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Sans surprise
Ainsi donc ce qui
n’était qu’une simple supputation est désormais confirmé. Le
référendum portant révision de la Constitution ne devrait pas avoir
lieu avant le 31 décembre 2007. L’annonce en a été faite en deux
temps. Une première fois, par la bouche même de celui qui a porté à
bras le corps ce projet de révision de la loi fondamentale du pays,
Abdelaziz Belkhadem. Les observateurs n’avaient pas encore digéré la
nouvelle, que Noureddine Yazid Zerhouni est venu confirmer l’annonce
en déclarant vingt quatre heures plus tard que le rendez-vous pris
par Abdelaziz Bouteflika est compromis du fait de la difficulté de
situer une date pour la tenue de la consultation populaire. Le
premier responsable du département à qui revient la charge
d’organiser toutes les élections arguera le manque de temps du fait
de la nécessité de respecter les délais de vigueur fixés pour la
convocation du corps électoral. Après l’argument d’un agenda chargé
avancé par le chef du gouvernement est venu se greffer l’argument
technique présenté par le ministre de l’Intérieur. On notera au
passage que pour sa part, le président de la République s’est
abstenu de faire la moindre allusion au sujet. Un mutisme observé
depuis pratiquement le jour où il a fait l’annonce de son intention,
«si Dieu le veut», d’organiser un référendum avant la fin de
l’année. Une position qui avait suscité moult supputations. Et
pourtant à bien regarder, ce report, confirmé aujourd’hui, n’est pas
aussi étonnant qu’il pourrait le sembler. Sauf que contrairement à
ce qui est avancé la véritable raison ne relève pas de l’explication
technique mais du politique Et pour cause. La viabilité du projet de
la révision de la Constitution, aura-t-on constaté après l’annonce
du Président en juillet 2006, n’aura été possible que parce que le
FLN s’est accroché à l’idée. Et c’est à se demander aujourd’hui si
le parti de Belkhadem n’aura pas tenté, vainement du reste, de
donner vie à un projet mort-né. En effet, avec le recul nécessaire
pour analyser la situation, il est utile de rappeler que si l’idée
de la révision de la loi fondamentale du pays a semblé réalisable,
c’est en raison en premier lieu du matraquage médiatique fait autour
de cette initiative par le FLN. La formation de Belkhadem, qui loin
de faire dans la philanthropie politique, avait en réalité ses
propres calculs en poussant le président de la République à se
réapproprier un projet qu’il semblait avoir abandonné au bout d’un
mandat, en raison sans nul doute de son infaisabilité. Mais le FLN,
qui depuis l’arrivée de Belkhadem à sa tête et du retour en force du
courant idéologique qu’il représente ont su habilement manœuvrer, ne
l’entendait pas de cette oreille. Le départ de Ahmed Ouyahia de la
chefferie du gouvernement est un exemple édifiant des capacités de
persuasion des dirigeants Flnistes qui avant cet épisode, avaient
réussi l’exploit d’introniser Abdelaziz Bouteflika à la tête de leur
parti. Les derniers doutes quant à l’existence de calculs à travers
cette révision présentée comme impérieuse, ont été balayés par le
contenu du projet de la mouture élaborée par une commission
installée à cet effet par Belkhadem et dont la presse a réussi à se
procurer une copie. Les amendements proposés visaient un seul but.
Celui de constitutionnaliser le renforcement du FLN sur la scène
politique. D’aucuns avaient mis en garde du fait que la nouvelle
constitution exposait le pays au retour à l’ère du parti unique.
Conscient de ce danger et afin d’éviter le risque de se faire taxer
d’opposant à la démarche présidentielle, d’autant que le FLN dans le
but manifeste de créer un intéressement, a joué sur l’ambition
légitime de tout président de briguer un troisième mandat, le RND a
pris le soin de faire la part des choses en déclarant par la bouche
de son SG, alors qu’il était toujours à la tête du gouvernement, que
l’amendement de l’article 74 relatif au nombre de mandats pouvait
être amendé par la voie du Parlement sans passer par la voie
référendaire. La précision apportée avait surtout pour but de lever
toute équivoque. Ouyahia ayant pris le soin de souligner au
préalable que son opposition obéissait en fait à son souci de
prémunir l’Algérie, car le pays n’étant pas présentement en mesure
institutionnellement de faire face à un changement dans la nature de
son régime politique. L’argument aussi paradoxal que cela puisse
paraître ne sera plus brandi. On préfèrera débattre du projet sous
l’angle de prérogatives des uns et des autres à présenter un projet
de révision de la constitution. Mais de toute évidence il n’a pas
disparu. Aujourd’hui, il est loisible de penser qu’il a même pesé.
L’annonce du report est là pour conforter cette hypothèse. Mais l’on
ne peut s’empêcher d’affirmer que les uns et les autres parmi les
opposants et les partisans d’une révision de la loi fondamentale
gagneraient à l’avenir à instaurer un réel débat sur l’opportunité
d’une telle initiative. L’amendement de la Constitution est un sujet
bien plus important pour le laisser entre les mains d’une seule
formation politique. Et a fortiori lorsque cette formation est le
FLN. L’implication de tous est attendue. Ce n’est que par cette
mobilisation qu’on fera, peut-être, l’économie d’une révision
constitutionnelle qui interviendrait au bout des dix prochaines
années.
Nadia Kerraz
Haut
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