Semaine du 24 au 30 Mai 2006

Nucléaire iranien

Les «grands» soufflent le chaud et le froid

Timor oriental

Entre chaos et guerre civile

 

 
 
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Nucléaire iranien

Les «grands» soufflent le chaud et le froid

L’Iran rejette une nouvelle fois les pressions occidentales et la Russie considère prématurées toute sanction, après la déclaration ferme des grandes puissances sommant l'Iran de suspendre son programme nucléaire. Les Américains ont, eux, exprimé leur satisfaction après la déclaration commune des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine) et de l'Allemagne, la semaine dernière à Vienne, qui propose une coopération et une négociation aux Iraniens, mais les menace, s'ils persistent à enrichir l'uranium, d'une "action" de l'ONU à New York. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, deux jours après avoir offert un dialogue direct à Téhéran mais sous condition, a déclaré que l'Iran n'avait que "quelques semaines" pour répondre à cette offre quand elle leur sera présentée en détail.

Mais le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, a adopté une attitude de rejet : "Les pressions de quelques pays occidentaux pour nous obliger à abandonner nos droits (en matière nucléaire) ne donneront pas de résultats." Le président russe Vladimir Poutine a, lui, estimé qu'il était "trop tôt pour parler de sanctions" contre l'Iran au cas où il ne se plierait aux exigences de la communauté internationale. Il a aussi réaffirmé l'opposition de Moscou au "recours à la force, quelles que soient les conditions". "Il faut d'abord des pourparlers approfondis avec la direction iranienne", c'est seulement après qu'on pourra s'interroger sur la suite, a ajouté Vladimir Poutine. Le président russe a déclaré que la Russie restait prête à participer activement à la recherche d'une solution.

Ces derniers mois, le président George W. Bush a refusé d'écarter l'option militaire s'il s'agit, dit-il, d'empêcher l'Iran d'avoir la bombe et de protéger les alliés des Etats-Unis. Les Etats-Unis ont  proposé un dialogue direct, aux côtés des Européens, à l'Iran, pays jusqu'ici honni par l'administration américaine, mais après un retour au moratoire sur l'enrichissement. Il s'agit d'une condition "non négociable", a souligné vendredi le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow. Selon lui, les Européens présenteront dans les prochains jours le contenu des propositions incitatives et dissuasives. "Ce qui compte vraiment", c'est que Téhéran "ne réagisse pas de façon définitive avant d'avoir vu l'ensemble des mesures", a déclaré un haut responsable américain.

La brève déclaration commune de Vienne, peaufinée pendant plusieurs heures, manie la carotte et le bâton. Elle offre "une série de propositions de grande portée" et "des négociations si l'Iran en revient à la suspension de toutes les activités liées à l'enrichissement et au retraitement". Sinon, "d'autres mesures devront être entreprises au Conseil de sécurité", a déclaré au nom des Six la ministre britannique des Affaires étrangères Margaret Beckett. Elle faisait ainsi allusion à des sanctions, mais sans employer ce mot qui déplait aux Russes et au Chinois.

"Fondamentalement, rien n'a changé à lors de la réunion de Vienne le 1er juin et nous restons dans le monde de l'ambiguité", a cependant estimé, sceptique, le politologue Dominique Moïsi, jugeant "les risques d'intervention militaire à terme peut-être aussi grands qu'hier". "C'est une victoire diplomatique pour les Américains", affaiblis, qui veulent démontrer au monde leur volonté de négocier, et "une satisfaction symbolique pour les Iraniens", a déclaré ce responsable de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Mais selon cet analyste, les Iraniens se sentent en position de force et "considèrent qu'ils ont absolument droit à une arme nucléaire que possèdent les Pakistanais, les Israéliens".

L'Iran pourrait disposer de l'arme nucléaire dès 2010, a affirmé le directeur du renseignement américain John Negroponte à la BBC, mettant en garde contre un pays qui, selon lui, reste "le principal Etat parrain du terrorisme dans le monde".

Le projet préparé par l'UE pour la réunion de Vienne prévoyait d'offrir à l'Iran une coopération commerciale, technologique et sécuritaire, mais aussi des sanctions, allant d'un embargo sur les armes à un gel des avoirs de personnalités et d'organisations liées au régime islamique.

 

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Timor oriental

Entre chaos et guerre civile

Lors de l'indépendance du Timor oriental, en 2002, l'ONU comptait en faire un exemple de la manière dont une nation opprimée et laissée à l'abandon pouvait naître et prospérer avec l'aide de la communauté internationale.

Quatre ans plus tard, le Timor, ancienne colonie portugaise annexée de force par l'Indonésie et l'un des pays les plus pauvres d'Asie, replonge dans le chaos. Sa capitale Dili est en proie aux affrontements entre armée régulière et soldats limogés, livrée aux gangs armés qui pillent, brûlent et s'affrontent à la machette. La paralysie politique est totale, la plupart des députés ont fui la capitale, tandis que les forces australiennes, arrivées à Dili pendant les semaines sanglantes ayant suivi le référendum sur l'indépendance en 1999, tentent de ramener la paix. On est loin de l'émotion de 2002, lorsque le pays fêtait sa naissance entre feux d'artifice et danses traditionnelles, après une période transitoire sous l’égide onusienne et une gigantesque perfusion d'aide internationale. Pour Damien Kingsbury, spécialiste australien du Timor, la situation actuelle "est commune aux Etats post-coloniaux nouvellement indépendants": "On croit que l'indépendance est la fin de la lutte, alors qu'en fait elle en est le commencement."

Le Timor oriental en est une démonstration extrême. Pendant 24 années d'occupation, le territoire a subi violences, discrimination, répression et misère. Aujourd'hui, l'espoir d'une amélioration rapide a laissé la place à la frustration, explique Zhu Xian, responsable du Timor à la Banque mondiale : "Ils ne voient pas les bénéfices en termes économiques." Cinq ans après l'indépendance, ajoute-t-il, les pays neufs risquent de sombrer dans la violence : l'optimisme des débuts cède, les vieilles tensions resurgissent et des institutions encore dans l'enfance sont incapables de gérer. Et ce, malgré les efforts de l'administration provisoire de l'ONU, qui a déployé quelque 10 000 personnes dans ce pays comptant moins d'un million d'habitants.

En 1999, dans la foulée du "oui" à l'indépendance, les milices liées à l'armée indonésienne se déchaînèrent, tuant, pillant et volant. Toutes les élites indonésiennes quittèrent le Timor, qui se retrouva avec seulement 20% de ses professeurs de lycée, 23 médecins et aucun pharmacien, selon la Banque mondiale. L'aide afflua, ainsi que des conseillers du monde entier, pour former avocats, juges, soldats, fonctionnaires... Des élections eurent lieu, une Constitution fut adoptée. Mais nombre d'observateurs estiment que l'ONU est partie trop tôt – les Casques bleus ont plié bagage il y a un an – après avoir gardé trop d'autorité trop longtemps.

Pour Mario Viegas Carrascalao, ancien gouverneur du Timor à l'époque indonésienne et aujourd'hui un des chefs de l'opposition, l'ONU aurait dû rester au moins dix ans, le temps que mûrissent les institutions démocratiques. "Nous devons changer les esprits, améliorer les ressources humaines, construire une base économique", estime-t-il. Car le Timor oriental n'a toujours pas réussi à tirer le meilleur parti de ses réserves sous-marines en hydrocarbures, malgré les tractations avec l'Australie, la puissance économique régionale dominante. Le café et l'agriculture de subsistance stagnent, le tourisme est quasiment inexistant.

Le Timor a cherché à se réconcilier avec l'Indonésie, mais Djakarta rechigne à faire justice pour la répression des années d'occupation, aucune structure de réconciliation comme celle de l'Afrique du Sud post-apartheid n'a vu le jour et les haines entre ex-indépendantistes et pro-indonésiens se réveillent. En 2002, en pleine euphorie de l'indépendance, l'ancien guérillero aujourd'hui Président, Xanana Gusmao, lançait une mise en garde qui prend aujourd'hui des allures prophétiques. "Notre indépendance n'aura pas de valeur si la population du Timor continue à vivre dans la pauvreté et à subir toutes sortes de difficultés. Nous avons gagné notre indépendance pour avoir une vie meilleure."

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