Semaine du  31 Mai au 6 juin 2006

Mise en scène ou détérioration du rapport de force au sommet de l’Etat ?

L’Algérie encore face à elle-même…

Avancée des islamo-conservateurs

Les limites de la démocratie sur agrément

Enseignement du français en 3e année

La raison a prévalu sur l’idéologie

Université

Un malaise qui perdure

 

 
 
Nation

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Mise en scène ou détérioration du rapport de force au sommet de l’Etat ?

L’Algérie encore face à elle-même…

Comment doit-on interpréter la démission de l’ancien Chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia ? Dans cette pièce qui se joue encore au cœur du système politique, on est tenté de demander ce que devient cette alliance présidentielle mise sur pied en 2004. Celle-ci est-elle maintenue malgré le récent coup de force ou a-t-elle a définitivement éclaté à l’approche des élections législatives de 2007, qui prépareront le terrain à l’élection présidentielle de 2009 ?

Les commentaires vont bon train. Les uns voient là une tempête dans un verre d’eau, les autres estiment que la nomination de Belkhadem est un signe de grave détérioration du rapport de force au sommet du pouvoir, que sa proposition de révision de la Constitution vise à concentrer plus de pouvoirs entre les mains du président Bouteflika et permettre à ce dernier un troisième mandat. D’autres encore parlent d’une crise au sommet avec la consolidation FLN-MSP au détriment de l’aile hostile à la réhabilitation de l’ex-FIS et à l’amnistie tous azimuts des terroristes islamistes et de leurs chefs.

Cette dernière approche semble correspondre à celle développée récemment, à Madrid, par l’ancien Chef de gouvernement Mouloud Hamrouche, pour qui le pouvoir algérien et les islamistes "ont le même discours". Intervenant à l’occasion d’un séminaire sur le dialogue UE-Maghreb, M. Hamrouche a déclaré que les dépassements des régimes despotiques dans les pays du Sud ont entraîné "une confusion entre l’étatique, le politique, le religieux, l’économique, le social et le culturel". "Cette confusion, souligne-t-il, est souvent génératrice de pratiques de passe-droit, de corruption et d’abus de pouvoir. Ce sont ces conditions qui enfantent l’insécurité, créent l’injustice et génèrent des zones de non-droit. "

Selon lui, le régime de Bouteflika et ses alliés islamistes  "présentent la démocratie comme un produit de l’Occident ou d’un autre monde".

Plus critique, Yacine Téguia, militant du MDS, situe les responsabilités de chacune des fractions du pouvoir. Dans une contribution publiée par El Watan (23 mai 2006), il rappelle "les tentatives de diversion et les pressions d’Ouyahia" face à la pression des victimes du terrorisme, au combat de la presse, des syndicalistes et du mouvement citoyen. Quant à l’islamisme, Yacine Téguia écrit qu’il refuse de "reconnaître ses torts et avoue seulement des actes", rappelant l’apologie faite par Madani Mezrag du meurtre d’un jeune appelé. Pour lui, l’intégration des terroristes au sein de la société, "sans leur condamnation du projet d’Etat théocratique pose la question de l’intégration de l’Algérie à la communauté internationale". Cela d’autant que la reconnaissance de valeurs communes implique, selon lui, la reconnaissance du crime et sa sanction, même dans le cadre d’une justice transitive. Avec la reconduction de la crise, le militant du MDS y voit "la voie despotique ultra-libérale" qui permet l’emprisonnement de policiers et de journalistes qui "dénoncent la propagande du GSPC",  les nombreuses concessions accordées à l’islamisme à travers la remise du adhan à la télévision, la suppression de l’émission Star Academy et le recul sur la réforme du code de la famille. "Nous sommes à l’entrée d’un tunnel dans lequel le pouvoir veut engouffrer l’Algérie et duquel elle ne ressortira que là où il veut la mener", avertit M. Téguia.

L’Algérie va-t-elle rater la énième occasion d’avancer dans la voie du développement et de la modernité ? Une société qui a traversé des épreuves douloureuses, ne peut, dit-on, échapper aux questions justes, à la confrontation avec elle-même. La formidable mobilisation et la résistance des franges de la population autour de la défense de l’Etat national n’ont pas été capitalisées ni valorisées pour la consolidation de la nation et de l’Etat algériens, alors que la mondialisation s’installe sûrement. Plus de 40 ans après l’Indépendance, on se retrouve à attendre encore au milieu du gué, sans projet adapté à notre algérianité. Pourquoi ?

Pour l’historien Mohammed Harbi (revue Naqd n° 14), les auteurs nationalistes, ayant imaginé une nation arabo-islamique se devaient, "pour donner des fondements solides à la communauté politique en formation, remanier leur caractérisation de l’Algérie en fonction de la diversité et de l’hétérogénéité concrètes et historiques des populations qu’ils se donnaient pour tâche d’intégrer, sous le sceau d’une identité unique". Dans la même source, un autre historien, Gilbert Meynier, note pour sa part que l’arabo-islamisme a été énoncé en Algérie pour "contrebalancer les signifiants qui étaient naguère surtout français – portés dialectiquement par le colonialisme – de la modernité". Et quoique l’islam ait été le grand dénominateur commun, l’Algérie était marquée par la pluralité et des ancrages culturels, soutient l’historien français, au point où "le FLN publia en 1960 une forte brochure intitulée Tous Algériens qui faisait coexister, comme compatriotes, des musulmans, des juifs et des Européens". "L’idéologie du FLN de guerre exprima la hantise du fractionnement de l’unicité politique qu’il avait réalisée sous son égide. Toute division était impure ; l’unanimité était l’idéal de la pureté, ce qui n’empêchait pas que, politiquement, c’était le consensus qui prévalait en pratique, quand n’étaient pas du moins entrepris des règlements de compte sanglants", explique G. Meynier.

La colonisation française a été à la fois brutale, cruelle et profondément traumatisante. Ce qui explique dans une grande mesure la réaction dure des nationalistes, à commencer par ceux qui étaient recherchés. Il n’empêche, des historiens, des analystes, des combattants de la Guerre de Libération nationale et des citoyens, empruntant courageusement les sentiers hors victimisation, s’accordent à dire de plus en plus que "les conditions n’étaient pas assez mûres" pour le déclenchement de la lutte armée, en 1954. Comme l’histoire comporte des zones claires et des points obscurs, osons libérer nos consciences et admettre ces intolérances, ces sectarismes et ces luttes internes dans les rangs du Front de libération nationale : règlements de compte, suspicions, marginalisations, éliminations physiques, etc.

Pourquoi continuer à opposer l’identité islamo-arabe à "la modernité du national" ? De l’avis de l’Américain William Quant, "quand la politique et la religion pactisent (…), la religiosité en pâtit et l’extrémisme triomphe". Il a oublié d’aborder la question des intérêts personnels et de groupes… Plus percutant est le point de vue de l’universitaire Louis Baeck, qui note qu’à la différence de la Chine et de l’Inde, "la résistance islamique contre les pénétrations culturelles, économiques et militaires de l'Occident s'est radicalisée" Aussi pense-t-il que "la diffusion du fondamentalisme wahhabite financée par les Saoudiens dans la décennie 1990", les agressions militaires en Afghanistan et en Irak et la présence de bases américaines dans les lieux saints ont "revitalisé les semences de l'Islam politique". Des analyses, plus récentes, considèrent que la présence d’un régime autoritaire et despotique, mis sous les ordres du capitalisme mondial, est "le catalyseur de l'islamisation". Certaines retiennent surtout du nouveau monde l’intervention militaire des gouvernements américain et européens et leurs alliés pour faire échouer "les processus de libération" et "nier la souveraineté des peuples à être maîtres de leur propre destin (…), parfois avec la connivence des élites locales". D’aucunes, s’appuyant sur "l'économie rentière" de l’Algérie, estiment que la libération politico-économique se poursuit dans un cadre de "conflit aigu entre les forces laïques et un islamisme en ascendance".

En Algérie, les priorités sont ailleurs. Ahmed Ouyahia démissionne sans entrer dans l’opposition. Il atteste que sa formation restera dans l’Alliance présidence. Celle-ci va s’atteler à préparer la révision constitutionnelle, calculer les augmentations de salaires, préparer les rendez-vous électoraux et surtout maintenir l’ordre…

Z’hor Chérief

 

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Avancée des islamo-conservateurs

Les limites de la démocratie sur agrément

On ne peut, en premier réflexe, que constater la disparité dans la présence sur le terrain  comme au sein des institutions de la présence des forces démocratiques à l’heure où l’on assiste à une sérieuse avancée des islamo-conservateurs, eux-mêmes qualifiant comme telle la nomination de Abdelaziz Belkhadem et insinuant ainsi un recentrage au sommet. Recentrage limité, s’il en fut, vu que les limite de la marge de manœuvre du nouveau Chef du gouvernement- ont été très rapidement éprouvées avec la reconduction de l’équipe de son prédécesseur Ahmed Ouyahia. Si ce dernier a clairement refusé d’en faire un point de départ pour son passage à un hypothétique basculement dans l’opposition, il était tout aussi prévisible que la mouvance démocratique, prise dans son ensemble, continue de démontrer une nouvelle fois sa démobilisation et la faiblesse de sa force face à une coalition tacite adverse qui promet de bien continuer sur sa lancée la conquête d’autant d’espace qu’il sera en sa portée, tant au sein de l’Etat que parmi la société. Rien d’étonnant, en effet, quand d’une part c’est un partisan du Contrat national de 1994 qui est mis au devant en pareille conjoncture, permettant de la sorte de neutraliser une aile du mouvement démocratique, à l’instar du FFS et du PT qui espèrent trouver ainsi un point d’appui nouveau à leur ligne stratégique et, de l’autre, d’acculer davantage hors du jeu politique des partis qui ont encore du mal à remonter la pente après l’échec total des tentatives de faire barrage à la présidence de Abdelaziz Bouteflika.

Comme de constat, la nomination de A. Belkhadem et l’annonce par certains membres de l’ancienne direction du Fis-dissous d’une nouvelle perspective pour le processus de réconciliation nationale, allant au-delà de la Charte qui en porte les dispositions, a vu de timides réactions de la part des démocrates, certains n’en ont exprimé aucune, confinées dans des communiqués rappelant les positions de principe et livrant un constat partagé sans autre mode d’emploi quant à l’alternative et les modes de riposte qu’ils pourraient proposer à une société civile invitée à la mobilisation générale. Et c’est tout de même triste que ce soit le seul parti politique de cette tendance à ne pas avoir été agréé qui se soit montré le plus présent, autant pour dénoncer les pratiques anticonstitutionnelles que pour demander des élections générales anticipées, proposition sincère mais sans intérêt immédiat pour une formation qui n’est pas en mesure de participer à une quelconque élection.

En Kabylie, c’est l’inquiétude qui semble pourtant gagner les différentes ailes des aarchs au vu de l’impasse promise pour la revendication tamazight, du moment qu’avec Abdelaziz Belkhadem la mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur ne saurait déboucher sur l’officialisation de cette langue nationale, ce qui nous sort de facto de l’accord passé par les délégués du mouvement citoyen avec Ahmed Ouyahia et qui buttait sur l’organisation ou non d’un référendum à cet effet. La reprise du dialogue avec Belkhadem qui a ne considère plus les aarchs comme une organisation hors la loi est à suivre de près, cela dit, car il sera un indice sérieux quant aux motivations et intentions du courant que celui-ci représente et qui a de tout temps fait de la question identitaire et celle des constantes nationales un point non négociable dans ses différentes démarches.

Mais on ne peut, bien entendu, ne parler de la perspective démocratique qu’en Kabylie seulement. S’il est question aujourd’hui d’une mobilisation nationale non seulement pour stopper l’élan d’une offensive tous azimuts des islamo-conservateurs, majoritaire dans toutes les institutions et qui entendent fermer durablement le jeu à leurs opposants, mais surtout pour que le sacrifice du combat contre le terrorisme ne soit pas vain (car il s’agissait plus que d’une préoccupation sécuritaire, d’empêcher l’instauration d’un Etat théocratique) et que dans le même temps l’on admet l’absence de toute forme de consensus ou de possibilité d’un front démocratique, alors l’urgence est de rechercher sans plus de délais la somme de verrous qui ont amené à phagocyter une société civile qui, pourtant, a prouvé et son attachement à la liberté et à la république. Elle en prouve aujourd’hui la maturité à la démocratie, si l’on interprète comme telle le nombre incalculable d’émeutes localisées à travers le pays qui ne sont pas le fait d’une violence génétique, mais de l’absence d’écoute à des besoins pressants et légitimes. Si l’on considère comme une nouvelle phase de la société civile algérienne la combativité inédite et infatigable des syndicats autonomes qui ont définitivement tourné le dos à une somme de règles qu’ils savent d’avance tournées contre eux. L’épisode du refus d’autoriser les syndicats agressifs du Cla et du Cnapest et la menace de retrait de l’agrément de l’Unpef officieusement pour avoir rallié les grévistes en témoignent. Cela, sans compter le recours systématique à la justice, appelée à jouer un rôle qui n’est pas le sien, pour la simple et bonne raison qu’on ne peut apporter une réponse judiciaire à un problème socio-professionnel. Un dispositif répressif, donc, discriminatoire et sans moyens de recours contre lui,  mais qui confirme la volonté d’opposer aux «autonomes» le poids écrasant d’une Centrale syndicale qui, malgré le démantèlement généralisée de ses sections dans un secteur publique économique dissout ou privatisé, demeure la seule reconnue, même si elle doit pour cela accepter de soutenir une personnalité qui, hier, trouvait légitime le combat de ceux qui ont ravi aux leurs plus de 400 syndicalistes de l’UGTA. Un dispositif qui empêche, en faisant jouer des lois élastiques, que la société civile se constitue indépendamment de l’administration. Ainsi en est-il du mouvement associatif qui, dans l’arrière pays, est vite déclassé au rang de supplétif des collectivités locales, convoqué à intégrer la démarche unique dictée verticalement, sous peine de subir l’asphyxie financière ou la privation de locaux entre autres. Une situation que l’on peu aisément calquer sur le monde des médias, indispensable à un processus démocratique (ralenti malgré les promesses de plein respect de la liberté d’expression), mais exclus de toute ouverture de l’audiovisuel et soumis à la restriction de la délivrance des agréments comme stipulé par la loi 90-04, un code de l’information désuet, et qui reste un filtre de contrôle a priori dont les mailles totalisent pas moins de 450 demandes d’agrément bloqués et sans réponse aucune à ce jour.

Le plus étranger est que syndicats, associations et médias ne sont pas tous sujets d’un traitement généralisé qu’on pourrait attribuer aux retombées de la crise sécuritaire. Car de temps à autres, quelques ennemis de la république et au comportement souvent antinational se faufilent inexplicablement entre les mailles du filet, ajoutant ainsi de l’eau à la mer, comme dit l’adage populaire, à une noria d’organisations et de satellites conservateurs qui ne souffrent d’aucune contradiction en face.  Un tout sécuritaire qui profiterait au bout du compte aux seuls islamistes et à leurs alliés conservateurs ? Ayons confiance en la génération de l’après-novembre et doutons que les Algériens puissent accepter pareille contradiction, énième, mais certainement de trop.

Nabil Benali

 

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Enseignement du français en 3e année

La raison a prévalu sur l’idéologie

Le français sera désormais introduit en 3e année du cycle primaire au lieu de la 2e année comme cela été fait au cours de l’année scolaire 2004/2005. Cette décision salutaire mais bien tardive du ministère de l’Education nationale a été annoncée la semaine dernière par M. Benbouzid, qui a justifié ce "recul" par le fait que les élèves doivent d’abord maîtriser une première langue (leur langue nationale) avant de se lancer dans l’apprentissage d’une seconde langue. Pourtant, il était évident dès le départ que l’introduction du français dès la 2e année primaire était vouée à l’échec. Si cela a été dit il y a une année, "c’est être systématiquement classé dans la catégorie islamo-baâthiste" (célèbre formule, qui n’a aucun sens, d’un confrère que l’introduction du français dérange !). Passons les élucubrations idéologiques et examinons de près pourquoi l’introduction d’une première langue étrangère (peu importe que ce soit le français ou l’anglais) n’est pas dans l’intérêt de l’élève.

"La décision a une explication pédagogique que le pouvoir politique s’est retrouvé dans l’obligation de prendre en charge. C’était une précipitation d’enseigner la langue française dès la 2e année primaire, les deux premières années du cycle primaire doivent être réservées spécialement et spécifiquement à la maîtrise de la langue maternelle", avait expliqué le ministre de l’Education mercredi dernier lors d’une journée d’étude sur les établissements privés d’enseignement. Persister dans l’erreur ou corriger le tir, le ministère de tutelle a choisi la solution la moins coûteuse, mais en même temps celle qui montre au grand jour que des décisions aussi stratégiques, car concernant l’avenir des futures générations, se prennent avec une telle légèreté qu’on est obligé d’y remédier à peine deux années après leur mise en application.

Il est nécessaire de rappeler dans quelles conditions a été prise la décision d’introduire le français en 2e année primaire au lieu de la 4e année, comme c’était le cas dans le système fondamental, ou même en 3e année comme cela se faisait avant le fondamental. C’est la commission Benzaghou (du nom de son président) pour la réforme du système éducatif qui avait, en 2001, préconisé un certain nombre de changements à apporter dans ce domaine. Sur fond de débat sur "le projet de société" que l’école est appelée à inculquer aux élèves, il a été proposé de rapprocher de deux années l’enseignement du français avec, en plus, un changement dans la méthode d’apprentissage (apprendre à bien parler d’abord).

Le ministère a pris deux années pour rendre effective cette proposition de la commission Benzaghou. Dès la rentrée scolaire 2004/2005, les élèves de la 2e année primaire ont donc commencé à se familiariser avec le français. Les premières difficultés ont alors commencé à apparaître. Le ministère s’est quand même donné une deuxième année pour décider de la suite à donner. Manque d’enseignants de langue française et de moyens didactiques ainsi que des problèmes liés aux compétences pré-requises des apprenants dans leur contexte familial et social sont les principaux dysfonctionnements de l’enseignement en 2e année du primaire de la première langue étrangère.

Famille, société

D’abord, pourquoi introduire une langue étrangère dès la 2e année de l’enseignement primaire ? Quels sont les arguments pédagogiques qui ont prévalu dans cette décision ? Le ministère, comme la commission de la réforme du système éducatif, restent muets à ce propos. La seule explication qui est avancée est qu’un enfant est plus disposé à apprendre les langues. Mais de quel enfant s’agit-il en réalité ? S’agit-il-il de l’enfant de la ville ou des villages reculés du pays, d’un enfant de parents à peine lettrés, cadres ou universitaires, ou d’un enfant d’une famille pauvre ou socialement aisée ? Car il y a bien lieu de noter que l’élève, même en 2e année, maîtrise plus facilement le français lorsqu’il le parle dans son milieu familial et social. C’est le cas d’"une minorité d’enfants solarisés qui viennent déjà avec une bonne locution et qui parlent facilement la langue", constate une institutrice de français dans une école de la banlieue algéroise. Un constat loin d’être rare dans d’autres établissements du centre de la capitale. "On ne peut pas dire que nos enfants sont incapables d’apprendre une deuxième langue à partir de 7 ans, mais ce sont les conditions sociales et pédagogiques réunies qui déterminent la capacité de chaque élève", affirme un autre enseignant pour qui "les programmes sont tellement chargés en arabe, notamment avec l’introduction de matières comme l’éducation technologique, que l’apprenant est déjà assez dépassé pour pouvoir s’intéresser à une deuxième langue".

Des études récentes menées dans quelques établissements d’Alger, de Kabylie et de Blida ont montré que "la pratique du français est partout attestée, mais pas uniformément répandue dans l’environnement social immédiat (quartier et famille)".

Pour d’autres éducateurs, "il fallait dès le départ laisser le français en 4e année ou tout au plus l’introduire en 3e année comme cela se faisait dans les années 70 et 80".

D’ailleurs, s’interroge, étonné, un directeur d’école, lui-même ancien instituteur de français, "dans quel pays introduit-on une première langue étrangère pour des enfants de 7 ans ? ". Pour d’autres, "la question est mal posée". Pour eux, il est possible pour un élève de cet âge d’apprendre une autre langue à condition, disent-ils, de "mettre le prix en termes de moyens d’apprentissage modernes comme les supports audiovisuels et autres activités ludiques".

Si la problématique de l’enseignement du français se pose dans une grande ville comme Alger, alors que dire des villes et villages de l’intérieur du pays où l’on manque déjà d’encadrement pour l’enseignement de l’arabe ?

Le ministre de l’Education aurait dû être plus explicite sur cette décision de reculer l’enseignement du français en 3e année. Les raisons pédagogiques ne suffisent pas pour tout expliquer, en plus du fait que ça donne une assez mauvaise image des "décisions" de l’Etat. M. Benbouzid n’a pas tout dit sur le manque flagrant d’enseignants de français, en particulier dans les régions intérieures du pays. Il n’a pas été assez autocritique de la décision hâtive prise il y a deux ans sans qu’il y ait au préalable une préparation des moyens humains et pédagogiques nécessaires. Il n’a pas dit non plus quel est le sort réservé aux élèves qui ont déjà commencé l’apprentissage du français en 2e année primaire. Vont-ils bénéficier d’un programme spécial de mise à niveau (étant donné que le leur a été déclaré insuffisant) ou continuer normalement leur cursus ?

Absence du support audiovisuel

L’apprentissage des langues ne doit pas être du seul ressort de l’école. Si la mission de cette dernière est de donner les bases, les médias audiovisuels devraient permettre d’améliorer les connaissances linguistiques. "L’Algérie francophone", c’est dans les administrations et au sein des familles. Pour le reste de l’environnement, il est essentiellement en arabe dialectal (derdja) qui comporte un mélange (avec une dose de vocabulaire argotique) d’arabe et de français.

Pourtant, une génération d’Algériens a appris et renforcé ses capacités en anglais grâce à des émissions comme Follow Me ou des films en version originale que, malheureusement, l’ENTV ne diffuse plus. Il faut reconnaître que la télévision ne participe plus, comme avant, à l’apprentissage des langues. Les émissions ne manquent pas pourtant pour aider un enfant dont les parents ne parlent pas français à se familiariser de manière pédagogique avec cette langue. Le ministère de l’Education devrait peut-être penser à ce genre de solution pour démocratiser l’enseignement des langues étrangères et ne pas compter uniquement sur les programmes scolaires, en co-finançant l’achat de programmes éducatifs en français et en anglais que diffuserait l’ENTV. Car même en 3e année, beaucoup d’élèves auront des difficultés à apprendre le français pour les raisons été citées précédemment.

Abdelkader Djalil

 

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Université

Un malaise qui perdure

Quel est le mal étrange qui ronge notre université et quel est le grain de sable qui empêche ses rouages de bien fonctionner ? En effet, y a-t-il un indice plus révélateur du malaise profond et généralisé qui gangrène l’université depuis tant d’années ? En fait depuis 1993, le secteur connaît des mouvements de protestations chaque année. Est-il dit désormais que le sort des étudiants qui ont la chance de fréquenter l’université, est d’être les otages de ce malaise et les victimes de cette situation qui perdure ?

Pourquoi notre université n’est plus ce qu’elle était ? C’est-à-dire un lieu de savoir, d’échange, d’apprentissage et d’épanouissement pour l’étudiant qui se prépare au mieux à la vie professionnelle ?

Il est vrai que l’université a de tout temps été le meilleur passage dans la vie de l’étudiant qui y apprend à être responsable de lui-même, car personne ne l’oblige, comme au lycée, à réviser ses leçons ou à faire ses devoirs. C’est aussi la période de sa vie où il se sent devenir vraiment adulte. A l’université, il découvre un enseignement nouveau, différent de tout ce qu’il a connu. Il découvre des modes de pensée différents, un débat auquel il n’a pas été habitué, mais qui l’initie et l’encourage en même temps à se découvrir et à se situer parmi les autres. Cette description est certes trop belle pour être tout à fait réelle, mais tout le monde sait que notre université a formé, par le passé, une élite intellectuelle et qu’elle était l’endroit indiqué pour les échanges d’idées et les débats.

Est-il normal que l’université algérienne se soit transformée en lieu de contestation ? Et que chaque année les étudiants voient, la peur au ventre, échapper des mois et des mois de dur labeur parce que les professeurs refusent de leur faire passer les examens ?

En effet, depuis 1993, l’on remarque que presque chaque année, le Conseil national de l’enseignement supérieur (CNES) formule des revendications à la tutelle, le ministère de l’Enseignement supérieur : l’augmentation des salaires des enseignants, l’amélioration de leurs conditions de travail, la démocratisation de l’université, mais aussi et surtout la totale liberté d’exercer leur droit syndical. Ce qu’ils considèrent comme un droit fondamental, mais que l’administration de l’université tend toujours à limiter, parfois même jusqu’à le museler.

Le ministère de l’Enseignement supérieur ne voit pas d’un œil approbateur les mouvements de contestation du CNES et va même jusqu’à ester en justice les enseignants grévistes, déclarant leur grève illégale. Mais il est curieux de voir que malgré ces intimidations, les universités du Centre, de l’Est et de l’Ouest s’accordent à mener leur mouvement de protestation à la même période. Tous les enseignants s’accordent aussi à dire que la grève est le seul mécanisme à même d’obliger la tutelle à être enfin à leur écoute.

C’est ainsi que la grève déclenchée par le CNES le 13 mai passé était programmée depuis le mois d’avril ; elle a été suivie par toutes les universités et semble vouloir durer encore plus longtemps. Les enseignants grévistes du CNES n’aspirent qu’à une chose : que le ministère de l’Enseignement supérieur consente enfin à ouvrir le dialogue. C’est la seule façon possible de régler les conflits qui perdurent depuis longtemps et font qu’aucune issue n’a été trouvée pour apaiser les esprits.

Surtout quand on sait que cette grève coïncide avec la tenue des examens du dernier semestre, et que près de 200 000 examens, soit un taux de 25% sont déjà bloqués. Ce chiffre, déjà important, risque d’augmenter dans les jours à venir.

Si pour les enseignants grévistes, il ne fait aucun doute que leur mouvement de protestation est juste et qu’il s’impose face au silence affiché par la tutelle à leur égard, il n’en demeure pas moins que les étudiants sont les premières victimes de l’impasse dans laquelle se trouvent enseignants et ministère de l’Enseignement supérieur. Rien ne semble vouloir décider les professeurs à changer d’avis, et la grève s’installe finalement dans la durée. Mieux, ils appellent même à l’arbitrage du gouvernement. "Nous sollicitons du nouveau chef du gouvernement l’ouverture urgente de négociations avec les enseignants grévistes de l’enseignement supérieur." Cette déclaration du responsable syndical de l’USTHB à un quotidien national a pour but de rappeler au chef du gouvernement ses positions claires sur l’augmentation des salaires. "C’est un homme qui a toujours plaidé pour la revalorisation des salaires", affirme encore ce responsable syndical.

L’issue à cette grève est-elle enfin trouvée, et la déclaration du ministère de l’Enseignement supérieur de décider une augmentation des salaires a-t-elle mis fin à la protestation des enseignants ? Il faut croire que ces enseignants sont déterminés à aller jusqu’au bout de leurs revendications, qu’ils jugent de justes et légitimes.

La déclaration du ministère n’était pas pour apaiser leur révolte. La décision de poursuivre la grève est confirmée à travers les assemblées générales qui ont pris le relais du CNES qui, suite à une décision de justice qui qualifie cette grève d’illégale, a décidé, par la voix de son coordinateur national, de geler le mouvement par respect pour la justice.

Mais les enseignants ne l’entendent pas ainsi et continuent leur grève, malgré la déclaration du ministre de l’Enseignement supérieur. Une déclaration qu’ils trouvent plutôt confuse, car cette augmentation qui n’a pas été chiffrée ne signifie pas grand-chose pour eux. Les enseignants exigent donc pour décider d’arrêter leur grève, qu’on clarifie les choses et que cette augmentation soit clairement définie. C’est leur seule condition pour faire des concessions.

D’autres revendications et non des moindres sont encore exposées ; il s’agit de l’amélioration des conditions de travail, de la démocratisation de l’université, mais aussi et surtout de la liberté du droit syndical qu’on leur conteste et qui se traduit par les poursuites judiciaires que la tutelle a lancé contre plusieurs professeurs.

Mais au-delà de ces mouvements de protestation que les enseignants déclenchent chaque année, il est une chose qu’on ne peut passer sous silence. Le mal qui ronge l’université algérienne a fait que ce lieu de savoir et d’échanges s’est mué, peu à peu, en  une coquille presque vidée de son âme. L’université a-t-elle été investie par des forces qui font de leur mieux pour la déstabiliser ou bien les pouvoirs publics laissent-ils la situation pourrir d’année en année pour une raison bien précise ? L’arrivée de A. Belkhadem au gouvernement finira-t-elle par arranger les choses ? Les enseignants semblent espérer du nouveau chef de l’Exécutif une amélioration de leur situation, ce qui serait un bien indéniable pour l’université et surtout pour les étudiants.

Khadidja Mohamed Bouziane

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