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économique
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inquiétant de l’inflation
Tout se passe
comme si le risque était minime, alors que cela risque d’emporter de
nouveaux segments économiques créés et quelques milliers d’emplois.
Sans compter la poursuite inexorable de la baisse du pouvoir d’achat
et de la paupérisation.
Malgré les
avertissements du CNES et de nombreuses expertises, rien n’est
entrepris pour stopper la menace d’une forte poussée inflationniste.
Bien au contraire, deux grandes décisions sont venues précipiter les
choses et compliquer davantage la tenue des indicateurs
macro-économiques.
La première a
trait au relèvement des prix des carburants, le gouvernement ayant
décidé de faire faire à Naftal ce qu’il n’a pu obtenir par la loi de
Finances, les taxes de Benachenhou ayant été rejetées. Ainsi, l’on
note une augmentation généralisée et naturelle de tous les produits
transportés, mais une accentuation de la spéculation, amorcée par
les effets d’un climat rude, situation qui ne manquera pas de se
répercuter sur l’indice des prix à la consommation.
Selon l’ONS, ce
dernier a évolué lentement en 2000 (+ 0,34%), a poussé fortement en
2001 (+3,5%) et en 2002 (+4,23%) pour revenir à une progression de
1,42% en 2003. L’inflation était à 4% en 2004 et rien n’indique que
ce taux reviendra à la baisse, bien au contraire, considérant en
parallèle que, pour le FMI, une inflation supérieure à 5% relèverait
alors de l’immaîtrisable.
Malheureusement,
la croissance n’est pas au rendez-vous de manière forte et de nature
à se répercuter positivement sur le pouvoir d’achat. Si les deux
hausses successives du SNMG ont tôt fait de créer l’illusion que ce
dernier allait se consolider, il n’en est rien. A présent que les
estimations successives de l’indice des prix à la consommation
durant l’année 2004 – cette fois selon l’ONS – disent clairement que
le coût de la vie est encore plus cher.
Faisant son état
des lieux, le FMI a jugé que “les indicateurs macroéconomiques sont
au vert, durant l’année 2004, et devraient se consolider encore
davantage en 2005”. L’inflation est demeurée stable, selon ces
experts, à 4%. Dans le cadre d’une croissance de 5,5% en 2004 contre
6,9% en 2003, le FMI déplore, toutefois “le retard considérable pris
dans la mise en œuvre des réformes structurelles et la réforme du
secteur financier et bancaire”. Cette remarque est on ne peut plus
pertinente, puisque l’autre décision importante prise par le
gouvernement et qui est de nature à conforter l’inflation a été de
donner ordre aux banques d’Etat de réduire leurs taux d’intérêts de
près d’un point, se rapprochant davantage du taux directeur de la
Banque centrale. Cette décision est intervenue avec l’intention de
faciliter les conditions d’octroi des crédits, précisément face à la
menace de tension inflationniste que constituent les surliquidités
cumulées au niveau des banques, se chiffrant à 1 milliard de dollars
à en croire les dépôts massifs opérés auprès de la Banque centrale.
Mais, au vu du volume inquiétant des créances malsaines, voire
irrécouvrables, que détiennent les banques, il va sans dire que la
part de bénéfices que réalisaient les banques publiques grâce à
l’écart entre taux d’intérêt pratique et taux de réescompte ira en
s’effritant, fragilisera les banques et rendra encore plus ardu
qu’il ne l’est l’assainissement des banques par le Trésor public.
Un assainissement
que d’aucuns estiment salutaire, en raison de l’annonce du
gouvernement de privatiser les banques, bien que leur ardoise – en
raison du dispositif banques-entreprises – se chiffre à 320
milliards de dinars, dont M. Benachenhou n’aura effacé qu’une
cinquantaine.
Cette situation
autour de l’indicateur inflation risque, si des mesures de
correction ne sont pas apportées au plus vite, de nourrir des
pressions qui pousseront le gouvernement à puiser dans les
ressources disponibles, c’est-à-dire le matelas de devises qui fait
sa fierté, pour gérer des tensions à prévoir.
Par ailleurs,
cette situation ressemble curieusement à la conjoncture économique
de 2001. Le retour de l’inflation, que le CNES avait jugé
«préoccupant» était de à 3,5 % (contre 0,3 seulement en 2000), au
moment où la Banque d’Algérie avançait le chiffre de 4,2 %. Dans
cette phase, une telle évolution n’était pas spécialement alarmante
étant donné le maintien du dinar algérien par rapport au dollar et à
l’euro, et le pragmatisme affiché par les autorités en matière de
politique budgétaire.
La dévaluation du
dinar face à l’euro, que l’on observe depuis plus d’une année, pose,
pour la conjoncture actuelle, une difficulté supplémentaire dont on
ne mesure pas encore la consistance. Prenons en exemple le secteur
agricole, où l’on évoquait une croissance de 17% du secteur et une
hausse parallèle de la facture alimentaire (ce qui équivaut à une
hausse de la production locale et des importations) ; il aurait été
logique que cela tire les prix de cette branche vers la baisse. Il
n’en a rien été, ce qui traduit tout le fossé entre les organismes
de l’Etat, sources de ces mêmes données, et le marché réel qui
évolue, on peut le déduire, sous une forte tension inflationniste.
De plus, l’on a du
mal à admettre ce taux officiel ou un autre, à propos de
l’inflation. Etant donné qu’un surplus d’inflation équivaut en
théorie à une baisse proportionnelle du taux de chômage, l’on ne
trouve aucune explication au fait qu’aucune traduction sur l’emploi
n’ait lieu.
Si le ministre du
Travail vient de jeter le trouble en communiquant un taux de chômage
de 17% alors qu’il était à 25% début 2004 et à 29% fin 2003, il
reste à se demander d’où proviennent de tels chiffres dont la
véracité ne résisterait pas à la plus courte des démonstrations. Il
n’y a qu’à écouter les cadres du nouvel observatoire de l’emploi mis
en place par Djamel Ould Abbes pour s’en convaincre, eux qui parlent
d’opacité du marché du travail.
Mais, plutôt de
susciter une polémique sur les chiffres, projeter le débat sur les
dégâts que cette inflation, à l’ombre du statu quo des réformes,
risque de nous coûter. Récemment, lors d’une conférence à Alger sur
les PME et leur mise à niveau, l’on a estimé que le tissu des PME
était extrêmement vulnérable, preuve en est que 50% d’entre elles
disparaissaient au bout de quatre ans. Si l’on considère que la PME
(le segment le plus fragile et le moins protégé par l’Etat),
représente au moins le tiers, sinon plus, de l’activité économique
hors hydrocarbures, la destruction permanente de pans entiers de
l’économie que l’on crée à coup de crédits provenant des banques
publiques, constitue, en résultat, une perte de temps, un gaspillage
de fonds publics et de ressources et une création fictive d’emplois
qui sont comptabilisés mais qui ne changent rien à la réalité
sociale.
Si, demain, une
forte poussée inflationniste survient, il ne faut pas s’étonner de
voir la menace se faire plus pesante sur le tissu des PME et les
emplois qu’elles abritent.
Nabil Benali
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Interview du professeur Yahia H. Zoubir
«Les USA sont
conscients de l’importance du pétrole en Algérie»
Yahia H. Zoubir
est professeur en relations internationales à Thunderbird, à l’American
Graduate School of International Management, en Arizona, aux
Etats-Unis.
Il est spécialiste
en politique économique internationale, en politique étrangère des
Etats-Unis, en politique comparée et en management international
(négociations et communications interculturelles, environnement
régional des affaires). Il est également auteur de plusieurs
ouvrages et articles, publiés dans des revues spécialisées aux
Etats-Unis, en Europe et au Moyen-Orient.
Les Débats :
Comment évaluez-vous l’évolution des relations entre l’Algérie et
les Etats-Unis ?
Yahia H. Zoubir
: A la fin des années
quatre-vingt-dix, les relations entre les USA et l’Algérie ont connu
à tous les niveaux un grand développement par rapport à ce qu’elles
étaient jusque-là. L’antagonisme politique et idéologique du passé
s’est progressivement dissipé. La meilleure illustration de cette
évolution réside dans les visites officielles du président Abdelaziz
Bouteflika aux Etats-Unis en juillet et novembre 2001. L’influence
croissante de l’Algérie au sein de l’Organisation de l’unité
africaine (OUA)/Union Africaine (UA), l’importance grandissante de
l’axe Algérie-Nigeria-Afrique du Sud, ainsi que la réhabilitation de
l’Algérie sur le plan international, ne sont pas passées inaperçues
à Washington. De plus, les hommes politiques américains sont
conscients que la résolution du conflit du Sahara Occidental, une
question d’une importance extrême pour la stabilité du Maghreb,
serait impossible sans l’approbation de l’Algérie.
Je rappelle par
ailleurs que les USA voyaient qu’il était nécessaire de coopérer
avec l’Algérie en matière de lutte contre le terrorisme mondial et
ce, avant les événements du 11 septembre 2001. Il est clair
néanmoins que les attentats du 11 septembre ont rapproché les deux
pays, du moins en ce qui concerne la coopération sécuritaire. Malgré
certaines réserves, l’Algérie a accepté de se joindre à la coalition
internationale menée par les Etats-Unis. Les autorités algériennes
ont offert leur coopération en matière de sécurité et d’échange
entre services secrets.
Ces relations
englobent-elles, selon vous, tous les secteurs ou se
concentrent-elles comme d’habitude dans le secteur des hydrocarbures
?
Les relations
économiques entre l’Algérie et les USA ont, elles aussi, connu une
croissance remarquable. En juillet 2001, les deux pays ont signé un
accord-cadre sur le commerce et l’investissement, établissant une
procédure consultative qui a donné lieu à un accord bilatéral
d’investissements, à des concessions commerciales mutuelles et à un
accord sur la double imposition fiscale. Cela a permis également
plus largement aux entreprises multinationales de bénéficier des
ressources pétrolifères et gazières algériennes. L’objectif de
l’accord est de doubler le volume des échanges et de permettre aux
entreprises américaines d’acquérir une plus grande part du marché
algérien, notamment en matière d’hydrocarbures – il faut tenir
compte du fait que les USA sont actuellement les plus grands
investisseurs dans ce secteur. Il semble cependant qu’au cours des
dernières années, les entreprises américaines se soient également
intéressées à des secteurs autres que celui de l’énergie : elles
investissent aujourd’hui dans les finances, les produits
pharmaceutiques, les télécommunications et l’informatique. Malgré
cette évolution positive, les investissements américains hors
hydrocarbures demeurent cependant faibles. Il faut dire que
l’instabilité de l’Algérie, au cours des années quatre-vingt-dix,
explique en partie le faible niveau d’IED américain.
Il y a aussi la
lenteur des réformes économiques et les obstacles posés par le
manque d’infrastructures adéquates, ainsi que les lenteurs
bureaucratiques, qui constituent d’autres facteurs dissuasifs pour
les investisseurs américains, les empêchant ainsi de s’intéresser au
marché algérien. De plus, l’économie algérienne, malgré quelques
indicateurs macro-économiques positifs, est loin d’être une économie
attrayante pour les investisseurs étrangers, surtout lorsqu’on la
compare aux autres économies émergeantes. Quoi qu’il en soit et au
vu de la politique énergétique américaine, l’Algérie occupera
toutefois une place importante dans la stratégie américaine.
Que pouvez-vous
nous dire sur la coopération militaire entre les deux pays ?
L’octroi de
matériel de vision nocturne, ainsi que celui d’autres moyens
militaires pour la lutte antiterroriste a marqué une avancée
sensible dans les rapports militaires entre l’Algérie et les
Etats-Unis. Mais je ne pense pas que dans le futur immédiat, la
coopération sera meilleure, car les Etats-Unis, en tant que
fournisseur traditionnel du Maroc en armement, ne veut pas créer un
déséquilibre stratégique au Maghreb, surtout que le conflit au
Sahara Occidental n’a pas encore été résolu. C’est ce qui explique
l’insistance des officiels américains qui déclarent qu’ils ne
livreront pas de matériel de guerre (lethal weapons) à l’Algérie.
Mais cela ne gêne pas trop l’Algérie qui a pour fournisseur
principal la Russie, mais qui a récemment diversifié ses sources
d’armement. Cependant, les Etats-Unis souhaitent aider l’Algérie
dans le secteur de la formation militaire, surtout dans les aspects
relatifs au respect des droits de l’Homme…
Pensez-vous que
l’arrivée du président Abdelaziz Bouteflika est la principale amorce
à cette évolution ?
Même si les
relations algéro-américaines ont connu un développement plus
accéléré depuis l’arrivée du président Bouteflika au pouvoir, il
serait faux de dire que l’arrivée de ce dernier a été l’amorce
principale à cette évolution. A mon avis, le réchauffement des
relations a débuté sous la présidence de Liamine Zeroual. Les
Etats-Unis, réalisant après l’élection de novembre 1995 que la
population algérienne n’avait pas basculé en faveur des islamistes
et que le régime algérien n’allait pas s’effondrer, avaient alors
décidé de lancer une nouvelle politique envers Alger, ce qu’on
appelle la “positive conditionality”. Selon cette politique – dont
la tête pensante était Robert Pelletreau – les Etats-Unis
soutiendraient l’Algérie tant que le régime algérien entreprendrait
des réformes économiques, respecterait les droits de l’Homme…
L’élection de Bouteflika en avril 1999 avait soulevé un tollé à
Washington à cause du retrait des six candidats la veille du scrutin
et des accusations de fraude. Mais, les relations bilatérales se
sont réchauffées progressivement.
Est-il juste,
M. Yahia Zoubir, de parler d’une nouvelle politique américaine au
Maghreb ?
Une politique
américaine proprement maghrébine n’existe pas. Il y a une politique
qui se veut régionale, lorsqu’il s’agit de la construction d’une
entité économique, à l’exemple de l’initiative d’Eizenstat, mais il
me semble que les Etats-Unis, pour des raisons historiques et
politiques, préfèrent des politiques bilatérales. Cependant, il est
bien clair que l’intérêt des Etats-Unis pour le Maghreb s’est
affermi : il n’existe plus de réticence envers une région
traditionnellement considérée comme la “chasse gardée” de la France.
La fin de la guerre froide et la mondialisation ont mis fin à ce
concept. La concurrence est donc ouverte à tout le monde.
Comment
résumeriez-vous, en votre qualité d’expert en relations
internationales, la nouvelle approche des USA ?
Depuis le 11
septembre, la nouvelle politique américaine a trait à la sécurité.
Le principal objectif pour les USA est de développer au Maghreb une
étroite coopération militaire liée à la sécurité. Les dirigeants
américains sont d’avis que la coopération antiterroriste présente un
grand intérêt pour tous. Un examen des déclarations officielles, des
conférences de presse et des documents montre que les Américains
tentent de mettre en place une alliance économique avec le Maghreb
par le biais de l’accélération des réformes des structures au sein
de chaque pays, en offrant un plus grand rôle au secteur privé et en
démantelant les barrières intra-régionales représentant des
obstacles, pour le commerce et l’investissement. Les Américains sont
également conscients de l’importance du pétrole et du gaz naturel
dans la région, notamment en Algérie et en Libye. C’est dans ce
contexte général, marqué par un environnement sujet à des
changements rapides, dans lequel les USA tentent de mettre en place
une politique quasi régionale, où la question du Sahara Occidental
acquiert une nouvelle dimension en raison des conséquences que
pourrait engendrer la reprise des hostilités.
Pensez-vous que
le rapprochement algéro-américain changera l’équilibre des forces de
la région maghrébine ?
Je ne le pense
pas, précisément parce que le Maroc garde toujours une place de
choix dans la politique américaine au Maghreb. Dans les années 1990,
la position du Maroc s’est vue renforcée pour de nombreuses raisons.
La première raison de ce renforcement a été le soutien marocain à la
guerre du Golfe de 1991, comprenant l’envoi de 2 000 soldats
marocains en Arabie Saoudite. La seconde était l’instabilité de
l’Algérie. Le régime algérien luttait pour sa survie et le spectre
d’une révolution islamiste radicale en Afrique du Nord a redonné au
Maroc son rôle de “rempart” contre les forces extrémistes
anti-occidentales. La capacité du roi Hassan II à réprimer les
mouvements islamistes radicaux dans son propre pays lui a permis de
devenir un instrument particulièrement utile contre ces forces. La
troisième raison du soutien des Américains au Maroc est liée aux
réformes économiques, elles-mêmes liées au libre marché, comprenant
une privatisation à grande échelle, coïncidant avec les objectifs
idéologiques américains. La quatrième raison, et qui n’est pas des
moindres, reste la volonté du Maroc à accorder aux Etats-Unis tout
soutien logistique – qui inclut des bases militaires – dont les USA
auraient besoin. Les Algériens, pour des raisons historiques
évidentes, ne seraient pas prêts à faire un tel geste, cela serait
compris comme une violation de la souveraineté nationale. Le refus
de créer une base de la National Security Agency (NSA) dans le Sud
algérien en est l’illustration concrète. Cinquièmement, le Maroc
bénéficie toujours d’un soutien conséquent au sein du Congrès
américain ; il est considéré comme un pays moins hostile à l’égard
d’Israël. Donc, malgré les violations des droits de l’Homme,
rapportées pourtant dans les publications annuelles du département
d’Etat (ministère des AE), les Etats-Unis ont conservé la même
politique par rapport au Maroc. C’est ainsi que le gouvernement de
George W. Bush a renforcé la coopération économique et militaire,
qui a été particulièrement importante dans le domaine
antiterroriste. Selon Washington, le Maroc se distingue également en
tant que modèle de démocratie au sein du monde arabe.
Il convient
cependant de signaler que malgré leur soutien affirmé au Maroc, les
Etats-Unis refusent de reconnaître la souveraineté marocaine au
Sahara Occidental, afin de ne pas se trouver en désaccord avec les
congressistes américains, certes peu nombreux, qui sont partisans de
l’organisation d’un référendum sur ce territoire, mais également
afin d’éviter une inimité avec l’Algérie.
Que peut
signifier le fait que les USA et l’Algérie aient presque la même
position par rapport au conflit du Sahara occidental ?
Je peux vous
assurer d’emblée que les USA et l’Algérie n’ont pas du tout la même
position par rapport à ce conflit. Certes, ils ne reconnaissent pas
la souveraineté du Maroc au Sahara Occidental occupé, mais ils ont
toujours soutenu le Maroc – tout comme le fait la France d’ailleurs
– au sein de l’ONU. Les officiels américains sont conscients que les
Sahraouis ont le droit de leur côté et l’admettent facilement en
privé, mais la realpolitik les oblige à soutenir le Maroc, qu’ils
considèrent comme un allié de longue date. Mais la consolidation des
rapports algéro-américains a permis une plus grande “neutralité” en
faveur du Maroc, bien sûr, dans ce conflit. Donc, c’est une position
pragmatiste plus qu’autre chose qui dicte cette politique dans la
région. De plus, le statu quo ne semble gêner personne, excepté les
Sahraouis qui sont quasiment abandonnés à leur sort.
Quelles sont
vos prévisions à propos du conflit sahraoui ?
Il est très
difficile de faire des prévisions quelconques à propos de ce
conflit. Ce qui est certain, c’est que le Maroc veut l’annexion du
territoire, quel qu’en soit le prix, car pour les Marocains ce
conflit a une dimension interne très importante. Il permet aussi de
garder l’armée cantonnée loin de la capitale. Je crois que la
solution viendra lorsqu’une démocratisation véritable aura lieu au
Maroc et lorsque les puissances étrangères estimeront que ce conflit
doit enfin être résolu. Malheureusement, tant que ce conflit ne
menace pas les intérêts des Etats-Unis ou de l’Europe, le statu quo
restera de mise, au détriment de la construction maghrébine.
Pensez-vous que
les USA auront un rôle important à jouer dans la résolution du
conflit sahraoui ?
Bien sûr que les
Américains auront à un rôle important à jouer dans la résolution du
conflit sahraoui ! Mais je dirais que les Etats-Unis ont aussi joué
un rôle important dans sa “non-résolution”, puisque s’ils en avaient
la volonté réelle, ils auraient obligé le Maroc à accepter le plan
Baker II, pourtant favorable au Royaume chérifien. On se retrouve
dans une contradiction énorme. D’un côté, les USA souhaitent voir
l’existence d’un Maghreb économique, mais d’un autre côté, ils ne
font rien pour résoudre le conflit du Sahara Occidental, qui est
l’obstacle principal à l’émergence d’une telle entité, bénéfique
aussi bien pour les Maghrébins que les Américains et les Européens.
Entretien
réalisé
par Z’hor
Chérief
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