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Iran-USA
Prochaine cible
ou diversion ?
Comme à
l’accoutumée, pour faire monter les enchères toujours plus haut dans
sa vaste entreprise de déstabilisation du Proche et Moyen-Orient et
agitant concomitamment le vieux leitmotiv de la lutte antiterroriste
tout en déniant aux pays inscrits sur la liste des “Etats voyous” le
droit de détenir (ou d’acquérir) l’arme atomique, Washington ne
s’embarrasse nullement de motifs à invoquer ou à évoquer pour
justifier une intervention armée, une frappe chirurgicale, avec ou
sans sa chasse gardée au Proche-Orient.
Et pourtant, le
cas de l’Iran, qui est mis à l’index, met le président Bush dans une
folle mobilisation tous azimuts pour entraîner dans ses cogitations
la communauté internationale afin de préparer une intervention armée
ou une frappe chirurgicale destinée à répondre unilatéralement aux
principes saugrenus de la guerre préventive, la sienne.
Cette fois, c’est
l’Iran qui retient l’attention des médias, qui se déchaînent sur ce
pays, alors que l’axe Washington - Tel-Aviv, qui privilégie une
intervention militaire en catimini contre le pays des mollahs,
demeure focalisé aveuglément sur ce pays en même temps qu’une
campagne d’intox sans précédent annonce la couleur. Toute la
panoplie médiatique s’est mobilisée en la circonstance dans cette
nouvelle aventure contre l’Iran pour préparer psychologiquement le
terrain à l’Occident en vue de son acquiescement à une intervention
armée, conjuguée entre les Etats-Unis et un Israël cynique qui,
d’ailleurs, ne cache pas sa joie d’en découdre avec ce qu’il
qualifie de puissance montante au Proche-Orient capable de menacer
l’Etat hébreu et de bouleverser les rapports stratégiques dans la
région.
Et donc la
nécessité d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique constitue le
fer de lance de la politique extérieure des Etats-Unis, qui jugent
les Européens comme étant cyniques sur ce dossier et qu’ils vont
échouer. Pour étayer leur argumentaire, les Américains assurent que
les Russes ont décidé qu’il n’était pas dans leur intérêt, vis-à-vis
de l’Europe comme des Etats-Unis, d’avoir un Iran nucléaire. La
conquête du pays de Omar Khayyam (illustre poète persan) fait
l’objet de surenchères médiatiques non crédibles, reposant surtout
sur des supputations, des allégations mensongères et surtout dans un
désir incessant du remodelage du Proche-Orient conjugué au simulacre
de l’exportation d’une démocratie que le pays de l’oncle Sam juge
bon d’insuffler à ce pays après l’échec consommé et reconnu
tacitement des perspectives de démocratiser et de reconstruire
l’Irak.
Exactions d’une
guerre “sans limites”
Les Etats-Unis
devaient faire très vite pour ne pas voir les accusations portées à
l’encontre de plusieurs soldats US engagés dans la salle guerre en
Irak déferler aux quatre coins du monde et prendre une toute autre
tournure, en jugeant un tortionnaire et l’affaire était classée.
Charles Graner, un des tortionnaires des prisonniers irakiens
détenus dans la prison d’Abou Ghraïb, vient d’être condamné à dix
ans de prison et a été expulsé de l’armée américaine. La cour
martiale n’a même pas rendu la peine maximale qui était demandée,
quinze ans.
Mais nul doute que
si un journaliste américain n’avait pas publié les photos prises par
les tortionnaires eux-mêmes des sévices et des humiliations sans nom
qu’ils prenaient plaisir à infliger aux détenus, le scandale
n’aurait jamais vu le jour et aucun procès n’aurait eu lieu. Alors
que bon nombre d’incriminés dans l’affaire des sévices infligés aux
prisonniers n’ont pas comparu devant le tribunal militaire pour
répondre de leurs méfaits, il s’agissait pour la politique
américaine d’en faire comparaître un qui porterait le fardeau des
autres et l’affaire de la prison d’Abou Ghraïb était résolue. Tout
comme les Britanniques, qui ont été rattrapés par l’affaire des
sévices et nul doute qu’ils feront comme leurs cousins germains,
traitant à la volée et en coup de vent cette affaire qui n’en finit
pas d’éclabousser et la classe politique des pays incriminés et la
communauté internationale, qui pensait que la torture appartenait à
un âge révolu et qui voit aujourd’hui les multiples facettes de la
torture version deuxième millénaire.
Sur la base
américaine de Guantanamo, à Cuba, où sont parqués dans des
conditions indignes d’êtres humains les prisonniers de la guerre
sans limites menée par les Etats-Unis depuis les lendemains du
11 septembre, c’est aussi un régime d’exception qui règne. Il en a
été question publiquement, à l’occasion de l’audition des ministres
de Bush devant le Congrès. Sans que rien ne soit fait pour y mettre
fin ! Tortures, exactions, sadisme ne peuvent qu’accompagner la
violence d’une guerre qui se mène contre toute une population et la
politique du mensonge qui la justifie. Bush ne vient-il pas de
réaffirmer avec cynisme, dans le Washington Post, qu’il ne
changerait pas l’objectif qu’il assigne aux États-Unis, “répandre la
démocratie dans le monde” ? La guerre engagée pour assurer la
domination des multinationales américaines sur le monde révèle son
visage réel et son idéologie rétrograde : la terreur contre les
peuples ou l’asservissement demeure le credo de la politique
indécrottable de Georges Bush.
Des armées
civilisées exemptes de tout reproche ?
Non contents que
les médias aient ébruité le scandale des tortures où les coupables
avaient filmé eux-mêmes tout ce qu’ils avaient infligé à leurs
prisonniers, les Etats-Unis ont fini, en pareille circonstance, par
trouver le sésame pour les déculpabiliser. Non contentes que
l’affaire des sévices infligés aux prisonniers de la prison d’Abou
Ghraïb ait fait le tour de la terre, les armées des deux pays
(Etats-Unis et Pologne) se sont simultanément illustrées par la
destruction du patrimoine irakien remontant à plus de 6000 ans. Un
quotidien britannique a publié, au mois de janvier, un rapport
dénonçant les dégradations commises par les armées américaines et
polonaises sur le célèbre site archéologique de Babylone.
De gros dégâts ont
été enregistrés à Babylone et les commanditaires de ce forfait ne
sont autres que les troupes de la coalition. Les armées américaine
et polonaise ont causé des dégâts importants et sévèrement contaminé
le site de l’antique cité de Babylone en Irak, selon un rapport du
British Museum. Cet acharnement systématique à s’en prendre à la
mémoire irakienne peut, à l’évidence, attester de la folie
meurtrière des troupes d’occupation dont le moral est au plus bas et
qui, en plus des exactions commises à l’encontre de la population
irakienne, s’en prennent à tout ce qui peut représenter la richesse
de ce pays et son histoire millénaire.
La presse a
rapporté que les pavés vieux de 2 600 ans de la cité de Hammourabi,
le fondateur du premier empire de Babylone, avaient été écrasés par
les véhicules militaires, que des dalles à la gloire du roi
Nabuchodonosor avaient été brisées et que des fragments
archéologiques avaient été éparpillés sur le site.
D’importantes
quantités de sable mélangées à des fragments archéologiques ont par
ailleurs servi à remplir les sacs de sable destinés à la protection
des positions militaires. Les dégâts causés au site n’ont pas
soulevé un tollé de protestations au niveau des instances de
conservation des sites archéologiques, qui ont pris l’habitude de
s’en accommoder depuis le déclenchement des hostilités par
Washington.
Guerres
préventives : la cible syrienne
Devrait-on
accorder autant de crédit au troublant démenti du Pentagone relatif
à l’existence d’un plan d’attaque contre l’Iran, révélé par Seymour
Hersh, un journaliste visiblement bien informé qui n’a pas pour
habitude de verser dans les affabulations puisque c’est grâce à lui
que le scandale de la prison irakienne d’Abou Ghraib avait éclaté ?
Nonobstant ce peu d’engouement à démentir formellement les
informations selon lesquelles des commandos se seraient infiltrés en
Iran pour repérer les sites sensibles pour une éventuelle
destruction, les observateurs y voient une sorte d’aveu puisqu’il
n’est un secret pour personne que les USA, après l’invasion de
l’Irak, envisagent sérieusement de “mettre au pas” l’Iran et la
Syrie dans le cadre de la “sécurisation” de leur chasse gardée au
Proche-Orient, de pérenniser leur position de leadership mais aussi
de s’assurer le contrôle des richesses naturelles de cette région.
Ces hautes voltiges politiciennes n’excluent pas pour autant que le
Pentagone cherche à brouiller les pistes afin de ne pas afficher ses
véritables intentions guerrières et surtout ne pas les dévoiler à la
communauté internationale. On ne peut exclure également que ces
mêmes voltiges politiciennes dont l’administration Bush est
incontestablement le chantre en la matière ont pour but de travestir
des intentions inavouées par une diversion qui vise à préparer un
plan d’attaque contre la cible syrienne. Le Président ne verra
aucune opposition, de l’intérieur ou de l’extérieur, pour mener à
bien ses objectifs puisqu’il lui suffira d’invoquer les notions de
guerre préventive et de lutte antiterroriste afin de rallier le
maximum de partisans à ses thèses bellicistes.
Indifférents à
l’opposition de Colin Powell, les faucons préparent la prochaine
étape du remodelage du Proche-Orient : la “libération” du Liban en
instaurant un gouvernement maronite et l’attaque de la Syrie. Ils
commencent à constituer leur dossier d’accusation pour justifier ces
opérations en utilisant la même rhétorique et le même lexique
guerrier que pour l’Irak : soutien au “terrorisme international” et
détention d’armes de destruction massive.
Le Pentagone sait
pouvoir s’appuyer sur le général Sharon, impatient de créer un Etat
maronite au Liban et d’en finir avec la résistance palestinienne. La
mort de Yasser Arafat et l’élection de Mahmoud Abbas imposent un
ajustement de communication. Les faucons tentent de brocarder le
nouveau Président palestinien en utilisant les recettes qui ont fait
leurs preuves contre Arafat, tandis que les partisans d’une reprise
des négociations insistent sur le rôle que doivent jouer les
Etats-Unis et Israël dans cette relance du processus.
N. Rahal
(A suivre)
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