Semaine du 8 au 14 juin 2005

 

Collectivités locales

L’urgence de la décentralisation

Les relations entre l’Algérie et le Maroc au miroir des médias

La guerre de papier

Enfance

Une dure réalité

 

 
 
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Collectivités locales

L’urgence de la décentralisation

L’indicateur de la “bonne gouvernance” se constate d’abord au niveau local. Ce n’est pas encore le cas en Algérie, à quelque niveau que ce soit, encore moins au niveau des collectivités locales.

Les raisons sont diverses. Il s’agit essentiellement de moyens, de financements, de prérogatives, de champ d’action, mais également de niveau d’instruction des élus.

Si la réforme en cours des Codes communal et de wilaya ne peut rien en ce qui concerne les qualités managériales des élus, par contre, elle pourrait bouleverser la situation dans les collectivités locales, pourvu qu’elle donne assez de latitude au pouvoir local pour qu’il soit vraiment à l’écoute des citoyens.

Prêts depuis 2002, les nouveaux Codes communal et de wilaya prévoient de donner plus de prérogatives aux APC, mais également au wali, dans le cadre de la “décentralisation” annoncée. Selon tout ce qui a filtré jusqu’à présent sur ce sujet, le socle de la réforme repose sur “la clarification des responsabilités financières des communes et celles relevant des autres secteurs de l’Etat”, de “donner aux collectivités locales et aux assemblées élues les moyens suffisants à la concrétisation et à la réalisation de leurs objectifs” et accroître les revenus financiers des collectivités locales et en créer de nouvelles ressources.

Dans ce schéma, l’Exécutif compte également mettre à jour le découpage territorial, 25 ans après la mise en place du découpage en vigueur, “dans le but de rapprocher l’administration et le service public de l’usager”.

Le projet de Code communal intègre également la notion de “démocratie participative”. Il s’agit, explique-t-on, de permettre “un dialogue entre les citoyens et les administrations locales”, de créer un “partenariat” entre les collectivités locales et la société civile. D’autres dispositions concernent aussi le financement local afin, dit-on, de “donner plus de moyens aux administrations locales pour faire face à ces nouvelles responsabilités”. Le nouveau texte permettra aux APC de déterminer et de recouvrer directement certaines taxes pour financer des projets ou assurer des services publics, comme il leur donne la latitude d’octroyer des concessions dans la gestion de services publics.

Le ministre délégué chargé des Collectivités locales, Dahou Ould Kablia, avait expliqué, en novembre dernier, que la nouvelle législation permettra même aux APC de solliciter des crédits bancaires pour construire des espaces qu’elles devront rentabiliser.

Toujours dans le cadre de cette réforme, et à l’image des grandes villes du monde, la capitale algérienne sera dotée d’un seul maire qui en sera le seul responsable. Encore que, sur ce point, les choses ne sont pas claires entre le rôle et les prérogatives de ce “super-maire” et eux du wali. Néanmoins, certaines de ces mesures appellent des commentaires. Le premier concerne le pouvoir dont on veut doter les collectivités locales d’octroyer des concessions dans la gestion de services publics. Il s’agit de marchés locaux (en matière de gestion de déchets ménagers, d’entretien de la voierie ou autre)  qui seront accordés à des entités privées. Si l’idée n’a rien de saugrenu, il y a lieu de mettre des garde-fous en matière de transparence. Il faut rappeler que des garde-fous existent déjà dans la réglementation actuelle, mais c’est leur application qui pose problème dans une bonne majorité des APC d’Algérie. C’est dans ce sens que devrait intervenir l’autorité du wali ou du chef de daïra : faire respecter la réglementation là où elle ne l’est pas. Amener, par exemple, les APC à afficher les procès-verbaux des délibérations, inviter les citoyens désireux d’assister aux délibération et, globalement, faire preuve de transparence dans toutes les actions et les décisions des assemblées élues.

Par ailleurs, la décentralisation ne s’accommode pas avec les pouvoirs très étendus des walis et des chefs de daïras, qui doivent être nécessairement limités (clairement) aux strictes missions de souveraineté, dont celle d’éviter aux communes de prendre des mesures incompatibles avec les exigences nationales.

Pour ce qui est de la “démocratie participative” que l’on veut introduire dans la nouvelle législation, c’est-à-dire permettre aux associations dites “représentatives” d’avoir “un droit de regard” sur la gestion des affaires locales, cette notion mérite une attention particulière pour qu’elle ne soit pas détournée de son véritable sens. Deux remarques s’imposent. Premièrement, si personne ne peut s’opposer à l’idée de donner au mouvement associatif local le droit d’avoir un œil sur la gestion des collectivités locales, il ne faut pas que cela se fasse au détriment de la “démocratie élective”. Un élu est redevable envers tous les citoyens de la collectivité, ce qui n’est pas le cas pour les associations. Deuxièmement, pour accompagner le droit de regard qu’on veut donner aux associations, il faut impérativement libérer la vie associative des conditions draconiennes imposées par l’administration centrale (wilaya et ministère de l’Intérieur). Il faut, au contraire, permettre et faciliter la création des associations. Car, en l’état actuel des choses, le risque est grand de ne voir que des associations triées au volet qui seront drapées du sceau de la représentativité des citoyens.

Plus de pouvoirs doivent être concédés aux élus locaux dans le cadre d’une libre administration des collectivités locales. C’est devenu une norme dans les pays développés. Considérer l’élu local comme un partenaire dans le développement, c’est lui transférer des compétences du pouvoir central. Ne resteront à ce dernier que celles qui ne peuvent pas être assumées par les collectivités locales. Mais ceci n’empêche pas de veiller à ce que des pratiques comme la corruption et l’abus de pouvoir soient bannis. Cette responsabilité revient en premier lieu au pouvoir central (wilaya et ministère de l’Intérieur) qui doit veiller à l’application stricte des textes (publication des procès-verbaux…). Une partie de la responsabilité revient aux partis politiques qui doivent veiller (il y va de leur honneur) à ce que leurs élus ne soient pas impliqués dans des affaires de corruption telles que celles que l’on a déjà connu dans le domaine. Que les partis politiques arrêtent de défendre ou de laisser faire les élus indélicats. Il faut remarquer qu’à ce jour, rares sont les partis (un ou deux seulement) qui ont eu le courage de se démarquer officiellement, bien avant que ça n’arrive devant la justice, d’élus impliqués dans des affaires de mauvaise gestion. Les partis politiques doivent, par exemple, imposer à leurs élus de faire leur déclaration de patrimoine avant et après leur mandat.

Sur un autre registre, les formations politiques sont aussi responsables du niveau d’instruction des candidats qu’ils présentent sur leurs listes électorales. S’il est vrai que l’enjeu dans une course électorale locale est de présenter le “fils du bled”, il faut quand même tendre vers une élévation du niveau. C’est aux partis également d’avoir la grandeur d’esprit d’obliger leurs élus de n’être redevables qu’à leurs électeurs. C’est la seule manière de remettre sur rails l’intérêt du citoyen pour les consultations électorales, en limitant, à défaut d’éliminer, le danger que constitue la confusion des organes du parti et de la commune. Il appartient aussi aux partis politiques de mobiliser leurs élus pour qu’ils redoublent de dynamisme et d’ingéniosité, pas seulement pour effectuer des réparations de chemins communaux, mais également pour jouer un rôle moteur contre l’exclusion, dans les questions culturelles et environnementales, dans les actions en faveur de la jeunesse, en incitant à la création d’emplois, ce qui leur permettrait de s’assurer de revenus fiscaux supplémentaires pour leurs communes. Mais tout cela dépendra, bien évidemment, du degré de liberté que donnera la prochaine législation aux collectivités locales.

Abdelkader Djalil

 

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Les relations entre l’Algérie et le Maroc au miroir des médias

La guerre de papier

La guerre entre le Maroc et l’Algérie a repris de plus belle. Pas celle qui se fait avec des armes – celle-ci, heureusement pour les Algériens et les Marocains, n’est prévue dans aucune tablette – mais celle que se livrent les médias à travers des articles à l’éthique douteuse et empreints de déclarations enflammées.

La conjonction de deux événements a donné lieu à des délires éditoriaux qui ont dépassé tout entendement et ont foulé au pied les règles élémentaires de la déontologie journalistique. D’abord le report sine die du sommet de l’UMA prévu à Tripoli puis les manifestations à El-Ayoun, principale ville du Sahara (Occidental pour nous autres, province du Sud pour nos voisins) ont fait assurément couler de l’encre.

S’il s’agissait effectivement de laisser les politiques s’exprimer à propos du report du sommet de l’UMA, il est tout de même intéressant de noter que côté marocain,on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Injonction du Palais à une presse aux ordres ? Difficile de répondre, mais le zèle mis par certains commentateurs à agonir d’insultes un chef d’Etat ressemble très peu à une démarche diplomatique, d’autant que le dégel constaté dans les relations entre les deux pays ne peut être joué comme cela sur des déclarations guerrières.

Ainsi, on a même eu droit à cours d’histoire politique dans le journal socialiste Libération de Casablanca. Sous la plume d’un analyste, le journal consigne : “Ce n’est un mystère pour personne, les relations ne cessent de se détériorer entre Rabat et Alger, dès lors que chaque partie campe sur ses positions d’hier sans pouvoir affronter l’autre dans une posture décisive.” S’il explique cette situation par “le manque de communication et d’échanges francs et sincères sur tous les dossiers qui fâchent”, il verse dans l’excès en reprenant à son compte les revendications territoriales marocaines exprimées au lendemain de l’indépendance de l’Algérie et se demande s’il ne faut pas “reposer la question des frontières sans faire grincer les dents” ?

Quant à la déclaration du président Bouteflika que le Sahara n’est pas un casus belli entre l’Algérie le Maroc, notre analyste se demande ce qu’il faudrait en déduire. “C’est comme si l’état de belligérance était imminent, car s’il n’est pas à la dérive, le bateau algérien est enivré, et il appartient au Maroc de prendre les mesures qui s’imposent pour défendre le peuple et le territoire, contre toute agression probable et désormais potentielle.” Rien que cela ! Si on se rappelle la propension de certains journaux marocains à reprendre à leur compte les fumeuses histoires de la bombe atomique algérienne et le renouvellement de l’armement de l’ANP, on supposerait allègrement qu’on est sur le point de mettre balle au canon. Cette approche assez fantaisiste du journal casablancais, certainement la plus extrême retenue dans la presse du royaume, a été tout autant relayée avec beaucoup de sous-entendus par notamment Aujourd’hui Le Maroc.

La guerre des mots

Pour les journaux marocains, c’est le Président algérien qui “entrave la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA)”. Le Matin du Sahara, journal (très) proche du Palais – pour user d’une comodité de langage – se demandait, après la déclaration du Président algérien, si “oui ou non, l’Algérie est partisane d’un Maghreb arabe uni ? Si oui, pourquoi s’emploie-t-elle à le saboter et à empêcher sa réalisation ? Pour L’Opinion les déclarations “malintentionnées” du président Bouteflika sont “de nature à torpiller tous les efforts entrepris pour relancer l’UMA”. Plus encore pour Aujourd’hui le Maroc, “l’attitude algérienne est de nature à remettre en cause un rapprochement (maroco-algérien) encore à ses débuts et donc fragile”.

Des déclarations qui dépassent de loin le communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères qui “déplore vivement les déclarations et positions officielles que l’Algérie a cru devoir exprimer ces derniers jours sur la question du Sahara marocain”.

De toute évidence les officiels marocains qui se sont exprimés par la suite ont été pris au piège et n’ont fait que relayer un discours colporté par une presse irritée après, faut-il le souligner, avoir bien soutenu la fin des différends entre les deux pays après la rencontre Mohamed VI - Bouteflika à l’occasion du sommet de la Ligue rabe tenu en mars à Alger.

Coté algérien, une fois le pavé dans la mare du président Bouteflika à propos l’autodétermination du peuple sahraoui lancé, les voix officielles se sont très peu exprimées si ce n’est un commentaire de la radio nationale Chaîne III. Le communiqué, qui souligne que l’Algérie n’est pas directement impliquée dans le problème, indiquait que c’était “une question de décolonisation toujours à l’ordre du jour”. Quant à son règlement, c’est “en raison des tergiversations de Rabat” que “le mandat de la Minurso va de prolongation en prolongation, pendant que le plan onusien attend toujours son application”. Pour ce qui est de la lettre du président Bouteflika au Président de la RASD, “le respect des positions de principe comme le droit à l’autodétermination ne devrait pas interférer ou gêner d’autres objectifs régionaux, notamment la relance de l’édification de l’Union du Maghreb arabe ou encore la consolidation des relations bilatérales algéro-marocaines”. Pour ce qui est des suites à donner, “une éclaircie s’est faite jour ces derniers temps dans les relations entre l’Algérie et le Maroc”, souligne la radio et “la sagesse commande de faire fructifier les récents acquis et de laisser au droit international l’opportunité de s’exercer enfin”.

Pas de propos véhéments, mais pas de mesure non plus, puisqu’il s’agit de défendre un principe évoqué par la plus haute instance de l’Etat algérien, obligatoirement soutenu par un de ses médias.

Cette approche polie n’a pas été celle de la presse privée qui, d’abord, a mis (un peu trop) en évidence la répression des manifestations de Rabat, souvent sans trop s’attarder sur les conditions de leur déroulement, tout autant à propos de celles vécues dans les villes sahraouies. Au bout du compte, on ne savait plus s’il s’agissait d’une réaction de colère d’une famille de détenu qui craignait de voir un de ses poches transféré loin de El-Ayoun. Quand on connaît les difficultés de transport et la situation des nombreux Sahraouis, on comprend le coup de colère, mais de là à devenir une action militante politique de rejet de l’administration marocaine des territoires sahraouis, il y a comme un pas qui est franchi sans qu’on apporte la preuve de son existence. Effectivement, jusqu’à aujourd’hui, peu d’événements se sont déroulés dans les villes du Sahara Occidental pour dire que le mouvement Polisario soit sérieusement relayé par la population vivant “sous occupation” alors que les Sahraouis des provinces du Sud vivent une situation de normalisation. On notera seulement l’allergie des autorités marocaines aux moindres mouvements de foule dans ces régions.

Les événements d’El-Ayoun ont eu lieu au moment où des chouyoukh de tribus, des parlementaires et des intellectuels sahraouis étaient en conclave à Rabat. But de cette rencontre : activer le lobbying pour impliquer la société civile marocaine, l’ensemble des partis politiques et la presse marocaine dans une démarche commune et “pour l’unité du pays et sa stabilité”. Est-ce que les manifestations d’El-Ayoun étaient une réponse à cette démarche ? Peu de propos ont été relevés à ce sujet, autant en Algérie qu’au Maroc, dans la profusion d’articles sur la situation.

Quant aux manifestations sahraouies de Rabat (rapportées par un forum sur Internet) et qui ont fait la Une d’un grand quotidien algérien, faut-il parler de manifestations ou de simples escarmouches entre des policiers et des étudiants qui ont dégénéré ? Les policiers marocains étaient mobilisés en prévision de dérapages après des manifestations en réaction à la profanation du saint Coran dans la prison de Guantanamo. Les étudiants sahraouis arrêtés à Rabat (quatorze au total) ont été libérés quelques jours après leur arrestation. Coté algérien, joue-t-on l’apaisement ? Car si on avait du mal à comprendre l’attitude du Président algérien après le réchauffement des relations entre les deux voisins, il a fallu expliquer. C’est à l’occasion de son voyage au Portugal que le président Bouteflika a expliqué la situation.

L’intérêt de l’Algérie pour la question sahraouie “se justifie uniquement par (...) l’objectif d’assurer la sécurité à nos frontières”, avait indiqué le Président algérien. Quant aux Marocains, c’est le Premier ministre Driss Jettou qui avait indiqué que son pays “poursuivra ses efforts avec l’ONU et la communauté internationale afin de trouver un règlement politique accepté par toutes les parties concernées, dans le cadre de la souveraineté marocaine et conformément aux choix démocratiques du royaume”. Autant dire que les divergences sont majeures et que telles que relayées par les presses des deux pays, nous sommes encore loin de l’harmonie.

La voix de la raison

En Algérie, l’harmonie n’a pas droit de cité. Les articles insistants sur les velléités de reprise des armes par le Polisario ont fait les manchettes de la presse sans autre analyse que la reprise in extenso des déclarations des représentants sahraouis.

Au Maroc, l’hebdomadaire Tel Quel souligne que “le réchauffement n’est pas compromis”, soulignant que la propension de la presse marocaine à user d’insultes contre le régime et le Président algérien n’est aucunement révélatrice de la position officielle marocaine (et autant algérienne) plutôt prompte à rétablir des relations économiques et culturelles. Le journal indique par ailleurs que “malgré les lettres, les communiqués et les annulations, la normalisation continue”.

La visite du Premier ministre algérien à Rabat est toujours prévue, une date a même été fixée : ce sera, de sources diplomatiques très proches du dossier, les 21 et 22 juin prochains. La Foire d’Alger prévoit toujours une “journée du Maroc le 5 juin, avec une forte présence des hommes d’affaires du royaume et même (c’est en projet), un concert à Alger de Jil Jilala. Et plusieurs contacts, moins visibles, continuent à être entrepris”. Il est vrai qu’à l’occasion de la Foire internationale d’Alger, le Maroc a joui de tous les égards de la part des autorités : “Durant l’inauguration de la FIA, le président Bouteflika a passé près d’une demi-heure au pavillon marocain, multipliant les sourires et les photos avec les belles hôtesses marocaines au point où même la présence, toutefois discrète, parmi la délégation officielle, du représentant de la RASD à Alger, est passée inaperçu.” Si dans certains journaux algériens on a repris les propos de l’ancien ambassadeur du Maroc à Paris, Hassan Abouyoub, invité par le milliardaire algérien Djilali Mehri au quatrième symposium d’El-Oued, celui-ci a été accusé de “servir la soupe à Alger” par certains journaux marocains.

Abouyoub a juste indiqué qu’il fallait “mettre de côté” l’affaire du Sahara marocain pour avancer dans l’édification de l’UMA. Reste à a savoir par qui cette affaire doit être mise de côté : par les officiels, les politiques, la presse, les Algériens et les Marocains tout court… De toute évidence, les deux nations et les deux peuples (si proches qu’ils se ressemblent) ont tout intérêt à établir (ou rétablir) des relations d’amitié et de fraternité qui ne soient pas soumises aux aléas et aux atermoiements politiques ou conjoncturels. Une approche qu’apparemment les médias ont du mal à appréhender, se laissant justement otages des attitudes politiques des dirigeants, voire de leurs sautes d’humeurs.

Amine Esseghir

 

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Enfance

Une dure réalité

5 millions d’adolescents ont, ces dix dernières années, quitté les bancs des écoles, alors que 200 000 enfants en âge d’être scolarisés n’ont pu y être inscrits…

Triste sort pour des enfants qui se retrouvent ainsi livrés, pieds et poings liés, aux multiples dangers de la rue.

Chaque année que Dieu fait, 500 000 élèves se retrouvent hors de l’école et viennent grossir les rangs de ceux qui les ont précédés. Quelle alternative pour eux qui, au sortir de l’école, savent tout juste lire et écrire ? Si certains réussissent à s’orienter vers la vie active et s’y intégrer grâce à une formation professionnelle, d’autres, moins chanceux, tentent de se débrouiller comme ils le peuvent. C’est ainsi qu’on voit fleurir, aux abords des marchés, mais aussi un peu partout à travers les rues d’Alger et des autres villes du pays, des vendeurs à la sauvette qui proposent aux passants toutes sortes d’articles : parfums, déodorants, shampoings et autres cosmétiques bon marché parfois d’origine douteuse, lunettes, vêtements, chaussures, vaisselle, bibelots… le tout à des prix qui défient toute concurrence. Tout se vend, pourvu qu’en fin de compte on arrive à amasser un petit pécule qui permet d’alléger un tant soit peu les dépenses familiales ou de s’acheter un jean ou peut-être une paire de baskets.

D’autres adolescents, plus astucieux, ont trouvé une solution plus rentable. A chaque coin de rue, ils sont là, qui s’approprient des trottoirs entiers, parfois font d’un simple terrain vague un parking de fortune. Leur clientèle est nombreuse : ce sont tous ces automobilistes en quête d’une place pour se garer, le temps de faire une commission, et qui ont ainsi plus ou moins l’assurance de retrouver leur véhicule intact. On gagne sa vie comme on peut et chacun s’ingénie à trouver sa voie.

Ainsi ces enfants, garçons et filles, qui émaillent les autoroutes et les routes nationales non sans danger pour leur vie, et proposent aux automobilistes fruits, légumes, œufs, poteries, galettes… Ils sont là, qu’il vente ou qu’il pleuve, immuables, on croirait à la longue qu’ils font partie du paysage. Les marchands de cacahuètes ne sont pas en reste avec les petits revendeurs de cigarettes qui poussent à leur tour comme des champignons, preuve que ce poison mortel est de plus en plus consommé, y compris par les enfants.

C’est aussi le résultat d’une enquête menée par la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), à travers les lycées d’Alger, Aïn-Defla et Ouargla. Cette enquête fait ressortir que 26% des lycéens ont commencé à fumer bien jeunes, ils n’avaient pas atteint l’âge de 10 ans. On a du mal à s’imaginer un enfant de cet âge pensant à autre chose qu’à ses amis et aux jeux auxquels ils se livrent, mais la réalité est finalement bien loin de ce qu’on pourrait imaginer. Elle est là, dure, implacable.

A Alger, sur les six collèges sondés et un échantillon de 1 400 élèves, 13% fument, dont 1,5% de filles. Il est à remarquer aussi que ce phénomène tend à s’amplifier avec l’âge. En effet, plus les enfants prennent de l’âge, plus ils sont nombreux à fumer. Dans les vingt lycées d’Alger et sur un échantillon de 2 664 lycéens sondés, il ressort que 39,5% des garçons fument contre 8,27% de filles.

Ce phénomène n’est plus l’apanage des grandes villes comme on pourrait le croire. L’enquête de la Forem nous fait découvrir qu’il se propage aussi dans les autres villes du pays, même s’il avance à pas feutrés. A Aïn-Defla, sur 961 lycéens, 15% fument, dont 3,7% de filles. A Ouargla, 17,3% des lycéens sont fumeurs avec une proportion de 1% de filles.

Ces résultats sont on ne peut plus alarmants, mais ce qui l’est plus encore, c’est de savoir que ces enfants se détruisent à petit feu en toute conscience. 75% de ces lycéens savent parfaitement que fumer est nuisible pour leur santé, mais continuent tout de même à s’adonner à cette drogue qui fait chaque année 4 millions de morts. Plus grave encore, 50% des garçons fumeurs interrogés reconnaissent qu’ils consomment quotidiennement entre dix cigarettes et un paquet, et 11% avouent fumer plus d’un paquet par jour. Effarante, cette autodestruction qui ne dit pas son nom.

Mais tout ceci, hélas, n’est que la partie visible de l’iceberg, car nombreux sont ceux et celles qui, pour des raisons diverses et parfois inconnues, se retrouvent sur le chemin de la délinquance.

Il y a quelques jours, un reportage télévisé nous a fait vivre avec “les enfants de la nuit”. Agés de moins de 15 ans pour la plupart, garçons et filles ont fait de la rue leur asile. Un asile ô combien dangereux. Enfants fugueurs, ils viennent des quatre coins du pays et fuient qui une marâtre qui lui rend la vie dure, qui un père qui le maltraite… Chacun et chacune a une histoire qu’il ne raconte pas forcément telle quelle. Ces enfants se retrouvent inévitablement sous l’emprise de la drogue et de ses méfaits. Colle, diluant (liquide volatil qu’on ajoute à la peinture), tout est bon pour les transporter bien loin de la grisaille quotidienne. Mais le voyage est bien court et l’extase du moment qui fait croire que la vie est belle disparaît aussi et fait que la réalité est encore plus amère.

S’ensuit alors une dépendance qui les pousse à trouver de l’argent vite et n’importe comment. La pente est glissante et il est bien difficile de la remonter. Le vol et la prostitution ne sont pas loin et il suffit très souvent d’un premier pas pour se retrouver dans un engrenage incroyable. Ces enfants, s’ils vivent en marge de la société, ne s’en cachent pourtant pas, et chacun de nous peut les voir. Qui n’a jamais rencontré, affalé sur un bout de trottoir, un adolescent sale, dépenaillé, complètement endormi, abruti qu’il est par une nuit sans sommeil et par les drogues qu’il ingurgite pour s’évader de la réalité. Qui n’a jamais rencontré une jeune fille, à peine sortie de l’adolescence, afficher une grossesse que les hardes n’arrivent pas à masquer et son agressivité en sautoir. Pauvre enfant à qui on a tout pris. Y compris le sourire.

Tel est le triste sort d’une bonne tranche de nos enfants et adolescents. Ne fait-on donc rien pour les délivrer de ce milieu ? Dire que rien n’a été fait en direction de ces enfants serait occulter la vérité, mais toutes ces actions restent insuffisantes. Les éducateurs en milieu ouvert qui activent dans les quartiers et les écoles, et dont l’axe principal est la prévention, ne suffisent pas à eux seuls à endiguer ce phénomène. La prise en charge reste, elle aussi, insuffisante. Les centres d’accueil ne sont pas légion et, souvent, les éducateurs mal formés.

Note pays ne dispose-t-il pas d’une réglementation à même de protéger l’enfant ? Certes, les textes existent, mais, comme le précise Raymond Jansen, représentant de l’Unicef en Algérie, lors de son intervention au Forum d’El Moudjahid, à l’occasion de la Journée internationale de l’enfance, cette réglementation n’est pas encore arrivée au niveau requis par rapport à ce qui existe sur le plan international, mais cela ne saurait tarder avec l’avant-projet de loi relatif à la protection de l’enfance, qui a été récemment présenté à Tayeb Bélaïz, ministre de la Justice, garde des Sceaux, cet avant-projet élaboré par les représentants de plusieurs ministères, tend à assurer à l’enfant une prise en charge et une protection permanente. Dans ce sens qu’il s’attelle d’abord à mettre en place les mécanismes judiciaires pour l’enfant coupable et considère qu’un enfant de moins de dix ans ne doit en aucun cas encourir des poursuites judiciaires. Cet avant-projet, qui s’inspire des conventions internationales signées par l’Algérie, prévoyant la création d’une instance nationale pour la sauvegarde de l’enfance. Cette instance sera présente à travers tout le pays. Il prévoit aussi la création de “médiations” dont le rôle essentiel sera d’intervenir auprès d’un jeune, mineur, en danger moral pour essayer de résoudre le différend avant de le présenter à la justice. Tous ces textes nouvellement introduits sont déjà appliqués dans les pays développés, ce qui fait dire à Jansen Raymond que l’Algérie est le sixième pays au monde à adopter une réglementation aussi avancée.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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