Semaine du 8 au 14 novembre 2006

L'éditorial : Par Nadia Kerraz

Sans surprise

 

 
 
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Sans surprise

Ainsi donc ce qui n’était qu’une simple supputation est désormais confirmé. Le référendum portant révision de la Constitution ne devrait pas avoir lieu avant le 31 décembre 2007. L’annonce en a été faite en deux temps. Une première fois, par la bouche même de celui qui a porté à bras le corps ce projet de révision de la loi fondamentale du pays, Abdelaziz Belkhadem. Les observateurs n’avaient pas encore digéré la nouvelle, que Noureddine Yazid Zerhouni est venu confirmer l’annonce en déclarant vingt quatre heures plus tard que le rendez-vous pris par Abdelaziz Bouteflika est compromis du fait de la difficulté de situer une date pour la tenue de la consultation populaire. Le premier responsable du département à qui revient la charge d’organiser toutes les élections arguera le manque de temps du fait de la nécessité de respecter les délais de vigueur fixés pour la convocation du corps électoral. Après l’argument d’un agenda chargé avancé par le chef du gouvernement est venu se greffer l’argument technique présenté par le ministre de l’Intérieur. On notera au passage que pour sa part, le président de la République s’est abstenu de faire la moindre allusion au sujet. Un mutisme observé depuis pratiquement le jour où il a fait l’annonce de son intention, «si Dieu le veut», d’organiser un référendum avant la fin de l’année. Une position qui avait suscité moult supputations. Et pourtant à bien regarder, ce report, confirmé aujourd’hui, n’est pas aussi étonnant qu’il pourrait le sembler. Sauf que contrairement à ce qui est avancé la véritable raison ne relève pas de l’explication technique mais du politique Et pour cause. La viabilité du projet de la révision de la Constitution, aura-t-on constaté après l’annonce du Président en juillet 2006, n’aura été possible que parce que le FLN s’est accroché à l’idée. Et c’est à se demander aujourd’hui si le parti de Belkhadem n’aura pas tenté, vainement du reste, de donner vie à un projet mort-né. En effet, avec le recul nécessaire pour analyser la situation, il est utile de rappeler que si l’idée de la révision de la loi fondamentale du pays a semblé réalisable, c’est en raison en premier lieu du matraquage médiatique fait autour de cette initiative par le FLN. La formation de Belkhadem, qui loin de faire dans la philanthropie politique, avait en réalité ses propres calculs en poussant le président de la République à se réapproprier un projet qu’il semblait avoir abandonné au bout d’un mandat, en raison sans nul doute de son infaisabilité. Mais le FLN, qui depuis l’arrivée de Belkhadem à sa tête et du retour en force du courant idéologique qu’il représente ont su habilement manœuvrer, ne l’entendait pas de cette oreille. Le départ de Ahmed Ouyahia de la chefferie du gouvernement est un exemple édifiant des capacités de persuasion des dirigeants Flnistes qui avant cet épisode, avaient réussi l’exploit d’introniser Abdelaziz Bouteflika à la tête de leur parti. Les derniers doutes quant à l’existence de calculs à travers cette révision présentée comme impérieuse, ont été balayés par le contenu du projet de la mouture élaborée par une commission installée à cet effet par Belkhadem et dont la presse a réussi à se procurer une copie. Les amendements proposés visaient un seul but. Celui de constitutionnaliser le renforcement du FLN sur la scène politique. D’aucuns avaient mis en garde du fait que la nouvelle constitution exposait le pays au retour à l’ère du parti unique. Conscient de ce danger et afin d’éviter le risque de se faire taxer d’opposant à la démarche présidentielle, d’autant que le FLN dans le but manifeste de créer un intéressement, a joué sur l’ambition légitime de tout président de briguer un troisième mandat, le RND a pris le soin de faire la part des choses en déclarant par la bouche de son SG, alors qu’il était toujours à la tête du gouvernement, que l’amendement de l’article 74 relatif au nombre de mandats pouvait être amendé par la voie du Parlement sans passer par la voie référendaire. La précision apportée avait surtout pour but de lever toute équivoque. Ouyahia ayant pris le soin de souligner au préalable que son opposition obéissait en fait à son souci de prémunir l’Algérie, car le pays n’étant pas présentement en mesure institutionnellement de faire face à un changement dans la nature de son régime politique. L’argument aussi paradoxal que cela puisse paraître ne sera plus brandi. On préfèrera débattre du projet sous l’angle de prérogatives des uns et des autres à présenter un projet de révision de la constitution. Mais de toute évidence il n’a pas disparu. Aujourd’hui, il est loisible de penser qu’il a même pesé. L’annonce du report est là pour conforter cette hypothèse. Mais l’on ne peut s’empêcher d’affirmer que les uns et les autres parmi les opposants et les partisans d’une révision de la loi fondamentale gagneraient à l’avenir à instaurer un réel débat sur l’opportunité d’une telle initiative. L’amendement de la Constitution est un sujet bien plus important pour le laisser entre les mains d’une seule formation politique. Et a fortiori lorsque cette formation est le FLN. L’implication de tous est attendue. Ce n’est que par cette mobilisation qu’on fera, peut-être, l’économie d’une révision constitutionnelle qui interviendrait au bout des dix prochaines années.

Nadia Kerraz

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