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Le FLN face aux grandes échéances
L’arithmétique
de Belkhadem
Fait imprévu, la
dernière session de l’instance exécutive du FLN a réveillé les vieux
clivages que l’on croyait surmontés. Une session qui n’aura pas été
de tout repos pour l’actuel secrétaire général qui a du faire face à
deux attaques successives, venant sournoisement de deux parties
différentes. Comment interpréter alors l’épisode burlesque des deux
fameux documents anonymes mis en circulation à l’approche de la
dernière réunion de la direction du parti, la première mettant en
cause les proches collaborateurs de Abdelaziz Belkhadem, la seconde
énumérant les mauvais antécédents organiques de certaines
personnalités bien en vue ? Et tout porte à croire que les deux
documents ont été émis par deux ailes différentes, sachant que dans
le FLN de l’après présidentielle du 8 avril 2004, le clivage entre
les redresseurs et les pro-Benflis a subi plusieurs autres fissures
ultérieures, malgré toutes les tentatives de replâtrage de cette
crise inédite parce qu’à la fois politique et organique. En tous
cas, il n’est pas un signe de bonne santé, n’est-ce pas, que les uns
et les autres se mettent à recourir à un tel déballage par des
procédés aussi peu assumé qui, en définitive, ne fait qu’affaiblir
davantage le FLN.
Le secrétaire
général, appelé comme on le croyait à s’occuper de défendre la suite
du processus de la réconciliation nationale et à pousser ses pions
s’agissant de la révision constitutionnelle, est désormais
pleinement absorbé par les péripéties palpitantes d’une commission
d’enquête qui, finalement, devra concentrer toute l’attention d’une
partie de l’opinion pour enquêter sur rien de plus que sur l’origine
deux banals et insignifiants tracts. Avec la certitude, en prime,
que rien de tangible ne sera jamais découvert, puisque cela devrait
être le travail des vieux limiers de la police, plus habilitée pour
ce genre d’enquêtes qui, reconnaissons le, n’ont pas pour théâtre
habituel des partis politiques, surtout pas le vieux FLN.
Pour pouvoir
friser le ridicule à ce point, il faut l’admettre, c’est le FLN va
de mal en pis. Mais pour Abdelaziz Belkhadem la situation est source
d’inquiétude sérieuse, même s’il fait semblant de s’en défendre, ce
qui n’est pas du tout dans ses tablettes, bien au contraire. Sa
décision de mettre en place une commission d’enquête n’a pas pour
but de trouver des coupables. Gageons que lui-même, de par sa
fonction et des habitudes clientélistes pratiquées dans le parti,
est parfaitement en mesure de situer ou de deviner les parties qui
sont derrière tout ce cirque. Aussi cette commission affiche-t-elle
toute sa détermination à ne pas se laisser déborder par quiconque et
constitue un avertissement sérieux à l’adresse de ses adversaires.
Cette commission est donc une arme à double tranchant. Ses
conclusion sont d’ores et déjà fort redoutables puisqu’il suffit
qu’elle prononce des noms, même sans preuves matérielles, pour que
leur porteurs soient perdus de réputation et exclus sur le champs
des rangs du parti. Cette commission est, à n’en pas douter, une
manoeuvre tactique qui permet, en résumé, à Belkhadem de déplacer et
de concentrer la fonction de l’organique à son niveau. Elle est là
pour fournir prétexte au SG contre tout adversaire qui franchirait
les limites du rapport de force interne ou qui tenterait de le
chambouler. Le procédé est plutôt extrême, certes, mais il permet
d’entrevoir toute la panique qui règne au sommet du FLN et la
gravité de la situation. Ce qui renvoie à l’importance des enjeux
qui animent le parti.
Au vrai, ce n’est
pas tant les tracts, ces manœuvres de coulisses propres aux «bonnes
vielles pratiques», mais c’est tout à fait autre chose qui semble
préoccuper Abdelaziz Belkhadem. Au cœur de la confusion générale, il
y a eu subrepticement la remise au goût du jour de l’ancien
secrétaire général Ali Benflis. Une opération surprise, qui ne
ressemble pas à un simple ballon de sonde, par «un collectif d’amis
du président» avec tout le cinéma du démenti de l’intéressé par la
suite. Mais le coup est parti et l’épouvantail du présidentiable est
là. Et tout indique que l’arrière garde du FLN se projette déjà sur
plusieurs scénarios. Le plus évident est, dans la phase actuelle de
retrait relatif du chef de l’Etat, d’empêcher que quiconque en
dehors du FLN d’avoir des ambitions que le poids du parti ne saurait
tolérer. L’attitude des différentes cercles du parti jetant la
suspicion sur ce que certains appellent une probabilité de
succession prématurée, tout indique que le parti joue sur plusieurs
tableaux à la fois, si ce n’est tous, c’est-à-dire avec ou sans
Bouteflika. Dans l’immédiat, il est urgent de barrer la route à tout
présidentiable qui n’ait pas sa carte FLN. Dans la perspective de
2007, le coup de poignard donné dans le dos d’Ouyahia sur la
question des salaires témoigne suffisamment de la volonté du vieux
parti unique de tout faire pour ne pas se trouver dans l’obligation
de sacrifier sa majorité dans les assemblées au nom de l’entente
obligée au sein l’alliance présidentielle. Dans la perspective de
2009, le FLN aura déjà tissé des liens avec les dirigeants de
l’ex-Fis, avec le FFS, avec l’UGTA et les syndicats autonomes et il
semble parfaitement disposé à jouer sur la fibre diplomatique pour
faire accepter le plus indiqué de ses candidats par les
chancelleries des pays les plus hostiles à l’Algérie, et c’est ce
qui explique d’ailleurs sa demande d’adhésion à l’internationale
socialiste. Enfin, pour ce qui est des probabilité liées à l’après
2009, le FLN poursuit ne s’empêche pas de poursuivre la mise en
route de sa commission sur la révision constitutionnelle. Ainsi, la
boucle est bouclée et Belkhadem et ses compagnons auront
pratiquement tout prévu. Il vrai est que le FLN n’est pas un parti
comme les autres : il n’exclut pas, il englobe et sa vocation la
plus grande limite à cela aujourd’hui, c’es encore sa crise interne
qui perdure.
Nabil Benali
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