Semaine du 9 au 15 février 2005

 

Iran-USA

Prochaine cible ou diversion ?

 

 
 
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Prochaine cible ou diversion ?

Comme à l’accoutumée, pour faire monter les enchères toujours plus haut dans sa vaste entreprise de déstabilisation du Proche et Moyen-Orient et agitant concomitamment le vieux leitmotiv de la lutte antiterroriste tout en déniant aux pays inscrits sur la liste des “Etats voyous” le droit de détenir (ou d’acquérir) l’arme atomique, Washington ne s’embarrasse nullement de motifs à invoquer ou à évoquer pour justifier une intervention armée, une frappe chirurgicale, avec ou sans sa chasse gardée au Proche-Orient.

Et pourtant, le cas de l’Iran, qui est mis à l’index, met le président Bush dans une folle mobilisation tous azimuts pour entraîner dans ses cogitations la communauté internationale afin de préparer une intervention armée ou une frappe chirurgicale destinée à répondre unilatéralement aux principes saugrenus de la guerre préventive, la sienne.

Cette fois, c’est l’Iran qui retient l’attention des médias, qui se déchaînent sur ce pays, alors que l’axe Washington - Tel-Aviv, qui privilégie une intervention militaire en catimini contre le pays des mollahs, demeure focalisé aveuglément sur ce pays en même temps qu’une campagne d’intox sans précédent annonce la couleur. Toute la panoplie médiatique s’est mobilisée en la circonstance dans cette nouvelle aventure contre l’Iran pour préparer psychologiquement le terrain à l’Occident en vue de son acquiescement à une intervention armée, conjuguée entre les Etats-Unis et un Israël cynique qui, d’ailleurs, ne cache pas sa joie d’en découdre avec ce qu’il qualifie de puissance montante au Proche-Orient capable de menacer l’Etat hébreu et de bouleverser les rapports stratégiques dans la région.

Et donc la nécessité d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique constitue le fer de lance de la politique extérieure des Etats-Unis, qui jugent les Européens comme étant cyniques sur ce dossier et qu’ils vont échouer. Pour étayer leur argumentaire, les Américains assurent que les Russes ont décidé qu’il n’était pas dans leur intérêt, vis-à-vis de l’Europe comme des Etats-Unis, d’avoir un Iran nucléaire. La conquête du pays de Omar Khayyam (illustre poète persan) fait l’objet de surenchères médiatiques non crédibles, reposant surtout sur des supputations, des allégations mensongères et surtout dans un désir incessant du remodelage du Proche-Orient conjugué au simulacre de l’exportation d’une démocratie que le pays de l’oncle Sam juge bon d’insuffler à ce pays après l’échec consommé et reconnu tacitement des perspectives de démocratiser et de reconstruire l’Irak.

Exactions d’une guerre “sans limites”

Les Etats-Unis devaient faire très vite pour ne pas voir les accusations portées à l’encontre de plusieurs soldats US engagés dans la salle guerre en Irak déferler aux quatre coins du monde et prendre une toute autre tournure, en jugeant un tortionnaire et l’affaire était classée. Charles Graner, un des tortionnaires des prisonniers irakiens détenus dans la prison d’Abou Ghraïb, vient d’être condamné à dix ans de prison et a été expulsé de l’armée américaine. La cour martiale n’a même pas rendu la peine maximale qui était demandée, quinze ans.

Mais nul doute que si un journaliste américain n’avait pas publié les photos prises par les tortionnaires eux-mêmes des sévices et des humiliations sans nom qu’ils prenaient plaisir à infliger aux détenus, le scandale n’aurait jamais vu le jour et aucun procès n’aurait eu lieu. Alors que bon nombre d’incriminés dans l’affaire des sévices infligés aux prisonniers n’ont pas comparu devant le tribunal militaire pour répondre de leurs méfaits, il s’agissait pour la politique américaine d’en faire comparaître un qui porterait le fardeau des autres et l’affaire de la prison d’Abou Ghraïb était résolue. Tout comme les Britanniques, qui ont été rattrapés par l’affaire des sévices et nul doute qu’ils feront comme leurs cousins germains, traitant à la volée et en coup de vent cette affaire qui n’en finit pas d’éclabousser et la classe politique des pays incriminés et la communauté internationale, qui pensait que la torture appartenait à un âge révolu et qui voit aujourd’hui les multiples facettes de la torture version deuxième millénaire.

Sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, où sont parqués dans des conditions indignes d’êtres humains les prisonniers de la guerre sans limites menée par les Etats-Unis depuis les lendemains du 11 septembre, c’est aussi un régime d’exception qui règne. Il en a été question publiquement, à l’occasion de l’audition des ministres de Bush devant le Congrès. Sans que rien ne soit fait pour y mettre fin ! Tortures, exactions, sadisme ne peuvent qu’accompagner la violence d’une guerre qui se mène contre toute une population et la politique du mensonge qui la justifie. Bush ne vient-il pas de réaffirmer avec cynisme, dans le Washington Post, qu’il ne changerait pas l’objectif qu’il assigne aux États-Unis, “répandre la démocratie dans le monde” ? La guerre engagée pour assurer la domination des multinationales américaines sur le monde révèle son visage réel et son idéologie rétrograde : la terreur contre les peuples ou l’asservissement demeure le credo de la politique indécrottable de Georges Bush.

Des armées civilisées exemptes de tout reproche ?

Non contents que les médias aient ébruité le scandale des tortures où les coupables avaient filmé eux-mêmes tout ce qu’ils avaient infligé à leurs prisonniers, les Etats-Unis ont fini, en pareille circonstance, par trouver le sésame pour les déculpabiliser. Non contentes que l’affaire des sévices infligés aux prisonniers de la prison d’Abou Ghraïb ait fait le tour de la terre, les armées des deux pays (Etats-Unis et Pologne) se sont simultanément illustrées par la destruction du patrimoine irakien remontant à plus de 6000 ans. Un quotidien britannique a publié, au mois de janvier, un rapport dénonçant les dégradations commises par les armées américaines et polonaises sur le célèbre site archéologique de Babylone.

De gros dégâts ont été enregistrés à Babylone et les commanditaires de ce forfait ne sont autres que les troupes de la coalition. Les armées américaine et polonaise ont causé des dégâts importants et sévèrement contaminé le site de l’antique cité de Babylone en Irak, selon un rapport du British Museum. Cet acharnement systématique à s’en prendre à la mémoire irakienne peut, à l’évidence, attester de la folie meurtrière des troupes d’occupation dont le moral est au plus bas et qui, en plus des exactions commises à l’encontre de la population irakienne, s’en prennent à tout ce qui peut représenter la richesse de ce pays et son histoire millénaire.

La presse a rapporté que les pavés vieux de 2 600 ans de la cité de Hammourabi, le fondateur du premier empire de Babylone, avaient été écrasés par les véhicules militaires, que des dalles à la gloire du roi Nabuchodonosor avaient été brisées et que des fragments archéologiques avaient été éparpillés sur le site.

D’importantes quantités de sable mélangées à des fragments archéologiques ont par ailleurs servi à remplir les sacs de sable destinés à la protection des positions militaires. Les dégâts causés au site n’ont pas soulevé un tollé de protestations au niveau des instances de conservation des sites archéologiques, qui ont pris l’habitude de s’en accommoder depuis le déclenchement des hostilités par Washington.

Guerres préventives : la cible syrienne

Devrait-on accorder autant de crédit au troublant démenti du Pentagone relatif à l’existence d’un plan d’attaque contre l’Iran, révélé par Seymour Hersh, un journaliste visiblement bien informé qui n’a pas pour habitude de verser dans les affabulations puisque c’est grâce à lui que le scandale de la prison irakienne d’Abou Ghraib avait éclaté ? Nonobstant ce peu d’engouement à démentir formellement les informations selon lesquelles des commandos se seraient infiltrés en Iran pour repérer les sites sensibles pour une éventuelle destruction, les observateurs y voient une sorte d’aveu puisqu’il n’est un secret pour personne que les USA, après l’invasion de l’Irak, envisagent sérieusement de “mettre au pas” l’Iran et la Syrie dans le cadre de la “sécurisation” de leur chasse gardée au Proche-Orient, de pérenniser leur position de leadership mais aussi de s’assurer le contrôle des richesses naturelles de cette région. Ces hautes voltiges politiciennes n’excluent pas pour autant que le Pentagone cherche à brouiller les pistes afin de ne pas afficher ses véritables intentions guerrières et surtout ne pas les dévoiler à la communauté internationale. On ne peut exclure également que ces mêmes voltiges politiciennes dont l’administration Bush est incontestablement le chantre en la matière ont pour but de travestir des intentions inavouées par une diversion qui vise à préparer un plan d’attaque contre la cible syrienne. Le Président ne verra aucune opposition, de l’intérieur ou de l’extérieur, pour mener à bien ses objectifs puisqu’il lui suffira d’invoquer les notions de guerre préventive et de lutte antiterroriste afin de rallier le maximum de partisans à ses thèses bellicistes.

Indifférents à l’opposition de Colin Powell, les faucons préparent la prochaine étape du remodelage du Proche-Orient : la “libération” du Liban en instaurant un gouvernement maronite et l’attaque de la Syrie. Ils commencent à constituer leur dossier d’accusation pour justifier ces opérations en utilisant la même rhétorique et le même lexique guerrier que pour l’Irak : soutien au “terrorisme international” et détention d’armes de destruction massive.

Le Pentagone sait pouvoir s’appuyer sur le général Sharon, impatient de créer un Etat maronite au Liban et d’en finir avec la résistance palestinienne. La mort de Yasser Arafat et l’élection de Mahmoud Abbas imposent un ajustement de communication. Les faucons tentent de brocarder le nouveau Président palestinien en utilisant les recettes qui ont fait leurs preuves contre Arafat, tandis que les partisans d’une reprise des négociations insistent sur le rôle que doivent jouer les Etats-Unis et Israël dans cette relance du processus.

N. Rahal

(A suivre)

 

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