Semaine du 8 au 14 juin 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Kefaya !

 

 
 
 Editorial

Accueil

Kefaya !

Au vu de sa place en tant que président du FLN et en sa qualité de président de la République, et donc comme supérieur hiérarchique de Ahmed Ouyahia, Abdelaziz Bouteflika a de grandes possibilités de médiation. Suffisantes en tout cas pour éviter l’ouverture d’un conflit ouvert entre les deux partis du pouvoir. Le pire auquel il est possible de s’attendre étant évidemment l’échange de petites phrases assassines destinées à faire perdre son sang-froid à l’adversaire.

Les critiques adressées par Abdelaziz Belkhadem à Ouyahia ce week-end ont donné l’impression à quelques observateurs que cet événement tombait comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Cela aurait pu être le cas si beaucoup de signaux d’alerte n’avaient été donnés au moins quatre mois auparavant qui indiquaient que le FLN se sentait très à l’étroit au milieu du corset rigide de l’alliance présidentielle. L’ancien parti unique étant suffisamment au fait des choses du sérail pour ne pas avoir deviné quel rôle et quelle mission avaient été confiés à Ahmed Ouyahia quelques mois avant l’élection présidentielle. Il s’agissait en l’occurrence de profiter de l’état de faiblesse momentanée d’un FLN tétanisé par la division de ses rangs, pour le soumettre au contrôle étroit du RND qui, comme chacun le sait, est le nouveau dépositaire de la volonté réelle du pouvoir. Aussi n’est-il guère étonnant que l’ancien parti unique profite du premier moment d’inattention de son officier de réhabilitation pour tenter de retrouver une liberté de mouvement qui lui fait cruellement défaut dans une phase historique où il en a absolument besoin pour officialiser sa place en tant que première force politique du pays.

Cela dit, il ne faut guère s’attendre non plus au déclenchement d’une véritable guerre ouverte entre les deux partis. La place occupée et le rôle joué par le président de la République dans l’échiquier politique national rendent une telle éventualité plus qu’aléatoire. Au vu de sa place en tant que président du FLN et en sa qualité de président de la République, et donc comme supérieur hiérarchique de Ahmed Ouyahia, Abdelaziz Bouteflika a de grandes possibilités de médiation. Suffisantes en tout cas pour éviter l’ouverture d’un conflit ouvert entre les deux partis du pouvoir. Le pire auquel il est possible de s’attendre étant évidemment l’échange de petites phrases assassines destinées à faire perdre son sang-froid à l’adversaire. Et encore ! Tout le monde ayant fini par se rendre compte que les éléments du RND observent une discipline quasi-militaire qui les amène à ne pas répondre aux provocations du FLN, même dans leurs formes les plus perfides. Le choix stratégique consistant à tenir le FLN prisonnier de l’alliance ne devant évidemment être contrarié par aucun calcul et surtout pas par celui émanant de ce dernier.

Cependant, il serait tout à fait naïf d’imaginer un seul instant que le RND seul, peut être capable d’imposer sa tutelle à un parti aussi retors et aussi expérimenté que le FLN. Les capacités de manœuvre et l’art de la provocation qu’a acquis l’ancien parti unique en cinquante ans d’existence font de lui un redoutable partenaire politique dont il faut constamment se méfier tant il est capable de moduler ses alliances intérieures et extérieures au gré de ses besoins sans jamais tenir compte de la moindre ligne directrice et sans respect pour aucun principe. C’est ainsi que nous l’avons vu s’allier successivement avec le FIS dissous en 1991, puis avec la CIA en 1994 à Rome, puis avec les communistes et les laïcs en 2002, sans aucun état d’âme et sans jamais avoir à justifier ses positions précédentes à ses nouveaux alliés. Seul le pouvoir absolu, le pouvoir hégémonique, intéresse ce parti qui ne vise qu’un seul objectif : le maintien de ses privilèges et l’accès à la rente.

Aussi faut-il se demander, aujourd’hui, si le FLN estime que le RND est suffisamment affaibli pour être attaqué de front, et donc lui faire perdre son rôle de tuteur politique de l’alliance, ou bien si ce tutorat n’est pas au contraire de nature à constituer une grave menace pour son existence politique en tant que parti dominant. En l’état actuel des choses, il faut bien admettre que ce serait plutôt la première hypothèse qui serait la bonne au vu de l’incapacité avérée du RND à jouer le rôle de meneur de jeu qui lui a été imparti au sein de l’alliance. La faiblesse politique chronique de son encadrement et les piètres performances économiques du gouvernement qu’il dirige en font une cible tout à fait faisable aux yeux d’une formation aussi complexe et aussi expérimentée que le FLN, qui n’a de surcroît aucun complexe à passer d’une alliance avec les Américains à une autre avec les Français, alors que le RND semble définitivement plombé par un ancrage pro-américain dont il n’arrivera visiblement jamais à se défaire.

Le fait est qu’aujourd’hui, l’offensive lancée par Abdelaziz Belkhadem en personne contre Ouyahia, avec la complicité probable de Soltani, n’augure pas de jours enchanteurs pour le pays et indique plus que jamais qu’il est temps pour la société algérienne de se protéger autrement d’une catastrophe annoncée qu’en trouvant refuge derrière des montages de pouvoir qui, pour être fort généreux, n’en sont pas moins très aléatoires. L’Algérie a besoin aujourd’hui d’un mouvement politique digne de ce nom, qui constitue une véritable alternative à la démocratie de façade qu’on tente de lui faire ingurgiter de force.

A. M.

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche