Semaine du 8 au 14 Mars 2006

Proche-Orient

Moscou se redéploie

La montée du Hamas

"Un fiasco total" pour Washington

Chine

Nouvelle campagne socialiste

 

 
 
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Proche-Orient

Moscou se redéploie

Avec la visite du Hamas à Moscou et sa proposition pour tenter de trouver une issue à la crise nucléaire iranienne, la diplomatie russe cherche visiblement à retrouver un rôle actif au Proche-Orient face aux Etats-Unis. En invitant le mouvement palestinien à Moscou, le président Vladimir Poutine a clairement manifesté ses ambitions, alors que les Occidentaux s’interrogent encore sur l’attitude à adopter face au Hamas, qui a remporté haut la main les élections palestiniennes de janvier. "Pour Poutine, c’est une chance de revenir au Moyen-Orient. Peut-être pourra-t-il trouver une voie entre les pragmatiques et les radicaux du Hamas, une plate-forme pour des négociations plus larges", analyse Alexeï Malachenko du Centre Carnegie de Moscou.

En accueillant prudemment l’invitation du Hamas à Moscou, les Etats-Unis et l’Union européenne ont concédé de fait que la Russie avait peut-être une carte à jouer et que ces entretiens permettraient d’y voir plus clair sur les intentions du mouvement, toujours considéré par Washington et les Européens comme terroriste.

Après avoir fait profil bas sur un certains nombres de dossiers et laissé les Etats-Unis mener seuls la barque sur la scène internationale, Moscou se distingue en prenant langue avec un mouvement que les Israéliens et Américains se sont évertués à isoler et diaboliser. La Russie pourrait ainsi retrouver une audience dans une région où les liens tissés avec les pays arabes à l’époque soviétique se sont distendus après l’effondrement de l’URSS en 1991, à l’exception notable de la Syrie.

Même s’il n’a pas rencontré lui-même le représentant de Hamas, qui a été reçu par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, Vladimir Poutine a voulu monter qu’il suivait le dossier de près en s’entretenant au même moment par téléphone avec le président égyptien Hosni Moubarak de cette visite.

La Russie poursuit la même logique dans le dossier nucléaire iranien où elle tente de jouer un rôle de premier plan avec sa proposition d’enrichissement d’uranium, tout en cherchant à éviter des sanctions internationales à Téhéran.

"Il y a une grande rivalité entre la Russie, les Etats-Unis et l’Europe au Moyen-Orient qui s’est accrue avec la guerre en Irak. Pour la Russie, l’Iran est un allié clé dans la région, de même que l’Inde", relève Victor Kremeniouk de l’Institut d’études des Etats-Unis et du Canada à Moscou.

"Les Etats-Unis ont perdu l’Iran il y a 20 ans (avec la révolution islamique). La Russie n’a pas l’intention de les laisser y revenir", résume l’analyste.

En s’opposant à la guerre en Irak au côté de la France, Vladimir Poutine a donné un coup de frein à la politique de rapprochement qu’il avait esquissée avec Washington au nom de la "guerre contre le terrorisme".

La diplomatie russe n’a certes pas remporté de victoire à ce jour sur le nucléaire iranien. Mais Moscou montre au monde entier qu’il est capable de parler avec les Iraniens et de faire des propositions concrètes. La Russie défend aussi ses intérêts économiques dans la région, où elle compte de nombreux clients (à commencer par l’Iran et la Syrie) pour ses armes et où elle veut aussi exporter sa technologie nucléaire civile.

Quoi qu’il en soit et même si les résultats de ses tractations diplomatiques ne sont pas pour le moment probants voire visibles, la Russie fait un retour remarqué en se distinguant par ses positions des autres puissances.     

 

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La montée du Hamas

"Un fiasco total" pour Washington

La  victoire du mouvement islamiste Hamas aux élections palestiniennes a marqué "un fiasco total" de la diplomatie américaine au Proche-Orient. C’est le constat de l’ancien premier ministre russe Evgueni Primakov, qui est aussi un spécialiste reconnu du monde arabe.

La victoire du Hamas au scrutin du 25 janvier a mis en exergue le ratage des tentatives américaines d’exporter la démocratie au Proche-Orient, a déclaré celui qui a également dirigé la diplomatie et le renseignement extérieur russe, lors d’une conférence de presse. Il a jugé que l’Occident commettait une erreur en continuant, après ces élections, à traiter le Hamas comme une organisation terroriste, en lui demandant de reconnaître formellement Israël et en cherchant à l’affaiblir financièrement, comme Washington en a l’intention. Le mouvement de Khaled Mechaal "doit être impliqué dans le plan de paix contenu dans la feuille de route et promu par le quartette de médiateurs internationaux" (Etats-Unis, Russie, Onu et Union européenne), a précisé Evgueni Primakov.

 

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Chine

Nouvelle campagne socialiste

Pour calmer l'agitation dans les régions rurales, le Premier ministre chinois a promis que l'Etat allait y investir davantage, notamment dans l'éducation, la santé et les infrastructures. "Construire une nouvelle campagne socialiste est une tâche historique majeure", a annoncé Wen Jiabao lors de la grand-messe qu’est la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP, Parlement). Pékin va débloquer un montant supplémentaire, dépensant ainsi 15% de plus pour les campagnes dont le budget 2006 s'élèvera à 34,3 milliards d'euros. Ces investissements dans les écoles, les soins médicaux, les aides agricoles et les infrastructures vont produire un "changement rapide et significatif dans l'apparence générale des campagnes", a promis Wen Jiabao lors de son discours devant les 2 927 délégués de l'ANP, réunis en début de semaine dans le grand hall du Peuple, à Pékin. Sur les 1,3 milliard d'habitants que compte la Chine, quelque 800 millions vivent à la campagne et la plupart d'entre eux n'ont pas récolté les fruits du boom économique. Dans certaines régions, la colère monte, alimentée par la pauvreté, la corruption et d'autres problèmes, notamment les expropriations. Certains agriculteurs n'apprécient pas de voir les terres confisquées pour la construction d'usines ou d'autres projets. En outre, les compensations versées sont jugées bien insuffisantes. Sur le plan économique, Wen Jiabao a promis "un développement rapide mais constant" tout en annonçant une croissance de 8% au lieu des 9,9% de l'année dernière et des projections à 9,2% de la Banque mondiale. Le Premier ministre a expliqué que l'une des priorités serait d'augmenter la consommation intérieure, une façon pour la Chine d'être moins dépendante de ses exportations, que les Etats-Unis et l'Europe cherchent à limiter. Par ailleurs, Wen Jiabao s'est engagé à renouer le dialogue avec Taiwan, séparé de la Chine continentale depuis 1949, mais a une nouvelle fois mis en garde les dirigeants de l'île contre toute velléité d'indépendance. Au plan politique, aucune ouverture n’est annoncée et c’est toujours l’unicité de pensée. La session annuelle de l'ANP, qui dure dix jours, est un événement extrêmement codifié de la vie politique chinoise, même si cette Assemblée ne dispose d'aucun pouvoir réel et fait plutôt figure de chambre d'enregistrement des décisions prises par les instances du Parti communiste. La Chine continue ainsi de s’acharner à concilier autoritarisme politique et libéralisme économique. Paradoxe de cet immense territoire : alors que des pans entiers de son économie et de sa société se sont largement intégrés dans les circuits capitalistes, le système politique demeure paralysé.

 

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