Semaine du 30 Novembre au 6 Décembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Les riches contre les pauvres

 

 
 
 Editorial

Accueil

Les riches contre les pauvres

Le XXIe siècle sera mystique (ou religieux) ou ne sera pas. Cette sentence semi-prophétique d’André Malraux est loin de se vérifier. Disons plutôt que le XXIe siècle sera raciste et fasciste ou ne sera pas.  Il sera en tout cas la confirmation de la terrible prophétie de Samuel Huttington qui parlait, pour sa part, de choc des civilisations avec cette notable précision qu’il ne sera nullement question de civilisations judéo-chrétienne opposée à la civilisation musulmane, mais plus prosaïquement de la civilisation des riches qui est déjà en train d’entrer en brutale collision avec la civilisation des pauvres. Il se trouve tout juste que la civilisation des riches est en même temps majoritairement judéo-chrétienne tandis que celle des pauvres est, là aussi, majoritairement musulmane. Tout le reste n’étant qu’habillage sémantique destiné  à masquer la cynique réalité d’un monde qui est en train de se couper en deux sous nos yeux incrédules. Et quelle coupure ! De celle que personne n’aurait pu imaginer il y a de cela dix ans seulement, après que la principale découverte philosophique de Karl Marx, estimant que la lutte des classe était le moteur de l’histoire, ait été jetée aux orties sous les décombres du mur de Berlin. Il faut dire que depuis,  ce sont de véritables murs de la haine qui sont en train d’être érigés autour de la forteresse américano-européenne pour empêcher que ne se déverse chez elle toute la misère du monde. 

Ainsi, si  le XXe siècle aura été celui de l’exacerbation des contradictions inter impérialistes pour rester dans la lexicologie marxiste-léniniste, il apparaît de plus en plus que le XXIe siècle sera plutôt celui d’une entente inter impérialiste contre l’ensemble des pays pauvres de la planète. Le premier acte de cette nouvelle tragédie en marche ayant été sans conteste la crise mondiale née autour de l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-américaine, qui a vu l’opposition de la France et de l’Allemagne à cette expédition tourner au vaudeville improductif et faire comprendre aux récalcitrants qu’il n’y avait plus de place, dorénavant, aux voix discordantes dans le camp de l’impérialisme mondial. La leçon a été si bien apprise que, deux ans plus tard à peine, à l’occasion de la nouvelle crise suscitée par l’ordre d’évacuation de l’armée syrienne du Liban, la France s’est bien gardée d’opposer la moindre résistance à la volonté américaine, bien que la Syrie soit l’une de ses chasses gardées les plus précieuses. L’heure et le siècle sont au regroupement de toutes les forces impérialistes contre un seul et même ennemi, l’Arabe, africain, musulman, pauvre. Le nouveau juif des nouvelles persécutions fascistes. Car c’est évidemment là que réside toute cette problématique en marche ; dans une réorganisation politico-idéologique qui donne du répit à un système capitaliste mondial bâti aujourd’hui sur une dette globale intérieure et extérieure de plus de 20 000 milliards de dollars et sur des dysfonctionnements macro-économiques de plus en plus alarmants, conjugués à une crise de société qui se heurte aux limites objectives d’un système démocratique qui ne peut guère donner plus qu’il ne possède. C’est en fait le système capitaliste tout entier qui bat de l’aile à travers une mondialisation qui cache mal son caractère néo-colonial et qui tente en tout cas de le dissimuler derrière une fumeuse théorie du choc des civilisations et la montée au créneau d’un nombre de plus en plus grand de  penseurs et d’intellectuels anglo-saxons et européens qui n’hésitent plus à afficher leurs penchants racistes à la périphérie d’un néo-conservatisme qui n’est rien d’autre que le fascisme du XXIe siècle. L’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur les nomme d’ailleurs déjà "les nouveaux réacs" et met dans cette peu enviable catégorie les Finkelkraut, Houellebeccq, Carrère d’Encausse, Sarkozy, Alexandre Adler, Gluksman, Bernard Accoyer qui, derrière le soi-disant parler vrai, ne parlent guère différemment d’un Mussolini ou d’un Hitler de la belle époque, fustigeant les juifs, les nègres et les Arabes. Insensiblement, par touches progressives, autant qu’instinctives, l’Occident se fabrique une carapace idéologique, culturelle et politique qui lui permet de réorganiser le monde à sa convenance en présentant les nécessités d’un vulgaire réaménagement géostratégique sous les couleurs  d’un flamboyant choc des civilisations.  

A. M.

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche