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L'Afghanistan
Un état sous
perfusion
Quatre années
après la chute des taliban en Afghanistan, ses partisans restent une
menace et combattent toujours le gouvernement de Kaboul soutenu par
les Etats-Unis, particulièrement dans le sud et l’est du pays.
Plusieurs attaques ciblant des bureaux gouvernementaux et un convoi
des forces de police, il y a quelques jours, ont fait plus de 36
morts. Les pays engagés en Afghanistan ont renouvelé leur soutien,
alors que les élections législatives de septembre 2005 ont mis fin à
la transition politique. En décembre, le Parlement afghan a inauguré
sa première séance symbolisant l’aboutissement du processus de mise
en place des institutions, engagé lors de la conférence de Bonn en
2001. Le gouvernement afghan est reparti le 2 février de Londres, où
s’est tenue une conférence internationale réunissant les
représentants de 60 pays, avec plus de 10 milliards de dollars de
promesses d'aide internationale et un plan de développement sur cinq
ans, mais sans certitude sur la manière dont il va pouvoir vaincre
l'insécurité, la drogue et la corruption. Partenaire de Kaboul
depuis la chute des taliban, la communauté internationale est elle
aussi satisfaite : l'"Afghanistan compact", une feuille de route,
oblige le gouvernement afghan, en partenariat avec l'ONU, à remplir
des objectifs précis en matière de développement (pauvreté, santé,
éducation, etc.). "A partir de maintenant, on pourra dire au
gouvernement : si vous ne construisez pas de routes ou d'écoles,
vous en serez responsables devant la population", note Ameera Haq,
adjointe du représentant de l'Onu en Afghanistan. Mais l'élan de
Londres risque de se heurter très vite à la réalité afghane. Car les
milliards de dollars d'aide internationale dépensés depuis 2001,
s'ils ont permis de récréer les institutions politiques, ont eu des
effets très modestes dans les autres domaines (sécurité,
gouvernance, droits de l'homme, développement, lutte antidrogue).
Les attaques dues aux rebelles et mafias diverses ont ainsi tué plus
de 1 700 personnes en 2005, du jamais vu depuis 2001. Or l'armée
américaine s'apprête à retirer 2 000 à 3 000 de ses quelque 16 000
soldats en 2006, et les militaires de l'Otan qui doivent les
remplacer dans l'instable sud du pays, hésitent à se déployer ou à
effectuer les mêmes opérations militaires (qui ont tué des centaines
de rebelles en 2005) que l'armée américaine. Parallèlement, la
situation en matière de criminalité "se dégrade dans d'autres
régions du pays, comme le nord-ouest", note Cristian Willach,
coordinateur d'Anso, chargée d'évaluer la sécurité pour les ONG
intervenant en Afghanistan. Le gouvernement compte, ces prochaines
années, sur la nouvelle police et l'armée afghane pour assurer la
sécurité dans le pays. "Or la police reste très corrompue et près de
30% des soldats désertent", note un politologue afghan. La
communauté internationale table de son côté sur le gouvernement pour
éradiquer l'énorme production d'opium qui nourrit la corruption et
l'instabilité. Mais la lutte antidrogue patine, notamment à cause de
l'implication de responsables gouvernementaux, admise par le
gouvernement lui-même. "Tant que le président Karzaï continuera de
protéger les trafiquants, cela ne pourra pas marcher", précise
l’analyste. En matière de développement, enfin, le gouvernement
afghan réclame de pouvoir contrôler davantage les fonds
internationaux octroyés (il en gère 25%), en dénonçant le gâchis de
l'aide qui passe par les ONG. Mais toute la Fonction publique ou
presque est à reconstruire après 25 ans de conflits qui ont fait
fuir les cerveaux. Selon la Banque mondiale, sur les 10 premiers
mois de 2005, le gouvernement afghan n'a dépensé que 23% de l'argent
qu'il avait à sa disposition pour l'année. La communauté
internationale devra elle aussi y mettre du sien pour arrêter une
stratégie commune, l'approche des principaux donateurs (Etats-Unis,
Union européenne, Banque mondiale) divergeant sur la manière de
développer le pays. L’Afghanistan, qui vient de recevoir le soutien
des pays donateurs pour les cinq années à venir, a certes achevé sa
transition politique mais reste un état fragile dont la stabilité
est suspendue à la présence internationale, notamment américaine.
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Libéria
Priorité : la
lutte contre la corruption
La nouvelle présidente libérienne,
Ellen Johnson-Sirleaf, fidèle à sa réputation de "dame de fer", a
limogé des fonctionnaires du ministère des Finances, dans le cadre
de ses efforts pour s'attaquer à la corruption rampante qui mine son
pays de longue date. Confrontée à la tâche herculéenne de rebâtir
une nation ruinée par 14 années de guerre civile (1989-2003), la
première femme élue présidente en Afrique a déclaré que sa victoire
au second tour en novembre lui donnait mandat pour épurer les
finances du Liberia. "Ceux qui ont trempé dans des malversations et
scandales financiers doivent céder la place à ceux qui sont prêts à
accomplir la volonté du peuple libérien", a déclaré Mme
Johnson-Sirleaf lors d'une visite surprise au ministère. Ses propos
ont laissé craindre tout d'abord que tout le personnel du ministère
des Finances serait mis à pied, mais la présidence a par la suite
déclaré que seuls les employés nommés par le gouvernement de
transition sortant étaient relevés de leurs fonctions. La corruption
endémique a été une des causes principales de la guerre civile
libérienne, qui a fait 250 000 morts et a dévasté la plus ancienne
République indépendante d'Afrique, fondée en 1847 par des esclaves
américains affranchis. Mme Johnson-Sirleaf, économiste formée à
Harvard, a déclaré dans son discours d'investiture, en janvier
dernier, que la lutte contre la corruption serait sa priorité numéro
un. Elle a nommé ministre des Finances Antoinette Sayeh, ancienne
fonctionnaire de la Banque mondiale, avec mission d'en finir avec la
corruption et de nouer des contacts avec les donateurs
internationaux.
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Nucléaire
L’Iran refuse
de plier
L'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA) a démontré, en
saisissant le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier nucléaire
iranien, une unité "est-ouest" entre grandes puissances qui ne
semble pas faire céder Téhéran. Loin de répondre aux exigences de
l'AIEA, Téhéran a annoncé la fin de la coopération volontaire avec
cet organisme tout en menaçant de passer à l'enrichissement
industriel de l'uranium. Après trois ans de bras de fer, le conseil
des gouverneurs (l'exécutif de l'AIEA) a décidé de transmettre le
dossier au Conseil de sécurité afin de pousser l'Iran à ouvrir
davantage ses portes et dissiper les soupçons que ses activités
nucléaires masquaient des buts militaires. La résolution européenne
avait l'appui des cinq membres permanents du Conseil de sécurité --
les Occidentaux (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne), mais aussi
Chine et Russie, partenaires de l'Iran. Le texte a été largement
adopté par 27 voix contre trois (Cuba, Syrie et Venezuela) et cinq
abstentions.
"C'est un grand
succès diplomatique, mais qui ne change pas en soi la situation", a
estimé François Heisbourg, expert français en géostratégie. Si les
Iraniens mettent leurs menaces à exécution, "le Conseil de sécurité
sera forcé de prendre des mesures", a-t-il dit. Le conseil des
gouverneurs, qui s'était réuni en urgence suite à la reprise de
l'enrichissement d'uranium aux fins de recherche le 10 janvier,
exige notamment l'arrêt de toutes activités de ce genre. L'uranium
enrichi peut servir à produire de l'énergie civile, mais aussi à
fabriquer la bombe nucléaire.
Le texte mentionne
"de nombreuses violations des garanties" de non-prolifération par
l'Iran et s'inquiète de documents ayant une portée militaire. Il
demande à Téhéran de répondre à une série d'exigences avant une
prochaine réunion des gouverneurs à Vienne le 6 mars prochain. D'ici
là, le Conseil de sécurité ne prendra pas de décisions et des
sanctions ne sont pas à l'ordre du jour. Selon l'expert américain
en non-prolifération David Albright, "la question cruciale est de
savoir si l'Iran va reculer ou durcir sa position".
Or l'Iran parait
choisir la seconde voie. Alors que la résolution demandait que
Téhéran "ratifie rapidement et applique totalement le protocole
additionnel", son ministre des Affaires étrangères a annoncé au
contraire l'arrêt de "toutes les mesures volontaires prises ces deux
ou trois dernières années". L'Iran appliquait, sans obligation
légale, ce protocole additionnel au Traité de non-prolifération
(TNP) permettant des inspections poussées et plus rapides. Mais
l'Iran restera soumis au TNP.
Le président
iranien a minimisé la décision de l'AIEA. "Vous pouvez délivrer
autant de résolutions que vous voudrez (...), vous ne pourrez pas
empêcher le progrès de l'Iran", a-t-il dit, en ajoutant à l'adresse
des Occidentaux : "Vous savez que vous ne pouvez rien faire, puisque
l'époque de l'intimidation est révolue."
En revanche, après
plusieurs déclarations contradictoires à Vienne et à Téhéran, il
semblerait que l'Iran n'ait pas encore décidé de reprendre
l'enrichissement "à une échelle industrielle" ni rejeté formellement
un plan de compromis russe d'enrichissement d'uranium iranien en
Russe. Les négociations doivent reprendre le 16 février. Elles vont
se poursuivre, mais pour les Iraniens "le plan russe doit être
adapté à la nouvelle situation". Les Etats-Unis ont lancé un message
nuancé : la décision de l'AIEA signale que "le monde ne permettra
pas au régime iranien d'acquérir des armes nucléaires", a déclaré le
président George W. Bush, tout en soulignant que cette importante
décision ne signifiait pas "la fin de la diplomatie". La Russie a
plaidé, elle, pour la poursuite du dialogue et le maintien du
dossier au sein de l'AIEA.
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