Semaine du 9 au 15 février 2005

 

Conjoncture économique

Retour inquiétant de l’inflation

Interview du professeur Yahia H. Zoubir

«Les USA sont conscients de l’importance du pétrole en Algérie»

 

 
 
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Conjoncture économique

Retour inquiétant de l’inflation

Tout se passe comme si le risque était minime, alors que cela risque d’emporter de nouveaux segments économiques créés et quelques milliers d’emplois. Sans compter la poursuite inexorable de la baisse du pouvoir d’achat et de la paupérisation.

Malgré les avertissements du CNES et de nombreuses expertises, rien n’est entrepris pour stopper la menace d’une forte poussée inflationniste. Bien au contraire, deux grandes décisions sont venues précipiter les choses et compliquer davantage la tenue des indicateurs macro-économiques.

La première a trait au relèvement des prix des carburants, le gouvernement ayant décidé de faire faire à Naftal ce qu’il n’a pu obtenir par la loi de Finances, les taxes de Benachenhou ayant été rejetées. Ainsi, l’on note une augmentation généralisée et naturelle de tous les produits transportés, mais une accentuation de la spéculation, amorcée par les effets d’un climat rude, situation qui ne manquera pas de se répercuter sur l’indice des prix à la consommation.

Selon l’ONS, ce dernier a évolué lentement en 2000 (+ 0,34%), a poussé fortement en 2001 (+3,5%) et en 2002 (+4,23%) pour revenir à une progression de 1,42% en 2003. L’inflation était à 4% en 2004 et rien n’indique que ce taux reviendra à la baisse, bien au contraire, considérant en parallèle que, pour le FMI, une inflation supérieure à 5% relèverait alors de l’immaîtrisable.

Malheureusement, la croissance n’est pas au rendez-vous de manière forte et de nature à se répercuter positivement sur le pouvoir d’achat. Si les deux hausses successives du SNMG ont tôt fait de créer l’illusion que ce dernier allait se consolider, il n’en est rien. A présent que les estimations successives de l’indice des prix à la consommation durant l’année 2004 – cette fois selon l’ONS – disent clairement que le coût de la vie est encore plus cher.

Faisant son état des lieux, le FMI a jugé que “les indicateurs macroéconomiques sont au vert, durant l’année 2004, et devraient se consolider encore davantage en 2005”. L’inflation est demeurée stable, selon ces experts, à 4%. Dans le cadre d’une croissance de 5,5% en 2004 contre 6,9% en 2003, le FMI déplore, toutefois “le retard considérable pris dans la mise en œuvre des réformes structurelles et la réforme du secteur financier et bancaire”. Cette remarque est on ne peut plus pertinente, puisque l’autre décision importante prise par le gouvernement et qui est de nature à conforter l’inflation a été de donner ordre aux banques d’Etat de réduire leurs taux d’intérêts de près d’un point, se rapprochant davantage du taux directeur de la Banque centrale. Cette décision est intervenue avec l’intention de faciliter les conditions d’octroi des crédits, précisément face à la menace de tension inflationniste que constituent les surliquidités cumulées au niveau des banques, se chiffrant à 1 milliard de dollars à en croire les dépôts massifs opérés auprès de la Banque centrale. Mais, au vu du volume inquiétant des créances malsaines, voire irrécouvrables, que détiennent les banques, il va sans dire que la part de bénéfices que réalisaient les banques publiques grâce à l’écart entre taux d’intérêt pratique et taux de réescompte ira en s’effritant, fragilisera les banques et rendra encore plus ardu qu’il ne l’est l’assainissement des banques par le Trésor public.

Un assainissement que d’aucuns estiment salutaire, en raison de l’annonce du gouvernement de privatiser les banques, bien que leur ardoise – en raison du dispositif banques-entreprises – se chiffre à 320 milliards de dinars, dont M. Benachenhou n’aura effacé qu’une cinquantaine.

Cette situation autour de l’indicateur inflation risque, si des mesures de correction ne sont pas apportées au plus vite, de nourrir des pressions qui pousseront le gouvernement à puiser dans les ressources disponibles, c’est-à-dire le matelas de devises qui fait sa fierté, pour gérer des tensions à prévoir.

Par ailleurs, cette situation ressemble curieusement à la conjoncture économique de 2001. Le retour de l’inflation, que le CNES avait jugé «préoccupant» était de  à 3,5 % (contre 0,3 seulement en 2000), au moment où la Banque d’Algérie avançait le chiffre de 4,2 %. Dans cette phase, une telle évolution n’était pas spécialement alarmante étant donné le maintien du dinar algérien par rapport au dollar et à l’euro, et le pragmatisme affiché par les autorités en matière de politique budgétaire.

La dévaluation du dinar face à l’euro, que l’on observe depuis plus d’une année, pose, pour la conjoncture actuelle, une difficulté supplémentaire dont on ne mesure pas encore la consistance. Prenons en exemple le secteur agricole, où l’on évoquait une croissance de 17% du secteur et une hausse parallèle de la facture alimentaire (ce qui équivaut à une hausse de la production locale et des importations) ; il aurait été logique que cela tire les prix de cette branche vers la baisse. Il n’en a rien été, ce qui traduit tout le fossé entre les organismes de l’Etat, sources de ces mêmes données, et le marché réel qui évolue, on peut le déduire, sous une forte tension inflationniste.

De plus, l’on a du mal à admettre ce taux officiel ou un autre, à propos de l’inflation. Etant donné qu’un surplus d’inflation équivaut en théorie à une baisse proportionnelle du taux de chômage, l’on ne trouve aucune explication au fait qu’aucune traduction sur l’emploi n’ait lieu.

Si le ministre du Travail vient de jeter le trouble en communiquant un taux de chômage de 17% alors qu’il était à 25% début 2004 et à 29% fin 2003, il reste à se demander d’où proviennent de tels chiffres dont la véracité ne résisterait pas à la plus courte des démonstrations. Il n’y a qu’à écouter les cadres du nouvel observatoire de l’emploi mis en place par Djamel Ould Abbes pour s’en convaincre, eux qui parlent d’opacité du marché du travail.

Mais, plutôt de susciter une polémique sur les chiffres, projeter le débat sur les dégâts que cette inflation, à l’ombre du statu quo des réformes, risque de nous coûter. Récemment, lors d’une conférence à Alger sur les PME et leur mise à niveau, l’on a estimé que le tissu des PME était extrêmement vulnérable, preuve en est que 50% d’entre elles disparaissaient au bout de quatre ans. Si l’on considère que la PME (le segment le plus fragile et le moins protégé par l’Etat), représente au moins le tiers, sinon plus, de l’activité économique hors hydrocarbures, la destruction permanente de pans entiers de l’économie que l’on crée à coup de crédits provenant des banques publiques, constitue, en résultat, une perte de temps, un gaspillage de fonds publics et de ressources et une création fictive d’emplois qui sont comptabilisés mais qui ne changent rien à la réalité sociale.

Si, demain, une forte poussée inflationniste survient, il ne faut pas s’étonner de voir la menace se faire plus pesante sur le tissu des PME et les emplois qu’elles abritent.

Nabil Benali

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Interview du professeur Yahia H. Zoubir

«Les USA sont conscients de l’importance du pétrole en Algérie»

Yahia H. Zoubir est professeur en relations internationales à Thunderbird, à l’American Graduate School of International Management, en Arizona, aux Etats-Unis.

Il est spécialiste en politique économique internationale, en politique étrangère des Etats-Unis, en politique comparée et en management international (négociations et communications interculturelles, environnement régional des affaires). Il est également auteur de plusieurs ouvrages et articles, publiés dans des revues spécialisées aux Etats-Unis, en Europe et au Moyen-Orient.

Les Débats : Comment évaluez-vous l’évolution des relations entre l’Algérie et les Etats-Unis ?

Yahia H. Zoubir : A la fin des années quatre-vingt-dix, les relations entre les USA et l’Algérie ont connu à tous les niveaux un grand développement par rapport à ce qu’elles étaient jusque-là. L’antagonisme politique et idéologique du passé s’est progressivement dissipé. La meilleure illustration de cette évolution réside dans les visites officielles du président Abdelaziz Bouteflika aux Etats-Unis en juillet et novembre 2001. L’influence croissante de l’Algérie au sein de l’Organisation de l’unité africaine (OUA)/Union Africaine (UA), l’importance grandissante de l’axe Algérie-Nigeria-Afrique du Sud, ainsi que la réhabilitation de l’Algérie sur le plan international, ne sont pas passées inaperçues à Washington. De plus, les hommes politiques américains sont conscients que la résolution du conflit du Sahara Occidental, une question d’une importance extrême pour la stabilité du Maghreb, serait impossible sans l’approbation de l’Algérie.

Je rappelle par ailleurs que les USA voyaient qu’il était nécessaire de coopérer avec l’Algérie en matière de lutte contre le terrorisme mondial et ce, avant les événements du 11 septembre 2001. Il est clair néanmoins que les attentats du 11 septembre ont rapproché les deux pays, du moins en ce qui concerne la coopération sécuritaire. Malgré certaines réserves, l’Algérie a accepté de se joindre à la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Les autorités algériennes ont offert leur coopération en matière de sécurité et d’échange entre services secrets.

 

Ces relations englobent-elles, selon vous, tous les secteurs ou se concentrent-elles comme d’habitude dans le secteur des hydrocarbures ?

Les relations économiques entre l’Algérie et les USA ont, elles aussi, connu une croissance remarquable. En juillet 2001, les deux pays ont signé un accord-cadre sur le commerce et l’investissement, établissant une procédure consultative qui a donné lieu à un accord bilatéral d’investissements, à des concessions commerciales mutuelles et à un accord sur la double imposition fiscale. Cela a permis également plus largement aux entreprises multinationales de bénéficier des ressources pétrolifères et gazières algériennes. L’objectif de l’accord est de doubler le volume des échanges et de permettre aux entreprises américaines d’acquérir une plus grande part du marché algérien, notamment en matière d’hydrocarbures – il faut tenir compte du fait que les USA sont actuellement les plus grands investisseurs dans ce secteur. Il semble cependant qu’au cours des dernières années, les entreprises américaines se soient également intéressées à des secteurs autres que celui de l’énergie : elles investissent aujourd’hui dans les finances, les produits pharmaceutiques, les télécommunications et l’informatique. Malgré cette évolution positive, les investissements américains hors hydrocarbures demeurent cependant faibles. Il faut dire que l’instabilité de l’Algérie, au cours des années quatre-vingt-dix, explique en partie le faible niveau d’IED américain.

Il y a aussi la lenteur des réformes économiques et les obstacles posés par le manque d’infrastructures adéquates, ainsi que les lenteurs bureaucratiques, qui constituent d’autres facteurs dissuasifs pour les investisseurs américains, les empêchant ainsi de s’intéresser au marché algérien. De plus, l’économie algérienne, malgré quelques indicateurs macro-économiques positifs, est loin d’être une économie attrayante pour les investisseurs étrangers, surtout lorsqu’on la compare aux autres économies émergeantes. Quoi qu’il en soit et au vu de la politique énergétique américaine, l’Algérie occupera toutefois une place importante dans la stratégie américaine.

 

Que pouvez-vous nous dire sur la coopération militaire entre les deux pays ?

L’octroi de matériel de vision nocturne, ainsi que celui d’autres moyens militaires pour la lutte antiterroriste a marqué une avancée sensible dans les rapports militaires entre l’Algérie et les Etats-Unis. Mais je ne pense pas que dans le futur immédiat, la coopération sera meilleure, car les Etats-Unis, en tant que fournisseur traditionnel du Maroc en armement, ne veut pas créer un déséquilibre stratégique au Maghreb, surtout que le conflit au Sahara Occidental n’a pas encore été résolu. C’est ce qui explique l’insistance des officiels américains qui déclarent qu’ils ne livreront pas de matériel de guerre (lethal weapons) à l’Algérie. Mais cela ne gêne pas trop l’Algérie qui a pour fournisseur principal la Russie, mais qui a récemment diversifié ses sources d’armement. Cependant, les Etats-Unis souhaitent aider l’Algérie dans le secteur de la formation militaire, surtout dans les aspects relatifs au respect des droits de l’Homme…

 

Pensez-vous que l’arrivée du président Abdelaziz Bouteflika est la principale amorce à cette évolution ?

Même si les relations algéro-américaines ont connu un développement plus accéléré depuis l’arrivée du président Bouteflika au pouvoir, il serait faux de dire que l’arrivée de ce dernier a été l’amorce principale à cette évolution. A mon avis, le réchauffement des relations a débuté sous la présidence de Liamine Zeroual. Les Etats-Unis, réalisant après l’élection de novembre 1995 que la population algérienne n’avait pas basculé en faveur des islamistes et que le régime algérien n’allait pas s’effondrer, avaient alors décidé de lancer une nouvelle politique envers Alger, ce qu’on appelle la “positive conditionality”. Selon cette politique – dont la tête pensante était Robert Pelletreau – les Etats-Unis soutiendraient l’Algérie tant que le régime algérien entreprendrait des réformes économiques, respecterait les droits de l’Homme… L’élection de Bouteflika en avril 1999 avait soulevé un tollé à Washington à cause du retrait des six candidats la veille du scrutin et des accusations de fraude. Mais, les relations bilatérales se sont réchauffées progressivement.

 

Est-il juste, M. Yahia Zoubir, de parler d’une nouvelle politique américaine au Maghreb ?

Une politique américaine proprement maghrébine n’existe pas. Il y a une politique qui se veut régionale, lorsqu’il s’agit de la construction d’une entité économique, à l’exemple de l’initiative d’Eizenstat, mais il me semble que les Etats-Unis, pour des raisons historiques et politiques, préfèrent des politiques bilatérales. Cependant, il est bien clair que l’intérêt des Etats-Unis pour le Maghreb s’est affermi : il n’existe plus de réticence envers une région traditionnellement considérée comme la “chasse gardée” de la France. La fin de la guerre froide et la mondialisation ont mis fin à ce concept. La concurrence est donc ouverte à tout le monde.

Comment résumeriez-vous, en votre qualité d’expert en relations internationales, la nouvelle approche des USA ?

Depuis le 11 septembre, la nouvelle politique américaine a trait à la sécurité. Le principal objectif pour les USA est de développer au Maghreb une étroite coopération militaire liée à la sécurité. Les dirigeants américains sont d’avis que la coopération antiterroriste présente un grand intérêt pour tous. Un examen des déclarations officielles, des conférences de presse et des documents montre que les Américains tentent de mettre en place une alliance économique avec le Maghreb par le biais de l’accélération des réformes des structures au sein de chaque pays, en offrant un plus grand rôle au secteur privé et en démantelant les barrières intra-régionales représentant des obstacles, pour le commerce et l’investissement. Les Américains sont également conscients de l’importance du pétrole et du gaz naturel dans la région, notamment en Algérie et en Libye. C’est dans ce contexte général, marqué par un environnement sujet à des changements rapides, dans lequel les USA tentent de mettre en place une politique quasi régionale, où la question du Sahara Occidental acquiert une nouvelle dimension en raison des conséquences que pourrait engendrer la reprise des hostilités.

 

Pensez-vous que le rapprochement algéro-américain changera l’équilibre des forces de la région maghrébine ?

Je ne le pense pas, précisément parce que le Maroc garde toujours une place de choix dans la politique américaine au Maghreb. Dans les années 1990, la position du Maroc s’est vue renforcée pour de nombreuses raisons. La première raison de ce renforcement a été le soutien marocain à la guerre du Golfe de 1991, comprenant l’envoi de 2 000 soldats marocains en Arabie Saoudite. La seconde était l’instabilité de l’Algérie. Le régime algérien luttait pour sa survie et le spectre d’une révolution islamiste radicale en Afrique du Nord a redonné au Maroc son rôle de “rempart” contre les forces extrémistes anti-occidentales. La capacité du roi Hassan II à réprimer les mouvements islamistes radicaux dans son propre pays lui a permis de devenir un instrument particulièrement utile contre ces forces. La troisième raison du soutien des Américains au Maroc est liée aux réformes économiques, elles-mêmes liées au libre marché, comprenant une privatisation à grande échelle, coïncidant avec les objectifs idéologiques américains. La quatrième raison, et qui n’est pas des moindres, reste la volonté du Maroc à accorder aux Etats-Unis tout soutien logistique – qui inclut des bases militaires – dont les USA auraient besoin. Les Algériens, pour des raisons historiques évidentes, ne seraient pas prêts à faire un tel geste, cela serait compris comme une violation de la souveraineté nationale. Le refus de créer une base de la National Security Agency (NSA) dans le Sud algérien en est l’illustration concrète. Cinquièmement, le Maroc bénéficie toujours d’un soutien conséquent au sein du Congrès américain ; il est considéré comme un pays moins hostile à l’égard d’Israël. Donc, malgré les violations des droits de l’Homme, rapportées pourtant dans les publications annuelles du département d’Etat (ministère des AE), les Etats-Unis ont conservé la même politique par rapport au Maroc. C’est ainsi que le gouvernement de George W. Bush a renforcé la coopération économique et militaire, qui a été particulièrement importante dans le domaine antiterroriste. Selon Washington, le Maroc se distingue également en tant que modèle de démocratie au sein du monde arabe.

Il convient cependant de signaler que malgré leur soutien affirmé au Maroc, les Etats-Unis refusent de reconnaître la souveraineté marocaine au Sahara Occidental, afin de ne pas se trouver en désaccord avec les congressistes américains, certes peu nombreux, qui sont partisans de l’organisation d’un référendum sur ce territoire, mais également afin d’éviter une inimité avec l’Algérie.

 

Que peut signifier le fait que les USA et l’Algérie aient presque la même position par rapport au conflit du Sahara occidental ?

Je peux vous assurer d’emblée que les USA et l’Algérie n’ont pas du tout la même position par rapport à ce conflit. Certes, ils ne reconnaissent pas la souveraineté du Maroc au Sahara Occidental occupé, mais ils ont toujours soutenu le Maroc – tout comme le fait la France d’ailleurs – au sein de l’ONU. Les officiels américains sont conscients que les Sahraouis ont le droit de leur côté et l’admettent facilement en privé, mais la realpolitik les oblige à soutenir le Maroc, qu’ils considèrent comme un allié de longue date. Mais la consolidation des rapports algéro-américains a permis une plus grande “neutralité” en faveur du Maroc, bien sûr, dans ce conflit. Donc, c’est une position pragmatiste plus qu’autre chose qui dicte cette politique dans la région. De plus, le statu quo ne semble gêner personne, excepté les Sahraouis qui sont quasiment abandonnés à leur sort.

 

Quelles sont vos prévisions à propos du conflit sahraoui ?

Il est très difficile de faire des prévisions quelconques à propos de ce conflit. Ce qui est certain, c’est que le Maroc veut l’annexion du territoire, quel qu’en soit le prix, car pour les Marocains ce conflit a une dimension interne très importante. Il permet aussi de garder l’armée cantonnée loin de la capitale. Je crois que la solution viendra lorsqu’une démocratisation véritable aura lieu au Maroc et lorsque les puissances étrangères estimeront que ce conflit doit enfin être résolu. Malheureusement, tant que ce conflit ne menace pas les intérêts des Etats-Unis ou de l’Europe, le statu quo restera de mise, au détriment de la construction maghrébine.

 

Pensez-vous que les USA auront un rôle important à jouer dans la résolution du conflit sahraoui ?

Bien sûr que les Américains auront à un rôle important à jouer dans la résolution du conflit sahraoui ! Mais je dirais que les Etats-Unis ont aussi joué un rôle important dans sa “non-résolution”, puisque s’ils en avaient la volonté réelle, ils auraient obligé le Maroc à accepter le plan Baker II, pourtant favorable au Royaume chérifien. On se retrouve dans une contradiction énorme. D’un côté, les USA souhaitent voir l’existence d’un Maghreb économique, mais d’un autre côté, ils ne font rien pour résoudre le conflit du Sahara Occidental, qui est l’obstacle principal à l’émergence d’une telle entité, bénéfique aussi bien pour les Maghrébins que les Américains et les Européens.

Entretien réalisé

par Z’hor Chérief

 

 

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