Semaine du 8 au 14 février 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Le cadeau de bienvenue au Hamas

 

 
 
 Editorial

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Le cadeau de bienvenue au Hamas

Deux ambassades brûlées à Damas pour une simple histoire de caricatures désobligeantes vis-à-vis de l’Islam, cela paraît tout de même disproportionné, dans un monde où bien d’autres problèmes autrement plus sérieux devraient retenir l’attention des musulmans, de leurs clergés et de leurs dirigeants. L’affaire prend des allures de grand drame international alors qu’elle n’est à la base qu’une petite dérive raciste comme nous en enregistrons tous les jours depuis des dizaines d’années, partout en Occident, mais aussi en Russie, en Asie et en Amérique latine. Tous les mois ou presque, en moyenne, une communauté ethnique ou religieuse est prise pour cible par des extrémistes d’un autre bord et tous les jours depuis 1967, les lieux les plus sacrés du culte musulman sont pris en otage par une occupation militaire sioniste qui va jusqu’à interdire l’accès de la mosquée Al-Aqsa aux musulmans et Bethléem aux chrétiens. Cela sans compter les mille et une humiliations infligées aux musulmans du monte entier à chaque fois qu’ils doivent prendre un avion ou un bateau sur des lignes internationales. Toutefois, ce qui est le plus étrange dans cette histoire est qu’elle soit remontée à la surface des médias, trois mois exactement après la publication de la série de caricatures offensantes pour le prophète de l’Islam dans un petit journal danois. Il aura fallu en réalité que le Hamas palestinien fraîchement élu à la majorité du Parlement de son pays se saisisse de l’affaire pour en faire un événement médiatico-politique d’une dimension planétaire. Et c’est là qu’il faut se demander si le problème réside vraiment dans les caricatures danoises ou si ce n’est pas plutôt l’arrivée du Hamas palestinien au pouvoir par la voie des urnes qui a eu besoin d’être plus ou moins escamotée et même couverte par une campagne de presse qui en atténue la gravité des conséquences à venir. Car il ne faut pas se leurrer, ce qui vient d’arriver en Palestine est, à peu de chose près, ce qui aurait pu arriver à l’Algérie si l’armée et la société civile n’avaient pas pris leurs responsabilités pour empêcher cette véritable catastrophe politique représentée par la mainmise des islamistes sur les appareils de l’Etat. En Palestine, la situation est encore plus grave parce que nous n’avons pas là uniquement un parti islamiste radical, mais bien un mouvement armé directement lié aux monarchies du Golfe et donc indirectement inféodé à Washington. La provocation de ce journal danois tombe ainsi à pic pour faire non seulement passer la pilule auprès d’une opinion arabe et internationale partagée entre démocratie et démocratisme, mais mieux encore pour faire du Hamas le fer de lance de la défense des intérêts des musulmans dans le monde. Les grands networks américains ne faisant pas dans l’économie de moyens pour  montrer au monde l’attachement du parti islamiste palestinien à la défense des valeurs de l’Islam. Et faut-il le préciser, la manœuvre a parfaitement réussi puisqu’aucune voix ne s’est élevée publiquement pour alerter sur les graves risques de l’arrivée au pouvoir d’islamistes armés dans un pays aussi sensible que la Palestine. L’histoire récente ayant suffisamment montré ce qu’a signifié et ce que signifie encore un tel événement dans les pays où il s’est produit. L’Iran et le Soudan s’étant brutalement transformés, en effet, depuis la fin des  années 1980, en pays moyenâgeux régis par une charia islamique rétrograde et réactionnaire, imperméable à toute notion de démocratie et de modernité.  Sans que cela ne soit clairement perçu, nous nous retrouvons donc à présent avec un troisième pays arabo-musulman qui tombe dans l’escarcelle de l’islamisme, de surcroît par la voie des urnes.

Dans le registre des répercussions pour notre pays, c’est en tout cas une grave régression, qui accrédite de plus l’idée que l’interruption du processus électoral en janvier 1992 était peut-être une erreur, voire «une première violence» de la part de l’armée et de la société civile. En tout état de cause, cet étrange épisode, bien plus caricatural qu’il n’y paraît, permet aux divers mouvements islamistes dans le monde de gagner encore plus en popularité et en prestige auprès d’opinions publiques castrées par une absence de vie démocratique qui, seule, aurait pu laisser émerger d’autres moyens de défendre l’image et les valeurs saines du monde arabo-musulman. Un épisode qui bénéficie étrangement de la soudaine disponibilité de tous les médias occidentaux et de l’intérêt de tous les centres de pouvoir temporels et intemporels qui comptent, aussi bien en Orient qu’en Occident.

A. M.

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