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Collectivités
locales
L’urgence de la
décentralisation
L’indicateur de la
“bonne gouvernance” se constate d’abord au niveau local. Ce n’est
pas encore le cas en Algérie, à quelque niveau que ce soit, encore
moins au niveau des collectivités locales.
Les raisons sont
diverses. Il s’agit essentiellement de moyens, de financements, de
prérogatives, de champ d’action, mais également de niveau
d’instruction des élus.
Si la réforme en
cours des Codes communal et de wilaya ne peut rien en ce qui
concerne les qualités managériales des élus, par contre, elle
pourrait bouleverser la situation dans les collectivités locales,
pourvu qu’elle donne assez de latitude au pouvoir local pour qu’il
soit vraiment à l’écoute des citoyens.
Prêts depuis 2002,
les nouveaux Codes communal et de wilaya prévoient de donner plus de
prérogatives aux APC, mais également au wali, dans le cadre de la
“décentralisation” annoncée. Selon tout ce qui a filtré jusqu’à
présent sur ce sujet, le socle de la réforme repose sur “la
clarification des responsabilités financières des communes et celles
relevant des autres secteurs de l’Etat”, de “donner aux
collectivités locales et aux assemblées élues les moyens suffisants
à la concrétisation et à la réalisation de leurs objectifs” et
accroître les revenus financiers des collectivités locales et en
créer de nouvelles ressources.
Dans ce schéma,
l’Exécutif compte également mettre à jour le découpage territorial,
25 ans après la mise en place du découpage en vigueur, “dans le but
de rapprocher l’administration et le service public de l’usager”.
Le projet de Code
communal intègre également la notion de “démocratie participative”.
Il s’agit, explique-t-on, de permettre “un dialogue entre les
citoyens et les administrations locales”, de créer un “partenariat”
entre les collectivités locales et la société civile. D’autres
dispositions concernent aussi le financement local afin, dit-on, de
“donner plus de moyens aux administrations locales pour faire face à
ces nouvelles responsabilités”. Le nouveau texte permettra aux APC
de déterminer et de recouvrer directement certaines taxes pour
financer des projets ou assurer des services publics, comme il leur
donne la latitude d’octroyer des concessions dans la gestion de
services publics.
Le ministre
délégué chargé des Collectivités locales, Dahou Ould Kablia, avait
expliqué, en novembre dernier, que la nouvelle législation permettra
même aux APC de solliciter des crédits bancaires pour construire des
espaces qu’elles devront rentabiliser.
Toujours dans le
cadre de cette réforme, et à l’image des grandes villes du monde, la
capitale algérienne sera dotée d’un seul maire qui en sera le seul
responsable. Encore que, sur ce point, les choses ne sont pas
claires entre le rôle et les prérogatives de ce “super-maire” et eux
du wali. Néanmoins, certaines de ces mesures appellent des
commentaires. Le premier concerne le pouvoir dont on veut doter les
collectivités locales d’octroyer des concessions dans la gestion de
services publics. Il s’agit de marchés locaux (en matière de gestion
de déchets ménagers, d’entretien de la voierie ou autre) qui seront
accordés à des entités privées. Si l’idée n’a rien de saugrenu, il y
a lieu de mettre des garde-fous en matière de transparence. Il faut
rappeler que des garde-fous existent déjà dans la réglementation
actuelle, mais c’est leur application qui pose problème dans une
bonne majorité des APC d’Algérie. C’est dans ce sens que devrait
intervenir l’autorité du wali ou du chef de daïra : faire respecter
la réglementation là où elle ne l’est pas. Amener, par exemple, les
APC à afficher les procès-verbaux des délibérations, inviter les
citoyens désireux d’assister aux délibération et, globalement, faire
preuve de transparence dans toutes les actions et les décisions des
assemblées élues.
Par ailleurs, la
décentralisation ne s’accommode pas avec les pouvoirs très étendus
des walis et des chefs de daïras, qui doivent être nécessairement
limités (clairement) aux strictes missions de souveraineté, dont
celle d’éviter aux communes de prendre des mesures incompatibles
avec les exigences nationales.
Pour ce qui est de
la “démocratie participative” que l’on veut introduire dans la
nouvelle législation, c’est-à-dire permettre aux associations dites
“représentatives” d’avoir “un droit de regard” sur la gestion des
affaires locales, cette notion mérite une attention particulière
pour qu’elle ne soit pas détournée de son véritable sens. Deux
remarques s’imposent. Premièrement, si personne ne peut s’opposer à
l’idée de donner au mouvement associatif local le droit d’avoir un
œil sur la gestion des collectivités locales, il ne faut pas que
cela se fasse au détriment de la “démocratie élective”. Un élu est
redevable envers tous les citoyens de la collectivité, ce qui n’est
pas le cas pour les associations. Deuxièmement, pour accompagner le
droit de regard qu’on veut donner aux associations, il faut
impérativement libérer la vie associative des conditions
draconiennes imposées par l’administration centrale (wilaya et
ministère de l’Intérieur). Il faut, au contraire, permettre et
faciliter la création des associations. Car, en l’état actuel des
choses, le risque est grand de ne voir que des associations triées
au volet qui seront drapées du sceau de la représentativité des
citoyens.
Plus de pouvoirs
doivent être concédés aux élus locaux dans le cadre d’une libre
administration des collectivités locales. C’est devenu une norme
dans les pays développés. Considérer l’élu local comme un partenaire
dans le développement, c’est lui transférer des compétences du
pouvoir central. Ne resteront à ce dernier que celles qui ne peuvent
pas être assumées par les collectivités locales. Mais ceci n’empêche
pas de veiller à ce que des pratiques comme la corruption et l’abus
de pouvoir soient bannis. Cette responsabilité revient en premier
lieu au pouvoir central (wilaya et ministère de l’Intérieur) qui
doit veiller à l’application stricte des textes (publication des
procès-verbaux…). Une partie de la responsabilité revient aux partis
politiques qui doivent veiller (il y va de leur honneur) à ce que
leurs élus ne soient pas impliqués dans des affaires de corruption
telles que celles que l’on a déjà connu dans le domaine. Que les
partis politiques arrêtent de défendre ou de laisser faire les élus
indélicats. Il faut remarquer qu’à ce jour, rares sont les partis
(un ou deux seulement) qui ont eu le courage de se démarquer
officiellement, bien avant que ça n’arrive devant la justice, d’élus
impliqués dans des affaires de mauvaise gestion. Les partis
politiques doivent, par exemple, imposer à leurs élus de faire leur
déclaration de patrimoine avant et après leur mandat.
Sur un autre
registre, les formations politiques sont aussi responsables du
niveau d’instruction des candidats qu’ils présentent sur leurs
listes électorales. S’il est vrai que l’enjeu dans une course
électorale locale est de présenter le “fils du bled”, il faut quand
même tendre vers une élévation du niveau. C’est aux partis également
d’avoir la grandeur d’esprit d’obliger leurs élus de n’être
redevables qu’à leurs électeurs. C’est la seule manière de remettre
sur rails l’intérêt du citoyen pour les consultations électorales,
en limitant, à défaut d’éliminer, le danger que constitue la
confusion des organes du parti et de la commune. Il appartient aussi
aux partis politiques de mobiliser leurs élus pour qu’ils redoublent
de dynamisme et d’ingéniosité, pas seulement pour effectuer des
réparations de chemins communaux, mais également pour jouer un rôle
moteur contre l’exclusion, dans les questions culturelles et
environnementales, dans les actions en faveur de la jeunesse, en
incitant à la création d’emplois, ce qui leur permettrait de
s’assurer de revenus fiscaux supplémentaires pour leurs communes.
Mais tout cela dépendra, bien évidemment, du degré de liberté que
donnera la prochaine législation aux collectivités locales.
Abdelkader
Djalil
Haut
Les relations entre l’Algérie et le Maroc au miroir des médias
La guerre de
papier
La guerre entre le
Maroc et l’Algérie a repris de plus belle. Pas celle qui se fait
avec des armes – celle-ci, heureusement pour les Algériens et les
Marocains, n’est prévue dans aucune tablette – mais celle que se
livrent les médias à travers des articles à l’éthique douteuse et
empreints de déclarations enflammées.
La conjonction de
deux événements a donné lieu à des délires éditoriaux qui ont
dépassé tout entendement et ont foulé au pied les règles
élémentaires de la déontologie journalistique. D’abord le report
sine die du sommet de l’UMA prévu à Tripoli puis les manifestations
à El-Ayoun, principale ville du Sahara (Occidental pour nous autres,
province du Sud pour nos voisins) ont fait assurément couler de
l’encre.
S’il s’agissait
effectivement de laisser les politiques s’exprimer à propos du
report du sommet de l’UMA, il est tout de même intéressant de noter
que côté marocain,on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère.
Injonction du Palais à une presse aux ordres ? Difficile de
répondre, mais le zèle mis par certains commentateurs à agonir
d’insultes un chef d’Etat ressemble très peu à une démarche
diplomatique, d’autant que le dégel constaté dans les relations
entre les deux pays ne peut être joué comme cela sur des
déclarations guerrières.
Ainsi, on a même
eu droit à cours d’histoire politique dans le journal socialiste
Libération de Casablanca. Sous la plume d’un analyste, le journal
consigne : “Ce n’est un mystère pour personne, les relations ne
cessent de se détériorer entre Rabat et Alger, dès lors que chaque
partie campe sur ses positions d’hier sans pouvoir affronter l’autre
dans une posture décisive.” S’il explique cette situation par “le
manque de communication et d’échanges francs et sincères sur tous
les dossiers qui fâchent”, il verse dans l’excès en reprenant à son
compte les revendications territoriales marocaines exprimées au
lendemain de l’indépendance de l’Algérie et se demande s’il ne faut
pas “reposer la question des frontières sans faire grincer les
dents” ?
Quant à la
déclaration du président Bouteflika que le Sahara n’est pas un casus
belli entre l’Algérie le Maroc, notre analyste se demande ce qu’il
faudrait en déduire. “C’est comme si l’état de belligérance était
imminent, car s’il n’est pas à la dérive, le bateau algérien est
enivré, et il appartient au Maroc de prendre les mesures qui
s’imposent pour défendre le peuple et le territoire, contre toute
agression probable et désormais potentielle.” Rien que cela ! Si on
se rappelle la propension de certains journaux marocains à reprendre
à leur compte les fumeuses histoires de la bombe atomique algérienne
et le renouvellement de l’armement de l’ANP, on supposerait
allègrement qu’on est sur le point de mettre balle au canon. Cette
approche assez fantaisiste du journal casablancais, certainement la
plus extrême retenue dans la presse du royaume, a été tout autant
relayée avec beaucoup de sous-entendus par notamment Aujourd’hui Le
Maroc.
La guerre des
mots
Pour les journaux
marocains, c’est le Président algérien qui “entrave la construction
de l’Union du Maghreb arabe (UMA)”. Le Matin du Sahara, journal
(très) proche du Palais – pour user d’une comodité de langage – se
demandait, après la déclaration du Président algérien, si “oui ou
non, l’Algérie est partisane d’un Maghreb arabe uni ? Si oui,
pourquoi s’emploie-t-elle à le saboter et à empêcher sa réalisation
? Pour L’Opinion les déclarations “malintentionnées” du président
Bouteflika sont “de nature à torpiller tous les efforts entrepris
pour relancer l’UMA”. Plus encore pour Aujourd’hui le Maroc,
“l’attitude algérienne est de nature à remettre en cause un
rapprochement (maroco-algérien) encore à ses débuts et donc
fragile”.
Des déclarations
qui dépassent de loin le communiqué du ministère marocain des
Affaires étrangères qui “déplore vivement les déclarations et
positions officielles que l’Algérie a cru devoir exprimer ces
derniers jours sur la question du Sahara marocain”.
De toute évidence
les officiels marocains qui se sont exprimés par la suite ont été
pris au piège et n’ont fait que relayer un discours colporté par une
presse irritée après, faut-il le souligner, avoir bien soutenu la
fin des différends entre les deux pays après la rencontre Mohamed VI
- Bouteflika à l’occasion du sommet de la Ligue rabe tenu en mars à
Alger.
Coté algérien, une
fois le pavé dans la mare du président Bouteflika à propos
l’autodétermination du peuple sahraoui lancé, les voix officielles
se sont très peu exprimées si ce n’est un commentaire de la radio
nationale Chaîne III. Le communiqué, qui souligne que l’Algérie
n’est pas directement impliquée dans le problème, indiquait que
c’était “une question de décolonisation toujours à l’ordre du jour”.
Quant à son règlement, c’est “en raison des tergiversations de
Rabat” que “le mandat de la Minurso va de prolongation en
prolongation, pendant que le plan onusien attend toujours son
application”. Pour ce qui est de la lettre du président Bouteflika
au Président de la RASD, “le respect des positions de principe comme
le droit à l’autodétermination ne devrait pas interférer ou gêner
d’autres objectifs régionaux, notamment la relance de l’édification
de l’Union du Maghreb arabe ou encore la consolidation des relations
bilatérales algéro-marocaines”. Pour ce qui est des suites à donner,
“une éclaircie s’est faite jour ces derniers temps dans les
relations entre l’Algérie et le Maroc”, souligne la radio et “la
sagesse commande de faire fructifier les récents acquis et de
laisser au droit international l’opportunité de s’exercer enfin”.
Pas de propos
véhéments, mais pas de mesure non plus, puisqu’il s’agit de défendre
un principe évoqué par la plus haute instance de l’Etat algérien,
obligatoirement soutenu par un de ses médias.
Cette approche
polie n’a pas été celle de la presse privée qui, d’abord, a mis (un
peu trop) en évidence la répression des manifestations de Rabat,
souvent sans trop s’attarder sur les conditions de leur déroulement,
tout autant à propos de celles vécues dans les villes sahraouies. Au
bout du compte, on ne savait plus s’il s’agissait d’une réaction de
colère d’une famille de détenu qui craignait de voir un de ses
poches transféré loin de El-Ayoun. Quand on connaît les difficultés
de transport et la situation des nombreux Sahraouis, on comprend le
coup de colère, mais de là à devenir une action militante politique
de rejet de l’administration marocaine des territoires sahraouis, il
y a comme un pas qui est franchi sans qu’on apporte la preuve de son
existence. Effectivement, jusqu’à aujourd’hui, peu d’événements se
sont déroulés dans les villes du Sahara Occidental pour dire que le
mouvement Polisario soit sérieusement relayé par la population
vivant “sous occupation” alors que les Sahraouis des provinces du
Sud vivent une situation de normalisation. On notera seulement
l’allergie des autorités marocaines aux moindres mouvements de foule
dans ces régions.
Les événements d’El-Ayoun
ont eu lieu au moment où des chouyoukh de tribus, des parlementaires
et des intellectuels sahraouis étaient en conclave à Rabat. But de
cette rencontre : activer le lobbying pour impliquer la société
civile marocaine, l’ensemble des partis politiques et la presse
marocaine dans une démarche commune et “pour l’unité du pays et sa
stabilité”. Est-ce que les manifestations d’El-Ayoun étaient une
réponse à cette démarche ? Peu de propos ont été relevés à ce sujet,
autant en Algérie qu’au Maroc, dans la profusion d’articles sur la
situation.
Quant aux
manifestations sahraouies de Rabat (rapportées par un forum sur
Internet) et qui ont fait la Une d’un grand quotidien algérien,
faut-il parler de manifestations ou de simples escarmouches entre
des policiers et des étudiants qui ont dégénéré ? Les policiers
marocains étaient mobilisés en prévision de dérapages après des
manifestations en réaction à la profanation du saint Coran dans la
prison de Guantanamo. Les étudiants sahraouis arrêtés à Rabat
(quatorze au total) ont été libérés quelques jours après leur
arrestation. Coté algérien, joue-t-on l’apaisement ? Car si on avait
du mal à comprendre l’attitude du Président algérien après le
réchauffement des relations entre les deux voisins, il a fallu
expliquer. C’est à l’occasion de son voyage au Portugal que le
président Bouteflika a expliqué la situation.
L’intérêt de
l’Algérie pour la question sahraouie “se justifie uniquement par
(...) l’objectif d’assurer la sécurité à nos frontières”, avait
indiqué le Président algérien. Quant aux Marocains, c’est le Premier
ministre Driss Jettou qui avait indiqué que son pays “poursuivra ses
efforts avec l’ONU et la communauté internationale afin de trouver
un règlement politique accepté par toutes les parties concernées,
dans le cadre de la souveraineté marocaine et conformément aux choix
démocratiques du royaume”. Autant dire que les divergences sont
majeures et que telles que relayées par les presses des deux pays,
nous sommes encore loin de l’harmonie.
La voix de la raison
En Algérie,
l’harmonie n’a pas droit de cité. Les articles insistants sur les
velléités de reprise des armes par le Polisario ont fait les
manchettes de la presse sans autre analyse que la reprise in extenso
des déclarations des représentants sahraouis.
Au Maroc,
l’hebdomadaire Tel Quel souligne que “le réchauffement n’est pas
compromis”, soulignant que la propension de la presse marocaine à
user d’insultes contre le régime et le Président algérien n’est
aucunement révélatrice de la position officielle marocaine (et
autant algérienne) plutôt prompte à rétablir des relations
économiques et culturelles. Le journal indique par ailleurs que
“malgré les lettres, les communiqués et les annulations, la
normalisation continue”.
La visite du
Premier ministre algérien à Rabat est toujours prévue, une date a
même été fixée : ce sera, de sources diplomatiques très proches du
dossier, les 21 et 22 juin prochains. La Foire d’Alger prévoit
toujours une “journée du Maroc le 5 juin, avec une forte présence
des hommes d’affaires du royaume et même (c’est en projet), un
concert à Alger de Jil Jilala. Et plusieurs contacts, moins
visibles, continuent à être entrepris”. Il est vrai qu’à l’occasion
de la Foire internationale d’Alger, le Maroc a joui de tous les
égards de la part des autorités : “Durant l’inauguration de la FIA,
le président Bouteflika a passé près d’une demi-heure au pavillon
marocain, multipliant les sourires et les photos avec les belles
hôtesses marocaines au point où même la présence, toutefois
discrète, parmi la délégation officielle, du représentant de la RASD
à Alger, est passée inaperçu.” Si dans certains journaux algériens
on a repris les propos de l’ancien ambassadeur du Maroc à Paris,
Hassan Abouyoub, invité par le milliardaire algérien Djilali Mehri
au quatrième symposium d’El-Oued, celui-ci a été accusé de “servir
la soupe à Alger” par certains journaux marocains.
Abouyoub a juste
indiqué qu’il fallait “mettre de côté” l’affaire du Sahara marocain
pour avancer dans l’édification de l’UMA. Reste à a savoir par qui
cette affaire doit être mise de côté : par les officiels, les
politiques, la presse, les Algériens et les Marocains tout court… De
toute évidence, les deux nations et les deux peuples (si proches
qu’ils se ressemblent) ont tout intérêt à établir (ou rétablir) des
relations d’amitié et de fraternité qui ne soient pas soumises aux
aléas et aux atermoiements politiques ou conjoncturels. Une approche
qu’apparemment les médias ont du mal à appréhender, se laissant
justement otages des attitudes politiques des dirigeants, voire de
leurs sautes d’humeurs.
Amine Esseghir
Haut
Enfance
Une dure
réalité
5 millions
d’adolescents ont, ces dix dernières années, quitté les bancs des
écoles, alors que 200 000 enfants en âge d’être scolarisés n’ont pu
y être inscrits…
Triste sort pour
des enfants qui se retrouvent ainsi livrés, pieds et poings liés,
aux multiples dangers de la rue.
Chaque année que
Dieu fait, 500 000 élèves se retrouvent hors de l’école et viennent
grossir les rangs de ceux qui les ont précédés. Quelle alternative
pour eux qui, au sortir de l’école, savent tout juste lire et écrire
? Si certains réussissent à s’orienter vers la vie active et s’y
intégrer grâce à une formation professionnelle, d’autres, moins
chanceux, tentent de se débrouiller comme ils le peuvent. C’est
ainsi qu’on voit fleurir, aux abords des marchés, mais aussi un peu
partout à travers les rues d’Alger et des autres villes du pays, des
vendeurs à la sauvette qui proposent aux passants toutes sortes
d’articles : parfums, déodorants, shampoings et autres cosmétiques
bon marché parfois d’origine douteuse, lunettes, vêtements,
chaussures, vaisselle, bibelots… le tout à des prix qui défient
toute concurrence. Tout se vend, pourvu qu’en fin de compte on
arrive à amasser un petit pécule qui permet d’alléger un tant soit
peu les dépenses familiales ou de s’acheter un jean ou peut-être une
paire de baskets.
D’autres
adolescents, plus astucieux, ont trouvé une solution plus rentable.
A chaque coin de rue, ils sont là, qui s’approprient des trottoirs
entiers, parfois font d’un simple terrain vague un parking de
fortune. Leur clientèle est nombreuse : ce sont tous ces
automobilistes en quête d’une place pour se garer, le temps de faire
une commission, et qui ont ainsi plus ou moins l’assurance de
retrouver leur véhicule intact. On gagne sa vie comme on peut et
chacun s’ingénie à trouver sa voie.
Ainsi ces enfants,
garçons et filles, qui émaillent les autoroutes et les routes
nationales non sans danger pour leur vie, et proposent aux
automobilistes fruits, légumes, œufs, poteries, galettes… Ils sont
là, qu’il vente ou qu’il pleuve, immuables, on croirait à la longue
qu’ils font partie du paysage. Les marchands de cacahuètes ne sont
pas en reste avec les petits revendeurs de cigarettes qui poussent à
leur tour comme des champignons, preuve que ce poison mortel est de
plus en plus consommé, y compris par les enfants.
C’est aussi le
résultat d’une enquête menée par la Fondation nationale pour la
promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), à
travers les lycées d’Alger, Aïn-Defla et Ouargla. Cette enquête fait
ressortir que 26% des lycéens ont commencé à fumer bien jeunes, ils
n’avaient pas atteint l’âge de 10 ans. On a du mal à s’imaginer un
enfant de cet âge pensant à autre chose qu’à ses amis et aux jeux
auxquels ils se livrent, mais la réalité est finalement bien loin de
ce qu’on pourrait imaginer. Elle est là, dure, implacable.
A Alger, sur les
six collèges sondés et un échantillon de 1 400 élèves, 13% fument,
dont 1,5% de filles. Il est à remarquer aussi que ce phénomène tend
à s’amplifier avec l’âge. En effet, plus les enfants prennent de
l’âge, plus ils sont nombreux à fumer. Dans les vingt lycées d’Alger
et sur un échantillon de 2 664 lycéens sondés, il ressort que 39,5%
des garçons fument contre 8,27% de filles.
Ce phénomène n’est
plus l’apanage des grandes villes comme on pourrait le croire.
L’enquête de la Forem nous fait découvrir qu’il se propage aussi
dans les autres villes du pays, même s’il avance à pas feutrés. A
Aïn-Defla, sur 961 lycéens, 15% fument, dont 3,7% de filles. A
Ouargla, 17,3% des lycéens sont fumeurs avec une proportion de 1% de
filles.
Ces résultats sont
on ne peut plus alarmants, mais ce qui l’est plus encore, c’est de
savoir que ces enfants se détruisent à petit feu en toute
conscience. 75% de ces lycéens savent parfaitement que fumer est
nuisible pour leur santé, mais continuent tout de même à s’adonner à
cette drogue qui fait chaque année 4 millions de morts. Plus grave
encore, 50% des garçons fumeurs interrogés reconnaissent qu’ils
consomment quotidiennement entre dix cigarettes et un paquet, et 11%
avouent fumer plus d’un paquet par jour. Effarante, cette
autodestruction qui ne dit pas son nom.
Mais tout ceci,
hélas, n’est que la partie visible de l’iceberg, car nombreux sont
ceux et celles qui, pour des raisons diverses et parfois inconnues,
se retrouvent sur le chemin de la délinquance.
Il y a quelques
jours, un reportage télévisé nous a fait vivre avec “les enfants de
la nuit”. Agés de moins de 15 ans pour la plupart, garçons et filles
ont fait de la rue leur asile. Un asile ô combien dangereux. Enfants
fugueurs, ils viennent des quatre coins du pays et fuient qui une
marâtre qui lui rend la vie dure, qui un père qui le maltraite…
Chacun et chacune a une histoire qu’il ne raconte pas forcément
telle quelle. Ces enfants se retrouvent inévitablement sous
l’emprise de la drogue et de ses méfaits. Colle, diluant (liquide
volatil qu’on ajoute à la peinture), tout est bon pour les
transporter bien loin de la grisaille quotidienne. Mais le voyage
est bien court et l’extase du moment qui fait croire que la vie est
belle disparaît aussi et fait que la réalité est encore plus amère.
S’ensuit alors une
dépendance qui les pousse à trouver de l’argent vite et n’importe
comment. La pente est glissante et il est bien difficile de la
remonter. Le vol et la prostitution ne sont pas loin et il suffit
très souvent d’un premier pas pour se retrouver dans un engrenage
incroyable. Ces enfants, s’ils vivent en marge de la société, ne
s’en cachent pourtant pas, et chacun de nous peut les voir. Qui n’a
jamais rencontré, affalé sur un bout de trottoir, un adolescent
sale, dépenaillé, complètement endormi, abruti qu’il est par une
nuit sans sommeil et par les drogues qu’il ingurgite pour s’évader
de la réalité. Qui n’a jamais rencontré une jeune fille, à peine
sortie de l’adolescence, afficher une grossesse que les hardes
n’arrivent pas à masquer et son agressivité en sautoir. Pauvre
enfant à qui on a tout pris. Y compris le sourire.
Tel est le triste
sort d’une bonne tranche de nos enfants et adolescents. Ne fait-on
donc rien pour les délivrer de ce milieu ? Dire que rien n’a été
fait en direction de ces enfants serait occulter la vérité, mais
toutes ces actions restent insuffisantes. Les éducateurs en milieu
ouvert qui activent dans les quartiers et les écoles, et dont l’axe
principal est la prévention, ne suffisent pas à eux seuls à endiguer
ce phénomène. La prise en charge reste, elle aussi, insuffisante.
Les centres d’accueil ne sont pas légion et, souvent, les éducateurs
mal formés.
Note pays ne
dispose-t-il pas d’une réglementation à même de protéger l’enfant ?
Certes, les textes existent, mais, comme le précise Raymond Jansen,
représentant de l’Unicef en Algérie, lors de son intervention au
Forum d’El Moudjahid, à l’occasion de la Journée internationale de
l’enfance, cette réglementation n’est pas encore arrivée au niveau
requis par rapport à ce qui existe sur le plan international, mais
cela ne saurait tarder avec l’avant-projet de loi relatif à la
protection de l’enfance, qui a été récemment présenté à Tayeb Bélaïz,
ministre de la Justice, garde des Sceaux, cet avant-projet élaboré
par les représentants de plusieurs ministères, tend à assurer à
l’enfant une prise en charge et une protection permanente. Dans ce
sens qu’il s’attelle d’abord à mettre en place les mécanismes
judiciaires pour l’enfant coupable et considère qu’un enfant de
moins de dix ans ne doit en aucun cas encourir des poursuites
judiciaires. Cet avant-projet, qui s’inspire des conventions
internationales signées par l’Algérie, prévoyant la création d’une
instance nationale pour la sauvegarde de l’enfance. Cette instance
sera présente à travers tout le pays. Il prévoit aussi la création
de “médiations” dont le rôle essentiel sera d’intervenir auprès d’un
jeune, mineur, en danger moral pour essayer de résoudre le différend
avant de le présenter à la justice. Tous ces textes nouvellement
introduits sont déjà appliqués dans les pays développés, ce qui fait
dire à Jansen Raymond que l’Algérie est le sixième pays au monde à
adopter une réglementation aussi avancée.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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