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Les
riches contre les pauvres
Le XXIe
siècle sera mystique (ou religieux) ou ne sera pas. Cette sentence
semi-prophétique d’André Malraux est loin de se vérifier. Disons
plutôt que le XXIe siècle sera raciste et fasciste ou ne
sera pas. Il sera en tout cas la confirmation de la terrible
prophétie de Samuel Huttington qui parlait, pour sa part, de choc
des civilisations avec cette notable précision qu’il ne sera
nullement question de civilisations judéo-chrétienne opposée à la
civilisation musulmane, mais plus prosaïquement de la civilisation
des riches qui est déjà en train d’entrer en brutale collision avec
la civilisation des pauvres. Il se trouve tout juste que la
civilisation des riches est en même temps majoritairement
judéo-chrétienne tandis que celle des pauvres est, là aussi,
majoritairement musulmane. Tout le reste n’étant qu’habillage
sémantique destiné à masquer la cynique réalité d’un monde qui est
en train de se couper en deux sous nos yeux incrédules. Et quelle
coupure ! De celle que personne n’aurait pu imaginer il y a de cela
dix ans seulement, après que la principale découverte philosophique
de Karl Marx, estimant que la lutte des classe était le moteur de
l’histoire, ait été jetée aux orties sous les décombres du mur de
Berlin. Il faut dire que depuis, ce sont de véritables murs de la
haine qui sont en train d’être érigés autour de la forteresse
américano-européenne pour empêcher que ne se déverse chez elle toute
la misère du monde.
Ainsi, si le XXe
siècle aura été celui de l’exacerbation des contradictions inter
impérialistes pour rester dans la lexicologie marxiste-léniniste, il
apparaît de plus en plus que le XXIe siècle sera plutôt
celui d’une entente inter impérialiste contre l’ensemble des pays
pauvres de la planète. Le premier acte de cette nouvelle tragédie en
marche ayant été sans conteste la crise mondiale née autour de
l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-américaine, qui a vu
l’opposition de la France et de l’Allemagne à cette expédition
tourner au vaudeville improductif et faire comprendre aux
récalcitrants qu’il n’y avait plus de place, dorénavant, aux voix
discordantes dans le camp de l’impérialisme mondial. La leçon a été
si bien apprise que, deux ans plus tard à peine, à l’occasion de la
nouvelle crise suscitée par l’ordre d’évacuation de l’armée syrienne
du Liban, la France s’est bien gardée d’opposer la moindre
résistance à la volonté américaine, bien que la Syrie soit l’une de
ses chasses gardées les plus précieuses. L’heure et le siècle sont
au regroupement de toutes les forces impérialistes contre un seul et
même ennemi, l’Arabe, africain, musulman, pauvre. Le nouveau juif
des nouvelles persécutions fascistes. Car c’est évidemment là que
réside toute cette problématique en marche ; dans une réorganisation
politico-idéologique qui donne du répit à un système capitaliste
mondial bâti aujourd’hui sur une dette globale intérieure et
extérieure de plus de 20 000 milliards de dollars et sur des
dysfonctionnements macro-économiques de plus en plus alarmants,
conjugués à une crise de société qui se heurte aux limites
objectives d’un système démocratique qui ne peut guère donner plus
qu’il ne possède. C’est en fait le système capitaliste tout entier
qui bat de l’aile à travers une mondialisation qui cache mal son
caractère néo-colonial et qui tente en tout cas de le dissimuler
derrière une fumeuse théorie du choc des civilisations et la montée
au créneau d’un nombre de plus en plus grand de penseurs et
d’intellectuels anglo-saxons et européens qui n’hésitent plus à
afficher leurs penchants racistes à la périphérie d’un
néo-conservatisme qui n’est rien d’autre que le fascisme du XXIe
siècle. L’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur les
nomme d’ailleurs déjà "les nouveaux réacs" et met dans cette
peu enviable catégorie les Finkelkraut, Houellebeccq, Carrère d’Encausse,
Sarkozy, Alexandre Adler, Gluksman, Bernard Accoyer qui, derrière le
soi-disant parler vrai, ne parlent guère différemment d’un Mussolini
ou d’un Hitler de la belle époque, fustigeant les juifs, les nègres
et les Arabes. Insensiblement, par touches progressives, autant
qu’instinctives, l’Occident se fabrique une carapace idéologique,
culturelle et politique qui lui permet de réorganiser le monde à sa
convenance en présentant les nécessités d’un vulgaire réaménagement
géostratégique sous les couleurs d’un flamboyant choc des
civilisations.
A. M.
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