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Néo-RND
contre néo-FLN ?
La réunion des
cadres de son parti a constitué la première action immédiate d’Ahmed
Ouyahia à son départ du gouvernement. Tout juste libéré, puisqu’il
n’aura plus à subir les astreintes inhérentes au poste de ministre
d’Etat ou d’une quelconque haute fonction, voilà que le secrétaire
général du RND vient de donner un signal éloquent sur sa priorité,
qui n’est pas moins que de remettre sur pied un parti qui a concédé
trop de terrain après avoir été la première force politique du pays
et cela au profit d’un FLN plus ambitieux que jamais. Il est
question désormais de rénover le parti, d’approfondir ses liens avec
la société civile, de reconquérir les positions acquises auprès des
organisations de la société civile, notamment les anciennes
dépendances du FLN toujours aussi influentes ; bref, de donner au
parti ce qu’il n’a jamais eu jusque-là, de l’agressivité, seule
condition pour partir sérieusement à l’assaut des toutes prochaines
législatives précédant les communales.
Mais ne nous
méprenons pas. La ligne stratégique du RND restera inchangée. Il
n’est évidemment pas dans son intérêt de basculer dans l’opposition,
certes, mais le fait est impensable pour des motivations qui ne
tiennent pas du seul intérêt du Rassemblement. Tenu en minorité dans
les institutions, il ne peut cependant se permettre le luxe de
laisser le FLN faire cavalier seul vers l’instauration d’un rapport
de force nouveau et qui n’a d’autre but que de restaurer l’Etat-FLN.
Pour en avoir de très près serré la réalité et en avoir fait les
frais, le RND est suffisamment bien placé pour connaître de quoi le
vieux parti est capable, surtout laissé à lui-même et sans barrière
aucune, un parti dont les intérêts sont supérieurs, y compris aux
dispositions les plus limpides de la Constitution. C’est cet
impératif qui oblige le RND à rester dans une Alliance qui n’a
d’autre but, pour lui, que de gêner le FLN, déjà débordé par un MSP
toujours versatile, Belkhadem lui-même ayant clairement fait savoir
d’ailleurs que l’éloignement de son jeune rival ne serait pas de
trop.
L’autre conflit
qui empêche le RND de prendre ses pleines distances tourne autour de
la révision constitutionnelle dont il ne voit pas l’intérêt. Pour
faire barrage au FLN, la formation d’Ouyahia est tenue en premier
chef de faire partie, autant que possible, de la prise de décision.
Sachant pertinemment que l’opposition actuelle a suffisamment dit
son mot sur la question sans parvenir à influer sur le cours des
évènements, le RND tient un discours nettement plus nuancé en se
disant contre la révision de la «loi fondamentale», mais nullement
opposé à un troisième mandat du président Bouteflika. Il n’y a là
aucune contradiction, en dépit des apparences, mais une preuve que
la part des choses est faite : reconnaître la légitimité du
Président et en assumer le bilan est une chose, aller dans le sens
d’un changement de système politique promis pour durer plus
longtemps que le pouvoir de l’actuel chef de l’Etat en est une
autre, surtout quand ce sont des adversaires au programme
diamétralement opposé au sien qui redoublent de férocité pour se
placer dans une perspective de succession avant l’heure. En plus
clair : Bouteflika oui, le FLN, non !
Mais que peut le
RND habituellement carré et lisse contre un FLN toutes griffes
dehors ? Que peut un parti vidé de ses principales figures, effacées
depuis belle lurette de la scène, et qui a failli se faire hara-kiri
en marginalisant son vivier de patriotes et de syndicalistes, devant
la férocité d’une brochette de cadres et des troupes aguerries au
parcours des plus tumultueux ?
Mais tout ! Car
plus que jamais aussi, le RND est en mesure de se reconstruire et il
dispose en cela de plus d’un atout. Primo, ce sera au FLN de prendre
à son actif la situation économique et sociale qui, si elle reste
moins dramatique qu’au lendemain du PAS, est loin de correspondre
aux immenses attentes des Algériens. Abdelaziz Belkhadem ne le sait
que trop, d’où son empressement à expédier au plus vite le dossier
de la hausse des salaires. Une vitesse qui risque d’être en fin de
compte de la précipitation, sachant d’avance que la situation
économique ne permet que quelques mesures de portée limitée, et donc
de décevoir une fois encore le monde du travail.
Plus important,
nul n’ignore que l’ambition du FLN est de pousser le processus de
réconciliation nationale par devers les limites que la Charte a
imposées. Sur ce point et quoi qu’en pense A. Belkhadem, le RND est
dans le camp de la majorité qui s’oppose à ce que le camp des
perdants se transforme en victorieux par la grâce d’un simple
recentrage limité dans la conjoncture et surtout situé à la
périphérie des équilibres nationaux. Enfin, gageons que le RND, qui
ne sera pas l’organisateur des prochaines élections, aura à terme
tout à gagner, quels qu’en seront les résultats.
Le fait est que le
plus grand atout du RND contre son rival tient de celui-ci : l’idée
collective qu’ont les Algériens d’un Etat-FLN, serait-elle une image
en distorsion, est suffisante pour escamoter l’existence de toute
construction pluraliste et recréer à quelques petites nuances près
le climat de l’avant-Octobre 1988. L’opportunité n’est pas des
moindres. Le Rassemblement se dit nationaliste, sa survie exige
aujourd’hui qu’il se montre encore plus démocratique et son objet
d’être vecteur de la transition du nationalisme vers un patriotisme
pour tous.
Nabil Benali
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