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Kefaya !
Au vu de sa place
en tant que président du FLN et en sa qualité de président de la
République, et donc comme supérieur hiérarchique de Ahmed Ouyahia,
Abdelaziz Bouteflika a de grandes possibilités de médiation.
Suffisantes en tout cas pour éviter l’ouverture d’un conflit ouvert
entre les deux partis du pouvoir. Le pire auquel il est possible de
s’attendre étant évidemment l’échange de petites phrases assassines
destinées à faire perdre son sang-froid à l’adversaire.
Les critiques
adressées par Abdelaziz Belkhadem à Ouyahia ce week-end ont donné
l’impression à quelques observateurs que cet événement tombait comme
un coup de tonnerre dans un ciel serein. Cela aurait pu être le cas
si beaucoup de signaux d’alerte n’avaient été donnés au moins quatre
mois auparavant qui indiquaient que le FLN se sentait très à
l’étroit au milieu du corset rigide de l’alliance présidentielle.
L’ancien parti unique étant suffisamment au fait des choses du
sérail pour ne pas avoir deviné quel rôle et quelle mission avaient
été confiés à Ahmed Ouyahia quelques mois avant l’élection
présidentielle. Il s’agissait en l’occurrence de profiter de l’état
de faiblesse momentanée d’un FLN tétanisé par la division de ses
rangs, pour le soumettre au contrôle étroit du RND qui, comme chacun
le sait, est le nouveau dépositaire de la volonté réelle du pouvoir.
Aussi n’est-il guère étonnant que l’ancien parti unique profite du
premier moment d’inattention de son officier de réhabilitation pour
tenter de retrouver une liberté de mouvement qui lui fait
cruellement défaut dans une phase historique où il en a absolument
besoin pour officialiser sa place en tant que première force
politique du pays.
Cela dit, il ne
faut guère s’attendre non plus au déclenchement d’une véritable
guerre ouverte entre les deux partis. La place occupée et le rôle
joué par le président de la République dans l’échiquier politique
national rendent une telle éventualité plus qu’aléatoire. Au vu de
sa place en tant que président du FLN et en sa qualité de président
de la République, et donc comme supérieur hiérarchique de Ahmed
Ouyahia, Abdelaziz Bouteflika a de grandes possibilités de
médiation. Suffisantes en tout cas pour éviter l’ouverture d’un
conflit ouvert entre les deux partis du pouvoir. Le pire auquel il
est possible de s’attendre étant évidemment l’échange de petites
phrases assassines destinées à faire perdre son sang-froid à
l’adversaire. Et encore ! Tout le monde ayant fini par se rendre
compte que les éléments du RND observent une discipline
quasi-militaire qui les amène à ne pas répondre aux provocations du
FLN, même dans leurs formes les plus perfides. Le choix stratégique
consistant à tenir le FLN prisonnier de l’alliance ne devant
évidemment être contrarié par aucun calcul et surtout pas par celui
émanant de ce dernier.
Cependant, il
serait tout à fait naïf d’imaginer un seul instant que le RND seul,
peut être capable d’imposer sa tutelle à un parti aussi retors et
aussi expérimenté que le FLN. Les capacités de manœuvre et l’art de
la provocation qu’a acquis l’ancien parti unique en cinquante ans
d’existence font de lui un redoutable partenaire politique dont il
faut constamment se méfier tant il est capable de moduler ses
alliances intérieures et extérieures au gré de ses besoins sans
jamais tenir compte de la moindre ligne directrice et sans respect
pour aucun principe. C’est ainsi que nous l’avons vu s’allier
successivement avec le FIS dissous en 1991, puis avec la CIA en 1994
à Rome, puis avec les communistes et les laïcs en 2002, sans aucun
état d’âme et sans jamais avoir à justifier ses positions
précédentes à ses nouveaux alliés. Seul le pouvoir absolu, le
pouvoir hégémonique, intéresse ce parti qui ne vise qu’un seul
objectif : le maintien de ses privilèges et l’accès à la rente.
Aussi faut-il se
demander, aujourd’hui, si le FLN estime que le RND est suffisamment
affaibli pour être attaqué de front, et donc lui faire perdre son
rôle de tuteur politique de l’alliance, ou bien si ce tutorat n’est
pas au contraire de nature à constituer une grave menace pour son
existence politique en tant que parti dominant. En l’état actuel des
choses, il faut bien admettre que ce serait plutôt la première
hypothèse qui serait la bonne au vu de l’incapacité avérée du RND à
jouer le rôle de meneur de jeu qui lui a été imparti au sein de
l’alliance. La faiblesse politique chronique de son encadrement et
les piètres performances économiques du gouvernement qu’il dirige en
font une cible tout à fait faisable aux yeux d’une formation aussi
complexe et aussi expérimentée que le FLN, qui n’a de surcroît aucun
complexe à passer d’une alliance avec les Américains à une autre
avec les Français, alors que le RND semble définitivement plombé par
un ancrage pro-américain dont il n’arrivera visiblement jamais à se
défaire.
Le fait est
qu’aujourd’hui, l’offensive lancée par Abdelaziz Belkhadem en
personne contre Ouyahia, avec la complicité probable de Soltani,
n’augure pas de jours enchanteurs pour le pays et indique plus que
jamais qu’il est temps pour la société algérienne de se protéger
autrement d’une catastrophe annoncée qu’en trouvant refuge derrière
des montages de pouvoir qui, pour être fort généreux, n’en sont pas
moins très aléatoires. L’Algérie a besoin aujourd’hui d’un mouvement
politique digne de ce nom, qui constitue une véritable alternative à
la démocratie de façade qu’on tente de lui faire ingurgiter de
force.
A. M.
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