parfois jusqu'au bon sens,
car à parler seul et pendant longtemps, on finit par verser dans le
délire, c'est fatal. (Déjà qu'ils développent une paranoïa qui leur
fait voir des agents de l'ex-puissance coloniale partout, parfois
sous les apparences les plus inattendues.) C'est l'une des raisons
d'ailleurs qui font qu'une dictature intelligente, pour autant que
cette chose soit concevable, ménage un espace, aussi réduit soit-il,
aux mouchaouichine ; c'est qu'il y va de sa santé mentale. De sorte
qu'il n'est pas à exclure comme quelque chose d'impossible que les
discoureurs finissent par péter les plombs, comme on dit
trivialement mais si justement, et en proie à eux-mêmes, au lieu de
flatter leur public, se mettent à le vitupérer. D'autant que c'est
déjà arrivé, ce genre d'absences, mais il est vrai seulement pendant
un court instant. La démagogie est dangereuse, et d'abord pour ceux
qui en usent sans modération. En fait, c'est toujours à ses risques
et périls que l'on se moque d'un peuple
Partout où ils vont, nos orateurs disent à peu près la même chose,
certes avec des talents différents, servent le même discours si
décalé par rapport à la réalité vécue par leur auditoire qu'on en
devient songeur, qu'on se prend à se demander comment cela peut-il
être possible. Comment peut-on gouverner de cette façon-là ?
C'est
par exemple Belkhadem qui a pris le ton de la confidence pour
subjuguer son public médéen devant lequel il est allé se produire au
cours de sa tournée, et qui leur dit aux termes près ceci : ce n'est
pas à vous qui connaissez si bien les faux barrages, les viols, les
tueries, qui avez vécu dans la terreur, ce n'est pas à des gens
aussi éprouvés que vous l'êtes, que je vais recommander de voter
massivement le 29 septembre, je sais que vous ne manquerez pas de le
faire.
Ou
bien, c'est le patron du MSP qui débite par cœur : tant de milliers
de morts, tant de milliards de dollars partis en fumée, tant de
veuves, tant d'orphelins, et l'on voudrait que la fitna ne cesse pas
? Mais que veulent donc les adversaires de la moussalaha ? D'autres
milliers de morts, d'autres milliards de dollars à faire partir en
fumée, d'autres fournées de veuves et d'orphelins ? Mais qu'ils nous
expliquent donc leur alternative à la paix et à la réconciliation !
C'est
Ouyahia, qui ne croyait pas à la réconciliation il y a encore peu de
temps, et qui aujourd'hui rivalise de démagogie en cette matière
avec les deux autres chefs de la coalition, disant entre autres
cette chose extraordinaire que si le centre du pays jouit
aujourd'hui de la sécurité, c'est grâce à la concorde civile, grâce
à la politique de réconciliation du président Bouteflika. Vous
n'êtes pas des ingrats, vous ne pouvez donc pas ne pas lui apporter
votre soutien le 29 septembre.
Au
moment même où se tiennent ces discours, des Algériens sont
peut-être massacrés par les terroristes à un endroit ou à un autre
du pays, à supposer que ce ne soit pas à plusieurs endroits à la
fois. Et quand les Algériens feront semblant d'y ajouter foi, et
voteront massivement le 29 septembre, eh bien ce sera pareil,
d'autres Algériens pendant longtemps encore (étant donné qu'avant
même que la charte pour la paix et la réconciliation soit approuvée,
on nous promet d'autres étapes vers un même but, et pour cause hors
d'atteinte pour l'heure et pour longtemps encore) seront massacrés,
comme sacrifiés sur l'autel de la moussalaha.
M.
Habili
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