Semaine du 9 au 15 février 2005

Guéguerre en perspective

Le “bébé à moustache” prochaine cible

Y a-t-il une vie à l’ombre du FLN ?

Les deux partis affûtent leurs armes

 
 
 Dossier

Accueil

Guéguerre en perspective

Le FLN ne demande maintenant qu’à se lancer dans la campagne visant à assurer à l’amnistie générale le soutien populaire dont le président a besoin pour passer à l’acte.

Dès maintenant, le moins avisé des observateurs peut s’apercevoir de la différence de tonalité entre le RND et le FLN sur ce thème.

Pour le chef du gouvernement, le fait que le président Bouteflika soit devenu président d’honneur du FLN n’aura pas de répercussions sur la coalition dont son parti, le RND, est l’une des composantes. A bien l’entendre, l’événement n’en est pas un tout bien considéré, car A. Bouteflika, en tant que personne, a toujours appartenu au FLN. S’il y a du nouveau toutefois, il réside en ceci que l’identité politique du chef de l’Etat, qui remonte à la Révolution, est désormais assumée comme telle.

Pour autant, relève A. Ouyahia, le président dans sa lettre d’acceptation à la demande faite par le congrès du FLN, a rappelé que c’était en qualité de candidat indépendant, appuyé sur une coalition, dont faisait parti le FLN, qu’il a été élu en 1999, puis réélu en 2004, et qu’il a bien l’intention de rester libre de ses mouvements. Aussi le chef du gouvernement se croit-il en droit de conclure qu’en donnant une suite favorable, mais seulement comme président d’honneur, plutôt que comme président du parti tout court, le président a en réalité opposé un refus poli à une prière d’autant plus difficile à rejeter sans équivoque qu’elle était instante et qu’elle émanait de son propre camp. L’argument sous-jacent, que le chef de gouvernement se garde de formuler, mais qui sourd dans ses propos, c’est qu’être président d’honneur d’un parti, ou même de n’importe quelle organisation, ça n’a pas, quand on y pense, grande signification. Pour preuve, aurait-il pu ajouter, le fait que les nouveaux statuts du FLN ne prévoient pas que le parti se donne un chef qui soit seulement président d’honneur, mais un président régulier, à plein temps, doté de pouvoirs bien réels.

Quant à l’avenir de la coalition, Ahmed Ouyahia ne partage pas les inquiétudes qui se sont exprimées dans son parti à l’occasion de ce 4e conseil national, selon lesquelles il serait très peu assuré, maintenant que le FLN non seulement a surmonté sa crise, mais s’est offert le luxe, inimaginable il y a peu, d’un président de la République pour leader. Son sentiment à lui ce serait plutôt que la réussite du congrès du FLN renforce la coalition ; ce parti, en concédant le poste de secrétaire général à A. Belkhadem, a donné par là même à ses partenaires, le meilleur gage de son respect des engagements mutuels.

Le chef du gouvernement n’est sans doute ni aussi serein ni aussi naïf qu’il paraît. Il sait bien qu’un FLN qui resserre ses rangs est un FLN qui ne tardera pas à exiger ce qu’il considère comme son dû. En clair, c’est la chefferie du gouvernement qu’il va lorgner d’une façon de plus en plus insistante. Une convention veut, en effet, que cette fonction revienne à un membre du parti majoritaire à l’Assemblée. Certes, le président est libre d’appeler qui il veut à ce poste. Il peut renouveler sa confiance au chef du RND, comme il peut lui faire comprendre qu’il ne serait pas mécontent de le voir déposer sa démission. Il ne fait pas de doute que A. Ouyahia va guetter tout signe disant que le président penche du côté du deuxième terme de l’alternative.

Son maintien à la tête du gouvernement est peut-être tributaire (car cela dépend surtout du bon vouloir du président) du degré d’engagement de son parti dans la concrétisation du programme de A. Bouteflika. Ce dont il a parfaitement conscience, du reste, puisque dans le même temps où il relève que le FLN n’a pas obtenu exactement ce qu’il voulait de la part du chef de l’Etat, il rappelle que le RND tend vers le même objectif : la mise en œuvre du programme sur lequel a été élu le président. Or ce programme a pour substance la réconciliation nationale. Et cette dernière passe, d’après la conviction du président, par une amnistie générale, objet d’un débat qui se mène depuis des semaines, alors même que le projet reste indéfini. Le chef du gouvernement sait que l’une des conditions qu’il doit remplir pour avoir des chances de conserver son poste, c’est de soutenir, lui et sa formation, sans réserve aucune, et sans plus attendre, ce projet, dont il avoue par ailleurs ignorer à peu près tout. Tout indique, en effet, qu’il ne dispose pas de beaucoup de temps pour se déterminer à cet égard. C’est que le FLN ne demande maintenant qu’à se lancer dans la campagne visant à assurer à l’amnistie générale le soutien populaire dont le président a besoin pour passer à l’acte. Dès maintenant, le moins avisé des observateurs peut s’apercevoir de la différence de tonalité entre le RND et le FLN sur ce thème. Pour ce dernier, l’amnistie générale ne pose aucun problème d’ordre doctrinal. Abdelaziz Belkhadem l’a déclaré sans ambages : le FLN soutient le projet avec d’autant plus de conviction qu’il a été l’un des premiers, sinon le premier, à appeler à la réconciliation nationale. Or celle-ci implique le pardon, et le pardon revêt naturellement l’habit légal de l’amnistie générale.

Qui ne voit que le RND est embarrassé à ce propos ? Ce n’est pas sans réticence que son secrétaire général aborde la question. Et comme de juste, c’est toujours de façon restrictive. C’est ainsi que l’amnistie générale, dont il attend comme tout le monde de connaître les termes exacts, ne lui semble pas une démarche d’une autre nature que la concorde civile. Son objectif serait, à l’exemple de celle-ci, d’amener les derniers terroristes à rendre les armes. L’amnistie générale, affirme-t-il, c’est le retour à la paix civile, retour assorti d’une annulation des poursuites judiciaires à l’encontre des protagonistes, à quelque bord qu’ils appartiennent. La notion ne renferme rien d’autre, croit savoir le chef du gouvernement.

Il est vrai que pour le moment, il est possible d’estimer que l’amnistie générale se ramènera concrètement à une séance de rattrapage au profit des terroristes qui n’ont pas voulu se saisir cette perche qu’était la loi de concorde civile. Une deuxième et dernière occasion leur serait offerte, qui ne change rien quant à l’essentiel. Les équilibres politiques n’en seront pas modifiés. En particulier, la coalition sera reconduite telle quelle ; on peut même prédire qu’elle se maintiendra au-delà de 2007, date de la fin d’une législature et du début d’une autre.

Pourtant, tout porte à penser que si amnistie générale il y a, elle diffèrera de la concorde civile. En premier lieu par ses conséquences politiques. A cet égard, la concorde civile apparaît comme une loi de rahma qui aurait pris le caractère d’une grâce englobant des milliers de personnes impliquées dans les actes terroristes. Le processus amorcé, le cas échéant, par l’amnistie générale pourrait, lui, déboucher sur la réhabilitation du personnel politique à qui jusque-là a été imputée la responsabilité de la violence. Dans cette hypothèse, c’est le FLN, signataire en son temps du contrat de Rome, qui sortirait bénéficiaire du cours qui se développerait à partir de là. Néanmoins, il n’est pas besoin d’aller jusqu’à ce point pour que le FLN récupère le poste de chef de gouvernement. Le fait qu’il ait tenu son congrès, alors que sa dissension tournait à la fracture irrémédiable, aura pour conséquence de modifier la donne au sein de la famille nationaliste. Du moins dans le court terme, car s’il est de règle que le FLN surmonte ses crises, on doit aussi relever qu’il ne se passe pas beaucoup de temps avant que d’autres convulsions ne se saisissent de lui.

M. Habili

 

Haut

 

Le “bébé à moustache” prochaine cible

A lire les commentaires euphoriques qui ont suivi le congrès du FLN, on peut se demander effectivement à quelle place peut encore prétendre le RND sur l’échiquier politique. Après avoir été le remplaçant du FLN en tant que parti né de la tendance nationaliste, il n’a apparemment pas d’autre choix, si ce n’est de rallier l’opposition. Effectivement, on peut légitimement penser que sa fin de mission lui a été signifiée et il l’a apparemment entérinée lors de la réunion de son conseil national, le 2 février dernier.

Si le secrétaire général du RND a usé d’un propos édulcoré à propos de l’amnistie générale, il a également pris grandement ses distances.

Si Ouyahia souligne que “le concept d’amnistie n’est pas étranger à la pratique politique en Algérie”, que l’amnistie contenue dans la concorde civile a été soutenue par le RND, que la nouvelle amnistie “aura l’assentiment de la majorité du peuple algérien sans qu’on ait à mener campagne”, il y a lieu de signaler qu’il indique que le RND ne connaît pas le contenu de la loi. Un aveu qui confirme que le Président est le seul artisan de cette loi et que si le RND,  partie prenante de la coalition, n’a pas eu à lire le texte de la loi, faut-il pour autant que ce soit vrai pour les responsables de deux autres partis FLN et MSP, si tant est, bien sûr, que le texte ait été déjà rédigé.

Effectivement, s’il est un programme à défendre et un événement politique à attendre, c’est bien la loi d’amnistie et le référendum sur la Constitution.

Sur la loi d’amnistie, indubitablement, le RND  n’a rien à dire puisque dans son cas, s’il avait quelque chose à  formuler, ce serait bien entendu une opposition farouche à un texte devant, au-delà de l’amnistie, réhabiliter les figures politiques de l’islamisme fondamentaliste et leur permettre de remettre le pied à l’étrier politique. Une telle démarche étant par la force des choses contre-productive et ferait jouer au RND le rôle de “l’empêcheur d’amnistier en rond”, ce qui n’occasionnerait pour ce parti qu’une mise ne quarantaine, alors qu’il ne fait aucun doute que proposée au peuple, la loi serait largement plébiscitée.

Sombres perspectives

De plus, dès lors que le FLN a pu faire le ménage et présenter un parti en ordre, il y a lieu de se demander si le RND peut continuer à jouer le rôle de parti du Pouvoir – ou au pouvoir – comme cela a été le cas, sans risquer de jouer les seconds rôles, voire les  seconds couteaux pour le FLN.

Avant la crise autour des candidats à la présidence qui a mis entre parenthèses l’action du FLN, déjà l’avenir du RND se profilait en forme de points d’interrogations. Quelle place était réaliste pour ce parti en tant que relais du Pouvoir ? En l’absence d’un base militante réelle et efficace (ce qui existe effectivement au sein du FLN) et surtout d’une doctrine politique claire (hormis l’éradication du terrorisme et pallier l’absence du pouvoir dans les contrées isolées, ce qui peut tout au plus constituer une action conjoncturelle), il ne pouvait plus avoir des  implications politiques de premier plan. L’arrivée au pouvoir du président Bouteflika aura tôt fait d’achever le mythe puisqu’en 1999, il n’est pas une association d’éleveurs de poissons rouges d’Adrar qui ne le soutenait pas et il l’avait finalement fait seul, sans l’aide d’aucun parti, confirmant le succès chahuté (après le retrait des six autres candidats) de l’élection par le référendum sur la concorde civile.

En 2004, il est clair que le succès électoral de Bouteflika a mis à bas tout ce qu’on pouvait encore dire à propos de l’utilité d’un parti politique, fut-il une belle machine électorale, comme ont aimé à présenter le FLN, dès octobre 2002, des analystes au fait des questions politiques algériennes.

Fondements divergents

Quant au RND, il ne fait aucun doute que les conditions qui ont prévalu à sa naissance ne sont plus à l’ordre du jour. En 1996, alors que l’on se préparait, l’année suivante, à organiser les premières élections pluralistes depuis 1992, le RND, ce “bébé à moustache”, avait été bien utile, notamment pour donner une cohésion et une forme à une scène politique qui en avait grandement besoin après les soubresauts vécus depuis 1992. Il accède à la majorité au Parlement alors que le FLN (son père ou son frère aîné, cela dépend) avait perdu grâce aux yeux de la famille nationaliste, embourbé comme il l’a été lors de la signature de la plate forme de Sant’Eggidio.

En pleine guerre contre le terrorisme, on n’avait que faire d’un parti par trop réconciliateur voulant s’allier à l’extrémisme islamiste qui a ensanglanté le pays. Aujourd’hui, la donne n’est plus la même, mais ce qui est demeuré en l’état, ce sont bien les fondements idéologiques – si tant est qu’il y en ait eu – des deux partis du “système”, pour user d’un vocable trivial.

Le RND, farouchement éradicateur, qui avait rallié à ses rangs Patriotes, GLD et tous ceux que les réconciliateurs ont taxés de “milices”, reste toujours opposé à l’islamisme des anciens du FIS, notamment et on le voit mal, après ses faits d’armes, accorder aux intégristes armés une quelconque indulgence.

Le FLN renaissant de ses cendres, qui voit son invite au Président acceptée, a certainement rattrapé deux retards : celui des années 90 alors qu’il s’était fourvoyé dans la vision “sant’égidienne” de la solution à la crise, et le retard accumulé depuis la naissance de la crise autour de l’élection présidentielle.

Par ailleurs, même si Ahmed Ouyahia essaye de faire jouer à son parti, au sein de la coalition, un rôle important, il est clair que les anciens du FLN voient d’un mauvais œil ce parti qui leur a ravi la vedette durant six ou sept ans.

La remise en forme du FLN annonce-t-elle la fin du RND ? Le parti d’Ouyahia a-t-il les capacités d’adaptation nécessaires pour demeurer un parti qui compte ? Ne risque-t-il pas, au sein de la coalition, de réduire grandement ses ambitions au risque de ne faire plus que le jeu d’un monstrueux FLN réhabilité ?

Ce qui mine la scène politique algérienne demeure, comme on le sait, le peu (quand ce n’est pas l’absence) de visibilité par pénurie d’échéances précises. A défaut d’attendre les prochaines élections législatives, on peut déjà avancer que l’élément probant quant aux changements opérés sur la scène politique sera définitivement clair dès le remplacement de Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement et sa substitution par une figure du FLN.

Quant au référendum sur la loi d’amnistie, il n’aura pas besoin de campagne : ni celle du FLN et encore moins celle du RND. Il ne fait aucun doute que “le peuple approuvera sans avoir à recourir à une campagne de sensibilisation” comme l’a si bien dit Ahmed Ouyahia lors de sa conférence de presse du 3 février dernier.

Amine Esseghir

 

Haut

Y a-t-il une vie à l’ombre du FLN ?

C’est avec un soulagement apparent que le RND a accueilli le refus diplomatique de Bouteflika de présider le FLN et d’en accepter uniquement la “présidence honorifique”. “Bouteflika est le Président de tous les Algériens”, a rappellé volontiers le SG du RND lors de la conférence de presse qu’il a animée à la fin des travaux de son conseil national.

La concurrence entre les deux partis s’annonce rude, en particulier depuis l’organisation du congrès de l’ex-parti unique qui semble avoir retrouvé sa cohésion et tourné la page d’une période tumultueuse. Sortie de sa crise, le FLN risque de reléguer encore le parti de Ahmed Ouyahia à jouer les seconds rôles. Une compétition qui s’annonce rude au fur et à meure qu’approcheront les futures échéances électorales.

Né dans les conditions particulières de 1997, marquées par une situation sécuritaire des plus meurtrières, le RND continue sa mue et entend bien rester un parti d’influence au sein du pouvoir. Il faut se rappeler qu’à sa naissance, le parti d’Ouyahia était constitué de militants du FLN qui avaient été appelés à déserter les rangs pour les besoins de la création du nouveau “mastodonte” qui était appelé à remplacer de l’ex-parti unique en raflant la majorité des sièges lors des élections locales (APC et APW) et législatives de 1997. A peine trois mois après sa création, le nouveau-né de la scène politique était devenu “majoritaire” de la manière la plus cavalière. La fraude à l’œil nu et à main armée qui avait caractérisé les deux rendez-vous électoraux de l’année 1997 restera, d’ailleurs, à jamais un épisode indélébile.

Depuis, le RND traîne avec lui cette réputation de fraudeur, en plus du fait qu’il comptait dans ses rangs quelque 300 élus locaux aux antécédents judiciaires. D’ailleurs, le RND reste redevable au FLN de lui avoir évité une véritable “tbahdila” officielle si le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la fraude électorale (que présidait un député du Front) avait été rendu public. Le rapport a été, rappelons-le, définitivement enterré par Ali Benflis (avec l’accord de l’ensemble des tendances au sein du parti), en guise d’apaisement, à la suite des élections législatives de 2002, soit après s’être assuré de l’obtention de la majorité au sein des assemblées, dont l’institution législative.

De ces élections, le RND retiendra qu’au sein de la famille “nationaliste” dont il se réclame, sa supériorité est loin d’être acquise. La terrible déculottée qui lui a été infligée lui restera longtemps dans la mémoire. Le sérieux choc que le RND avait encaissé avait même failli installer le parti dans une grogne interne qui, si elle avait été exploitée politiquement par ses adversaires, aurait pu l’affaiblir davantage. Certains déçus avaient rejoint le FLN, d’autres voulaient créer un mouvement d’opposition au secrétaire général du RND. Si bien que l’entrée du FLN, à son tour, dans un conflit interne, né entre partisans de Abdelaziz Bouteflika et ceux de Ali Benflis, était perçue par nombre de responsables du RND comme une bouée de sauvetage et une occasion pour leur parti de raffermir leurs rangs pour aller à la reconquête des hautes sphères.

Avec un FLN amoindri à cause de ses luttes internes, le véritable soutien à la réélection du président de la République était bien le RND et, à un degré moindre, le MSP. Depuis, le parti d’Ouyahia veut jouer les premiers rôles au sein de la “coalition présidentielle”. C’est donc tout naturellement que les “rndistes” voient d’un œil moins bienveillant le retour de la cohésion au sein du parti rival.

Dans sa course à la séduction, le RND s’est employé, depuis une année, à plaire au président de la République en apportant, notamment, beaucoup de modifications (fondamentales pour certaines) à son discours, en particulier sur les thèmes de la réconciliation nationale et de l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures.

Sur la question de la réconciliation nationale, le RND est passé d’un discours franchement éradicateur à celui où il évoque la possibilité d’accepter le retour au sein de la société de ceux parmi les terroristes qui ont déposé ou accepteraient de remettre leurs armes. Tout en faisant semblant de réclamer plus de précisions sur le projet d’amnistie, Ouyahia n’en accepte pas moins le principe. “Comme nous avions soutenu la loi sur la concorde civile, suivie d’une grâce amnistiante, en 1999, nous appuyons toute initiative qui participe à mettre fin au terrorisme et au retour des éléments armés au sein de la société”, avait répondu le secrétaire général du RND à une question relative à l’amnistie générale, lors de sa conférence de presse de vendredi dernier. Le RND a même amené l’Organisation nationale des victimes du terrorisme (ONVT), présidée par Mme Flici, à accepter l’idée de l’amnistie générale qui sera accordée, entre autres, à des terroristes qui ont commis des crimes.

Le même revirement dans la position du RND a été observé à propos de son appréciation sur l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures. Rappelons aussi que dans des conditions politiques autres que celles en cours depuis l’élection présidentielle de 2004, le RND avait fustigé (en automne 2003, pendant la valse-hésitation du parti avant d’offrir son soutien à Bouteflika) et fait campagne contre le texte de loi de Chakib Khelil. Si le texte de loi comme les arguments du ministre de l’Energie et des Mines sont restés quasiment les mêmes, la position d’Ouyahia a, par contre, complètement basculé à ce sujet. Désormais, le secrétaire général du RND trouve au projet de loi des vertus salvatrices et avantageuses pour l’avenir du secteur des hydrocarbures en Algérie dans la mesure où ce texte encourage le partenariat nécessaire au développement de l’exploration et l’augmentation des capacités de production par la découverte de nouvelles réserves.

Mais l’existence d’un parti politique n’étant pas faite uniquement de soutien et d’opposition à des politiques ou des projets, le RND a d’autres chantiers à mener avant les prochaines échéances électorales. Sur ce registre, la concurrence avec le FLN devrait être une occasion pour le RND de mener un travail de fond pour une participation féminine plus accrue dans la vie du parti. D’autant que lors de son récent congrès, le FLN avait montré la voie à suivre en matière de participation féminine, en faisant en sorte que la proportion des femmes congressistes dépasse les 10%. Cela a été rendu possible grâce à des mesures prises à l’époque de Benflis et qui ont été reconduites par l’équipe de Belkhadem, qui a présidé à la préparation du congrès.

Par ailleurs, des sources au RND font état d’un “redéploiement” du parti, “en particulier dans les régions qui nous sont acquises”. Les mêmes sources estiment que le parti d’Ouyahia “fera quand même campagne” pour l’amnistie générale car, dit-on, “ce sera une occasion de renouer avec le travail de terrain et de rapprochement des militants avec la population”. Pour eux, dans sa quête pour une véritable action politique, le RND ne doit pas être perçu par la population à travers uniquement ses ministres et ses députés, “mais par le biais de ses idées”. D’où, pensent-ils, la nécessité pour le parti “d’avoir son propre journal”.

Abdelkader Djalil

 

Haut

 

Les deux partis affûtent leurs armes

Elle n’aura que trop duré l’étape intermédiaire entre le gouvernement choisi au lendemain des élections présidentielles d’avril 2004 et celle qui va marquer l’entame des chantiers politiques et économiques au menu du deuxième mandat du Président réélu.

Confectionné sur la base d’une majorité FLN à dominance “redresseurs”, ce qui était à ce moment précis une donne inévitable dans la détermination des rapports de forces politiques, le gouvernement, bien que raflant la majorité des sièges  par respect dira-t-on, à la majorité parlementaire qu’il ne fallait à aucun moment perturber eu égard à la fragilité des équilibres de ces mêmes rapports de force ballottés entre une alliance présidentielle naissante et un FLN, qui avait un pied dans l’alliance et l’autre dans l’opposition.

D’abord, il fut livré en l’état en l’espace de 17 jours. C’était la période où les appétits étaient excités suite à la déferlante des soutiens au Président pour son deuxième mandat. Alors que l’on s’attendait à la mise en application d’un gouvernement d’alliance et une continuité dans l’action, comme promis par le Président élu, la composante de l’Exécutif va surprendre par le choix de l’appartenance partisane des hommes. Sur les 39 ministres, 16 sont FLN, ils sont suivis par 7 RND et 4 MSP, ce qui donne un taux de pénétration dans l’Exécutif de 41% au profit du FLN, vivant alors le pic de tension provoqué par son explosion en deux parties presque égales, alors que les formations MSP et RND n’ont occupé que 18%, le premier des deux profitant toutefois de la compensation par le bénéfice du poste de chef du gouvernement.

Le calcul, établi sur cette base, va laisser tout de même un avant-goût d’inachevé dans l’établissement durable de l’alliance, comme définie antérieurement au 8 avril 2004. Presque tout le staff était resté dans l’état de rafistolage opéré quelques semaines auparavant, suite à la démission des ministres FLN ayant rejoint l’aile Benflis. Le FLN, bien que fractionné, avait fin par s’imposer à travers le taux de 41%, comme si l’alliance, conçue pourtant “stratégique”, n’existait pas.

L’alliance gouvernementale avait encore fait défaut au président de la République, après l’expérience de 1999, quand toutes les formations ayant soutenu l’arrivée de Bouteflika à la tête de l’Etat algérien ont été invités à accéder au gouvernement, avec comme seul bagage un “oui” de principe sur les grands axes du programme du Président qu’ils avaient en charge de mettre en pratique.

L’état hybride de l’Exécutif, rendu plus critique par la présence de technocrates sur lesquels devra s’appuyer le président de la République pour faire avancer certains chantiers, économiques surtout, a vite fait montre de l’incapacité du gouvernement à adopter une démarche politique commune. Durant ces dix mois qu’aura duré le gouvernement post-8 avril 2004, des positions graves de par la contradiction qu’elles recèlent ont fait resurgir cette incompatibilité politique au sein de l’Exécutif, surtout en ce qui concerne les dossiers brûlants de l’actualité. L’amendement du code de la famille en est le cas type de “gouvernement qui attend statut”. Autant les adhésions au programme du Président étaient rapides et sans équivoques, allant jusqu’à envisager un “pacte stratégique”, autant les principes fondamentaux de chacun des membres du gouvernement élargi sont restés souvent contradictoires et menaçants.

La rivalité RND-FLN

Avec un gouvernement tenu par les deux bouts, un RND dirigeant de l’Exécutif et un Belkhadem ministre d’Etat et ministre des Affaires étrangères, de surcroît artisan de la reconstitution du FLN comme force politique première, on ne peut s’attendre qu’a un affrontement entre deux tendances, traduit dans les faits par une démonstration de force exprimée tout récemment par la création d’un poste de président du parti, puis son attribution d’office au président de la République, qu’il en veuille ou pas, dans la mesure ou l’éventualité du refus était prévue en gardant ce poste vacant. A la satisfaction du plus vieux parti, le président accepte l’offre de la présidence honorifique et comble de bonheur le FLN, qui s’y accroche comme à une planche de salut afin de se repositionner sur la scène politique “comme incontournable”, selon les propres termes de Belkhadem.

Tout se jouera ensuite sur le tableau : poursuite du programme en ce qui concerne notamment l’instauration de la réconciliation nationale et adoption de l’amnistie générale, pour lesquels le FLN fait montre de toute sa disponibilité, avec par endroits un enthousiasme débordant ayant fait défaut au FLN durant ces dix derniers mois quand il a fallu discuter le code de la famille, notamment.

Le RND, se sentant du coup menacé par le rival de toujours, en sus de sa fragilité par l’état de somnolence de l’alliance qu’il a initié, réplique en moins d’une semaine après le congrès unificateur du FLN, à travers les résolutions de son conseil national par un “correctif” de taille apporté à la notion d’amnistie et de réconciliation nationale en rappelant l’urgence de poursuivre la lutte antiterroriste afin de venir à bout de ce fléau qui constitue un danger pour l’aboutissement de la réconciliation nationale elle-même. Il marquera par là toute sa distance par rapport au FLN en délimitant la ligne rouge à ne pas franchir en allant chercher la réconciliation nationale.

L’adhésion de l’un comme de l’autre au principe de réconciliation, consolidée par un soutien indéfectible exprimé par les deux à la démarche du président de la République est de ce fait plus que jamais partagée, pouvant même retarder davantage les échéances préconisées si l’on s’en tient aux arguments avancés par l’un comme par l’autre.

Si pour le FLN, il s’agit d’aller vite et tout de suite à l’amnistie générale et tout reprendre à zéro sans condition aucune, sinon user à merci de la faveur d’un Bouteflika au poste de président du parti  devant lui servir de caution plus tard pour un retour sur la scène politique en qualité de leader, le RND, lui, se choisit une autre approche en fonction de l’impact sur le plan social et sur le plan international. Le parti de Ahmed Ouyahia préfère jouer sur le tableau de la mondialisation, à conquérir pour les besoins économiques, en se mettant à niveau avec les normes internationales de lutte contre le terrorisme international. L’appel, dans ce sens, lancé en direction de la clase politique pour une condamnation unanime du terrorisme, se veut également une assurance de plus quant aux capacités démocratiques du RND et ses performances à diriger les futures démarches politiques en tant que parti proche de la réalité nationale.

C’est donc sur les questions qui fâchent que le FLN comme le RND se donnent les moyens d’agir en vue de mener bataille pour le partage des rôles.

Samira Mana

Haut

E-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche