|
Accueil
La Trame
Vers le
troisième 8e congrès ?
A parti hors
normes, une définition qui le vise exclusivement. C’est le
porte-parole du 8e congrès bis du FLN, Boualem Bessaïh, qui l’a
donnée, non sans fierté, voulant sans doute expliquer pourquoi ce
parti se tire des situations les plus désespérées : (le FLN est) un
facteur de stabilité institutionnelle. Cela n’a l’air de rien,
pourtant la périphrase est mûrement réfléchie, et de plus elle est
polémique, car elle constitue aussi une réponse à tous ceux qui ne
pensent pas grand bien du FLN, et qui ne demanderaient pas mieux que
de le voir dissous. A tous ceux-là, fort nombreux, représentant
peut-être l’écrasante majorité des Algériens, le cacique répond par
un bout de phrase, comme en passant, que le FLN n’est effectivement
pas un parti, mais ce que vous prenez vous pour un trait si négatif
qu’il devrait entraîner un arrêt de mort, nous le pensons nous,
comme une qualité d’un ordre supérieur, comme un privilège auquel
seuls nous avons accès, comme un signe d’élection. Oui, le FLN n’est
pas, ou n’est pas seulement un parti. Mieux : il s’est ingénié à
éviter le statut peu valorisant de parti comme un autre. C’est
justement dans ce manque que réside sa force. Oui, vous avez raison,
s’il était un parti comme un autre, il n’aurait jamais pu survivre à
des crises aussi terribles que celles qui l’ont frappé. De ce que
précisément il ne soit pas un parti, disent en filigrane les propos
du porte-parole, il n’a pas à subir la juste rétribution de ses
actes en tant que tel. Il est un facteur (essentiel) de stabilité
institutionnelle. Convenez que c’est du positif ça, du concret, du
palpable. Ça n’a l’air de l’air à première vue, mais quand on y
réfléchit un peu plus, on s’aperçoit que c’est plus qu’une
définition, que c’est tout un programme. Et, accessoirement, une
menace. Si, en effet, le FLN est un facteur de stabilité
institutionnelle, planifier sa fin, c’est mettre en danger le
système dans sa totalité.
Soit, semble dire
Bessaïh, le FLN est seulement la partie d’un tout, mais ce tout
n’est rien d’autre que la somme de ses parties. Dont le FLN, et
aussi longtemps que ce tout forme un tout, il ne peut pas rester tel
quel tout en voulant se passer d’une de ses composantes. Autrement,
il creuserait sa propre tombe.
Le FLN, c’est un
peu comme ces théories qui sont si solidement construites qu’elles
ne sont attaquables que de l’extérieur. Il est un monde, ou plutôt
une mer, qui ne vide pas de ses eaux si grande que soit la tempête
qui l’agite.
Mais la raison
d’Etat que le FLN invoque pour expliquer qu’il soit, contre toute
raison, en vie, c’est encore de la raison. Sa force, c’est aussi sa
faiblesse. Le système auquel il appartient doit du moins arborer un
minimum de cohérence : le respect des apparences. Il doit d’autant
plus veiller à les sauver qu’elles constituent son seul viatique.
Pourquoi le 8e
congrès a-t-il été dissous ? Soi-disant parce qu’il s’est déroulé au
mépris des statuts du FLN et des règles démocratiques. Le secrétaire
général de l’époque l’aurait, dans la perspective de l’élection
présidentielle, verrouillé de toutes parts, pour être sûr d’être le
candidat du parti, et donc le futur président de la République. Les
redresseurs, on s’en souvient, ont mené grand tapage, en vue
d’obtenir l’invalidation du congrès, à propos de congressistes qui
n’avaient pas droit à ce titre, imposés qu’ils étaient par le
secrétaire général. Au sortir de ce premier 8e congrès, quelques-uns
de leurs chefs de file ont publié une lettre où ils félicitaient Ali
Benflis pour avoir été reconduit aussi démocratiquement à la tête du
parti.
Il n’y aura
personne parmi les amis de Ali Benflis (à supposer qu’il en existe
encore) pour adresser les mêmes félicitations à Abdelaziz Belkhadem.
Et pour cause, des centaines de mandats ont été invalidés avant même
la fin du congrès. Pour qu’on en vienne à cette extrémité, il faut
qu’il y ait un nombre bien plus grand de faux délégués. Qu’on en
juge : pas moins de cent des militants du RDN ont été repérés parmi
les congressistes. Sans parler de ceux qui se sont fondus dans la
foule. A ceux qui se sont laissés prendre, A. Ouyahia promet
l’exclusion… du RND. Ils n’avaient qu’à se faire plus discrets.
Les amis de Ali
Benflis, pour autant qu’il s’en trouve encore, disposent par
conséquent de tous les arguments pour demander à la justice
d’invalider un congrès entaché de beaucoup plus d’irrégularités que
le premier.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |