Semaine du 8 au 14 février 2006

L'Afghanistan

Un état sous perfusion

Libéria

Priorité : la lutte  contre la corruption

Nucléaire

L’Iran refuse de plier

 

 
 
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L'Afghanistan

Un état sous perfusion

Quatre années après la chute des taliban en Afghanistan, ses partisans restent une menace et combattent toujours le gouvernement de Kaboul soutenu par les Etats-Unis, particulièrement dans le sud et l’est du pays. Plusieurs attaques ciblant des bureaux gouvernementaux et un convoi des forces de police, il y a quelques jours, ont fait plus de 36 morts.  Les pays engagés en Afghanistan ont renouvelé leur soutien, alors que les élections législatives de septembre 2005 ont mis fin à la transition politique. En décembre, le Parlement afghan a inauguré sa première séance symbolisant l’aboutissement du processus de mise en place des institutions, engagé lors de la conférence de Bonn en 2001. Le gouvernement afghan est reparti le 2 février de Londres, où s’est tenue une conférence internationale réunissant les représentants de 60 pays, avec plus de 10 milliards de dollars de promesses d'aide internationale et un plan de développement sur cinq ans, mais sans certitude sur la manière dont il va pouvoir vaincre l'insécurité, la drogue et la corruption. Partenaire de Kaboul depuis la chute des taliban, la communauté internationale est elle aussi satisfaite : l'"Afghanistan compact", une feuille de route, oblige le gouvernement afghan, en partenariat avec l'ONU, à remplir des objectifs précis en matière de développement (pauvreté, santé, éducation, etc.). "A partir de maintenant, on pourra dire au gouvernement : si vous ne construisez pas de routes ou d'écoles, vous en serez responsables devant la population", note Ameera Haq, adjointe du représentant de l'Onu en Afghanistan. Mais l'élan de Londres risque de se heurter très vite à la réalité afghane. Car les milliards de dollars d'aide internationale dépensés depuis 2001, s'ils ont permis de récréer les institutions politiques, ont eu des effets très modestes dans les autres domaines (sécurité, gouvernance, droits de l'homme, développement, lutte antidrogue).  Les attaques dues aux rebelles et mafias diverses ont ainsi tué plus de 1 700 personnes en 2005, du jamais vu depuis 2001. Or l'armée américaine s'apprête à retirer 2 000 à 3 000 de ses quelque 16 000 soldats en 2006, et les militaires de l'Otan qui doivent les remplacer dans l'instable sud du pays, hésitent à se déployer ou à effectuer les mêmes opérations militaires (qui ont tué des centaines de rebelles en 2005) que l'armée américaine. Parallèlement, la situation en matière de criminalité "se dégrade dans d'autres régions du pays, comme le nord-ouest", note Cristian Willach, coordinateur d'Anso, chargée d'évaluer la sécurité pour les ONG intervenant en Afghanistan. Le gouvernement compte, ces prochaines années, sur la nouvelle police et l'armée afghane pour assurer la sécurité dans le pays. "Or la police reste très corrompue et près de 30% des soldats désertent", note un politologue afghan. La communauté internationale table de son côté sur le gouvernement pour éradiquer l'énorme production d'opium qui nourrit la corruption et l'instabilité. Mais la lutte antidrogue patine, notamment à cause de l'implication de responsables gouvernementaux, admise par le gouvernement lui-même. "Tant que le président Karzaï continuera de protéger les trafiquants, cela ne pourra pas marcher", précise l’analyste. En matière de développement, enfin, le gouvernement afghan réclame de pouvoir contrôler davantage les fonds internationaux octroyés (il en gère 25%), en dénonçant le gâchis de l'aide qui passe par les ONG. Mais toute la Fonction publique ou presque est à reconstruire après 25 ans de conflits qui ont fait fuir les cerveaux. Selon la Banque mondiale, sur les 10 premiers mois de 2005, le gouvernement afghan n'a dépensé que 23% de l'argent qu'il avait à sa disposition pour l'année. La communauté internationale devra elle aussi y mettre du sien pour arrêter une stratégie commune, l'approche des principaux donateurs (Etats-Unis, Union européenne, Banque mondiale) divergeant sur la manière de développer le pays.  L’Afghanistan, qui vient de recevoir le soutien des pays donateurs pour les cinq années à venir, a certes achevé sa transition politique mais reste un état fragile dont la stabilité est suspendue à la présence internationale, notamment américaine. 

 

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  Libéria

Priorité : la lutte  contre la corruption

La nouvelle présidente libérienne, Ellen Johnson-Sirleaf, fidèle à sa réputation de "dame de fer", a limogé des fonctionnaires du ministère des Finances, dans le cadre de ses efforts pour s'attaquer à la corruption rampante qui mine son pays de longue date.  Confrontée à la tâche herculéenne de rebâtir une nation ruinée par 14 années de guerre civile (1989-2003), la première femme élue présidente en Afrique a déclaré que sa victoire au second tour en novembre lui donnait mandat pour épurer les finances du Liberia. "Ceux qui ont trempé dans des malversations et scandales financiers doivent céder la place à ceux qui sont prêts à accomplir la volonté du peuple libérien", a déclaré Mme Johnson-Sirleaf lors d'une visite surprise au ministère. Ses propos ont laissé craindre tout d'abord que tout le personnel du ministère des Finances serait mis à pied, mais la présidence a par la suite déclaré que seuls les employés nommés par le gouvernement de transition sortant étaient relevés de leurs fonctions. La corruption endémique a été une des causes principales de la guerre civile libérienne, qui a fait 250 000 morts et a dévasté la plus ancienne République indépendante d'Afrique, fondée en 1847 par des esclaves américains affranchis.  Mme Johnson-Sirleaf, économiste formée à Harvard, a déclaré dans son discours d'investiture, en janvier dernier, que la lutte contre la corruption serait sa priorité numéro un. Elle a nommé ministre des Finances Antoinette Sayeh, ancienne fonctionnaire de la Banque mondiale, avec mission d'en finir avec la corruption et de nouer des contacts avec les donateurs internationaux.

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  Nucléaire

L’Iran refuse de plier

 L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a démontré, en saisissant le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier nucléaire iranien, une unité "est-ouest" entre grandes puissances qui ne semble pas faire céder Téhéran. Loin de répondre aux exigences de l'AIEA, Téhéran a annoncé la fin de la coopération volontaire avec cet organisme tout en menaçant de passer à l'enrichissement industriel de l'uranium.  Après trois ans de bras de fer, le conseil des gouverneurs (l'exécutif de l'AIEA) a décidé de transmettre le dossier au Conseil de sécurité afin de pousser l'Iran à ouvrir davantage ses portes et dissiper les soupçons que ses activités nucléaires masquaient des buts militaires. La résolution européenne avait l'appui des cinq membres permanents du Conseil de sécurité -- les Occidentaux (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne), mais aussi Chine et Russie, partenaires de l'Iran. Le texte a été largement adopté par 27 voix contre trois (Cuba, Syrie et Venezuela) et cinq abstentions.

"C'est un grand succès diplomatique, mais qui ne change pas en soi la situation", a estimé François Heisbourg, expert français en géostratégie. Si les Iraniens mettent leurs menaces à exécution, "le Conseil de sécurité sera forcé de prendre des mesures", a-t-il dit.  Le conseil des gouverneurs, qui s'était réuni en urgence suite à la reprise de l'enrichissement d'uranium aux fins de recherche le 10 janvier, exige notamment l'arrêt de toutes activités de ce genre. L'uranium enrichi peut servir à produire de l'énergie civile, mais aussi à fabriquer la bombe nucléaire.

Le texte mentionne "de nombreuses violations des garanties" de non-prolifération par l'Iran et s'inquiète de documents ayant une portée militaire. Il demande à Téhéran de répondre à une série d'exigences avant une prochaine réunion des gouverneurs à Vienne le 6 mars prochain. D'ici là, le Conseil de sécurité ne prendra pas de décisions et des sanctions ne sont pas à l'ordre du jour.  Selon l'expert américain en non-prolifération David Albright, "la question cruciale est de savoir si l'Iran va reculer ou durcir sa position".

Or l'Iran parait choisir la seconde voie. Alors que la résolution demandait que Téhéran "ratifie rapidement et applique totalement le protocole additionnel", son ministre des Affaires étrangères a annoncé au contraire l'arrêt de "toutes les mesures volontaires prises ces deux ou trois dernières années". L'Iran appliquait, sans obligation légale, ce protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP) permettant des inspections poussées et plus rapides. Mais l'Iran restera soumis au TNP.

Le président iranien a minimisé la décision de l'AIEA. "Vous pouvez délivrer autant de résolutions que vous voudrez (...), vous ne pourrez pas empêcher le progrès de l'Iran", a-t-il dit, en ajoutant à l'adresse des Occidentaux : "Vous savez que vous ne pouvez rien faire, puisque l'époque de l'intimidation est révolue."

En revanche, après plusieurs déclarations contradictoires à Vienne et à Téhéran, il semblerait que l'Iran n'ait pas encore décidé de reprendre l'enrichissement "à une échelle industrielle" ni rejeté formellement un plan de compromis russe d'enrichissement d'uranium iranien en Russe. Les négociations doivent reprendre le 16 février. Elles vont se poursuivre, mais pour les Iraniens "le plan russe doit être adapté à la nouvelle situation". Les Etats-Unis ont lancé un message nuancé : la décision de l'AIEA signale que "le monde ne permettra pas au régime iranien d'acquérir des armes nucléaires", a déclaré le président George W. Bush, tout en soulignant que cette importante décision ne signifiait pas "la fin de la diplomatie".  La Russie a plaidé, elle, pour la poursuite du dialogue et le maintien du dossier au sein de l'AIEA.

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