Semaine du 8 au 14 février 2006

 

Douze ans après les accords Oslo

"Le Hamas ne m’a pas tué"

 

 
 
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Douze ans après les accords Oslo

"Le Hamas ne m’a pas tué"

Les Palestiniens ont donné une belle leçon de démocratie en choisissant la voie de la résistance et en refusant celle de la résignation. Ils viennent de désigner la seule voie qui permet d’établir un véritable état palestinien et d’en finir avec l’occupation israélienne. Les mises en gardes américaines, israéliennes et de l’Union Européenne confirment, si besoin est, la justesse du vote des Palestiniens. Quant aux réactions des pays "frères", c’est déjà bien qu’ils n’aient pas réclamé l’annulation des résultats des élections législatives en Palestine occupée.

L’Union européenne ne craint-elle pas le ridicule en sommant le mouvement Hamas, victorieux des législatives palestiniennes du 25 janvier dernier, de reconnaître Israël et de renoncer à la résistance armée contre un occupant dont le palmarès quotidien est de tuer, appauvrir et spolier les Palestiniens de leurs terres et de leurs biens ? "L'UE coopérera avec un gouvernement palestinien pacifique", avait déclaré la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, au lendemain de la victoire sans appel du Hamas. Une attitude incompréhensible, accompagnée d’un chantage financier, d’autant que des centaines d’observateurs européens et internationaux ont eux-mêmes veillé à la bonne conduite de ces élections.

S’agit-il donc de refuser au peuple palestinien le droit de choisir sa voie dans le recouvrement de sa liberté, de son indépendance et de sa dignité ? Pense-t-on que les Palestiniens, dont des chrétiens qui ont voté pour le mouvement Hamas, soient incapables de mesurer la portée de leur choix ?

La victoire du Hamas est indéniablement un "choix de résistance". Un choix qui coupe court à toutes les tergiversations des "élites" du Fatah qui ont monopolisé la gestion de la destinée du peuple palestinien sans êtres capables de lui ramener son indépendance ni de bien gérer ses affaires internes.

La corruption et l’échec de l’établissement d’un Etat palestinien sont les principales raisons de la victoire du Hamas ; il faut, bien évidemment, y ajouter le travail de proximité des militants du mouvement qui ont su, depuis plus d’une décennie, répondre aux aspirations de leurs concitoyens sans distinction de religion, au point d’avoir pu capter de précieuses voix chrétiennes lors du scrutin du 25 janvier 2006.

Le vote en faveur du Hamas est d’abord un vote de résistance contre l’occupation israélienne. On n’a pas besoin d’être musulman pour en être convaincu. Le communiqué de l’Union juive française (UJFP) pour la paix en est un exemple. "Après l’élection du Hamas, une seule solution : en finir avec l’occupation." C’est, d’ailleurs, le titre qui a été choisi à ce communiqué du 27 janvier 2006 de l’UJFP qui dénonce la campagne de désinformation qui considère que la victoire du Hamas signifie que «le processus de paix est en danger" et qu’"il n’y a plus de partenaire pour la paix". L’UJFP dénonce cette campagne "d’abord parce que depuis toujours, les gouvernements israéliens n’ont cessé d’affirmer ‘qu’il n’y a pas de partenaire pour la paix’", ensuite "parce qu’il est mensonger de prétendre qu’il y a des négociations en cours", il n’y a "que des convocations pour régler avec eux de problèmes concernant la sécurité de l’occupant".

Plus claire et plus courageuse, l’UJFP estime que le danger vient de "la politique constante des différents gouvernements israéliens" qui est "d’une grande brutalité mêlant la colonisation, les humiliations quotidiennes, la purification ethnique, l’annexion rampante, la confiscation des richesses de la région et les assassinats ciblés"

"La victoire du Hamas, c’est la fin des accords d’Oslo", claironnent nombre de commentateurs politiques et médias occidentaux. Comme si les accords d’Oslo, conclus en 1993, avaient été bel et bien appliqués sur le terrain et que la venue du Hamas risquait de saborder ce qui aurait été déjà réalisé. En fait, l’Union européenne comme l’administration américaine savent trop bien que l’échec des accords d’Oslo est exclusivement imputable à Israël. "Le ‘processus de paix’ est mort depuis longtemps et ce sont les différents gouvernements israéliens qui l’ont tué, avec la bénédiction américaine", affirme le vice-président de l’UJFP, qui considère que les Israéliens ont tout fait pour faire échec à tout accord avec les Palestiniens.

Près de douze ans après Oslo, les questions essentielles de la cause palestinienne — Jérusalem capitale de la Palestine, le démantèlement de toutes les colonies et le droit au retour des réfugiés — restent inchangées.

D’ailleurs, le drame de l’Autorité palestinienne sous la conduite de Mahmoud Abbas est de ne pas vouloir reconnaître cet échec patent. Et continuer à entretenir l’espoir fou qu’un jour, il sera possible d’obtenir des "concessions" de la part d’Israël qui continue de fouler au pied toutes les résolutions de l’ONU à propos de son retrait des territoires occupés depuis 1967. Et lorsque Sharon décide d’un "retrait unilatéral" de Gaza (reconnue par le droit international comme étant un territoire palestinien), les Palestiniens sont sommés de l’en remercier et de proclamer l’arrêt de la résistance ! Pourtant, il était clair qu’il ne s’agissait que d’une manœuvre qui s’est accompagnée par une accélération de la colonisation et la construction du mur de l’apartheid. Mais la communauté internationale, si prompte à dénoncer les actions de la résistance palestinienne (toutes tendances confondues), n’ose même pas demander à Israël de détruire ce mur, malgré la condamnation du Tribunal international de La Haye.

La victoire du Hamas, c’est aussi la victoire des Palestiniens qui ont voulu sanctionner la corruption au sein de l'Autorité et certains responsables du Fatah (qui ont pu également écarter les éléments honnêtes de ce mouvement). C’est aussi la défaite des services de renseignement, israéliens en particulier, qui n’ont pas pu prévoir ce raz-de-marée populaire.

Il est clair aussi que les électeurs du Hamas n’ont pas tous voté pour son programme idéologique. D’ailleurs, le vote pour les candidats du Hamas n’était pas basé sur l’idéologie, mais sur des constantes nationales qu’on peut résumer en deux points : la résistance à l’occupant et la construction d’un pouvoir fort qui puisse tout aussi bien mener vers l’indépendance que gérer de manière transparente les affaires des Palestiniens.

Les Palestiniens, dont beaucoup votent traditionnellement pour le Fatah, veulent en finir avec la gestion catastrophique de l’Autorité palestinienne. Les résultats d’une enquête sur la corruption, dont les résultats ont été présentés dimanche dernier, montrent d’ailleurs que "près de 700 millions de dollars manquent dans les coffres de l’Autorité palestinienne", selon le procureur général Ahmed Al-Meghani.

La corruption n’est pas une affaire dans le quotidien des Palestiniens qui en souffrent terriblement en plus du blocus que leur imposent les israéliens. C’est ce qui explique aussi la victoire du Hamas, dont les dirigeants et les militants sont réputés pour leur probité.

Comme le souligne Alain Gresh, du Monde diplomatique, le mouvement Hamas "est incontestablement populaire". Il dispose "de trois atouts majeurs auprès de la population : sa participation à la résistance à l’occupation, son réseau d’aide sociale (et) le dévouement incontestable de ses cadres".

Cependant, la victoire du Hamas ne sera pas de tout repos. Le mouvement sera certainement confronté à d’innombrables défis, dont celui de ne pas répéter les erreurs du Fatah, en commençant par éviter de monopoliser le pouvoir et de s’ouvrir à toutes les tendances au sein de la société palestinienne.

Abdelkader Djalil

 

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