Semaine du 8 au 14 février 2006

L’après indépendance

La course au pouvoir

12,1 milliards d’euros revendiqués par les colons

Le droit avant la vérité historique ?

La Cour européenne des droits de l’homme s’est prononcée en 2001

Une revendication "irrecevable et mal fondée"

Alain Garay, avocat de l'Usdifra

La reconversion d’un défenseur des sectes

Indemnisations revendiquées par  les anciens colons

Me Miloud Brahimi* : «Des visées politiciennes»

Les lois sur les biens vacants

Les indemnisations des rapatriés en France

Un ancien agent OAS tient les cordons de la bourse

 

 
 
 Dossier

Accueil

  L’après indépendance

La course au pouvoir

Quand l’Algérie était encore sous occupation française, beaucoup d’historiens se plaisaient à répéter que c’était ce qui pouvait arriver de mieux à ce pays incapable de se gouverner par lui-même et qui retombait dans le chaos s’il n’était pas chapeauté par une puissance étrangère. Cette vision réductrice du peuple algérien visait en partie à légitimer une occupation dont le but premier était d’exploiter un pays riche. L’indépendance de l’Algérie a démenti ces allégations, même si les choses n’ont pas toujours été faciles.

Cette vision pas du tout valorisante du peuple algérien était, en fait, dictée par une idéologie coloniale bien élaborée et qui visait à s’approprier les richesses naturelles du pays. Pour ce faire, le mieux était de maintenir les habitants de ce pays dans un état d’infériorité et de dépendance totale. L’idée dominante était la suivante : pourquoi dispenser une éducation poussée aux enfants des indigènes alors qu’il était bon de les éduquer juste assez pour qu’ils fassent de bons serviteurs pour les colons. Les maintenir dans l’ignorance, la pauvreté et la maladie garantissait une occupation d’une plus longue durée et aussi d’une exploitation de plus en plus avancée des richesses du pays. Ainsi, personne ne songera à remettre en cause la présence coloniale qui devient de par sa longue durée un fait historique qui confère aux colons un droit inaliénable de propriété.

Pour mieux maintenir cet état de choses, les Français n’hésitent pas à créer des divisions entre indigènes, des rivalités, des problèmes d’origine, de langue… Tout ce qui pouvait les occuper de sorte à ce qu’ils se désintéressent de ce que le colonialisme faisait des richesses de leurs pays.

Cette politique, menée à bien par la puissance coloniale pendant un siècle et quart, avait donné de tels résultats que cette dernière était certaine d’être en terrains conquis et qu’il était impossible à ces indigènes  de plus en plus asservis de relever un jour la tête.

Mais c’était oublier une chose que de tenir un tel raisonnement. Les peuples ne disparaissent jamais totalement. Et c’est quand tous croyaient dur comme fer que l’Algérie était enfin devenue française que survint la grande surprise : le peuple algérien n’était pas aussi asservi qu’on le croyait et allait donner, pendant sept années de guerre et de sacrifices, l’exemple à d’autres peuples de par le monde pour enfin s’arracher du joug du colonialisme.

Cette espérance d’indépendance était présente déjà en 1926 lors du rassemblement à Paris des membres fondateurs de l’Etoile nord-africaine dont le but fondamental était "la lutte pour l’indépendance totale de chacun des trois pays et l’unité de l’Afrique du Nord"… Cette espérance paraissait pourtant précaire et même insensée. Plusieurs événements, par la suite, confortent ce sentiment de précarité. En effet, dès 1929, l’Etoile nord-africaine est dissoute par le gouvernement français car jugée comme étant une organisation à caractère subversif.

En 1930, la célébration du centenaire de la colonie, avec un faste incomparable, était un message on ne peut plus clair signifiant que la France était chez elle, ce qui mettait un frein à toutes les prétentions indépendantistes. Mais c’était compter sans la conviction de ceux qui allaient réactiver l’Etoile nord-africaine, en 1933, et créer en 1937 le Parti du peuple algérien (PPA) qui prenait le relais de l’Etoile, de nouveau dissoute.

Mais il est une réalité qu’il faut reconnaître. Si ceux qui ne sont engagés dans la lutte pour l’indépendance n’ont jamais douté de l’issue heureuse de leur combat, ils en est qui appréhendaient les lendemains de la victoire car ils sentaient que le passif du mouvement national et le passif de la Guerre de Libération pourraient entraîner beaucoup de déviations.

Donc l’indépendance de l’Algérie, largement balisée par les accords d’Evian signés en mars 1962, aboutit sur une réalité. Les structures coloniales effondrées, il fallait tout reconstruire. Arrive alors le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) formé en 1958 à Tunis par le FLN. Mais les luttes pour le pouvoir pointent du nez. Ahmed Ben Bella, ancien dirigeant du PPA-MTLD, constitue, le 22 juillet 1962, le Bureau politique. Pour les observateurs de cette période, c’était un coup de force contre le GPRA. Un compromis est pourtant trouvé. Alger est placée sous le contrôle du Bureau politique. Par la suite, Ahmed Ben Bella est désigné chef du gouvernement.

La première élection législative en Algérie eut lieu le 20 septembre 1962. L’Assemblée, élue avec un mandat d’une année, avait pour mission de promulguer les lois fondamentales du pays. Car au départ des Français et l’effondrement des structures qui géraient le pays, il fallait tout reconstruire. Et c’est ainsi que la première Constitution du pays voit le jour le 10 septembre 1963.

Cette Constitution consacre le système monocaméral pour le Parlement algérien, ce qui signifie que l’Algérie de cette époque possédait une seule Chambre et donc une seule Assemblée parlementaire.

Elue pour un mandat d’une année, l’Assemblée nationale vit son mandat prolongé d’une année supplémentaire et ce, conformément à l’article 77 de cette Constitution. Mais curieux retournement des choses, cette Assemblée qui devait promulguer la loi fondamentale du pays, n’a pu, en fin de compte, réaliser ce pourquoi elle a été créée. En effet, le 3 octobre 1963, le président de la République, fort des pouvoirs que lui donne l’article 59 de la Constitution, fait un recours pour geler les activités de l’Assemblée nationale qui, en dehors des députés, peut légiférer et établir les lois qui doivent gérer les institutions du pays, un pays nouvellement indépendant après plus d’un siècle de domination.

S’agit-il seulement de débuts difficiles et de balbutiements, ou le problème est-il plus profond et traduit un malaise entre ceux qui ont désormais le devoir de diriger le pays vers des lendemains meilleurs, de panser les blessures, mais aussi et surtout de démentir ceux qui ont toujours affirmé que l’Algérie ne pouvait réellement exister sans être chapeautée par une puissance étrangère ?

L’Assemblée est donc inexistante et la vie reprend son cours jusqu’en 1965, année où Houari Boumediène prend le pouvoir. Il institue alors un Conseil de la révolution, qui est dépositaire de l’autorité souveraine.

Il faudra attendre le 22 novembre 1976, qu’une nouvelle Constitution soit promulguée. L’Assemblée populaire nationale voit le jour, elle est chargée d’exercer un pouvoir législatif pour un mandat de cinq ans et est renouvelée en 1982 et 1987.

A cette époque où l’Algérie était censée être en reconstruction, à tous les niveaux s’entend, l’installation de l’APN, dans le cadre du parachèvement des institutions de l’Etat algérien, est venue combler un vide immense créé par le gel, en 1963, des activités de l’Assemblée nationale.

Cela signifie-t-il que pendant ces années l’Etat algérien s’inspirait de la législation française pour gérer les affaires courantes et que la transition ne s’est faite que des années après, en 1976, avec la venue de l’APN ? Cette dernière thèse n’est pas à écarter car, en l’absence d’une législation propre au pays, on puisait dans ce qui était disponible.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

Haut

12,1 milliards d’euros revendiqués par les colons

Le droit avant la vérité historique ?

Un colon spolié. Rien que l’appellation paradoxale se suffit pour démontrer tout le ridicule de la démarche des nostalgiques de l’Algérie française. Mais il reste difficile de garder son humour sachant les enjeux cachés de la revendication de 12,1 milliards d’euros qui est tout sauf un simple litige immobilier ou une affaire d’attachement affectif. Car c’est maintenant que tout devient limpide. Entre cette affaire et la polémique sur l’article 4 de la loi du 23 février, des réseaux organisés travaillent au sabotage de toute évolution positive des rapports algéro-français qui, eux, promettent de dépasser les clans profitant du blocage pour s’ériger en relations d’Etat à Etat.

En visite à Tlemcen, l’ambassadeur de France à Alger Hubert Collin de Verdière a déclaré qu’il n’y avait aucun obstacle à la signature du Traité d’amitié. Cette déclaration, émanant d’une diplomate qui a consenti beaucoup d’efforts pour contenir la tension entre Alger et Paris, est cependant contredite par l’actualité et notamment la récente action engagée par d’anciens colons contre l’Etat algérien auprès du comité des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, pour obtenir une réparation de l’ordre de pas moins de 12,1 milliards d’euros. Il est exigé aussi qu’elle soit mentionnée et prise en charge dans le cadre du Traité d’amitié afin que soit "soldé le passif".

Cette revendication est à la fois burlesque, ridicule, honteuse, culottée et infondée. Mais elle constitue surtout un précédent grave à tous point de vue et pas seulement moral ou politique, mais tout simplement au plan de l’Histoire.

Quels sont les arguments de l’Union de défense des intérêts des Français repliés d’Algérie et d’Outre-mer (Usdifra), dont une partie prend pour point d’appui le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 qui, 44 ans après l’indépendance demande réparation pour "le rôle positif de la colonisation française en Algérie" ? L’avocat de cette organisation a déjà fait savoir que 597 recours contentieux individuels contre l’Algérie ont été déposés à Genève devant le comité des droits de l’homme des Nations unies. Quelque 300 dossiers supplémentaires sont en cours de constitution. Selon l’Usdifra, le calcul des dommages et intérêts s’appuie sur des réparations versées par la France à "ses" expatriés. Une avance "au titre de la solidarité nationale", calculée à hauteur de 25% de la valeur des biens en 1962.

On s’appuie, ici, sur le fait que les accords d’Evian précisaient, entre autres, que "toute expropriation sera subordonnée à une indemnité équitable préalablement fixée". On évoque aussi une décision de la Cour européenne des droits de l’homme et la malhonnêteté est poussée jusqu’à attribuer à celle-ci des considérations sur lesquelles elle ne s’est jamais exprimée. Selon Alain Garay, qui prolonge les faux espoirs de ses clients, la Cour européenne aurait jugé que "l’Etat algérien est à l’origine de la spoliation subie par des rapatriés". Ce qui est totalement faux (voir papier ci-contre). Se livrant à une exégèse nécessairement partiale, l’association estime que "les accords d’Evian s’imposent d’abord à l’Etat algérien" et même que c’est "la défaillance" de l’Etat algérien qui a conduit la France à indemniser, pour partie seulement, les personnes dépossédées de leurs biens et de leurs propriétés par l’Etat algérien. Autant dire, selon elle, que l’Etat français est lui aussi en droit de demander réparation. Le rubicon est franchi.

En attendant la décision de la commission des droits de l’homme de l’ONU, l’avocat de l’Usdifra estime que le traité d’amitié actuellement en négociation au niveau des chefs d’Etat doit régler cette question, car la législation algérienne "continue de porter atteinte aux droits des exilés spoliés". Pour étayer ses prétentions, l’Usdifra affirme que l’Algérie ayant ratifié le Pacte international des droits civils et politiques, il ne fait pas de doute qu’elle doit, elle aussi, des réparations. L’Algérie a, pour rappel, ratifié jusque-là quatre conventions internationales. Il s’agit des conventions de Genève relatifs à la protection des victimes des conflits armés internationaux et non-internationaux, de la convention relative au statut des réfugiés (ratifiée par la France au nom de l’Algérie en 1954, suivie d’une déclaration de continuité faite par l’Algérie en 1963), les protocoles relatifs au statut des réfugiés et la convention relative au statut des apatrides.

Me Miloud Brahimi, dans une déclaration à la presse, a tenté de démontrer que, bien que l’Algérie soit signataire de tous ces pactes internationaux, cela n’ouvre aucunement la voie à de telles prétentions. "Aucune convention internationale n’ouvre droit à une réparation de n’importe quelle nature à ces personnes", a-t-il soutenu (voir l’article de Amine Esseghir).

Allons plus loin encore pour dire que la volonté de l'Usdifra est justement d’aboutir à la jurisprudence. Cette association n’est pas seule, elle peut être rejointe par les colons italiens, espagnols, suisses, etc. Une plus grande pression sur le comité des droits de l’homme de l’ONU pourrait amener ce dernier à une réinterprétation nouvelle des textes. Il n’y a pas de quoi s’alarmer, certes, mais voilà au moins de quoi prendre cette question totalement au sérieux.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir s’il suffit, pour un ancien colon, de présenter n’importe quel document faisant office d’acte de propriété pour aligner par la suite une somme d’additions et de multiplications pour déduire ce qu’il présentera comme son dû. Y aura-t-il quelqu’un qui aura enfin le bon sens de se poser la question sur l’origine de ces documents ? Ces titres de propriété n’ont-ils pas tous été délivrés par le colonisateur ? L’Etat français ira-t-il jusqu’à présenter sa venue en Algérie comme un point zéro de l’histoire ? Autant prétendre, n’est-ce pas, avoir créé l’Algérie ex nihilo. Le fait est qu’il serait un raccourci trop facile que de soutenir que dans cette affaire, tout commence au jour de la proclamation des conventions sur laquelle la démarche des colons s’appuie, comme si le droit international était dans son esprit même fondé sur une ignorance de la vérité historique. C’est vers cette voie que les colons spoliés veulent entraîner l’instance onusienne.

Si quelqu’un doit réparation, c’est l’Etat français et seulement l’Etat français qui a tout fait pour qu’ait lieu une vague de colonisation et de déplacement de populations européennes de l’Europe vers l’Algérie. C’est l’Etat français qui a opéré, ici, son double processus de colonisation, donc de spoliation, et d’accumulation primitive du capital qui servira à ériger les villes et les petites manufactures françaises en Algérie, dont l’origine des ressources et des capitaux est à 100% algérienne, destinés à profiter aux Français. Enfin, c’est l’Etat français qui, par ses injustices et son despotisme, a amené les Algériens à une conscience identitaire collective qui aboutira à la Guerre de Libération nationale, laquelle n’était pas porteuse de haine et n’a jamais visé le départ des Européens qui vivaient en Algérie, même si rien ne pouvait empêcher que cela arrive. Et de toute manière, même si l’on devait être aussi têtu que le droit, n’importe quel juriste pourrait démontrer qu’après tout, les accords d’Evian ont été signés par un GPRA vite contesté en 1962, et non pas par l’Etat algérien qui, lui, n’existait pas encore.

L’Algérie, pour sa part, soutient que c’est la France qui est responsable de ces spoliations. Et c’est à cela seulement qu’il faut s’en tenir. Soit à la vérité historique. Avec du recul, on comprend mieux les enjeux sous-tendus par la très polémique loi du 23 février.

Nabil Benali

 

 

Haut

La Cour européenne des droits de l’homme s’est prononcée en 2001

Une revendication "irrecevable et mal fondée"

Nous avons retrouvé l’arrêté de la Cour européenne des droits de l’homme que l’avocat de l’association Usdifra prétend faussement être en faveur de ses clients. La décision a été rendue le 25 janvier 2001, sous l’intitulé "affaire Teytaud et autres - France (nº 48754/99, 49720/99, 49721/99, 49723-30/99)". Il s’agit d’un jugement à forte coloration politicienne puisqu’il déboute les plaignants et les oriente vers l’Etat algérien, alors que la plainte était au départ déposée contre l’Etat français. Pourtant, s’il faut rendre justice, on ne peut faire l’économie de considérer les deux Etats comme parties égales s’agissant des accords d’Evian qui, eux, ne garantissent aucune indemnisation d’aucune sorte.

Qu’a décidé la Cour européenne ? Au chapitre des antécédents de l’affaire, il est dit qu’en juin 1994, les requérants ont été déboutés par le tribunal administratif de Paris. Ce jugement fut confirmé en juin 1996 par la cour administrative d’appel de Paris puis par le Conseil d’Etat qui rejeta les pourvois en cassation des requérants en novembre 1998.

Après délibérations, la Cour européenne a jugé la requête "irrecevable" car s’agissant d’abord de la privation de propriété elle-même, les requérants ayant été dépossédés de leurs biens par l’Etat algérien, ce grief doit être déclaré incompatible ratione personae. En théorie, cette notion, pour une question de compétence de la Cour, considère que les Etats membres de l’UE n'accordent une assistance judiciaire que pour les procédures se déroulant sur leur territoire. Un citoyen qui est impliqué dans un litige avec un Etat non membre devra donc se tourner vers ledit Etat s'il souhaite obtenir une aide judiciaire. C’est le seul argument que les requérants avancent pour cesser toute revendication auprès des autorités françaises et se concentrer, cette fois, sur l’Etat algérien.

Pourtant, la Cour européenne avait clairement lié l’issue de l’affaire au contenu des accords d’Evian. "Il s’agit ensuite de déterminer si les accords d’Evian et les brochures du Haut Commissariat ont rendu les requérants titulaires d’un intérêt substantiel." Et de constater que "s’agissant des droits de propriété des ressortissants français, les accords d’Evian n’ont fait l’objet d’aucune mesure d’application concrète ni de la part de l’Algérie, ni de la part de la France", sans omettre de dire que, de toute manière, ces accords n’emportaient pas un droit à indemnisation au profit des requérants.

Les brochures du Haut-Commissariat, simples déclarations d’intention, n’ont pas plus garanti un droit à indemnisation au profit des rapatriés. Dès lors, le droit à l'indemnisation allégué par les requérants à l’encontre des autorités françaises ne constitue pas un bien  et est considéré comme "manifestement mal fondé".

Cela étant, dédouanant l’Etat français, les magistrats européens ont estimé que "le souci de limiter les dépenses publiques d’autant que la spoliation à l’origine de l’indemnisation est le fait d’un Etat étranger, justifie de façon objective ou raisonnable l’instauration d’un plafond d’indemnisation". Retour à 1992.

N. B.

 

Haut

Alain Garay, avocat de l'Usdifra

La reconversion d’un défenseur des sectes

La démarche de l’Usdifra, qui est avant tout une démarche juridique, est confiée depuis des années à un certain Alain Garay, officiellement avocat à la cour de Paris, mais qui cumule un nombre peu habituel d’adhésions à des organisations toutes aussi polémiques les unes que les autres. Il se présente désormais comme l’homme de la situation aux yeux des membres de l’Usdifra non pas pour ses qualités d’avocat, mais pour la puissance des ses contacts. En effet,  le cabinet de cet un ancien fonctionnaire de la Direction générale des impôts consacre le gros de son travail à assister les entreprises et les associations par le conseil, la négociation, la médiation et la défense. Il est appuyé par un réseau de spécialistes en droit fiscal, en droit des associations, en droit de la santé et en droit de la Convention européenne des droits de l'homme.

Ce qui est tu sur la carrière de cet homme, c’est qu’il est l’avocat rémunéré d’une secte aux ramifications non encore explorés, les témoins de Jéhovah. Ce point sombre de son activité lui vaudra de nombreuses critiques en France et l’obligeront même à s’abstenir de publier un livre, plaidoyer en faveur des sectes, après le refus de pas moins de 28 éditeurs. Ce livre sera tout de même édité en… Angleterre, consacré à "l'activisme anti-sectes, de l'assistance à l'amalgame". Rien que ça.

Mais ce sont surtout les liens d’Alain Garay avec les représentants de sectes américaines au Congrès, établis dès 1999, qui jettent la suspicion la plus totale quant à la priorité qu’il semble donner au dossier de l’Usdifra. En effet, la commission US/Europe sur la sécurité et la coopération en Europe a initié, depuis, une série d’auditions sur les libertés religieuses en Europe de l'Ouest, où notre homme s’est fait l’ardent défenseur de la tolérance religieuse, manière détournée de défendre ce qu’il appelle les "minorités religieuses", pour ne pas dire les sectes.

Alain Garay faisait alors partie d’un collectif mené par Willy Fautré, de Droits de l'homme sans frontières (dont le site arbore un croix à huit branches très similaire à celles des scientologues) et le pasteur Louis Charles de Meo, chef d'un groupe indépendant baptiste classé dans la liste des sectes en France.

N. B.

 

Haut

Indemnisations revendiquées par  les anciens colons

Me Miloud Brahimi* : «Des visées politiciennes»

Il n'y a aucun doute que la démarche des rapatriés vise la mise en difficulté de la signature du traité d'amitié entre l'Algérie et la France et met en relief la capacité d'entrisme et l'influence certaine du lobby des rapatriés d'Algérie en France.

Lorsqu'on se penche sur les textes de loi algériens ayant justement pris en compte la situation des biens abandonnés par les anciens colons, on se rend compte que cela a généré un problème de plus à gérer par le jeune Etat algérien qui devait autant faire face à ses obligations internationales en respectant pactes et accords internationaux que gérer une situation interne sociale explosive.

Quant aux rapatriés, ils continuent de revendiquer auprès de la France des indemnisations en faisant nommer un ancien agent de l'OAS – criminel poursuivi jusqu'à la loi d'amnistie de 1969 – membre d'une honorable commission pour mieux défendre leurs intérêts devant l'Etat. S'il fait aussi bien qu'ont fait ses acolytes juste avant l'indépendance, il risque d'y avoir de gros dégâts.

Maître Miloud Brahimi, avocat et défenseur des droits de l’homme, a qualifié la revendication de dédommagement des rapatriés de ridicule.

Pour lui, "cette démarche a des visées politiciennes précises" d’autant qu’il faut savoir, indique-t-il, qu’"elle émane d’un lobby particulièrement agissant, extrêmement introduit dans les milieux politiques français".

Pour l’avocat, il ne fait aucun doute que ces revendications interviennent dans le prolongement de l’article 4 de la loi du 23 février 2005.

Le traité d’amitié est-il concerné ? Me Brahimi précise qu’il s'agit de freiner son établissement, mais aussi la progression historique qui s’est inscrite après l’indépendance autant pour l’Algérie que dans ses relations avec l’ancien colonisateur. "Ces lobbies sont la résurgence du colonialisme et des idées inhumaine qu’il porte", indique-t-il.

Mais pourquoi choisir la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour revendiquer des dédommagements ? L’avocat souligne que "les rapatriés essayent de donner une assise juridique à leur démarche et vont devant le CDH". Il rappelle que ces lobbies savent que cette démarche, qui ne rime à rien, est tout simplement vouée à l’échec et la qualifie de ridicule. Il rappelle à ce propos que "l’Algérie est signataire du protocole additionnel facultatif du Pacte international des droits civils et politiques de 1966", pacte sur lequel les rapatriés fondent leurs revendications.

Pour ce qui est des biens abandonnés par les rapatriés, ils sont gérés dans le cadre de la loi algérienne concernant les biens vacants, et "tout contentieux a été à ce jour liquidé", indique l’avocat.

Dans quel cadre les accords d’Evian peuvent avoir une quelconque implication ? Miloud Brahimi souligne que ces accords déterminaient la succession des Etats ; ils stipulaient que les Français d’Algérie avaient le droit de rester en Algérie et de jouir de leurs biens.  Pour ceux qui ont abandonnés leurs biens, "s’ils veulent effectivement demander des dédommagements, c’est à la France qu’ils doivent le faire". Il rappelle que c’est à l’Algérie de demander des dédommagements pour les crimes, les spoliations  et les massacres commis dans notre pays contre les Algériens.

Propos recueillis par Amine Esseghir

* Maître Brahimi est un avocat connu pour ses positions

sur les questions de défense des droits de l'homme

et de liberté d'expression.

 

Haut

 

Les lois sur les biens vacants

Dans l’arsenal juridique algérien, s’il est une disposition légale qui fait école, c’est bien celle relative aux biens vacants. Situation exceptionnelle face à laquelle s’est retrouvée le pays après l’indépendance, ces biens vacants ont surtout donné lieu à une gestion dans l’urgence d'une situation sociale particulièrement compliquée.

Les biens des colons passaient, aux yeux des Algériens, pour être des biens à récupérer du fait de la spoliation induite par la colonisation ; le recouvrement de l’indépendance passait physiquement par la récupération des biens des colons. Pour l'Etat, il fallait aussi se conformer au droit et notamment aux accords signés par le jeune Etat algérien avec l’ancien colonisateur.

L’ordonnance de l’exécutif provisoire n°62-020 du 24 août 1962 portant protection et gestion des biens vacants est un modèle en soi.

Dans son exposé des motifs, le texte soulignait la situation complexe héritée par l’Algérie au lendemain de l’indépendance du fait de la désertion des propriétaires. Les biens vacants devenaient des symboles de misère avant d'être des objets de convoitise. C’étaient des usines, des ateliers, des fermes abandonnées, un abandon qui avait de fait mis au chômage des centaines d’Algériens devenus indépendants mais désespérément sans emploi et sans perspectives d'avenir du jour au lendemain.

Le texte, qui constatait la situation anti-sociale, avait également souligné l’impérieuse nécessité de protéger et de gérer ces biens dits vacants et de remettre en route les activités économiques y afférentes. L’ordonnance prévoyait aussi l’expulsion des indus occupants, donnant ainsi la possibilité aux détenteurs des biens de revendiquer leurs propriétés, de procéder à leur vente ou de réintégrer le pays conformément aux accords d’Evian. Selon l’article 18 de ce texte, l’ordonnance avait été publiée aux frais de l’Etat  algérien dans trois quotidiens de la presse française et trois quotidiens de la presse algérienne afin que les dispositions, dont l’aspect transitoire n’échappait à personne, puissent réellement prendre effet.

Deux textes suivront, entérinant la situation d’abandon des biens par leurs propriétaires. D’abord la loi 63 -64 qui stipule que les biens vacants ne peuvent être occupés qu’en contrepartie d’une indemnité à verser par les occupants, légalisant ainsi une situation de fait. Cette indemnité revenait aux caisses de l’Etat puisque la loi stipulait précisément dans son article 10 que les propriétaires, c’est-à-dire ceux qui avaient abandonné leurs biens, ne pouvaient pas prétendre à un quelconque droit sur ces indemnités et que "leurs droits feront l’objet de dispositions ultérieures".

Un  autre texte tout aussi intéressant, la loi 63-276, en quatre articles, réglait le problème des biens meubles ou immeubles spoliés, séquestrés  ou confisqués au profit des caïds, aghas, bachaghas et autres agents de la colonisation. Ceux-ci devenant, de fait, biens de l’Etat. Seuls les biens acquis régulièrement avant le 1er novembre 1954 pouvaient faire l’objet de dédommagements.

Autant dire que les vertus de la colonisation – la facilité avec laquelle on pouvait  spolier les Algériens de leurs biens – étaient encore en vigueur aux plus forts moments de la guerre d’indépendance.

A. E.

 

Haut

Les indemnisations des rapatriés en France

Un ancien agent OAS tient les cordons de la bourse

C’est Athanase Georgopoulos qui a été nommé, en novembre, membre de la commission d'indemnisation des rapatriés d'Algérie. La commission de l’indemnisation forfaitaire a été instituée dans le cadre de l’application des dispositions de l'article 13 de la loi du 23 février 2005. Elle doit  fixer l'indemnisation des personnes "ayant dû cesser leur activité professionnelle pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962" en raison "de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d’expulsion, d’internement ou d’assignation à résidence".

Georgopoulos avait créé, en 1961, la zone 3 de l’Organisation armée secrète (OAS) chargée de mener des actions criminelles dans la région d’Oran, sa ville natale. L'OAS était une organisation terroriste, émanation de quelques militaires français voulant d’abord maintenir absolument le joug colonial sur l’Algérie pour ensuite adopter la politique de la terre brûlée, parallèlement au départ précipité et massif des colons.

Georgopoulos avait ensuite vécu dans la clandestinité durant quelques années, jusqu’en 1969, une fois la loi de 1968, amnistiant les anciens terroristes de l’OAS, votée en France.

La ligue française des droits de l’homme a dénoncé cette nomination, soulignant que Georgopulos aurait ainsi accès aux "ors de la République" et recevrait les honneurs dus à son rang tout en soulignant qu’au sein de cette instance, "il pourra même régler  sa propre situation au regard de ses droits à gratification étatique". La Ligue des droits de l'homme indique que Georgolpulos a déposé lui-même un dossier d’indemnisation.

Mais pour la Ligue, c’est l’existence même de cette commission qui pose problème. Celle-ci couvre les "anciens exilés politiques", les membres de l'OAS ayant quitté leur emploi pour sombrer dans le terrorisme et nombre d'entre eux qui avaient fui la France pour échapper à la justice et n'étaient revenus qu'après l'amnistie.

A. E.

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche