Semaine du 7 au 13 septembre 2005

 

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Face aux blocages, le roi ferait-il les bons choix ?

 

 
 
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Face aux blocages, le roi ferait-il les bons choix ?

Le ministre espagnol des Affaires étrangères paraît convaincu que les récentes nominations par le secrétaire général des Nations unies de son nouveau représentant spécial pour le Sahara Occidental et d'un nouveau responsable de la Mission des Nations unies pour un référendum pour le Sahara Occidental (Minurso), sont de nature à impulser une nouvelle dynamique au dossier du Sahara Occidental (1). Une analyse qui, au-delà du fait de donner la possibilité au gouvernement socialiste espagnol de s'attribuer, à peu de frais, une responsabilité, devant son opinion publique, dans l'évolution "imaginaire" de la question du Sahara, ne repose, selon nous, sur aucune donnée objective vérifiable.

Les décisions du secrétaire général des Nations unies qui, faut-il le rappeler, interviennent dans un contexte de vive tension dans les zones occupées par le Maroc où de nombreuses manifestations organisées par des nationalistes sahraouis dans des villes sahraouies ont été réprimées dans le sang par les forces de l'ordre marocaines au vu et au su des représentants de la Minurso, ne semblent répondre qu'à un seul souci : masquer l'absence de volonté de la part des Nations unies d'amener le Maroc à honorer ses engagements d'assurer, au Sahara Occidental, un service minimum qui consiste à faire ce qui est juste nécessaire pour prévenir la rupture du cessez-le-feu et l'éventualité d'une reprise de la guerre.

Cette réalité, confirmée par le "calibre" et a nationalité des deux diplomates nommés par Kofi Anan, n'a pas échappé aux spécialistes du dossier qui ont eu à constater, depuis la conclusion du cessez-le-feu et le déploiement de la Minurso dans le territoire, l'absence de toute volonté de la part des Nations unies de faire respecter ses résolutions et décisions par un royaume du Maroc qui n'a pas éprouvé, par ailleurs, de grande difficulté à transformer ses contingents en forces auxiliaires qui secondent les siennes dans le maintien et la préservation de l'ordre "royal".

C'est ainsi que, ironie du sort, la Minurso, dont l'objectif est, comme son appellation l'indique, de permettre aux Sahraouis, et ce, conformément aux nombreuses et multiples résolutions de l'ONU, de décider librement de leur avenir, est devenue progressivement, entre les mains de l'occupant marocain, un deus ex machina destiné à montrer à ces derniers que face à leur puissant et omnipotent bourreau, ils ne peuvent s'attendre à aucun secours de la part de la communauté internationale.      

Plus que toute autre frange de la population sahraouie, celle qui vit sous l'occupation marocaine a bien compris le message que l'occupant et ses protecteurs ont voulu lui adresser. Elle en a tiré les conséquences en décidant, courageusement et pacifiquement, à travers une intifada généralisée, de leur montrer qu'elle ne tient pas à se laisser impressionner ni par le nombre et la brutalité des forces de l'occupant ni par le pedigree de celles d'entre les superpuissances qui le confortent de sa politique de la terre brûlée. Ce bras de fer entre des populations civiles sahraouies désarmées – qui n'ont que leurs bras et leur courage pour manifester leur refus de l'occupant et dénoncer les complicités dont il continue de bénéficier au sein de certaines puissances occidentales – et les forces marocaines est appelé, si rien n'est fait pour en résoudre les causes, à se durcir et à se prolonger dans les mois, voire les années à venir. Il ne peut, en dernier ressort, et ce, contrairement aux prévisions des "cerveaux" du Makhzen, que diminuer la marge de manœuvre du nouveau roi, fragiliser l'Etat marocain et augmenter dangereusement les risques de déstabilisation auxquels il pourrait s'exposer.

Souvenons-nous, il y a quelques années, des espoirs soulevés par l'arrivée de Mohamed VI au pouvoir et de l'attente qu'elle a suscité de voir la monarchie marocaine rompre, s'agissant du traitement des dossiers à caractère politique, avec la politique du "tout sécuritaire" et adopter d'autres principes et des moyens pour gouverner le pays autres que ceux de la force et de la coercition privilégiés jusqu'au-là par l'ancien homme fort de Hassan II, Driss Al-Basri. Ces espoirs n'ont malheureusement pas, pour une grande partie et pour des raisons diverses, été concrétisés. L'une de ces raisons majeures est que Mohamed VI, obnubilé par le souci d'asseoir son pouvoir et de se démarquer de l'héritage de son père, a donné l'impression de vouloir accorder la priorité à des problèmes intérieurs qui  "rapportent" et dont le caractère est "inoffensif". L'on se souvient des effets d'annonce d'un pouvoir se voulant "communicateur" sur les moyens de surmonter le sous-développement et de juguler la menace d'une misère envahissante et menaçante. Sous-estimant, sans doute, l'importance du dossier et ses conséquences sur les possibilités de la réalisation de ses chantiers prioritaires, le roi en a confié, dans la précipitation des événements d'El-Ayoun, en 1999, la gestion à Fouad Al-Himma, un proche parmi les proches, consacré,  avec la congédiement de Basri, comme le nouvel homme fort du régime.

Profitant de l'état de faiblesse chronique que connaît, depuis des années, la direction du Front Polisario et encouragé par l'incompétence et le manque d'imagination de son leader, Fouad Al-Himma qui, contrairement à Driss Al-Basri, l'ancien ministre de l'Intérieur de Hassan II qui s'est toujours contenté d'un rôle de simple exécuteur des basses besognes de son maître (2), n'hésite par à afficher son rôle de grand manipulateur du roi (3). Dès qu'il a pris la mesure de l'étendue de leur pouvoir dans un Maroc, faut-il y insister, en transition, il n'a pas hésité à se faire le chantre, s'agissant de la question du Sahara Occidental, d'une politique radicale qui a vite acculé la diplomatie marocaine à l'impuissance, mis l'Union du Maghreb arabe (UMA) dans l'impasse et étalé au grand jour l'incohérence et l'incapacité des Nations unies.

Après "le dossier clos", "le oui au référendum à condition qu'il soit confirmatif de la marocanité du Sahara", pour les généraux, la consigne est, dorénavant, "le Sahara est le nôtre, nous y sommes et nous y resterons". Une réorientation brutale qui, soit dit en passant, au-delà de son caractère brusque et sur le plan diplomatique, intenable et tranche singulièrement avec celle suivie par le Maroc depuis l'acceptation par feu Hassan II en 1981 du principe du référendum d'autodétermination.

Cette intransigeance, en plus d'hypothéquer les possibilités concrètes de la recherche d'une solution raisonnable au problème du Sahara Occidental, ne pouvait que fragiliser une monarchie à la recherche d'un second souffle en l'obligeant à épouser la vision du clan le plus conservateur du Makhzen d’abandonner ses projets de démocratisation de la vie politique et de revenir à la vieille politique de surenchère nationaliste. Au risque, bien entendu, de bloquer le processus d'intégration maghrébine, de se priver des moyens de payer ses réformes sociales et de ressusciter la vieille inimitié entre Rabat et Alger. Cette intransigeance porte également le danger sérieux de pousser à la radicalisation de la population sahraouie par le recours systématique, comme on vient de le voir lors des récentes manifestations dans les grandes villes sahraouies, aux vieilles méthodes répressives et brutales du Makhzen. Méthodes qui, en plus d'avoir montré, tout au long des trois dernières décennies, leur inutilité, ne peuvent, dans les circonstances présentes que traverse le Maroc, que compromettre la volonté du nouveau monarque de jeter les bases d'une démocratie digne de ce nom et d'apporter en même temps de l'eau au moulin aux tendances les plus conservatrices au sein du pouvoir marocain. Car, opposées à toute forme de changement qui ne pourrait que les priver de leurs privilèges acquis, ces forces, recourant aux mêmes vieilles recettes, essaient, en pointant l'Algérie, de faire diversion et ainsi vouloir se dédouaner à bon compte de leur responsabilité dans les malheurs et les blocages que connaît le Maroc et la société marocaine et l'ensemble de la région du Maghreb.

Cette réorientation que le nouveau patron du ministère de l'Intérieur imprime depuis un certain temps à la politique marocaine impose au roi et à tous ceux et celles qui en mesurent les graves et incalculables risques pour le Maroc et l'ensemble de la région de conjuguer leurs efforts pour relancer, incessamment et de manière concomitante, et le processus de construction de l'Union du Maghreb arabe et celui de la décolonisation du territoire dans le cadre de la Minurso. 

Ce dispositif aurait bien pu, faut-il y insister, donner tous ses résultats en 1991 après l'acceptation par les deux parties du principe du cessez-le-feu et le déploiement dans le territoire de la Minurso. Malheureusement Basri, l'ancien ministre de l'Intérieur marocain, en a décidé autrement quand, croyant déceler dans l'interruption du processus électoral en Algérie le début de la fin de cette dernière, il a, après une première période de collaboration avec la Minurso, donné ses fermes instructions de bloquer des quatre fers le processus référendaire et ses préparatifs.

Je ne veux suggérer par là que pour moi, le référendum constitue en lui-même l'unique solution envisageable au problème. Il n'en demeure pas moins vrai que je suis convaincu que les progrès réalisés par la Minurso dans la préparation du référendum auraient pu, s'ils n'étaient pas bloqués abruptement par Basri, auraient pu, sinon déboucher sur une solution immédiate, du moins permettre de franchir des étapes substantielles qui auraient rendu cette dernière facile à trouver par la suite...

Actuellement et au regard de la tournure dramatique et inquiétante que les événements viennent de prendre avec le dernier soulèvement des zones sous contrôle marocain, il n'y a plus de temps à perdre. Plus que jamais, nous devons savoir que, s'agissant de la solution de la question du Sahara Occidental, il n'y a eu, hier comme aujourd'hui, que deux choix : celui de la reprise de la guerre ou celui de la relance du processus de paix dans le cadre des Nations unies, parallèlement, bien entendu, à la poursuite de la dynamique maghrébine.

Cette dernière solution est assurément la meilleure. Elle a l'immense avantage d'offrir, entre autres possibilités, celle éminemment importante de donner à la Minurso la chance de poursuivre ses efforts en vue d'identifier, dans le cadre d'un référendum devenu incontournable et dont la régularité et la transparence doivent être garanties par la communauté internationale, ceux et celles à qui reviendrait, en dernier ressort, la responsabilité de déterminer l'avenir du territoire et, par la même occasion, libérer l'UMA du boulet qui empêche sa concrétisation.

 

Baba Sayed, étudiant en doctorat, ancien représentant

du Front Polisario en France, en Suisse et au Canada.

 

(1) Voir, pour plus de détails sur le sujet, le compte rendu par la presse marocaine du 8 août 2005

(2) Au cours d'une mémorable interview accordée à la chaîne de télévision française France 2, l'ancien ministre de l'intérieur de Hassan II a en effet affirmé qu'il a "enfermé son cerveau et son intelligence dans une boîte dont il a remis les clefs au roi".

(3) Au cours d'une rencontre avec un de ses proches pendant les premiers jours de l'intifada sahraouie, Fouad Al-Himma n'a pas hésité, par exemple, à détailler à son interlocuteur les mesures qu'il avait décidé de faire avaliser par le roi contre l'Algérie et les Sahraouis.

 

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