Semaine du 8 au 14 novembre 2006

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Où il est question de trophées, de délire et de Freud

 

 
 
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Où il est question de trophées, de délire et de Freud

Ce n’est évidemment pas un hasard si le verdict dans le procès de Saddam Hussein a été rendu ce dimanche 5 novembre précisément. Dans trois jours en effet auront lieu les élections de mi-mandat, qui se présentent mal pour les républicains (à ce point mal pour eux qu’ils ont fait savoir à Bush qu’ils préfèrent ne pas trop le voir s’impliquer dans la campagne, en particulier là où ils sont très peu sûrs de gagner) ; d’où le cadeau de l’administration consistant à exhiber à trois jour du scrutin, un jour du Seigneur, pour des motifs propitiatoires entre autres, un trophée censé être non seulement de prix, mais de nature à renverser le cours de la défaite annoncée. C’est en quelque sorte l’hommage du vainqueur au vaincu, encore qu’il s’agisse aussi d’humilier celui-ci en le promettant à cette chose dégradante au possible qu’est la pendaison. Après la fameuse déclaration du président américain relative à Ben Laden, comme quoi il faut ramener celui-ci « mort ou vif », le propos maintenant est de pendre Saddam « haut et court ». Ce mot n’a pas été prononcé,  soit, en tout cas il ne l’a été par personne de vive voix, il est commandé toutefois par la situation, ou plus exactement par la logique qui la sous-tend. Dans l’intervalle, il s’est passé quelque chose d’assez extraordinaire, quelque chose comme un tour de passe-passe, ou plutôt d’abracadabrantesque, qui a fait substituer « un ennemi public numéro un » à un autre. Ce qui a fait qu’au pied de l’arbre choisi pour l’exécution, on n’a pas celui  qui devait être ramené mort ou vif, et qui se trouve là tout vif pour son malheur, mais un autre, qui ne lui ressemble d’ailleurs même pas. Veut-on une autre preuve que Saddam paye pour Ben Laden ? Et que dans l’inconscient de Bush l’un et l’autre sont une seule et même personne, ce qui est tout de même inquiétant pour le peuple américain ? La voilà : le jour même de la condamnation par pendaison de Saddam, on a montré, comme par hasard, des images de Moussaoui, plus hirsute que jamais, en route sous bonne escorte vers l’enfer ; quelqu’un qui sans doute ne paye pas de mine, mais de tout aussi innocent que le condamné, du moins pour le crime qu’il s’agit d’expier, les attentats du 11-Septembre. Le fait que Saddam soit explicitement condamné pour les 148 assassinats de Doujail, et pas du tout pour la profanation du sanctuaire, ne prouve  nullement que l’analyse est fausse, qu’il y a en l’occurrence délire d’interprétation, mais qu’il y a bien eu confusion de personnes dans l’esprit d’une partie de l’Amérique. A l’évidence, Moussaoui a été exhibé lui aussi comme un trophée, mais plus encore comme un signe, un symbole si l’on préfère, renvoyant à El-Qaïda et à Ben Laden, car, comme l’on sait, l’inconscient parle une langue aussi spéciale qu’universelle, celle des symboles. C’est ce qu’enseigne le grand Freud.

Comme l’administration Bush craignait que les électeurs ne s’imaginent dans leur innocence que Saddam est condamné pour ses propres crimes, si nombreux, mais dont aucun n’a été commis à l’encontre d’Américains, elle a tenu à prévenir cette interprétation en produisant quelqu’un qui porte très visiblement la bonne estampille, quelqu’un qui a vendu son âme au diable en haine de l’Amérique. Quelqu’un qui n’aurait   pour rien au monde désiré le meurtre du père, quelqu’un qui au contraire aurait tant voulu mériter de lui, endosser passionnément ses crimes,  quelqu’un qui avait été si peu convaincant quand il s’accusait, qui mourrait d’envie d’être condamné, juste pour que Ben Laden  ait pour lui une parole empreinte de fierté et de tendresse. C’est que Moussaoui n’avait qu’une mère, mère courage certes, mais mère tout de même.

Et l’on s’étonnera après cela que Saddam devienne un symbole de la résistance à l’occupation, lui le massacreur en chef de son peuple, lui le premier responsable de la venue des Américains comme du chaos dans lequel est tombé son pays, d’où celui-ci risque de ne plus sortir. Oui, il mérite d’être condamné, mais par les Irakiens eux-mêmes, dans un Irak libre et démocratique.

M. Habili

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