|
Accueil
Elections parlementaires américaines
Dans la mêlée électorale
Dans la dernière ligne droite avant les
élections de mi-mandat, George Bush s'est lancé dans un ultime
effort pour tenter de préserver sa majorité républicaine au Congrès.
"En 2004, un grand nombre de personnes me voyaient battu. En 2006,
j'entends les mêmes pronostics mais je crois que nous allons
conserver la Chambre (des représentants) et le Sénat", a déclaré le
président américain, cherchant à se convaincre lui-même. A en croire
les derniers sondages publiés avant les élections de mi-mandat du 7
novembre, les démocrates sont pourtant en passe de faire basculer la
majorité à la Chambre des représentants pour la première fois depuis
1994. Ils menacent également le contrôle du Grand Old Party sur le
Sénat. George Bush va d’abord en croisade dans des Etats en balance
où sa présence au côté des candidats républicains pourrait
remobiliser l'électorat conservateur. Le Montana, le Nevada, le
Missouri, l'Iowa ou le Colorado figurent notamment sur sa feuille de
route. Pour le locataire du bureau ovale, qui entre dans la dernière
moitié de son deuxième et dernier bail à la Maison blanche, les
enjeux personnels sont élevés: une majorité démocrate à Capitol Hill
entraverait son action alors même que les fins de mandat sont
traditionnellement difficiles pour les présidents américains.
D'autant que son impopularité et l'enlisement de sa politique en
Irak devraient jouer un rôle capital dans la cristallisation de
l'électorat. Certains experts estiment même que le scrutin va se
dénouer sur l'Irak. "La personne du président est cette année un
paramètre plus important qu'à l'accoutumée et sa gestion de la
guerre en Irak a des conséquences très négatives", estime David
Bositis, du Centre d'études politiques et économiques. Avec 104
soldats américains tués en Irak, le mois d'octobre a été l'un des
plus sanglants pour les forces américaines engagées depuis trois ans
et demi à Bagdad et dans les provinces irakiennes. Cela faisait près
de deux ans que l'armée américaine n'avait pas enregistré de telles
pertes en un mois. Novembre semble être de la même veine au vu des
pertes enregistrés au début du mois au sein des marines. Dans ces
conditions, et sous la pression de leurs électeurs, certains
candidats républicains ont pris leurs distances avec leur "président
de guerre". Mais Bush assure qu'il ne leur en tient pas rigueur.
"Les gens mènent la campagne (électorale) qu'ils doivent mener",
a-t-il dit à Reuters et à d'autres agences de presse.
Le président, lui, n'a pas fléchi dans
son approche de la question irakienne. "Je pense, a-t-il dit, que la
plupart des républicains comprennent que si nous devions partir
avant que le travail ne soit terminé, l'Amérique serait moins sûre."
Il a également rejeté les appels à la démission de son secrétaire à
la Défense, Donald Rumsfeld.
"En déclarant qu'il souhaite que le
secrétaire Rumsfeld reste en poste jusqu'au terme de sa présidence,
le président Bush prouve que les politiques erronées qui ont envoyé
nos troupes en Irak sans équipement suffisant ni stratégie pour
mener leur mission à son terme vont se poursuivre", a réagi Nancy
Pelosi, élue démocrate de Californie appelée à présider la Chambre
des représentants si son parti l'emporte. D'estrade en estrade, Bush
devrait marteler ces prochains jours que les démocrates n'ont pas de
plan B sur l'Irak.
Lâché par les siens
Richard Perle, ancien conseiller du
Pentagone pour la politique de défense, qui avait été l'un des plus
fervents partisans de l'offensive américaine en Irak, estime
désormais que les dysfonctionnements dévastateurs au sein de
l'administration Bush ont fait de la politique des Etats-Unis en
Irak un désastre. "A la fin de la journée, vous devez tenir le
président responsable", a affirmé Richard Perle dans un entretien au
magazine Vanity Fair. L'ancien conseiller du Pentagone ajouté que,
s'il avait perçu au début de la guerre en 2003 "où nous en sommes
aujourd'hui", il n'aurait probablement pas défendu l'idée d'une
invasion pour déposer le président Saddam Hussein. "J'aurais
probablement dit 'Envisageons d'autres stratégies pour régler la
question qui nous préoccupe le plus, à savoir le fait que Saddam
fournisse des armes de destruction massive à des terroristes",
explique-t-il. Richard Perle n'est pas le seul néoconservateur à
changer d'avis sur l'offensive en Irak, puisque Kenneth Adelman,
autre ancien membre du conseil pour la politique de défense qui
avait estimé que déposer Saddam serait "du gâteau", intervient
également dans l'édition de janvier du magazine Vanity Fair. Kenneth
Adelman explique en outre s'être trompé lorsqu'il considérait, un an
avant la guerre, que l'équipe de conseiller du président Bush était
la meilleure depuis un demi-siècle. "Ils s'avèrent avoir été l'une
des plus incompétentes équipes de l'après-guerre", commente-t-il
aujourd'hui. "Non seulement chacun d'entre eux, individuellement, a
d'énormes défauts, mais ensemble, cela ne fonctionnait pas." "Nous
apprécions ces ‘conseils du lundi’, mais le président américain a un
plan pour réussir en Irak, et nous le mènerons à bien", a commenté
un porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. Par ces
"conseils" (monday-morning quaterbacking, en anglais), il faisait
référence aux réflexions des supporters les lendemains de match de
football américain sur la façon dont le quaterback, stratège de
l'équipe, aurait pu mieux faire. Certains des néo conservateurs dont
Richard Perle, à l’origine de la stratégie américaine dite
"préventive" commencent donc à tourner casaques.
Rumsfeld décrié par l’armée américaine
Quatre journaux des forces armées
américaines se préparent à réclamer la démission du secrétaire à la
défense Donald Rumsfeld. Dans un éditorial intitulé "il est temps
pour Rumsfeld de partir" qui figure sur le site de NBC News,
l’article est prévu pour une publication simultanée dans l’Army
Times, l’Air Force Times, le Navy Times et le Marine Corps Times, "Rumsfeld
a perdu sa crédibilité auprès de la direction unifiée (des forces
armées en Irak), auprès des troupes, auprès du Congrès et auprès du
grand public», selon l’article. "Sa stratégie a échoué et sa
capacité à diriger est compromise", poursuit l’éditorial. "Et bien
que la responsabilité de nos échecs en Irak incombe au secrétaire
d’Etat à la Défense, se sont les troupes qui en supportent le
poids."
S’adressant au président Bush, qui a
réaffirmé sa confiance en Donald Rumsfeld, les journaux assurent
qu’ils n’essaient pas d’influencer les élections. "Peu importe quel
parti emportera les élections, le moment est venu Monsieur le
Président d’affronter la dure réalité : Donald Rumsfeld doit
partir", eajoutel’article.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |