Semaine du 8 au 14 Mars  2006

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Du répit pour le secteur bancaire

 

 
 
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Du répit pour le secteur bancaire

La phase d’assainissement, parfois expéditif, menée par les autorités monétaires est terminée. A présent, tout est fait pour afficher une plus grande sérénité de la place financière et tout est misé sur les bonnes nouvelles d’une privatisation réussie du CPA. La période de turbulences est-elle déjà derrière ?

Les établissements financiers douteux et représentant "un danger" pour l’Algérie, c’est déjà du passé. Et même s’il n’y plus aucune banque privée à 100% algérienne, c’est tout le secteur bancaire privé qui est désormais assaini, après un travail de rouleau compresseur des organes de contrôle de la Banque centrale qui ont cru rattraper ainsi la très éclaboussante affaire Khalifa.

Début février, la Commission bancaire, statuant sur la base de l’acte de griefs dressé à l’encontre de la Banque générale méditerranéenne, a décidé, après constat de non-respect par la banque des dispositions légales relatives à la libération du capital souscrit, que la banque a enregistré des pertes successives sur les trois derniers exercices clos qui ont érodé ses fonds propres, la non-viabilité patrimoniale de cette banque et son incapacité opérationnelle, a décidé du retrait de son agrément et sa mise en liquidation. Les mêmes procédure et résultat ont été le lot, un mois et demi auparavant, de la Compagnie algérienne de banque, un dossier alourdi, selon la Commission bancaire, par l'incapacité déclarée des actionnaires de constituer le capital minimum requis et l’état de cessation de paiement de cette banque. Ce même mois de décembre 2005, la Commission bancaire devait liquider l'établissement financier Algerian International Bank, sous administration provisoire depuis janvier 2002, et retirer leurs agréments à la Mouna Bank du très discret homme d’affaires d’Oran Ben Saadoune et à l’Arco Bank de son confrère Rahim, qui garde le contrôle de plusieurs affaires dont la compagnie d’assurances 2A et le Hilton entre autres. Ces deux banques ayant été dans l’incapacité de relever leur capital social minimum comme le commande la loi sur la monnaie et le crédit telle qu’amendée.

Par plusieurs fois, donc, c’est sur les deniers de l’Etat, et donc sur le Trésor public, qu’il faudra compter pour indemniser les déposants. Car les décisions de liquidation prises par la Commission bancaire entraînent systématiquement la mise en œuvre du dispositif de garantie des dépôts dont la Société de garantie des dépôts bancaires, celle-ci étant "l'intervenant pour assurer l'indemnisation rapide des petits déposants dans le cadre de la législation et de la réglementation en vigueur".

Mais la stabilité de la place financière est à ce prix. Car, après le départ des établissements hors normes, la Banque d’Algérie a tenté d’adresser un message fort à la communauté financière en  accordant les autorisations d’augmentation de capital introduites par la CNM Banque, Gulf Bank Algérie, Trust Bank – Algeria et Housing Bank for Trade and Finance – Algeria. 

Remarquons au passage la petite nuance qui veut que dans les communiqués de la Banque d’Algérie, les mesures de liquidation émanent de la Commission bancaire, alors que les bonnes nouvelles portent l’en-tête du Conseil de la monnaie et du crédit présidé par le gouverneur, M. Laksassi. Mais qu’à cela ne tienne, avec ces dernières augmentations, l’ensemble des banques se met en conformité avec les dispositions du règlement 04-01 relatif au capital minimum des banques, établissements financiers, succursales de banques et établissements financiers étrangers exerçant en Algérie. Pour l’institut d’émission, "ces augmentations consolident de manière appréciable les fonds propres des banques, ancrage nécessaire pour une intermédiation plus efficiente". Et le contexte est d’autant plus favorable au lancement des chantiers en retard que la Banque centrale semble mettre du cœur à l’ouvrage. Ainsi, est-il annoncé le lancement du dispositif du règlement en temps réel des gros montants et des paiements urgents, entré en fonctionnement dans le système bancaire algérien depuis le 8 février 2006.

Dans un communiqué parvenu à notre rédaction, la Banque d’Algérie se félicite de la mise en place du système ARTS (Algeria Real Time Settlements) qui devra permettre le paiement par virement bancaire de tout montant égal ou supérieur à un million de dinars, ainsi que les paiements des montants inférieurs à un million de dinars mais que la clientèle estime "urgents" et qui doivent, de ce fait, être effectués par le système ARTS. Les participants à ce nouveau système sont les banques commerciales, le Trésor public, Algérie Poste, le dépositaire central Algérie Clearing (pour les paiements à la Bourse) et le Centre de précompensation interbancaire (pour les paiements de masse). La Banque d’Algérie assure, elle, la gestion, la surveillance et le contrôle de ce système. Ce nouveau dispositif permettra aux banques "l’amélioration considérable des délais de recouvrement des créances des agents économiques, l’estimation la plus détaillée des besoins des liquidités journalières, le suivi le plus précis des réserves obligatoires ainsi qu’une meilleure conduite de la politique monétaire de la Banque d’Algérie". Il favoriserait aussi une bancarisation plus large et aiderait à lutter contre le blanchiment d’argent puisqu’il est censé faciliter la traçabilité complète des opérations de paiement par virement des gros montants. Concrètement, le système ARTS est élaboré de manière que dès que l’ordre de paiement est envoyé à une banque, il est exécuté en temps réel avec une vérification préalable et rapide si le compte bancaire à débiter peut couvrir cette opération. Toute banque ou établissement financier participant au système ARTS sera désormais dans l’obligation de s’assurer que la position de son compte de règlement lui permet de couvrir tous les ordres émis par ses soins.

Cette innovation n’est pas sans importance et elle n’est pas uniquement technique dans la mesure où le système bancaire algérien est appelé à se conformer, dans les quelques années à venir, aux dispositions de l’accord de Bâle II. Mais il va sans dire qu’au cœur de cette accalmie difficilement recouvrée, le gros morceau reste sans doute la privatisation du CPA, dont la prochaine étape doit être annoncée dans les semaines à venir par une présélection des plus édifiantes.

Nabil Benali

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