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Douze ans après les accords Oslo
"Le Hamas ne
m’a pas tué"
Les Palestiniens
ont donné une belle leçon de démocratie en choisissant la voie de la
résistance et en refusant celle de la résignation. Ils viennent de
désigner la seule voie qui permet d’établir un véritable état
palestinien et d’en finir avec l’occupation israélienne. Les mises
en gardes américaines, israéliennes et de l’Union Européenne
confirment, si besoin est, la justesse du vote des Palestiniens.
Quant aux réactions des pays "frères", c’est déjà bien qu’ils
n’aient pas réclamé l’annulation des résultats des élections
législatives en Palestine occupée.
L’Union
européenne ne craint-elle pas le ridicule en sommant le mouvement
Hamas, victorieux des législatives palestiniennes du 25 janvier
dernier, de reconnaître Israël et de renoncer à la résistance armée
contre un occupant dont le palmarès quotidien est de tuer, appauvrir
et spolier les Palestiniens de leurs terres et de leurs biens ?
"L'UE coopérera avec un gouvernement palestinien pacifique", avait
déclaré la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita
Ferrero-Waldner, au lendemain de la victoire sans appel du Hamas.
Une attitude incompréhensible, accompagnée d’un chantage financier,
d’autant que des centaines d’observateurs européens et
internationaux ont eux-mêmes veillé à la bonne conduite de ces
élections.
S’agit-il donc de
refuser au peuple palestinien le droit de choisir sa voie dans le
recouvrement de sa liberté, de son indépendance et de sa dignité ?
Pense-t-on que les Palestiniens, dont des chrétiens qui ont voté
pour le mouvement Hamas, soient incapables de mesurer la portée de
leur choix ?
La victoire du
Hamas est indéniablement un "choix de résistance". Un choix qui
coupe court à toutes les tergiversations des "élites" du Fatah qui
ont monopolisé la gestion de la destinée du peuple palestinien sans
êtres capables de lui ramener son indépendance ni de bien gérer ses
affaires internes.
La corruption et
l’échec de l’établissement d’un Etat palestinien sont les
principales raisons de la victoire du Hamas ; il faut, bien
évidemment, y ajouter le travail de proximité des militants du
mouvement qui ont su, depuis plus d’une décennie, répondre aux
aspirations de leurs concitoyens sans distinction de religion, au
point d’avoir pu capter de précieuses voix chrétiennes lors du
scrutin du 25 janvier 2006.
Le vote en faveur
du Hamas est d’abord un vote de résistance contre l’occupation
israélienne. On n’a pas besoin d’être musulman pour en être
convaincu. Le communiqué de l’Union juive française (UJFP) pour la
paix en est un exemple. "Après l’élection du Hamas, une seule
solution : en finir avec l’occupation." C’est, d’ailleurs, le titre
qui a été choisi à ce communiqué du 27 janvier 2006 de l’UJFP qui
dénonce la campagne de désinformation qui considère que la victoire
du Hamas signifie que «le processus de paix est en danger" et qu’"il
n’y a plus de partenaire pour la paix". L’UJFP dénonce cette
campagne "d’abord parce que depuis toujours, les gouvernements
israéliens n’ont cessé d’affirmer ‘qu’il n’y a pas de partenaire
pour la paix’", ensuite "parce qu’il est mensonger de prétendre
qu’il y a des négociations en cours", il n’y a "que des convocations
pour régler avec eux de problèmes concernant la sécurité de
l’occupant".
Plus claire et plus
courageuse, l’UJFP estime que le danger vient de "la politique
constante des différents gouvernements israéliens" qui est "d’une
grande brutalité mêlant la colonisation, les humiliations
quotidiennes, la purification ethnique, l’annexion rampante, la
confiscation des richesses de la région et les assassinats ciblés"
"La victoire du
Hamas, c’est la fin des accords d’Oslo", claironnent nombre de
commentateurs politiques et médias occidentaux. Comme si les accords
d’Oslo, conclus en 1993, avaient été bel et bien appliqués sur le
terrain et que la venue du Hamas risquait de saborder ce qui aurait
été déjà réalisé. En fait, l’Union européenne comme l’administration
américaine savent trop bien que l’échec des accords d’Oslo est
exclusivement imputable à Israël. "Le ‘processus de paix’ est mort
depuis longtemps et ce sont les différents gouvernements israéliens
qui l’ont tué, avec la bénédiction américaine", affirme le
vice-président de l’UJFP, qui considère que les Israéliens ont tout
fait pour faire échec à tout accord avec les Palestiniens.
Près de douze ans
après Oslo, les questions essentielles de la cause palestinienne —
Jérusalem capitale de la Palestine, le démantèlement de toutes les
colonies et le droit au retour des réfugiés — restent inchangées.
D’ailleurs, le
drame de l’Autorité palestinienne sous la conduite de Mahmoud Abbas
est de ne pas vouloir reconnaître cet échec patent. Et continuer à
entretenir l’espoir fou qu’un jour, il sera possible d’obtenir des
"concessions" de la part d’Israël qui continue de fouler au pied
toutes les résolutions de l’ONU à propos de son retrait des
territoires occupés depuis 1967. Et lorsque Sharon décide d’un
"retrait unilatéral" de Gaza (reconnue par le droit international
comme étant un territoire palestinien), les Palestiniens sont sommés
de l’en remercier et de proclamer l’arrêt de la résistance !
Pourtant, il était clair qu’il ne s’agissait que d’une manœuvre qui
s’est accompagnée par une accélération de la colonisation et la
construction du mur de l’apartheid. Mais la communauté
internationale, si prompte à dénoncer les actions de la résistance
palestinienne (toutes tendances confondues), n’ose même pas demander
à Israël de détruire ce mur, malgré la condamnation du Tribunal
international de La Haye.
La victoire du
Hamas, c’est aussi la victoire des Palestiniens qui ont voulu
sanctionner la corruption au sein de l'Autorité et certains
responsables du Fatah (qui ont pu également écarter les éléments
honnêtes de ce mouvement). C’est aussi la défaite des services de
renseignement, israéliens en particulier, qui n’ont pas pu prévoir
ce raz-de-marée populaire.
Il est clair
aussi que les électeurs du Hamas n’ont pas tous voté pour son
programme idéologique. D’ailleurs, le vote pour les candidats du
Hamas n’était pas basé sur l’idéologie, mais sur des constantes
nationales qu’on peut résumer en deux points : la résistance à
l’occupant et la construction d’un pouvoir fort qui puisse tout
aussi bien mener vers l’indépendance que gérer de manière
transparente les affaires des Palestiniens.
Les Palestiniens,
dont beaucoup votent traditionnellement pour le Fatah, veulent en
finir avec la gestion catastrophique de l’Autorité palestinienne.
Les résultats d’une enquête sur la corruption, dont les résultats
ont été présentés dimanche dernier, montrent d’ailleurs que "près de
700 millions de dollars manquent dans les coffres de l’Autorité
palestinienne", selon le procureur général Ahmed Al-Meghani.
La corruption n’est
pas une affaire dans le quotidien des Palestiniens qui en souffrent
terriblement en plus du blocus que leur imposent les israéliens.
C’est ce qui explique aussi la victoire du Hamas, dont les
dirigeants et les militants sont réputés pour leur probité.
Comme le souligne
Alain Gresh, du Monde diplomatique, le mouvement Hamas "est
incontestablement populaire". Il dispose "de trois atouts majeurs
auprès de la population : sa participation à la résistance à
l’occupation, son réseau d’aide sociale (et) le dévouement
incontestable de ses cadres".
Cependant, la
victoire du Hamas ne sera pas de tout repos. Le mouvement sera
certainement confronté à d’innombrables défis, dont celui de ne pas
répéter les erreurs du Fatah, en commençant par éviter de
monopoliser le pouvoir et de s’ouvrir à toutes les tendances au sein
de la société palestinienne.
Abdelkader Djalil
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