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Polémique autour des caricatures du prophète Mohammed
Acte isolé ou
manœuvre des services américains ?
Une polémique
d’une rare violence est engagée depuis quelques semaines, près de
quatre mois après la publication (en septembre 2005), dans un
journal danois, de douze caricatures du prophète Mohammed. Quoique
de plus grande intensité, cette controverse rappelle étrangement
celle qui a suivi la sortie du livre de l’Indien Salman Rushdie, Les
versets sataniques, traduite à l’époque par une fetwa de Khomeini,
qui l’avait condamné à mort en offrant une forte somme à qui
assassinerait l’écrivain.
Il est légitime de
se demander pourquoi la publication de telles caricatures
maintenant, pourquoi de telles provocations, alors que tout le monde
sait pertinemment qu’elles peuvent heurter des millions musulmans
dans leurs convictions et même les blesser. Cela, parce qu’ils sont
déjà suffisamment indignés et affectés par l’impunité de
l’administration Bush dans le Proche-Orient et, depuis 1990, dans le
Golfe.
Cette affaire,
très grave et condamnable, ne bénéficie pas, malheureusement, du
recul suffisant pour comprendre les tenants et les aboutissants de
pareilles publications, au moment où l’idée d’un éventuel conflit
entre l’Occident et l’Orient est lancée, et pour saisir surtout les
raisons de la réaction tardive. Une réaction violente qui, fait
bizarre, a éclaté après le pèlerinage à La Mecque. Certaines
informations rendues publiques ont fait état, il y a quelque temps,
d’une “réunion” qui se serait tenue là-bas, regroupant des
islamistes de pays divers. D’autres informations ont, quant à elles,
laissé entendre que l’initiative de réagir, après un silence de
quatre mois, aurait été suscitée par des islamistes du Danemark et
relayée par d’autres réseaux de fondamentalistes religieux. D’autres
sources encore ont révélé que la réaction aurait été provoquée par
les services secrets américains. Dans ce dernier cas, il semblerait
que ces services, conscients du bourbier dans lequel l’Amérique
s’était enfoncée depuis l’agression des Irakiens et l’occupation
illégale de leur territoire, informés de l’impopularité des USA dans
le monde musulman, auraient manœuvré de telle sorte à entraîner
l’Europe dans leur camp.
Quoiqu’il en soit,
le constat est là : l’Europe, jusque-là opposée dans sa majorité à
la politique américaine dans le monde arabe notamment, risque de
basculer de l’autre côté et semble aller vers la confrontation avec
le monde musulman. En termes plus clairs, les Etats-Unis et ceux
qui, parmi les Européens, développaient le même discours ou
cherchaient à se débarrasser des islamistes résidant dans leur
territoire, ne sont plus en position défensive grâce à l’affaire des
caricatures du prophète Mohammed.
Un autre constat
s’impose : la nouvelle dynamique semble satisfaire des organisations
islamistes et certains pouvoirs d’”Etats musulmans”, devenus par
miracle “plus royalistes que le roi”, qui entretiennent la douleur
des citoyens par l’opacité et la provocation ainsi que le climat de
surexcitation aux fins de mettre fin au processus, encore fragile,
de liberté d’expression dans leur pays. Dans cette histoire, il est
à craindre que la manipulation des populations musulmanes par des
gouvernants totalitaires ou souffrant d’illégitimité, ravive une
mobilisation de leur “pré carré islamiste” après une période de
torpeur ayant suivi leur échec sur le plan militaire. Comme il est à
craindre que des citoyens arabes, musulmans, européens et
américains, parmi eux des faiseurs d’opinion attachés au droit
légitime de la liberté de pensée et d’expression, radicalisent leur
position, en faisant le jeu des partisans de l’islam politique, de
la division et de la xénophobie. Allons-nous donc vers l’exécution
du soi-disant conflit civilisationnel?
Il ne faut avoir
peur d’admettre que l’histoire humaine est parsemée de malentendus,
parfois de malentendus morbides. L’essentiel est de les lever
rapidement et de les condamner en renouant avec le dialogue et le
principe d’affranchissement des peuples.
Z’hor
Chérief
Haut
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