Semaine du  7 au 13 juin 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Néo-RND contre néo-FLN ?

 

 
 
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Néo-RND contre néo-FLN ?

La réunion des cadres de son parti a constitué la première action immédiate d’Ahmed Ouyahia à son départ du gouvernement. Tout juste libéré, puisqu’il n’aura plus à subir les astreintes inhérentes au poste de ministre d’Etat ou d’une quelconque haute fonction, voilà que le secrétaire général du RND vient de donner un signal éloquent sur sa priorité, qui n’est pas moins que de remettre sur pied un parti qui a concédé trop de terrain après avoir été la première force politique du pays et cela au profit d’un FLN plus ambitieux que jamais. Il est question désormais de rénover le parti, d’approfondir ses liens avec la société civile, de reconquérir les positions acquises auprès des organisations de la société civile, notamment les anciennes dépendances du FLN toujours aussi influentes ; bref, de donner au parti ce qu’il n’a jamais eu jusque-là, de l’agressivité, seule condition pour partir sérieusement à l’assaut des toutes prochaines législatives précédant les communales.

Mais ne nous méprenons pas. La ligne stratégique du RND restera inchangée. Il n’est évidemment pas dans son intérêt de basculer dans l’opposition, certes, mais le fait est impensable pour des motivations qui ne tiennent pas du seul intérêt du Rassemblement. Tenu en minorité dans les institutions, il ne peut cependant se permettre le luxe de laisser le FLN faire cavalier seul vers l’instauration d’un rapport de force nouveau et qui n’a d’autre but que de restaurer l’Etat-FLN. Pour en avoir de très près serré la réalité et en avoir fait les frais, le RND est suffisamment bien placé pour connaître de quoi le vieux parti est capable, surtout laissé à lui-même et sans barrière aucune, un parti dont les intérêts sont supérieurs, y compris aux dispositions les plus limpides de la Constitution. C’est cet impératif qui oblige le RND à rester dans une Alliance qui n’a d’autre but, pour lui, que de gêner le FLN, déjà débordé par un MSP toujours versatile, Belkhadem lui-même ayant clairement fait savoir d’ailleurs que l’éloignement de son jeune rival ne serait pas de trop.

L’autre conflit qui empêche le RND de prendre ses pleines distances tourne autour de la révision constitutionnelle dont il ne voit pas l’intérêt. Pour faire barrage au FLN, la formation d’Ouyahia est tenue en premier chef de faire partie, autant que possible, de la prise de décision. Sachant pertinemment que l’opposition actuelle a suffisamment dit son mot sur la question sans parvenir à influer sur le cours des évènements, le RND tient un discours nettement plus nuancé en se disant contre la révision de la «loi fondamentale», mais nullement opposé à un troisième mandat du président Bouteflika. Il n’y a là aucune contradiction, en dépit des apparences, mais une preuve que la part des choses est faite : reconnaître la légitimité du Président et en assumer le bilan est une chose, aller dans le sens d’un changement de système politique promis pour durer plus longtemps que le pouvoir de l’actuel chef de l’Etat en est une autre, surtout quand ce sont des adversaires au programme diamétralement opposé au sien qui redoublent de férocité pour se placer dans une perspective de succession avant l’heure. En plus clair : Bouteflika oui, le FLN, non !

Mais que peut le RND habituellement carré et lisse contre un FLN toutes griffes dehors ? Que peut un parti vidé de ses principales figures, effacées depuis belle lurette de la scène, et qui a failli se faire hara-kiri en marginalisant son vivier de patriotes et de syndicalistes, devant la férocité d’une brochette de cadres et des troupes aguerries au parcours des plus tumultueux ?

Mais tout ! Car plus que jamais aussi, le RND est en mesure de se reconstruire et il dispose en cela de plus d’un atout. Primo, ce sera au FLN de prendre à son actif la situation économique et sociale qui, si elle reste moins dramatique qu’au lendemain du PAS, est loin de correspondre aux immenses attentes des Algériens. Abdelaziz Belkhadem ne le sait que trop, d’où son empressement à expédier au plus vite le dossier de la hausse des salaires. Une vitesse qui risque d’être en fin de compte de la précipitation, sachant d’avance que la situation économique ne permet que quelques mesures de portée limitée, et donc de décevoir une fois encore le monde du travail.

Plus important, nul n’ignore que l’ambition du FLN est de pousser le processus de réconciliation nationale par devers les limites que la Charte a imposées. Sur ce point et quoi qu’en pense A. Belkhadem, le RND est dans le camp de la majorité qui s’oppose à ce que le camp des perdants se transforme en victorieux par la grâce d’un simple recentrage limité dans la conjoncture et surtout situé à la périphérie des équilibres nationaux. Enfin, gageons que le RND, qui ne sera pas l’organisateur des prochaines élections, aura à terme tout à gagner, quels qu’en seront les résultats.

Le fait est que le plus grand atout du RND contre son rival tient de celui-ci : l’idée collective qu’ont les Algériens d’un Etat-FLN, serait-elle une image en distorsion, est suffisante pour escamoter l’existence de toute construction pluraliste et recréer à quelques petites nuances près le climat de l’avant-Octobre 1988. L’opportunité n’est pas des moindres. Le Rassemblement se dit nationaliste, sa survie exige aujourd’hui qu’il se montre encore plus démocratique et son objet d’être vecteur de la transition du nationalisme vers un patriotisme pour tous.

Nabil Benali

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