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Le
cadeau de bienvenue au Hamas
Deux ambassades
brûlées à Damas pour une simple histoire de caricatures
désobligeantes vis-à-vis de l’Islam, cela paraît tout de même
disproportionné, dans un monde où bien d’autres problèmes autrement
plus sérieux devraient retenir l’attention des musulmans, de leurs
clergés et de leurs dirigeants. L’affaire prend des allures de grand
drame international alors qu’elle n’est à la base qu’une petite
dérive raciste comme nous en enregistrons tous les jours depuis des
dizaines d’années, partout en Occident, mais aussi en Russie, en
Asie et en Amérique latine. Tous les mois ou presque, en moyenne,
une communauté ethnique ou religieuse est prise pour cible par des
extrémistes d’un autre bord et tous les jours depuis 1967, les lieux
les plus sacrés du culte musulman sont pris en otage par une
occupation militaire sioniste qui va jusqu’à interdire l’accès de la
mosquée Al-Aqsa aux musulmans et Bethléem aux chrétiens. Cela sans
compter les mille et une humiliations infligées aux musulmans du
monte entier à chaque fois qu’ils doivent prendre un avion ou un
bateau sur des lignes internationales. Toutefois, ce qui est le plus
étrange dans cette histoire est qu’elle soit remontée à la surface
des médias, trois mois exactement après la publication de la série
de caricatures offensantes pour le prophète de l’Islam dans un petit
journal danois. Il aura fallu en réalité que le Hamas palestinien
fraîchement élu à la majorité du Parlement de son pays se saisisse
de l’affaire pour en faire un événement médiatico-politique d’une
dimension planétaire. Et c’est là qu’il faut se demander si le
problème réside vraiment dans les caricatures danoises ou si ce
n’est pas plutôt l’arrivée du Hamas palestinien au pouvoir par la
voie des urnes qui a eu besoin d’être plus ou moins escamotée et
même couverte par une campagne de presse qui en atténue la gravité
des conséquences à venir. Car il ne faut pas se leurrer, ce qui
vient d’arriver en Palestine est, à peu de chose près, ce qui aurait
pu arriver à l’Algérie si l’armée et la société civile n’avaient pas
pris leurs responsabilités pour empêcher cette véritable catastrophe
politique représentée par la mainmise des islamistes sur les
appareils de l’Etat. En Palestine, la situation est encore plus
grave parce que nous n’avons pas là uniquement un parti islamiste
radical, mais bien un mouvement armé directement lié aux monarchies
du Golfe et donc indirectement inféodé à Washington. La provocation
de ce journal danois tombe ainsi à pic pour faire non seulement
passer la pilule auprès d’une opinion arabe et internationale
partagée entre démocratie et démocratisme, mais mieux encore pour
faire du Hamas le fer de lance de la défense des intérêts des
musulmans dans le monde. Les grands networks américains ne faisant
pas dans l’économie de moyens pour montrer au monde l’attachement
du parti islamiste palestinien à la défense des valeurs de l’Islam.
Et faut-il le préciser, la manœuvre a parfaitement réussi
puisqu’aucune voix ne s’est élevée publiquement pour alerter sur les
graves risques de l’arrivée au pouvoir d’islamistes armés dans un
pays aussi sensible que la Palestine. L’histoire récente ayant
suffisamment montré ce qu’a signifié et ce que signifie encore un
tel événement dans les pays où il s’est produit. L’Iran et le Soudan
s’étant brutalement transformés, en effet, depuis la fin des années
1980, en pays moyenâgeux régis par une charia islamique rétrograde
et réactionnaire, imperméable à toute notion de démocratie et de
modernité. Sans que cela ne soit clairement perçu, nous nous
retrouvons donc à présent avec un troisième pays arabo-musulman qui
tombe dans l’escarcelle de l’islamisme, de surcroît par la voie des
urnes.
Dans le registre
des répercussions pour notre pays, c’est en tout cas une grave
régression, qui accrédite de plus l’idée que l’interruption du
processus électoral en janvier 1992 était peut-être une erreur,
voire «une première violence» de la part de l’armée et de la société
civile. En tout état de cause, cet étrange épisode, bien plus
caricatural qu’il n’y paraît, permet aux divers mouvements
islamistes dans le monde de gagner encore plus en popularité et en
prestige auprès d’opinions publiques castrées par une absence de vie
démocratique qui, seule, aurait pu laisser émerger d’autres moyens
de défendre l’image et les valeurs saines du monde arabo-musulman.
Un épisode qui bénéficie étrangement de la soudaine disponibilité de
tous les médias occidentaux et de l’intérêt de tous les centres de
pouvoir temporels et intemporels qui comptent, aussi bien en Orient
qu’en Occident.
A. M.
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