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Recrudescence des attentats terroristes
Ce qui a changé
Des attentats à
l’explosif contre des commissariats et des embuscades tendues à des
convois militaires, comme si rien n’était venu troubler la tactique
de ceux que l’on a appelés les irréductibles dans leur entreprise de
mort et de destruction.
Ce sont huit
militaires, dont un officier, qui ont été tués jeudi dans la région
de Aïn Defla dans une embuscade tendue apparemment par des membres
du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). On
n’avait plus vu cela depuis avril, lorsque treize douaniers ont été
tués dans le Sud. On avance que le groupe qui a mené son action à
Aïn Defla serait composé d’une trentaine d’éléments qui se seraient
emparés des uniformes et des armes de leurs victimes. Comme aux plus
forts moments du terrorisme, au milieu des années 1990, les
assaillants «s’approvisionnent» sur les cadavres de leurs victimes.
Non seulement irréductibles, mais encore imperméables aux offres de
paix qui ont l’intention de frapper encore.
Cette attaque
meurtrière intervient quelques jours après les attentats à la bombe
de Dergana et de Reghaïa qui ont fait au moins trois morts parmi les
civils et 24 blessés. S’attaquer à un commissariat ou à un
cantonnement des forces de sécurité semblait être inscrit dans
l’histoire tant cette éventualité devenait invraisemblable après des
années de lutte antiterroriste et surtout la réduction de la
capacité de nuisance des groupes armés.
Et ces attaques ne
sont pas les seules. A Skikda, deux militaires ont été tués dans
l’explosion d’une bombe à Beni Oulbène. A Jijel, trois gendarmes ont
été tués dans un attentat. Et la presse nous annonce qu’un groupe
terroriste composé de six éléments, qui seraient des étrangers, a
été repéré près de la frontière et l’on s’attend à une offensive de
grande envergure pour traquer ce groupe.
Ce qui renforce
cette fâcheuse impression de retour en arrière, c’est le
renforcement visible de la sécurité, notamment dans la capitale. On
retrouve toujours dans la presse ces confidences et ces
indiscrétions qui assurent, entre autres, qu’un important dispositif
de sécurité et une nouvelle cartographie de la lutte antiterroriste
serait à l’étude. Une révision de la stratégie qui «n’est
certainement pas due à un relâchement sécuritaire» mais due à la
recrudescence des actes terroristes.
Il ne fait aucun
doute que les forces de sécurité veillent, d’autant qu’elles sont la
première cible des attaques meurtrières. Mais les aspects purement
sécuritaires occulteraient-ils les aspects politiques ? Qu’on ne s’y
trompe pas, ces attentats ne sont pas de la même veine que ceux des
années 1990 pour la simple raison que la couverture politique des
actions meurtrières de «la décennie noire» a totalement disparu.
Plus encore,
GSPCou pas, le nombre de terroristes est trop faible pour constituer
une force de déstabilisation importante. Dès lors, ce sont les
actions ciblées qui sont privilégiées. Mieux, on aspire à ce
qu’elles soient médiatisées le plus largement possible.
Effectivement, ce
qui semblerait indiquer que rien n’a changé depuis le milieu des
années 1990 ne se produit pas dans le même contexte. Le double
attentat de Réghaïa et Dergana a été revendiqué, via un communiqué
attribué au GSPC, diffusé sur des sites Internet utilisés
d'ordinaire par les extrémistes islamistes. Un communiqué qui nous
renvoie tout de même quelques années en arrière. "La dernière
explosion est un message : nous poursuivrons le djihad et nous n'y
renoncerons jamais", indique le document.
Cet acharnement à
vouloir replonger le pays dans un bain de sang devrait passer par
des relais politiques. Car à quoi bon précipiter encore une fois
le pays dans la terreur sans objectifs politiques précis ? Cela est
d’autant plus troublant que plus aucune couverture politique, du
moins au travers de ce qui nous est donné de connaître, n’est
possible pour les noirs desseins du GSPC.
Même les
islamistes radicaux en veulent plus du terrorisme. Rabah Kébir,
revenu de son exil allemand, bénéficiant comme des milliers
d’anciens trublions du FIS des mesures généreuses de la
réconciliation nationale, a dénoncé haut et fort les deux derniers
attentats. Mieux, Kébir ne s’exprime pas devant la seule presse ; il
déclare qu’il est en compagnie de membres de l’AIS, dans ce qui fut
un fief terroriste durant des années, Larbaâ, et qu’il soutenait
les efforts des forces de sécurité dans leur lutte contre le
terrorisme islamiste. Rabah Kébir, qui indique que les actes
terroristes visent son action et la dynamique politique qu’il a
insufflé depuis on retour, ajoute que «la violence n’est plus
justifiée».
Des déclarations
largement relayées par les médias nationaux et étrangers pour
signifier clairement que plus rien n’est comme avant.
Amine Esseghir
Seule la
réponse sécuritaire ?
De l’aveu même du
ministre de l’Intérieur, quelques éléments terroristes encore actifs
sont suffisants pour soutenir un climat d’insécurité. Mais c’est le
ministre lui-même qui indiquait que la lutte antiterroriste avait
permis de neutraliser la majorité des terroristes. Une lutte qui a
coûté cher en vies humaines, mais qui a aguerri les hommes.
Autrement dit, les groupes terroristes peuvent effectivement marquer
«quelques points» par effet de surprise, ils ne sont pas avantagés
sur le terrain, notamment en tentant de multiplier les actions. Donc
si la réponse sécuritaire s’impose à des groupes qui veulent faire
parler d’eux, il y a lieu de chercher les raisons politiques qui les
font bouger. Autrement dit, à quoi servent ces attentats ? S’ils
vissent seulement à empêcher Rabah Kébir de faire de la politique,
il serait alors lui-même bien inspiré de ne plus en faire, du moins
pour un moment, le temps que les forces de sécurité — qu’il soutient
de toutes les manières — finissent par trouver les traces et les
caches des derniers irréductibles du GSPC afin de les mettre hors
d’état de nuire. D’autant que l’explication de Kébir se tient. Les
derniers groupes armés en activité espéraient tirer profit de leur
présence et probablement obtenir plus que la Charte pour la
réconciliation nationale. Voir aujourd’hui un ancien responsable du
FIS et d’anciens chefs de l’AIS s’apprêter à revenir sur la scène
politique peut paraître frustrant aux yeux des hommes en armes et
considéré comme une trahison, un reniement des principes qui ont
guidé plus ou moins la tendance islamiste radicale, aujourd’hui
redevenue fréquentable.
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Air Algérie
Histoires de retards…
«Le vol Air
Algérie à destination de… aura lieu dans quelques heures. Nous
prions les passagers de se diriger immédiatement vers la salle
d’embarquement.» Vous n’avez, certes, jamais entendu ce genre
d’appel dans les aéroports algériens, mais il ne serait pas
complètement irréaliste que cette formule soit réellement prise en
compte pour les appels aux vols sur les lignes intérieures de la
compagnie nationale de navigation aérienne tant les retards
deviennent endémiques et enlèvent tout le charme et l’utilité de
prendre un avion au lieu d’un autre moyen de transport réputé «plus
lent».
L’aventure vécue
par les passagers du vol «matinal» d’Air Algérie de mardi dernier,
reliant Oran à Alger, montre que non seulement la compagnie est loin
de répondre à un minimum de normes internationales en matière de
respect des horaires (une des principales qualité de service) mais
qu’il y a urgence à en réformer la gestion car la concurrence
viendra tôt ou tard.
Programmé à 7h 30,
le vol Oran–Alger de ce mardi 31 octobre 2006 a été retardé d’une
heure, selon une passagère qui venait spécialement pour le Salon
international du livre (SILA).
Tout à fait normal
pour ceux qui connaissent la compagnie. Mais une fois dans le bus
qui les menait vers l’appareil, les passagers ont été surpris de
savoir que l’avion allait d’abord vers Tlemcen (Zenata–Messali-Hadj)
pour récupérer des passagers dont le vol Tlemcen-Alger avait été
annulé. Donc, entre Oran, Tlemcen puis Alger, l’avion a atterri à
10h 20 à l’aéroport Houari-Boumediène, soit plus de deux heures de
retard.
Pour un passager
qui s’est levé à 5 heures pour être au moins une heure et demi avant
le décollage prévu initialement, il a fallu six bonnes heures pour
effectuer le trajet Oran-Alger, soit plus que la durée d’un voyage
par train avec, en prime, quelques milliers de dinars d’économie.
Sans compter le stress inhérent aux interminables heures d’attente
dans les aéroports.
Sommes-nous devant
un cas «rare» ? Bien évidement non. Notre passagère, de retour à
Oran le vendredi 3 novembre, a vécu le même calvaire lors du vol
Oran-Alger dont le décollage, qui était prévu à 19h, a finalement eu
lieu à… 22h 30.
Alors, si personne
ne peut douter de la santé financière d’Air Algérie (comme le
suggérait il y a deux semaines un encart publicitaire de la
compagnie), les clients sont en droit de s’interroger sur l’état de
l’organisation qui y règne au point où les retards (et à un degré
moindre les annulations) sont devenus monnaie courante.
Que faire devant
une telle situation qui entrave aussi bien les affaires des
Algériens dont les déplacements par avion s’avèrent nécessaires,
mais aussi celles des investisseurs étrangers qui considèrent que
l’existence de moyens de transport efficaces est une condition sine
qua non pour s’installer dans notre pays ? Car pour ceux qui ont
l’habitude de la précision, perdre 4 heures dans un vol qui n’aurait
pu durer que 50 minutes c’est inadmissible. Que faire, sinon espérer
que la concurrence soit finalement autorisée et que soit reconnu au
citoyen le droit de choisir et non pas de subir un monopole qui, de
toutes les façons, s’exerce très mal.
Abdelkader
Djalil
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Attentats terroristes aux portes d’Alger
Eteignez vos
télés
Informer, c’est
rendre compte de la réalité. Surtout lorsque les effets de celle-ci
«éclatent» au grand jour. Ignorer cette réalité, c’est lui donner la
possibilité d’enfler et de prendre une dimension incontrôlable grâce
à la rumeur.
Les images des
deux attentats aux voitures piégées qui ont secoué Réghaïa et
Dergana dans la nuit du dimanche à lundi derniers, dont les
déflagrations ont été entendues à des dizaines de kilomètres à la
ronde, ne semblent pas avoir atteint les caméras de l’ENTV ni les
ondes de la Radio nationale qui ont fait le choix d’en parler sans
informer. Le journal télévisé de 20 heures du lundi 30 octobre 2006
est un monument en la matière. Il devrait être érigé en «document
pédagogique» à destination des étudiants en sciences de la
communication dans le cadre d’un nouveau module qui serait intitulé
«erreurs à ne pas commettre» et introduit dans le cursus de cette
filière.
En effet, alors
que l’ensemble des titres de la presse privée s’apprêtait à rendre
compte, dans l’édition du lendemain, de l’étendue des dégâts et des
pertes humaines et matérielles dues à ces deux attentats, la
télévision nationale a choisi de se contenter d’un laconique
communiqué de la police, 47 minutes après le début du journal de 20
heures. Point d’images ni de commentaires sur ces attentats.
A la radio, comme
ce fut le cas de la Chaîne III, au bulletin de 18 heures, on a
préféré la pire des solutions : celle de ne pas en parler du tout.
Sur les trois ou quatre titres au menu ce jour-là, aucun n’évoquait
les deux attentats terroristes. Par contre, on y parlait plus
facilement d’un attentat à la voiture piégée qui avait fait 19 morts
à… Bagdad. Comme quoi Réghaïa est plus loin que Bagdad.
Le lendemain
(mardi 31 octobre) même constat au sein de la presse publique qui
semblait avoir reçu les mêmes directives de minimiser la portée des
attentats. Il faut rappeler que le matin même des forfaits, les
services de sécurité se sont montrés très sévères envers les
journalistes. Les photographes de presse ont, d’ailleurs, eu tout le
mal du monde à se rapprocher des lieux des deux attentats pour
prendre des photos.
Mais il fallait
compter sans les Al-Jazeera, France 3, Euronews et d’autres chaînes
de télévision qui ont montré des images prises peu de temps après
les explosions. Ainsi, ce que les pouvoirs publics ont voulu
empêcher a été transmis par au moins une des plus grandes chaînes
d’information du monde.
De là à demander à
l’ENTV d’ouvrir le débat sur ce qui se dit dans la rue, dans les
rédactions et même au sein de la classe politique à propos du timing
de ces attentats aux portes d’Alger, au moment où les Algériens se
préparent à des échéances électorales (référendum constitutionnel,
élections législatives et locales), c’est carrément l’hérésie.
Pourtant, le propre d’un média public c’est bien d’ouvrir les débats
pour, justement, ne pas laisser la société sombrer dans la
consommation de la rumeur.
Personne ne dit
que nous sommes revenus à la situation des années 1990, mais cela ne
veut pas dire qu’il faille ignorer des attentats juste pour vendre
une image d’un pays qui a retrouvé la paix et la stabilité. Comme si
les chancelleries étrangères n’allaient pas faire leurs rapports à
leurs pays respectifs à ce propos, voire disserter longuement sur
l’attitude officielle en matière de (non)communication.
Une attitude
parfaitement perceptible dans la réaction du ministre de
l’Intérieur, M. Zerhouni, qui a voulu expliquer ces attentats par un
signe de faiblesse (que nous ne pouvons que souhaiter de tous nos
vœux) des groupes terroristes. «Poser une bombe est facile à faire»,
a-t-il déclaré le jour de la célébration du 1er Novembre.
M. Zerhouni a même invité la presse à «ne pas tomber dans le piège»
des groupes armés en surmédiatisant les attentats. Mais n’y a-t-il
pas une juste mesure entre une médiatisation à outrance et un
silence radio ?
De plus, la
réponse du ministre de l’Intérieur à la question d’un éventuel
report du référendum portant révision de la Constitution n’est pas
pour arranger les choses. Il y aurait, selon M. Zerhouni, un
problème à fixer la date du référendum. «Cela sera difficile de
tenir (le référendum) avant la fin de l’année parce qu’il y a des
délais concernant la convocation du corps électoral qui doit se
faire 45 jours avant. Cela me paraît difficile avant le 31 décembre,
mais bon, on verra bien», a répondu le ministre de l’Intérieur.
Difficile ! Pourquoi donc ? Qu’est ce qui empêcherait le président
de la République de convoquer le corps électoral ? Le ministre de
l’Intérieur aurait mieux fait de répondre franchement au lieu de
tourner en rond.
Abdelkader
Djalil
Haut
Société
L’enfance
maltraitée
«Lorsque l’enfant
paraît, le cercle de la famille s’agrandit...» Quand Victor Hugo a
composé ces vers, c’était pour dire la joie d’accueillir un nouveau
membre de la famille qui sera, dans des années, un membre de la
société. Aujourd’hui, quelle est la place réservée à l’enfant au
sein de la famille et de la société ? Quel est le sort des
9,6 millions d’enfants qui représentent 30% de la population ?
Vont-ils tous à l’école ? Ont-ils tous accès aux soins médicaux ?
Sont-ils à l’abri de la violence ? En un mot, vivent-ils réellement
une enfance équilibrée qui les prépare à être des femmes et des
hommes sains ? Des enquêtes menées par des organismes différents
aboutissent au même résultat : cette tranche de la population n’est
pas heureuse.
En Algérie, nous
avons beaucoup d’enfants, ils sont 63 % à avoir moins de 18 ans et
20% moins de 5 ans. Cette jeunesse est un potentiel important qui,
demain, constituera les hommes et les femmes qui prendront les rênes
du pays. C’est surtout à chaque rentrée scolaire qu’on se rend
compte du nombre sans cesse élevé de nos chérubins. En effet, à la
rentrée scolaire 2005, le taux des enfants scolarisés était de 94,8%
alors qu’il était de 83 % seulement quelques années auparavant. Ces
chiffres nous rassurent car ils signifient que les enfants qui
fréquentent les écoles sont nombreux. Ce n’est certes pas faux, mais
ce n’est pas tout à fait vrai, car d’autres chiffres sont là, qui
nous interpellent et nous montrent une autre réalité.
10% des petits
Algériens ne sont pas inscrits à l’école. Le pourcentage à lui seul
peut ne pas révéler du premier coup l’ampleur du phénomène, mais
quand on sait que ces 10% sont en fait 200 000 enfants qui, chaque
année, sont privés des bienfaits de l’enseignement, on comprend
aisément que la situation est dramatique ; et l’on voit aussi qu’en
2006, l’analphabétisme existe encore chez les jeunes enfants, car
ils sont 6% à ne savoir ni lire ni écrire.
Si on ajoute à ces
enfants qui n’ont jamais franchi le seuil d’une école, ceux qui,
chaque année – ils sont 500 000 – quittent l’établissement scolaire
et perdent de ce fait le statut d’élèves, on comprend aisément que
la situation est catastrophique. Ces enfants sont le plus souvent
issus de familles très pauvres et habitent dans des régions
éloignées et isolées, où aucun moyen de transport n’existe pour
rapprocher la population des lieux de savoir ou des centres de
santé.
Cette situation,
pas très resplendissante, a poussé les responsables de l’Unicef
Algérie à sommer les pouvoirs publics de s’intéresser plus au sort
de ces enfants et aux établissements scolaires qui peuvent leur
assurer un encadrement culturel adéquat.
L’Unicef demande
aussi à ce que l’enseignement soit généralisé, ce qui ne semble ne
pas être le cas aujourd’hui avec seulement 4% d’enfants inscrits en
classes préparatoires. Mais si ces enfants ne vont pas à l’école,
pour ceux qui n’ont jamais été scolarisés, ou ne vont plus à
l’école, pour ceux qui ont fréquenté les classes quelques années
seulement, que font-ils de leur temps, car il est certain qu’ils en
ont beaucoup à perdre ? Il ne fait aucun doute qu’ils s’occupent
comme ils le peuvent et parfois aussi comme on les oblige à le
faire. Et même si les déclarations officielles omettent de le
préciser, ils passent leur temps à travailler.
Les chiffres
fournis par le ministère de l’Emploi et de la Protection sociale
sont clairs : moins de 25 000 enfants âgés entre 6 et 14 ans
travaillent. Les chiffres de l’Unicef sont encore plus précis,
puisqu’ils font état de 600 000 enfants âgés entre 7 et 17 ans qui
fréquentent le monde du travail. Le rapport de l’Unicef n’hésite pas
à affirmer que le travail des enfants est très répandu en Algérie.
Ce n’est pas tout.
Une enquête réalisée par l’Observatoire des droits de l’enfant, qui
active sous l’égide de l’Organisation nationale pour la promotion de
la santé, démontre que le sort de beaucoup d’enfants algériens n’est
pas enviable. Cette enquête, qui a englobé huit wilayas du Centre,
fait ressortir que 2 979 enfants âgés entre 4 et 17 ans travaillent.
On les retrouve dans toutes sortes d’activités, à savoir la vente à
la sauvette, le trafic de drogue, la prostitution, l’agriculture…
Tout est bon, pourvu qu’on gagne quelques sous qui s’ajoutent au
budget familial. Car il est évident que ces enfants sont issus de
familles très pauvres où le père est soit décédé, soit incapable,
pour des raisons de santé, de prendre en charge sa famille. Donc au
lieu d’aller à l’école, ils se retrouvent, malgré eux, à fréquenter
le monde du travail où il ne fait aucun doute qu’on les exploite au
maximum sans les payer en conséquence, pour la simple raison qu’ils
travaillent au noir et ne bénéficient d’aucune couverture sociale.
Ajoutons à cela tous les risques et les aléas du monde du travail.
L’enquête menée
par l’Observatoire des droits de l’enfant fait ressortir que
beaucoup d’entre eux se retrouvent dans un état de santé précaire,
que 30% sont sous-alimentés et 15% sont d’une maigreur excessive et
présentent un sous-poids très important. 10% de ces enfants n’ont
pas été vaccinés contre le tétanos et certainement contre beaucoup
d’autres maladies plus graves. Conséquence : 2,5 % des moins de 15
ans sont handicapés, soit le nombre effarant de 800 000, parmi
lesquels l’on dénombre 40 % de sourds et 20 % d’aveugles.
Ce qui revient à
dire que malgré tous les textes qui existent, les conventions
ratifiées, les associations pour la protection de l’enfance… la
situation en Algérie est loin d’être satisfaisante. On l’aura vu à
travers les chiffres qui décomptent les enfants qui ne sont jamais
allés à l’école, ceux qui la quittent presque analphabètes et
rejoignent, souvent malgré eux, le monde du travail et tous les
risques qui en découlent, ceux qui sont très mal nourris n’ont pas
toujours accès aux soins de santé… parce que leurs familles vivent
dans la précarité et peuvent à peine les nourrir. Y a-t-il l’espoir
que ces enfants vivent mieux et que d’autres ne se retrouvent pas à
subir les mêmes conditions ? L’espoir est certes permis, mais la
réalité nous rattrape et nous rappelle que chaque année, entre 3 000
et 5 000 enfants sont abandonnés, la plupart par des mères
célibataires. En effet, les chiffres font état de 1 100 à 1 200
naissances illégitimes déclarées, les autres, celles qui se font
clandestinement, personne ne peut connaître leur nombre. Mais ce qui
est certain, c’est que ces enfants ne sont pas nés pour être
heureux, même si certains réussissent tout de même à percer…
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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