Semaine du 9 au 15 février 2005

 

La trame

Vers le troisième 8e congrès ?

 

 
 
 La Trame

Accueil

La Trame

Vers le troisième 8e congrès ?

A parti hors normes, une définition qui le vise exclusivement. C’est le porte-parole du 8e congrès bis du FLN, Boualem Bessaïh, qui l’a donnée, non sans fierté, voulant sans doute expliquer pourquoi ce parti se tire des situations les plus désespérées : (le FLN est) un facteur de stabilité institutionnelle. Cela n’a l’air de rien, pourtant la périphrase est mûrement réfléchie, et de plus elle est polémique, car elle constitue aussi une réponse à tous ceux qui ne pensent pas grand bien du FLN, et qui ne demanderaient pas mieux que de le voir dissous. A tous ceux-là, fort nombreux, représentant peut-être l’écrasante majorité des Algériens, le cacique répond par un bout de phrase, comme en passant, que le FLN n’est effectivement pas un parti, mais ce que vous prenez vous pour un trait si négatif qu’il devrait entraîner un arrêt de mort, nous le pensons nous, comme une qualité d’un ordre supérieur, comme un privilège auquel seuls nous avons accès, comme un signe d’élection. Oui, le FLN n’est pas, ou n’est pas seulement un parti. Mieux : il s’est ingénié à éviter le statut peu valorisant de parti comme un autre. C’est justement dans ce manque que réside sa force. Oui, vous avez raison, s’il était un parti comme un autre, il n’aurait jamais pu survivre à des crises aussi terribles que celles qui l’ont frappé. De ce que précisément il ne soit pas un parti, disent en filigrane les propos du porte-parole, il n’a pas à subir la juste rétribution de ses actes en tant que tel. Il est un facteur (essentiel) de stabilité institutionnelle. Convenez que c’est du positif ça, du concret, du palpable. Ça n’a l’air de l’air à première vue, mais quand on y réfléchit un peu plus, on s’aperçoit que c’est plus qu’une définition, que c’est tout un programme. Et, accessoirement, une menace. Si, en effet, le FLN est un facteur de stabilité institutionnelle, planifier sa fin, c’est mettre en danger le système dans sa totalité.

Soit, semble dire Bessaïh, le FLN est seulement la partie d’un tout, mais ce tout n’est rien d’autre que la somme de ses parties. Dont le FLN, et aussi longtemps que ce tout forme un tout, il ne peut pas rester tel quel tout en voulant se passer d’une de ses composantes. Autrement, il creuserait sa propre tombe.

Le FLN, c’est un peu comme ces théories qui sont si solidement construites qu’elles ne sont attaquables que de l’extérieur. Il est un monde, ou plutôt une mer, qui ne vide pas de ses eaux si grande que soit la tempête qui l’agite.

Mais la raison d’Etat que le FLN invoque pour expliquer qu’il soit, contre toute raison, en vie, c’est encore de la raison. Sa force, c’est aussi sa faiblesse. Le système auquel il appartient doit du moins arborer un minimum de cohérence : le respect des apparences. Il doit d’autant plus veiller à les sauver qu’elles constituent son seul viatique.

Pourquoi le 8e congrès a-t-il été dissous ? Soi-disant parce qu’il s’est déroulé au mépris des statuts du FLN et des règles démocratiques. Le secrétaire général de l’époque l’aurait, dans la perspective de l’élection présidentielle, verrouillé de toutes parts, pour être sûr d’être le candidat du parti, et donc le futur président de la République. Les redresseurs, on s’en souvient, ont mené grand tapage, en vue d’obtenir l’invalidation du congrès, à propos de congressistes qui n’avaient pas droit à ce titre, imposés qu’ils étaient par le secrétaire général. Au sortir de ce premier 8e congrès, quelques-uns de leurs chefs de file ont publié une lettre où ils félicitaient Ali Benflis pour avoir été reconduit aussi démocratiquement à la tête du parti.

Il n’y aura personne parmi les amis de Ali Benflis (à supposer qu’il en existe encore) pour adresser les mêmes félicitations à Abdelaziz Belkhadem. Et pour cause, des centaines de mandats ont été invalidés avant même la fin du congrès. Pour qu’on en vienne à cette extrémité, il faut qu’il y ait un nombre bien plus grand de faux délégués. Qu’on en juge : pas moins de cent des militants du RDN ont été repérés parmi les congressistes. Sans parler de ceux qui se sont fondus dans la foule. A ceux qui se sont laissés prendre, A. Ouyahia promet l’exclusion… du RND. Ils n’avaient qu’à se faire plus discrets.

Les amis de Ali Benflis, pour autant qu’il s’en trouve encore, disposent par conséquent de tous les arguments pour demander à la justice d’invalider un congrès entaché de beaucoup plus d’irrégularités que le premier.

M. Habili

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche