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Nucléaire iranien
Les «grands»
soufflent le chaud et le froid
L’Iran rejette une nouvelle fois les
pressions occidentales et la Russie considère prématurées toute
sanction, après la déclaration ferme des grandes puissances sommant
l'Iran de suspendre son programme nucléaire. Les Américains ont,
eux, exprimé leur satisfaction après la déclaration commune des cinq
membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, France,
Grande-Bretagne, Russie, Chine) et de l'Allemagne, la semaine
dernière à Vienne, qui propose une coopération et une négociation
aux Iraniens, mais les menace, s'ils persistent à enrichir
l'uranium, d'une "action" de l'ONU à New York. La secrétaire d'Etat
américaine Condoleezza Rice, deux jours après avoir offert un
dialogue direct à Téhéran mais sous condition, a déclaré que l'Iran
n'avait que "quelques semaines" pour répondre à cette offre quand
elle leur sera présentée en détail.
Mais le président iranien Mahmoud
Ahmadinejad, a adopté une attitude de rejet : "Les pressions de
quelques pays occidentaux pour nous obliger à abandonner nos droits
(en matière nucléaire) ne donneront pas de résultats." Le président
russe Vladimir Poutine a, lui, estimé qu'il était "trop tôt pour
parler de sanctions" contre l'Iran au cas où il ne se plierait aux
exigences de la communauté internationale. Il a aussi réaffirmé
l'opposition de Moscou au "recours à la force, quelles que soient
les conditions". "Il faut d'abord des pourparlers approfondis avec
la direction iranienne", c'est seulement après qu'on pourra
s'interroger sur la suite, a ajouté Vladimir Poutine. Le président
russe a déclaré que la Russie restait prête à participer activement
à la recherche d'une solution.
Ces derniers mois, le président George
W. Bush a refusé d'écarter l'option militaire s'il s'agit, dit-il,
d'empêcher l'Iran d'avoir la bombe et de protéger les alliés des
Etats-Unis. Les Etats-Unis ont proposé un dialogue direct, aux
côtés des Européens, à l'Iran, pays jusqu'ici honni par
l'administration américaine, mais après un retour au moratoire sur
l'enrichissement. Il s'agit d'une condition "non négociable", a
souligné vendredi le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow.
Selon lui, les Européens présenteront dans les prochains jours le
contenu des propositions incitatives et dissuasives. "Ce qui compte
vraiment", c'est que Téhéran "ne réagisse pas de façon définitive
avant d'avoir vu l'ensemble des mesures", a déclaré un haut
responsable américain.
La brève déclaration commune de Vienne,
peaufinée pendant plusieurs heures, manie la carotte et le bâton.
Elle offre "une série de propositions de grande portée" et "des
négociations si l'Iran en revient à la suspension de toutes les
activités liées à l'enrichissement et au retraitement". Sinon,
"d'autres mesures devront être entreprises au Conseil de sécurité",
a déclaré au nom des Six la ministre britannique des Affaires
étrangères Margaret Beckett. Elle faisait ainsi allusion à des
sanctions, mais sans employer ce mot qui déplait aux Russes et au
Chinois.
"Fondamentalement, rien n'a changé à
lors de la réunion de Vienne le 1er juin et nous restons
dans le monde de l'ambiguité", a cependant estimé, sceptique, le
politologue Dominique Moïsi, jugeant "les risques d'intervention
militaire à terme peut-être aussi grands qu'hier". "C'est une
victoire diplomatique pour les Américains", affaiblis, qui veulent
démontrer au monde leur volonté de négocier, et "une satisfaction
symbolique pour les Iraniens", a déclaré ce responsable de
l'Institut français des relations internationales (IFRI). Mais selon
cet analyste, les Iraniens se sentent en position de force et
"considèrent qu'ils ont absolument droit à une arme nucléaire que
possèdent les Pakistanais, les Israéliens".
L'Iran pourrait disposer de l'arme
nucléaire dès 2010, a affirmé le directeur du renseignement
américain John Negroponte à la BBC, mettant en garde contre un pays
qui, selon lui, reste "le principal Etat parrain du terrorisme dans
le monde".
Le projet préparé par l'UE pour la
réunion de Vienne prévoyait d'offrir à l'Iran une coopération
commerciale, technologique et sécuritaire, mais aussi des sanctions,
allant d'un embargo sur les armes à un gel des avoirs de
personnalités et d'organisations liées au régime islamique.
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Timor oriental
Entre chaos et
guerre civile
Lors de l'indépendance du Timor
oriental, en 2002, l'ONU comptait en faire un exemple de la manière
dont une nation opprimée et laissée à l'abandon pouvait naître et
prospérer avec l'aide de la communauté internationale.
Quatre ans plus tard, le Timor,
ancienne colonie portugaise annexée de force par l'Indonésie et l'un
des pays les plus pauvres d'Asie, replonge dans le chaos. Sa
capitale Dili est en proie aux affrontements entre armée régulière
et soldats limogés, livrée aux gangs armés qui pillent, brûlent et
s'affrontent à la machette. La paralysie politique est totale, la
plupart des députés ont fui la capitale, tandis que les forces
australiennes, arrivées à Dili pendant les semaines sanglantes ayant
suivi le référendum sur l'indépendance en 1999, tentent de ramener
la paix. On est loin de l'émotion de 2002, lorsque le pays fêtait sa
naissance entre feux d'artifice et danses traditionnelles, après une
période transitoire sous l’égide onusienne et une gigantesque
perfusion d'aide internationale. Pour Damien Kingsbury, spécialiste
australien du Timor, la situation actuelle "est commune aux Etats
post-coloniaux nouvellement indépendants": "On croit que
l'indépendance est la fin de la lutte, alors qu'en fait elle en est
le commencement."
Le Timor oriental en est une
démonstration extrême. Pendant 24 années d'occupation, le territoire
a subi violences, discrimination, répression et misère. Aujourd'hui,
l'espoir d'une amélioration rapide a laissé la place à la
frustration, explique Zhu Xian, responsable du Timor à la Banque
mondiale : "Ils ne voient pas les bénéfices en termes économiques."
Cinq ans après l'indépendance, ajoute-t-il, les pays neufs risquent
de sombrer dans la violence : l'optimisme des débuts cède, les
vieilles tensions resurgissent et des institutions encore dans
l'enfance sont incapables de gérer. Et ce, malgré les efforts de
l'administration provisoire de l'ONU, qui a déployé quelque 10 000
personnes dans ce pays comptant moins d'un million d'habitants.
En 1999, dans la foulée du "oui" à
l'indépendance, les milices liées à l'armée indonésienne se
déchaînèrent, tuant, pillant et volant. Toutes les élites
indonésiennes quittèrent le Timor, qui se retrouva avec seulement
20% de ses professeurs de lycée, 23 médecins et aucun pharmacien,
selon la Banque mondiale. L'aide afflua, ainsi que des conseillers
du monde entier, pour former avocats, juges, soldats,
fonctionnaires... Des élections eurent lieu, une Constitution fut
adoptée. Mais nombre d'observateurs estiment que l'ONU est partie
trop tôt – les Casques bleus ont plié bagage il y a un an – après
avoir gardé trop d'autorité trop longtemps.
Pour Mario Viegas Carrascalao, ancien
gouverneur du Timor à l'époque indonésienne et aujourd'hui un des
chefs de l'opposition, l'ONU aurait dû rester au moins dix ans, le
temps que mûrissent les institutions démocratiques. "Nous devons
changer les esprits, améliorer les ressources humaines, construire
une base économique", estime-t-il. Car le Timor oriental n'a
toujours pas réussi à tirer le meilleur parti de ses réserves
sous-marines en hydrocarbures, malgré les tractations avec
l'Australie, la puissance économique régionale dominante. Le café et
l'agriculture de subsistance stagnent, le tourisme est quasiment
inexistant.
Le Timor a cherché à se réconcilier
avec l'Indonésie, mais Djakarta rechigne à faire justice pour la
répression des années d'occupation, aucune structure de
réconciliation comme celle de l'Afrique du Sud post-apartheid n'a vu
le jour et les haines entre ex-indépendantistes et pro-indonésiens
se réveillent. En 2002, en pleine euphorie de l'indépendance,
l'ancien guérillero aujourd'hui Président, Xanana Gusmao, lançait
une mise en garde qui prend aujourd'hui des allures prophétiques.
"Notre indépendance n'aura pas de valeur si la population du Timor
continue à vivre dans la pauvreté et à subir toutes sortes de
difficultés. Nous avons gagné notre indépendance pour avoir une vie
meilleure."
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