Semaine du 8 au 14 novembre 2006

Recrudescence des attentats terroristes

Ce qui a changé

Air Algérie

Histoires de retards…

Attentats terroristes aux portes d’Alger

Eteignez vos télés

Société

L’enfance maltraitée

 

 
 
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Recrudescence des attentats terroristes

Ce qui a changé

Des attentats à l’explosif contre des commissariats et des embuscades tendues à des convois militaires, comme si rien n’était venu troubler la tactique de ceux que l’on a appelés les irréductibles dans leur entreprise de mort et de destruction.

Ce sont huit militaires, dont un officier, qui ont été tués jeudi dans la région de Aïn Defla dans une embuscade tendue apparemment par des membres du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). On n’avait plus vu cela depuis avril, lorsque treize douaniers ont été tués dans le Sud. On avance que le groupe qui a mené son action à Aïn Defla serait composé d’une trentaine d’éléments qui se seraient emparés des uniformes et des armes de leurs victimes. Comme aux plus forts moments du terrorisme, au milieu des années 1990, les assaillants «s’approvisionnent» sur les cadavres de leurs victimes. Non seulement irréductibles, mais encore imperméables aux offres de paix qui ont l’intention de frapper encore.

Cette attaque meurtrière intervient quelques jours après les attentats à la bombe de Dergana et de Reghaïa qui ont fait au moins trois morts parmi les civils et 24 blessés. S’attaquer à un commissariat ou à un cantonnement des forces de sécurité semblait être inscrit dans l’histoire tant cette éventualité devenait invraisemblable après des années de lutte antiterroriste et surtout la réduction de la capacité de nuisance des groupes armés. 

Et ces attaques ne sont pas les seules. A Skikda, deux militaires ont été tués dans l’explosion d’une bombe à Beni Oulbène. A Jijel, trois gendarmes ont été tués dans un attentat. Et la presse nous annonce qu’un groupe terroriste composé de six éléments, qui seraient des étrangers, a été repéré près de la frontière et l’on s’attend à une offensive de grande envergure pour traquer ce groupe.

Ce qui renforce cette fâcheuse impression de retour en arrière, c’est le renforcement visible de la sécurité, notamment dans la capitale. On retrouve toujours dans la presse ces confidences et ces indiscrétions qui assurent, entre autres, qu’un important dispositif de sécurité et une nouvelle cartographie de la lutte antiterroriste serait à l’étude. Une révision de la stratégie qui «n’est certainement pas due à un relâchement sécuritaire» mais due à la recrudescence des actes terroristes.

Il ne fait aucun doute que les forces de sécurité veillent, d’autant qu’elles sont la première cible des attaques meurtrières. Mais les aspects purement sécuritaires occulteraient-ils les aspects politiques ? Qu’on ne s’y trompe pas, ces attentats ne sont pas de la même veine que ceux des années 1990 pour la simple raison que la couverture politique des actions meurtrières de «la décennie noire» a totalement disparu.

Plus encore, GSPCou pas, le nombre de terroristes est trop faible pour constituer une force de déstabilisation importante. Dès lors, ce sont les actions ciblées qui sont privilégiées. Mieux, on aspire à ce qu’elles soient médiatisées le plus largement possible.

Effectivement, ce qui semblerait indiquer que rien n’a changé depuis le milieu des années 1990 ne se produit pas dans le même contexte. Le double attentat de Réghaïa et Dergana a été revendiqué, via un communiqué attribué au GSPC, diffusé sur des sites Internet utilisés d'ordinaire par les extrémistes islamistes. Un communiqué qui nous renvoie tout de même quelques années en arrière. "La dernière explosion est un message : nous poursuivrons le djihad et nous n'y renoncerons jamais", indique le document.

Cet acharnement à vouloir replonger le pays dans un bain de sang devrait passer par des relais politiques. Car à quoi bon précipiter encore une fois le pays dans la terreur sans objectifs politiques précis ? Cela est d’autant plus troublant que plus aucune couverture politique, du moins au travers de ce qui nous est donné de connaître, n’est possible pour les noirs desseins du GSPC.

Même les islamistes radicaux en veulent plus du terrorisme. Rabah Kébir, revenu de son exil allemand, bénéficiant comme des milliers d’anciens trublions du FIS des mesures généreuses de la réconciliation nationale, a dénoncé haut et fort les deux derniers attentats. Mieux, Kébir ne s’exprime pas devant la seule presse ; il déclare qu’il est en compagnie de membres de l’AIS, dans ce qui fut un fief terroriste durant des années, Larbaâ, et qu’il soutenait  les efforts des forces de sécurité dans leur lutte contre le terrorisme islamiste. Rabah Kébir, qui indique que les actes terroristes visent son action et la dynamique politique qu’il a insufflé depuis on retour, ajoute que «la violence n’est plus justifiée».

Des déclarations largement relayées par les médias nationaux et étrangers pour signifier clairement que plus rien n’est comme avant. 

Amine Esseghir

 

Seule la réponse sécuritaire ?

De l’aveu même du ministre de l’Intérieur, quelques éléments terroristes encore actifs sont suffisants pour soutenir un climat d’insécurité. Mais c’est le ministre lui-même qui indiquait que la lutte antiterroriste avait permis de neutraliser la majorité des terroristes. Une lutte qui a coûté cher en vies humaines, mais qui a aguerri les hommes. Autrement dit, les groupes terroristes peuvent effectivement marquer «quelques points» par effet de surprise, ils ne sont pas avantagés sur le terrain, notamment en tentant de multiplier les actions. Donc si la réponse sécuritaire s’impose à des groupes qui veulent faire parler d’eux, il y a lieu de chercher les raisons politiques qui les font bouger. Autrement dit, à quoi servent ces attentats ? S’ils vissent seulement à empêcher Rabah Kébir de faire de la politique, il serait alors lui-même bien inspiré de ne plus en faire, du moins pour un moment, le temps que les forces de sécurité — qu’il soutient de toutes les manières — finissent par trouver les traces et les caches des derniers irréductibles du GSPC afin de les mettre hors d’état de nuire. D’autant que l’explication de Kébir se tient. Les derniers groupes armés en activité espéraient tirer profit de leur présence et probablement obtenir plus que la Charte pour la réconciliation nationale. Voir aujourd’hui un ancien responsable du FIS et d’anciens chefs de l’AIS s’apprêter à revenir sur la scène politique peut paraître frustrant aux yeux des hommes en armes et considéré comme une trahison, un reniement des principes qui ont guidé plus ou moins la tendance islamiste radicale, aujourd’hui redevenue fréquentable.

 

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Air Algérie

Histoires de retards…

 «Le vol Air Algérie à destination de… aura lieu dans quelques heures. Nous prions les passagers de se diriger immédiatement vers la salle d’embarquement.» Vous n’avez, certes, jamais entendu ce genre d’appel dans les aéroports algériens, mais il ne serait pas complètement irréaliste que cette formule soit réellement prise en compte pour les appels aux vols sur les lignes intérieures de la compagnie nationale de navigation aérienne tant les retards deviennent endémiques et enlèvent tout le charme et l’utilité de prendre un avion au lieu d’un autre moyen de transport réputé «plus lent».

L’aventure vécue par les passagers du vol «matinal» d’Air Algérie de mardi dernier, reliant Oran à Alger, montre que non seulement la compagnie est loin de répondre à un minimum de normes internationales en matière de respect des horaires (une des principales qualité de service) mais qu’il y a urgence à en réformer la gestion car la concurrence viendra tôt ou tard.

Programmé à 7h 30, le vol Oran–Alger de ce mardi 31 octobre 2006 a été retardé d’une heure, selon une passagère qui venait spécialement pour le Salon international du livre (SILA).

Tout à fait normal pour ceux qui connaissent la compagnie. Mais une fois dans le bus qui les menait vers l’appareil, les passagers ont été surpris de savoir que l’avion allait d’abord vers Tlemcen (Zenata–Messali-Hadj) pour récupérer des passagers dont le vol Tlemcen-Alger avait été annulé. Donc, entre Oran, Tlemcen puis Alger, l’avion a atterri à 10h 20 à l’aéroport Houari-Boumediène, soit plus de deux heures de retard.

Pour un passager qui s’est levé à 5 heures pour être au moins une heure et demi avant le décollage prévu initialement, il a fallu six bonnes heures pour effectuer le trajet Oran-Alger, soit plus que la durée d’un voyage par train avec, en prime, quelques milliers de dinars d’économie. Sans compter le stress inhérent aux interminables heures d’attente dans les aéroports.

Sommes-nous devant un cas «rare» ? Bien évidement non. Notre passagère, de retour à Oran le vendredi 3 novembre, a vécu le même calvaire lors du vol Oran-Alger dont le décollage, qui était prévu à 19h, a finalement eu lieu à… 22h 30.

Alors, si personne ne peut douter de la santé financière d’Air Algérie (comme le suggérait il y a deux semaines un encart publicitaire de la compagnie), les clients sont en droit de s’interroger sur l’état de l’organisation qui y règne au point où les retards (et à un degré moindre les annulations) sont devenus monnaie courante.

Que faire devant une telle situation qui entrave aussi bien les affaires des Algériens dont les déplacements par avion s’avèrent nécessaires, mais aussi celles des investisseurs étrangers qui considèrent que l’existence de moyens de transport efficaces est une condition sine qua non pour s’installer dans notre pays ? Car pour ceux qui ont l’habitude de la précision, perdre 4 heures dans un vol qui n’aurait pu durer que 50 minutes c’est inadmissible. Que faire, sinon espérer que la concurrence soit finalement autorisée et que soit reconnu au citoyen le droit de choisir et non pas de subir un monopole qui, de toutes les façons, s’exerce très mal.

Abdelkader Djalil

 

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Attentats terroristes aux portes d’Alger

Eteignez vos télés

Informer, c’est rendre compte de la réalité. Surtout lorsque les effets de celle-ci «éclatent» au grand jour. Ignorer cette réalité, c’est lui donner la possibilité d’enfler et de prendre une dimension incontrôlable grâce à la rumeur.

Les images des deux attentats aux voitures piégées qui ont secoué Réghaïa et Dergana dans la nuit du dimanche à lundi derniers, dont les déflagrations ont été entendues à des dizaines de kilomètres à la ronde, ne semblent pas avoir atteint les caméras de l’ENTV ni les ondes de la Radio nationale qui ont fait le choix d’en parler sans informer. Le journal télévisé de 20 heures du lundi 30 octobre 2006 est un monument en la matière. Il devrait être érigé en «document pédagogique» à destination des étudiants en sciences de la communication dans le cadre d’un nouveau module qui serait intitulé «erreurs à ne pas commettre» et introduit dans le cursus de cette filière.

En effet, alors que l’ensemble des titres de la presse privée s’apprêtait à rendre compte, dans l’édition du lendemain, de l’étendue des dégâts et des pertes humaines et matérielles dues à ces deux attentats, la télévision nationale a choisi de se contenter d’un laconique communiqué de la police, 47 minutes après le début du journal de 20 heures. Point d’images ni de commentaires sur ces attentats.

A la radio, comme ce fut le cas de la Chaîne III, au bulletin de 18 heures, on a préféré la pire des solutions : celle de ne pas en parler du tout. Sur les trois ou quatre titres au menu ce jour-là, aucun n’évoquait les deux attentats terroristes. Par contre, on y parlait plus facilement d’un attentat à la voiture piégée qui avait fait 19 morts à… Bagdad. Comme quoi Réghaïa est plus loin que Bagdad.

Le lendemain (mardi 31 octobre) même constat au sein de la presse publique qui semblait avoir reçu les mêmes directives de minimiser la portée des attentats. Il faut rappeler que le matin même des forfaits, les services de sécurité se sont montrés très sévères envers les journalistes. Les photographes de presse ont, d’ailleurs, eu tout le mal du monde à se rapprocher des lieux des deux attentats pour prendre des photos.

Mais il fallait compter sans les Al-Jazeera, France 3, Euronews et d’autres chaînes de télévision qui ont montré des images prises peu de temps après les explosions. Ainsi, ce que les pouvoirs publics ont voulu empêcher a été transmis par au moins une des plus grandes chaînes d’information du monde.

De là à demander à l’ENTV d’ouvrir le débat sur ce qui se dit dans la rue, dans les rédactions et même au sein de la classe politique à propos du timing de ces attentats aux portes d’Alger, au moment où les Algériens se préparent à des échéances électorales (référendum constitutionnel, élections législatives et locales), c’est carrément l’hérésie. Pourtant, le propre d’un média public c’est bien d’ouvrir les débats pour, justement, ne pas laisser la société sombrer dans la consommation de la rumeur.

Personne ne dit que nous sommes revenus à la situation des années 1990, mais cela ne veut pas dire qu’il faille ignorer des attentats juste pour vendre une image d’un pays qui a retrouvé la paix et la stabilité. Comme si les chancelleries étrangères n’allaient pas faire leurs rapports à leurs pays respectifs à ce propos, voire disserter longuement sur l’attitude officielle en matière de (non)communication.

Une attitude parfaitement perceptible dans la réaction du ministre de l’Intérieur, M. Zerhouni, qui a voulu expliquer ces attentats par un signe de faiblesse (que nous ne pouvons que souhaiter de tous nos vœux) des groupes terroristes. «Poser une bombe est facile à faire», a-t-il déclaré le jour de la célébration du 1er Novembre. M. Zerhouni a même invité la presse à «ne pas tomber dans le piège» des groupes armés en surmédiatisant les attentats. Mais n’y a-t-il pas une juste mesure entre une médiatisation à outrance et un silence radio ?

De plus, la réponse du ministre de l’Intérieur à la question d’un éventuel report du référendum portant révision de la Constitution n’est pas pour arranger les choses. Il y aurait, selon M. Zerhouni, un problème à fixer la date du référendum. «Cela sera difficile de tenir (le référendum) avant la fin de l’année parce qu’il y a des délais concernant la convocation du corps électoral qui doit se faire 45 jours avant. Cela me paraît difficile avant le 31 décembre, mais bon, on verra bien», a répondu le ministre de l’Intérieur. Difficile ! Pourquoi donc ? Qu’est ce qui empêcherait le président de la République de convoquer le corps électoral ? Le ministre de l’Intérieur aurait mieux fait de répondre franchement au lieu de tourner en rond.

Abdelkader Djalil

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Société

L’enfance maltraitée

«Lorsque l’enfant paraît, le cercle de la famille s’agrandit...» Quand Victor Hugo a composé ces vers, c’était pour dire la joie d’accueillir un nouveau membre de la famille qui sera, dans des années, un membre de la société. Aujourd’hui, quelle est la place réservée à l’enfant au sein de la famille et de la société ? Quel est le sort des 9,6 millions d’enfants qui représentent 30% de la population ? Vont-ils tous à l’école ? Ont-ils tous accès aux soins médicaux ? Sont-ils à l’abri de la violence ? En un mot, vivent-ils réellement une enfance équilibrée qui les prépare à être des femmes et des hommes sains ? Des enquêtes menées par des organismes différents aboutissent au même résultat : cette tranche de la population n’est pas heureuse.

En Algérie, nous avons beaucoup d’enfants, ils sont 63 % à avoir moins de 18 ans et 20% moins de 5 ans. Cette jeunesse est un potentiel important qui, demain, constituera les hommes et les femmes qui prendront les rênes du pays. C’est surtout à chaque rentrée scolaire qu’on se rend compte du nombre sans cesse élevé de nos chérubins. En effet, à la rentrée scolaire 2005, le taux des enfants scolarisés était de 94,8% alors qu’il était de 83 % seulement quelques années auparavant. Ces chiffres nous rassurent car ils signifient que les enfants qui fréquentent les écoles sont nombreux. Ce n’est certes pas faux, mais ce n’est pas tout à fait vrai, car d’autres chiffres sont là, qui nous interpellent et nous montrent une autre réalité.

10% des petits Algériens ne sont pas inscrits à l’école. Le pourcentage à lui seul peut ne pas révéler du premier coup l’ampleur du phénomène, mais quand on sait que ces 10% sont en fait 200 000 enfants qui, chaque année, sont privés des bienfaits de l’enseignement, on comprend aisément que la situation est dramatique ; et l’on voit aussi qu’en 2006, l’analphabétisme existe encore chez les jeunes enfants, car ils sont 6% à ne savoir ni lire ni écrire.

Si on ajoute à ces enfants qui n’ont jamais franchi le seuil d’une école, ceux qui, chaque année – ils sont 500 000 – quittent l’établissement scolaire et perdent de ce fait le statut d’élèves, on comprend aisément que la situation est catastrophique. Ces enfants sont le plus souvent issus de familles très pauvres et habitent dans des régions éloignées et isolées, où aucun moyen de transport n’existe pour rapprocher la population des lieux de savoir ou des centres de santé.

Cette situation, pas très resplendissante, a poussé les responsables de l’Unicef Algérie à sommer les pouvoirs publics de s’intéresser plus au sort de ces enfants et aux établissements scolaires qui peuvent leur assurer un encadrement culturel adéquat.

L’Unicef demande aussi à ce que l’enseignement soit généralisé, ce qui ne semble ne pas être le cas aujourd’hui avec seulement 4% d’enfants inscrits en classes préparatoires. Mais si ces enfants ne vont pas à l’école, pour ceux qui n’ont jamais été scolarisés, ou ne vont plus à l’école, pour ceux qui ont fréquenté les classes quelques années seulement, que font-ils de leur temps, car il est certain qu’ils en ont beaucoup à perdre ? Il ne fait aucun doute qu’ils s’occupent comme ils le peuvent et parfois aussi comme on les oblige à le faire. Et même si les déclarations officielles omettent de le préciser, ils passent leur temps à travailler.

Les chiffres fournis par le ministère de l’Emploi et de la Protection sociale sont clairs : moins de 25 000 enfants âgés entre 6 et 14 ans travaillent. Les chiffres de l’Unicef sont encore plus précis, puisqu’ils font état de 600 000 enfants âgés entre 7 et 17 ans qui fréquentent le monde du travail. Le rapport de l’Unicef n’hésite pas à affirmer que le travail des enfants est très répandu en Algérie.

Ce n’est pas tout. Une enquête réalisée par l’Observatoire des droits de l’enfant, qui active sous l’égide de l’Organisation nationale pour la promotion de la santé, démontre que le sort de beaucoup d’enfants algériens n’est pas enviable. Cette enquête, qui a englobé huit wilayas du Centre, fait ressortir que 2 979 enfants âgés entre 4 et 17 ans travaillent. On les retrouve dans toutes sortes d’activités, à savoir la vente à la sauvette, le trafic de drogue, la prostitution, l’agriculture… Tout est bon, pourvu qu’on gagne quelques sous qui s’ajoutent au budget familial. Car il est évident que ces enfants sont issus de familles très pauvres où le père est soit décédé, soit incapable, pour des raisons de santé, de prendre en charge sa famille. Donc au lieu d’aller à l’école, ils se retrouvent, malgré eux, à fréquenter le monde du travail où il ne fait aucun doute qu’on les exploite au maximum sans les payer en conséquence, pour la simple raison qu’ils travaillent au noir et ne bénéficient d’aucune couverture sociale. Ajoutons à cela tous les risques et les aléas du monde du travail.

L’enquête menée par l’Observatoire des droits de l’enfant fait ressortir que beaucoup d’entre eux se retrouvent dans un état de santé précaire, que 30% sont sous-alimentés et 15% sont d’une maigreur excessive et présentent un sous-poids très important. 10% de ces enfants n’ont pas été vaccinés contre le tétanos et certainement contre beaucoup d’autres maladies plus graves. Conséquence : 2,5 % des moins de 15 ans sont handicapés, soit le nombre effarant de 800 000, parmi lesquels l’on dénombre 40 % de sourds et 20 % d’aveugles.

Ce qui revient à dire que malgré tous les textes qui existent, les conventions ratifiées, les associations pour la protection de l’enfance… la situation en Algérie est loin d’être satisfaisante. On l’aura vu à travers les chiffres qui décomptent les enfants qui ne sont jamais allés à l’école, ceux qui la quittent presque analphabètes et rejoignent, souvent malgré eux, le monde du travail et tous les risques qui en découlent, ceux qui sont très mal nourris n’ont pas toujours accès aux soins de santé… parce que leurs familles vivent dans la précarité et peuvent à peine les nourrir. Y a-t-il l’espoir que ces enfants vivent mieux et que d’autres ne se retrouvent pas à subir les mêmes conditions ? L’espoir est certes permis, mais la réalité nous rattrape et nous rappelle que chaque année, entre 3 000 et 5 000 enfants sont abandonnés, la plupart par des mères célibataires. En effet, les chiffres font état de 1 100 à 1 200 naissances illégitimes déclarées, les autres, celles qui se font clandestinement, personne ne peut connaître leur nombre. Mais ce qui est certain, c’est que ces enfants ne sont pas nés pour être heureux, même si certains réussissent tout de même à percer…

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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