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Proche-Orient
Moscou se redéploie
Avec
la visite du Hamas à Moscou et sa proposition pour tenter de trouver
une issue à la crise nucléaire iranienne, la diplomatie russe
cherche visiblement à retrouver un rôle actif au Proche-Orient face
aux Etats-Unis. En invitant le mouvement palestinien à Moscou, le
président Vladimir Poutine a clairement manifesté ses ambitions,
alors que les Occidentaux s’interrogent encore sur l’attitude à
adopter face au Hamas, qui a remporté haut la main les élections
palestiniennes de janvier. "Pour Poutine, c’est une chance de
revenir au Moyen-Orient. Peut-être pourra-t-il trouver une voie
entre les pragmatiques et les radicaux du Hamas, une plate-forme
pour des négociations plus larges", analyse Alexeï Malachenko du
Centre Carnegie de Moscou.
En
accueillant prudemment l’invitation du Hamas à Moscou, les
Etats-Unis et l’Union européenne ont concédé de fait que la Russie
avait peut-être une carte à jouer et que ces entretiens
permettraient d’y voir plus clair sur les intentions du mouvement,
toujours considéré par Washington et les Européens comme terroriste.
Après
avoir fait profil bas sur un certains nombres de dossiers et laissé
les Etats-Unis mener seuls la barque sur la scène internationale,
Moscou se distingue en prenant langue avec un mouvement que les
Israéliens et Américains se sont évertués à isoler et diaboliser. La
Russie pourrait ainsi retrouver une audience dans une région où les
liens tissés avec les pays arabes à l’époque soviétique se sont
distendus après l’effondrement de l’URSS en 1991, à l’exception
notable de la Syrie.
Même
s’il n’a pas rencontré lui-même le représentant de Hamas, qui a été
reçu par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, Vladimir
Poutine a voulu monter qu’il suivait le dossier de près en
s’entretenant au même moment par téléphone avec le président
égyptien Hosni Moubarak de cette visite.
La
Russie poursuit la même logique dans le dossier nucléaire iranien où
elle tente de jouer un rôle de premier plan avec sa proposition
d’enrichissement d’uranium, tout en cherchant à éviter des sanctions
internationales à Téhéran.
"Il y
a une grande rivalité entre la Russie, les Etats-Unis et l’Europe au
Moyen-Orient qui s’est accrue avec la guerre en Irak. Pour la
Russie, l’Iran est un allié clé dans la région, de même que l’Inde",
relève Victor Kremeniouk de l’Institut d’études des Etats-Unis et du
Canada à Moscou.
"Les
Etats-Unis ont perdu l’Iran il y a 20 ans (avec la révolution
islamique). La Russie n’a pas l’intention de les laisser y revenir",
résume l’analyste.
En
s’opposant à la guerre en Irak au côté de la France, Vladimir
Poutine a donné un coup de frein à la politique de rapprochement
qu’il avait esquissée avec Washington au nom de la "guerre contre le
terrorisme".
La
diplomatie russe n’a certes pas remporté de victoire à ce jour sur
le nucléaire iranien. Mais Moscou montre au monde entier qu’il est
capable de parler avec les Iraniens et de faire des propositions
concrètes. La Russie défend aussi ses intérêts économiques dans la
région, où elle compte de nombreux clients (à commencer par l’Iran
et la Syrie) pour ses armes et où elle veut aussi exporter sa
technologie nucléaire civile.
Quoi
qu’il en soit et même si les résultats de ses tractations
diplomatiques ne sont pas pour le moment probants voire visibles, la
Russie fait un retour remarqué en se distinguant par ses positions
des autres puissances.
Haut
La montée
du Hamas
"Un fiasco total" pour Washington
La
victoire du mouvement islamiste Hamas aux élections palestiniennes a
marqué "un fiasco total" de la diplomatie américaine au
Proche-Orient. C’est le constat de l’ancien premier ministre russe
Evgueni Primakov, qui est aussi un spécialiste reconnu du monde
arabe.
La
victoire du Hamas au scrutin du 25 janvier a mis en exergue le
ratage des tentatives américaines d’exporter la démocratie au
Proche-Orient, a déclaré celui qui a également dirigé la diplomatie
et le renseignement extérieur russe, lors d’une conférence de
presse. Il a jugé que l’Occident commettait une erreur en
continuant, après ces élections, à traiter le Hamas comme une
organisation terroriste, en lui demandant de reconnaître
formellement Israël et en cherchant à l’affaiblir financièrement,
comme Washington en a l’intention. Le mouvement de Khaled Mechaal
"doit être impliqué dans le plan de paix contenu dans la feuille de
route et promu par le quartette de médiateurs internationaux"
(Etats-Unis, Russie, Onu et Union européenne), a précisé Evgueni
Primakov.
Haut
Chine
Nouvelle campagne socialiste
Pour calmer l'agitation dans les
régions rurales, le Premier ministre chinois a promis que l'Etat
allait y investir davantage, notamment dans l'éducation, la santé et
les infrastructures. "Construire une nouvelle campagne socialiste
est une tâche historique majeure", a annoncé Wen Jiabao lors de la
grand-messe qu’est la session annuelle de l'Assemblée nationale
populaire (ANP, Parlement). Pékin va débloquer un montant
supplémentaire, dépensant ainsi 15% de plus pour les campagnes dont
le budget 2006 s'élèvera à 34,3 milliards d'euros. Ces
investissements dans les écoles, les soins médicaux, les aides
agricoles et les infrastructures vont produire un "changement rapide
et significatif dans l'apparence générale des campagnes", a promis
Wen Jiabao lors de son discours devant les 2 927 délégués de l'ANP,
réunis en début de semaine dans le grand hall du Peuple, à Pékin.
Sur les 1,3 milliard d'habitants que compte la Chine, quelque 800
millions vivent à la campagne et la plupart d'entre eux n'ont pas
récolté les fruits du boom économique. Dans certaines régions, la
colère monte, alimentée par la pauvreté, la corruption et d'autres
problèmes, notamment les expropriations. Certains agriculteurs
n'apprécient pas de voir les terres confisquées pour la construction
d'usines ou d'autres projets. En outre, les compensations versées
sont jugées bien insuffisantes. Sur le plan économique, Wen Jiabao a
promis "un développement rapide mais constant" tout en annonçant une
croissance de 8% au lieu des 9,9% de l'année dernière et des
projections à 9,2% de la Banque mondiale. Le Premier ministre a
expliqué que l'une des priorités serait d'augmenter la consommation
intérieure, une façon pour la Chine d'être moins dépendante de ses
exportations, que les Etats-Unis et l'Europe cherchent à limiter.
Par ailleurs, Wen Jiabao s'est engagé à renouer le dialogue avec
Taiwan, séparé de la Chine continentale depuis 1949, mais a une
nouvelle fois mis en garde les dirigeants de l'île contre toute
velléité d'indépendance. Au plan politique, aucune ouverture n’est
annoncée et c’est toujours l’unicité de pensée. La session annuelle
de l'ANP, qui dure dix jours, est un événement extrêmement codifié
de la vie politique chinoise, même si cette Assemblée ne dispose
d'aucun pouvoir réel et fait plutôt figure de chambre
d'enregistrement des décisions prises par les instances du Parti
communiste. La Chine continue ainsi de s’acharner à concilier
autoritarisme politique et libéralisme économique. Paradoxe de cet
immense territoire : alors que des pans entiers de son économie et
de sa société se sont largement intégrés dans les circuits
capitalistes, le système politique demeure paralysé.
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