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Trente ans après la
création de la RASD
Les Sahraouis attendent leur référendum d’autodétermination
Le
30e anniversaire de la République arabe sahraouie démocratique (RASD)
a été célébré cette année à Tifariti, à
quelque
300 Km de la
frontière algérienne,
dans une partie des territoires sahraouis libérés, en présence d’un
millier de personnes, dont plus de 800 invités étrangers,
représentant une cinquantaine de pays des différents continents.
Placé sous le signe de la voie pacifique et des droits légitimes à
l’autodétermination, le 27 février 2006 a également été commémoré
dans les campements de réfugiés sahraouis de Tindouf (sud-ouest
algérien) malgré les empreintes, encore présentes, des dernières
intempéries, ainsi que dans les territoires occupés du Sahara
occidental.
A
deux jours des festivités officielles, une
conférence internationale de solidarité avec le peuple sahraoui
s'est tenue dans le camp des réfugiés d'El Ayoun, portant sur quatre
thèmes, dont la proclamation de
la RASD en
1976 comme « étape essentielle dans le combat anticolonial » et la
« responsabilité permanente » de l’ONU pour un référendum
d’autodétermination. Dans sa résolution finale adoptée le 27 février
dernier à Tifariti, la conférence internationale a adressé un
message à l'Unité Africaine pour avoir montré la voie à suivre dans
l’histoire de la décolonisation de l'Afrique. Elle a aussi appelé le
Conseil de sécurité des Nations Unies et le secrétaire général Kofi
Annan à respecter les engagements pris en 1991, lorsque le Front
Polisario a accepté le cessez-le-feu « en échange de l'application
sans délais de son droit à l'autodétermination par voie référendaire
sous contrôle international ». « Nous appelons solennellement (…) le
Conseil de sécurité et le secrétaire général des Nations Unies à
reprendre l'initiative, conformément aux droits et à la légalité
internationale, afin de sanctionner le Maroc et de l'obliger à se
retirer des territoires occupés, à déminer et à détruire le mur (…),
à assurer le droit au retour pour tous les réfugiés sahraouis et
pour satisfaire la revendication légitime du peuple sahraoui à un
Etat souverain dans les frontières internationalement reconnues du
Sahara Occidental », ont déclaré les participants. Puis
d’interpeller l'Union européenne, la France et l'Espagne, en leur
demandant d’agir de concert avec les Nations Unies pour contraindre
Rabat à respecter les résolutions onusiennes, les conventions de
Genève et l'accord d'association UE-Maroc.
L’idée
d’autonomie rejetée « globalement et dans le détail »
Dans
son discours consacré à la commémoration, le président de la RASD a
annoncé que les Sahraouis rejettent « globalement
et dans le détail » l’idée d'autonomie proposée par le Maroc. Pour
Mohamed Abdelaziz, la célébration du 30è
anniversaire de la République sahraouie à Tifariti, se veut
être un message clair pour faire
comprendre à la Communauté internationale que toute solution au
conflit passe par le respect de la
volonté du peuple sahraoui, à travers « un référendum libre, juste
et impartial ». Récemment, l’ambassadeur de la RASD à Alger a
réitéré la position sahraouie, rappelant que l’autonomie du Sahara
occidental est une des options contenue dans le référendum, au même
titre que l’intégration au royaume chérifien et l’indépendance.
Mohamed Islem Beïssat a en outre beaucoup insisté sur le principe de
la consultation référendaire, à la fois conforme à l’esprit de l’ONU
et toujours respecté par le Conseil de sécurité.
Il
est à souligner que les festivités de Tifariti ont été marquées par
des défilés militaires, mais également par de nombreux messages de
félicitations et de soutiens à la cause sahraouie. Dans une lettre
qu’il a adressée au Chef de l’Etat sahraoui, le président algérien a
rappelé que son pays continuera à assumer ses responsabilités pour
que prévale un règlement conforme à la légalité internationale, en
se référant au plan de paix de l’ONU. Abdelaziz Bouteflika a en
outre noté que cette cérémonie se déroule à un moment où se réalise
« l’unité du peuple sahraoui dans sa volonté de déterminer librement
son avenir », faisant ainsi allusion aux mêmes revendications
formulées par les populations sahraouies, malgré leur séparation par
le mur de la honte.
L'Union
africaine, par la voix de son commissaire chargé des infrastructures
et de l'Energie, s’est dite, quant à elle, résolument aux côtés de
la cause et du peuple sahraoui. Bernard Zoba a également affirmé que
l’organisation appuie pleinement la mise en œuvre du Plan Baker,
« un plan unanimement soutenu par la communauté internationale en
vue d'une solution pacifique, juste et durable du conflit qui n'a
que trop duré ».
L’organisation des festivités en territoire sahraoui bombardé au
napalm par les FAR à la fin août 1991, a vraisemblablement alarmé le
Makhzen et pas mal de médias marocains. Le Maroc a invoqué la
violation par le Front Polisario de l’accord de cessez-le-feu,
prétendant que Tifariti est une zone tampon. Il a sciemment
entretenu le flou sur le lieu de la commémoration, qui a pourtant
enregistré la présence des membres de la Minurso, et dénoncé une
soi-disant absence de liberté de mouvement des réfugiés sahraouis,
pour le plaisir d’accabler l’Algérie de tous les maux du monde.
Mais, cette valse plaintive et mensongère ne trompe personne, pour
la simple raison que ce tintamarre cache mal des desseins
expansionnistes. Nous débouchons ainsi sur le projet de « large
autonomie » au Sahara occidental que Rabat compte soumettre aux
Nations unies. Jeudi dernier, le porte-parole du gouvernement
marocain a annoncé les prochaines consultations des partis
politiques autour dudit projet, sur instruction du roi Mohammed VI.
«L'initiative du Maroc vise à consacrer l'idée d'autonomie dans le
cadre de la souveraineté du royaume», a précisé Nabil Benabdellah
lors d’un point de presse.
Le
conseil de sécurité et l’après-avril 2006
On l’aura
compris, le Maroc ne veut pas entendre parler de référendum
d’autodétermination au Sahara occidental, alors qu’il l’a accepté en
1982, 1991 et 1997. Le Maroc a même rejeté le plan Baker en 2003 et
semble aujourd’hui décidé à arracher un nouveau plan onusien, en mai
2006, qui lui consacrerait la souveraineté sur un « territoire non
autonome », c’est-à-dire un territoire à décoloniser. C’est
justement dans ce cadre que s’inscrivent la mise en place de la
stratégie de dénigrement du Polisario, cette autre « partie » du
conflit, et le travail sournois effectué par le lobby marocain pour
la réduction de l’aide internationale aux réfugiés sahraouis, de
même que les campagnes d’hystérie contre l’Algérie, restée fidèle à
sa propre histoire et toujours attachée à la légalité
internationale.
Trente ans après la proclamation de la République sahraouie par le
mouvement de libération nationale de la Saguia El Hamra et Rio de
Oro, le Front Polisario, et en dépit des 82 reconnaissances de la
RASD à travers le monde, les Sahraouis sont privés des deux tiers de
leur territoire, enfermés illégalement par un mur de sable, où sont
implantés des millions de mines et derrière lequel sont postés des
centaines de milliers de soldats marocains, avec tout l’arsenal
militaire.
Alors
que Rabat continue de tourner le dos à ses engagements
internationaux et agresse violemment les acteurs de l’Intifada
sahraouie, la RASD et le Polisario ne cessent de multiplier les
gestes en faveur de la paix et la stabilité de la région :
libération des 404 derniers prisonniers de guerre marocains,
destruction récente de plus de 3000 mines antipersonnel, ouverture
des camps de réfugiés et des territoires libérés sahraouis aux
médias et observateurs internationaux, etc.
Il
est donc clair que les déclarations de Mme Leire Pajin, secrétaire
d’Etat espagnole à la coopération internationale, transmises sur la
chaîne télévisée Antena 3 jeudi passé, sont les bienvenues : elles
viennent situer pour la énième fois le conflit maroco-sahraoui dans
son contexte naturel. « C’est au peuple sahraoui de décider de son
futur à travers un référendum d’autodétermination », a affirmé la
responsable ibérique, en reconnaissant la responsabilité historique
de l’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental,
encore interpellée par sa « dette éthique et morale envers le peuple
sahraoui ».
Après
tout cela, il sera plus aisé au Conseil de sécurité de trouver, au
cours de sa prochaine réunion, l’issue adéquate à un conflit vieux
de quarante ans, en conformité avec la raison d’être onusienne.
Z’hor
Chérief
Haut
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