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Guéguerre en
perspective
Le FLN ne demande
maintenant qu’à se lancer dans la campagne visant à assurer à
l’amnistie générale le soutien populaire dont le président a besoin
pour passer à l’acte.
Dès maintenant, le
moins avisé des observateurs peut s’apercevoir de la différence de
tonalité entre le RND et le FLN sur ce thème.
Pour le chef du
gouvernement, le fait que le président Bouteflika soit devenu
président d’honneur du FLN n’aura pas de répercussions sur la
coalition dont son parti, le RND, est l’une des composantes. A bien
l’entendre, l’événement n’en est pas un tout bien considéré, car A.
Bouteflika, en tant que personne, a toujours appartenu au FLN. S’il
y a du nouveau toutefois, il réside en ceci que l’identité politique
du chef de l’Etat, qui remonte à la Révolution, est désormais
assumée comme telle.
Pour autant,
relève A. Ouyahia, le président dans sa lettre d’acceptation à la
demande faite par le congrès du FLN, a rappelé que c’était en
qualité de candidat indépendant, appuyé sur une coalition, dont
faisait parti le FLN, qu’il a été élu en 1999, puis réélu en 2004,
et qu’il a bien l’intention de rester libre de ses mouvements. Aussi
le chef du gouvernement se croit-il en droit de conclure qu’en
donnant une suite favorable, mais seulement comme président
d’honneur, plutôt que comme président du parti tout court, le
président a en réalité opposé un refus poli à une prière d’autant
plus difficile à rejeter sans équivoque qu’elle était instante et
qu’elle émanait de son propre camp. L’argument sous-jacent, que le
chef de gouvernement se garde de formuler, mais qui sourd dans ses
propos, c’est qu’être président d’honneur d’un parti, ou même de
n’importe quelle organisation, ça n’a pas, quand on y pense, grande
signification. Pour preuve, aurait-il pu ajouter, le fait que les
nouveaux statuts du FLN ne prévoient pas que le parti se donne un
chef qui soit seulement président d’honneur, mais un président
régulier, à plein temps, doté de pouvoirs bien réels.
Quant à l’avenir
de la coalition, Ahmed Ouyahia ne partage pas les inquiétudes qui se
sont exprimées dans son parti à l’occasion de ce 4e conseil
national, selon lesquelles il serait très peu assuré, maintenant que
le FLN non seulement a surmonté sa crise, mais s’est offert le luxe,
inimaginable il y a peu, d’un président de la République pour
leader. Son sentiment à lui ce serait plutôt que la réussite du
congrès du FLN renforce la coalition ; ce parti, en concédant le
poste de secrétaire général à A. Belkhadem, a donné par là même à
ses partenaires, le meilleur gage de son respect des engagements
mutuels.
Le chef du
gouvernement n’est sans doute ni aussi serein ni aussi naïf qu’il
paraît. Il sait bien qu’un FLN qui resserre ses rangs est un FLN qui
ne tardera pas à exiger ce qu’il considère comme son dû. En clair,
c’est la chefferie du gouvernement qu’il va lorgner d’une façon de
plus en plus insistante. Une convention veut, en effet, que cette
fonction revienne à un membre du parti majoritaire à l’Assemblée.
Certes, le président est libre d’appeler qui il veut à ce poste. Il
peut renouveler sa confiance au chef du RND, comme il peut lui faire
comprendre qu’il ne serait pas mécontent de le voir déposer sa
démission. Il ne fait pas de doute que A. Ouyahia va guetter tout
signe disant que le président penche du côté du deuxième terme de
l’alternative.
Son maintien à la
tête du gouvernement est peut-être tributaire (car cela dépend
surtout du bon vouloir du président) du degré d’engagement de son
parti dans la concrétisation du programme de A. Bouteflika. Ce dont
il a parfaitement conscience, du reste, puisque dans le même temps
où il relève que le FLN n’a pas obtenu exactement ce qu’il voulait
de la part du chef de l’Etat, il rappelle que le RND tend vers le
même objectif : la mise en œuvre du programme sur lequel a été élu
le président. Or ce programme a pour substance la réconciliation
nationale. Et cette dernière passe, d’après la conviction du
président, par une amnistie générale, objet d’un débat qui se mène
depuis des semaines, alors même que le projet reste indéfini. Le
chef du gouvernement sait que l’une des conditions qu’il doit
remplir pour avoir des chances de conserver son poste, c’est de
soutenir, lui et sa formation, sans réserve aucune, et sans plus
attendre, ce projet, dont il avoue par ailleurs ignorer à peu près
tout. Tout indique, en effet, qu’il ne dispose pas de beaucoup de
temps pour se déterminer à cet égard. C’est que le FLN ne demande
maintenant qu’à se lancer dans la campagne visant à assurer à
l’amnistie générale le soutien populaire dont le président a besoin
pour passer à l’acte. Dès maintenant, le moins avisé des
observateurs peut s’apercevoir de la différence de tonalité entre le
RND et le FLN sur ce thème. Pour ce dernier, l’amnistie générale ne
pose aucun problème d’ordre doctrinal. Abdelaziz Belkhadem l’a
déclaré sans ambages : le FLN soutient le projet avec d’autant plus
de conviction qu’il a été l’un des premiers, sinon le premier, à
appeler à la réconciliation nationale. Or celle-ci implique le
pardon, et le pardon revêt naturellement l’habit légal de l’amnistie
générale.
Qui ne voit que le
RND est embarrassé à ce propos ? Ce n’est pas sans réticence que son
secrétaire général aborde la question. Et comme de juste, c’est
toujours de façon restrictive. C’est ainsi que l’amnistie générale,
dont il attend comme tout le monde de connaître les termes exacts,
ne lui semble pas une démarche d’une autre nature que la concorde
civile. Son objectif serait, à l’exemple de celle-ci, d’amener les
derniers terroristes à rendre les armes. L’amnistie générale,
affirme-t-il, c’est le retour à la paix civile, retour assorti d’une
annulation des poursuites judiciaires à l’encontre des
protagonistes, à quelque bord qu’ils appartiennent. La notion ne
renferme rien d’autre, croit savoir le chef du gouvernement.
Il est vrai que
pour le moment, il est possible d’estimer que l’amnistie générale se
ramènera concrètement à une séance de rattrapage au profit des
terroristes qui n’ont pas voulu se saisir cette perche qu’était la
loi de concorde civile. Une deuxième et dernière occasion leur
serait offerte, qui ne change rien quant à l’essentiel. Les
équilibres politiques n’en seront pas modifiés. En particulier, la
coalition sera reconduite telle quelle ; on peut même prédire
qu’elle se maintiendra au-delà de 2007, date de la fin d’une
législature et du début d’une autre.
Pourtant, tout
porte à penser que si amnistie générale il y a, elle diffèrera de la
concorde civile. En premier lieu par ses conséquences politiques. A
cet égard, la concorde civile apparaît comme une loi de rahma qui
aurait pris le caractère d’une grâce englobant des milliers de
personnes impliquées dans les actes terroristes. Le processus
amorcé, le cas échéant, par l’amnistie générale pourrait, lui,
déboucher sur la réhabilitation du personnel politique à qui
jusque-là a été imputée la responsabilité de la violence. Dans cette
hypothèse, c’est le FLN, signataire en son temps du contrat de Rome,
qui sortirait bénéficiaire du cours qui se développerait à partir de
là. Néanmoins, il n’est pas besoin d’aller jusqu’à ce point pour que
le FLN récupère le poste de chef de gouvernement. Le fait qu’il ait
tenu son congrès, alors que sa dissension tournait à la fracture
irrémédiable, aura pour conséquence de modifier la donne au sein de
la famille nationaliste. Du moins dans le court terme, car s’il est
de règle que le FLN surmonte ses crises, on doit aussi relever qu’il
ne se passe pas beaucoup de temps avant que d’autres convulsions ne
se saisissent de lui.
M. Habili
Haut
Le “bébé à
moustache” prochaine cible
A lire les
commentaires euphoriques qui ont suivi le congrès du FLN, on peut se
demander effectivement à quelle place peut encore prétendre le RND
sur l’échiquier politique. Après avoir été le remplaçant du FLN en
tant que parti né de la tendance nationaliste, il n’a apparemment
pas d’autre choix, si ce n’est de rallier l’opposition.
Effectivement, on peut légitimement penser que sa fin de mission lui
a été signifiée et il l’a apparemment entérinée lors de la réunion
de son conseil national, le 2 février dernier.
Si le secrétaire
général du RND a usé d’un propos édulcoré à propos de l’amnistie
générale, il a également pris grandement ses distances.
Si Ouyahia
souligne que “le concept d’amnistie n’est pas étranger à la pratique
politique en Algérie”, que l’amnistie contenue dans la concorde
civile a été soutenue par le RND, que la nouvelle amnistie “aura
l’assentiment de la majorité du peuple algérien sans qu’on ait à
mener campagne”, il y a lieu de signaler qu’il indique que le RND ne
connaît pas le contenu de la loi. Un aveu qui confirme que le
Président est le seul artisan de cette loi et que si le RND, partie
prenante de la coalition, n’a pas eu à lire le texte de la loi,
faut-il pour autant que ce soit vrai pour les responsables de deux
autres partis FLN et MSP, si tant est, bien sûr, que le texte ait
été déjà rédigé.
Effectivement,
s’il est un programme à défendre et un événement politique à
attendre, c’est bien la loi d’amnistie et le référendum sur la
Constitution.
Sur la loi
d’amnistie, indubitablement, le RND n’a rien à dire puisque dans
son cas, s’il avait quelque chose à formuler, ce serait bien
entendu une opposition farouche à un texte devant, au-delà de
l’amnistie, réhabiliter les figures politiques de l’islamisme
fondamentaliste et leur permettre de remettre le pied à l’étrier
politique. Une telle démarche étant par la force des choses
contre-productive et ferait jouer au RND le rôle de “l’empêcheur
d’amnistier en rond”, ce qui n’occasionnerait pour ce parti qu’une
mise ne quarantaine, alors qu’il ne fait aucun doute que proposée au
peuple, la loi serait largement plébiscitée.
Sombres
perspectives
De plus, dès lors
que le FLN a pu faire le ménage et présenter un parti en ordre, il y
a lieu de se demander si le RND peut continuer à jouer le rôle de
parti du Pouvoir – ou au pouvoir – comme cela a été le cas, sans
risquer de jouer les seconds rôles, voire les seconds couteaux pour
le FLN.
Avant la crise
autour des candidats à la présidence qui a mis entre parenthèses
l’action du FLN, déjà l’avenir du RND se profilait en forme de
points d’interrogations. Quelle place était réaliste pour ce parti
en tant que relais du Pouvoir ? En l’absence d’un base militante
réelle et efficace (ce qui existe effectivement au sein du FLN) et
surtout d’une doctrine politique claire (hormis l’éradication du
terrorisme et pallier l’absence du pouvoir dans les contrées
isolées, ce qui peut tout au plus constituer une action
conjoncturelle), il ne pouvait plus avoir des implications
politiques de premier plan. L’arrivée au pouvoir du président
Bouteflika aura tôt fait d’achever le mythe puisqu’en 1999, il n’est
pas une association d’éleveurs de poissons rouges d’Adrar qui ne le
soutenait pas et il l’avait finalement fait seul, sans l’aide
d’aucun parti, confirmant le succès chahuté (après le retrait des
six autres candidats) de l’élection par le référendum sur la
concorde civile.
En 2004, il est
clair que le succès électoral de Bouteflika a mis à bas tout ce
qu’on pouvait encore dire à propos de l’utilité d’un parti
politique, fut-il une belle machine électorale, comme ont aimé à
présenter le FLN, dès octobre 2002, des analystes au fait des
questions politiques algériennes.
Fondements
divergents
Quant au RND, il
ne fait aucun doute que les conditions qui ont prévalu à sa
naissance ne sont plus à l’ordre du jour. En 1996, alors que l’on se
préparait, l’année suivante, à organiser les premières élections
pluralistes depuis 1992, le RND, ce “bébé à moustache”, avait été
bien utile, notamment pour donner une cohésion et une forme à une
scène politique qui en avait grandement besoin après les soubresauts
vécus depuis 1992. Il accède à la majorité au Parlement alors que le
FLN (son père ou son frère aîné, cela dépend) avait perdu grâce aux
yeux de la famille nationaliste, embourbé comme il l’a été lors de
la signature de la plate forme de Sant’Eggidio.
En pleine guerre
contre le terrorisme, on n’avait que faire d’un parti par trop
réconciliateur voulant s’allier à l’extrémisme islamiste qui a
ensanglanté le pays. Aujourd’hui, la donne n’est plus la même, mais
ce qui est demeuré en l’état, ce sont bien les fondements
idéologiques – si tant est qu’il y en ait eu – des deux partis du
“système”, pour user d’un vocable trivial.
Le RND,
farouchement éradicateur, qui avait rallié à ses rangs Patriotes,
GLD et tous ceux que les réconciliateurs ont taxés de “milices”,
reste toujours opposé à l’islamisme des anciens du FIS, notamment et
on le voit mal, après ses faits d’armes, accorder aux intégristes
armés une quelconque indulgence.
Le FLN renaissant
de ses cendres, qui voit son invite au Président acceptée, a
certainement rattrapé deux retards : celui des années 90 alors qu’il
s’était fourvoyé dans la vision “sant’égidienne” de la solution à la
crise, et le retard accumulé depuis la naissance de la crise autour
de l’élection présidentielle.
Par ailleurs, même
si Ahmed Ouyahia essaye de faire jouer à son parti, au sein de la
coalition, un rôle important, il est clair que les anciens du FLN
voient d’un mauvais œil ce parti qui leur a ravi la vedette durant
six ou sept ans.
La remise en forme
du FLN annonce-t-elle la fin du RND ? Le parti d’Ouyahia a-t-il les
capacités d’adaptation nécessaires pour demeurer un parti qui compte
? Ne risque-t-il pas, au sein de la coalition, de réduire grandement
ses ambitions au risque de ne faire plus que le jeu d’un monstrueux
FLN réhabilité ?
Ce qui mine la
scène politique algérienne demeure, comme on le sait, le peu (quand
ce n’est pas l’absence) de visibilité par pénurie d’échéances
précises. A défaut d’attendre les prochaines élections législatives,
on peut déjà avancer que l’élément probant quant aux changements
opérés sur la scène politique sera définitivement clair dès le
remplacement de Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement et sa
substitution par une figure du FLN.
Quant au
référendum sur la loi d’amnistie, il n’aura pas besoin de campagne :
ni celle du FLN et encore moins celle du RND. Il ne fait aucun doute
que “le peuple approuvera sans avoir à recourir à une campagne de
sensibilisation” comme l’a si bien dit Ahmed Ouyahia lors de sa
conférence de presse du 3 février dernier.
Amine Esseghir
Haut
Y a-t-il une
vie à l’ombre du FLN ?
C’est avec un
soulagement apparent que le RND a accueilli le refus diplomatique de
Bouteflika de présider le FLN et d’en accepter uniquement la
“présidence honorifique”. “Bouteflika est le Président de tous les
Algériens”, a rappellé volontiers le SG du RND lors de la conférence
de presse qu’il a animée à la fin des travaux de son conseil
national.
La concurrence
entre les deux partis s’annonce rude, en particulier depuis
l’organisation du congrès de l’ex-parti unique qui semble avoir
retrouvé sa cohésion et tourné la page d’une période tumultueuse.
Sortie de sa crise, le FLN risque de reléguer encore le parti de
Ahmed Ouyahia à jouer les seconds rôles. Une compétition qui
s’annonce rude au fur et à meure qu’approcheront les futures
échéances électorales.
Né dans les
conditions particulières de 1997, marquées par une situation
sécuritaire des plus meurtrières, le RND continue sa mue et entend
bien rester un parti d’influence au sein du pouvoir. Il faut se
rappeler qu’à sa naissance, le parti d’Ouyahia était constitué de
militants du FLN qui avaient été appelés à déserter les rangs pour
les besoins de la création du nouveau “mastodonte” qui était appelé
à remplacer de l’ex-parti unique en raflant la majorité des sièges
lors des élections locales (APC et APW) et législatives de 1997. A
peine trois mois après sa création, le nouveau-né de la scène
politique était devenu “majoritaire” de la manière la plus
cavalière. La fraude à l’œil nu et à main armée qui avait
caractérisé les deux rendez-vous électoraux de l’année 1997 restera,
d’ailleurs, à jamais un épisode indélébile.
Depuis, le RND
traîne avec lui cette réputation de fraudeur, en plus du fait qu’il
comptait dans ses rangs quelque 300 élus locaux aux antécédents
judiciaires. D’ailleurs, le RND reste redevable au FLN de lui avoir
évité une véritable “tbahdila” officielle si le rapport de la
commission d’enquête parlementaire sur la fraude électorale (que
présidait un député du Front) avait été rendu public. Le rapport a
été, rappelons-le, définitivement enterré par Ali Benflis (avec
l’accord de l’ensemble des tendances au sein du parti), en guise
d’apaisement, à la suite des élections législatives de 2002, soit
après s’être assuré de l’obtention de la majorité au sein des
assemblées, dont l’institution législative.
De ces élections,
le RND retiendra qu’au sein de la famille “nationaliste” dont il se
réclame, sa supériorité est loin d’être acquise. La terrible
déculottée qui lui a été infligée lui restera longtemps dans la
mémoire. Le sérieux choc que le RND avait encaissé avait même failli
installer le parti dans une grogne interne qui, si elle avait été
exploitée politiquement par ses adversaires, aurait pu l’affaiblir
davantage. Certains déçus avaient rejoint le FLN, d’autres voulaient
créer un mouvement d’opposition au secrétaire général du RND. Si
bien que l’entrée du FLN, à son tour, dans un conflit interne, né
entre partisans de Abdelaziz Bouteflika et ceux de Ali Benflis,
était perçue par nombre de responsables du RND comme une bouée de
sauvetage et une occasion pour leur parti de raffermir leurs rangs
pour aller à la reconquête des hautes sphères.
Avec un FLN
amoindri à cause de ses luttes internes, le véritable soutien à la
réélection du président de la République était bien le RND et, à un
degré moindre, le MSP. Depuis, le parti d’Ouyahia veut jouer les
premiers rôles au sein de la “coalition présidentielle”. C’est donc
tout naturellement que les “rndistes” voient d’un œil moins
bienveillant le retour de la cohésion au sein du parti rival.
Dans sa course à
la séduction, le RND s’est employé, depuis une année, à plaire au
président de la République en apportant, notamment, beaucoup de
modifications (fondamentales pour certaines) à son discours, en
particulier sur les thèmes de la réconciliation nationale et de
l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures.
Sur la question de
la réconciliation nationale, le RND est passé d’un discours
franchement éradicateur à celui où il évoque la possibilité
d’accepter le retour au sein de la société de ceux parmi les
terroristes qui ont déposé ou accepteraient de remettre leurs armes.
Tout en faisant semblant de réclamer plus de précisions sur le
projet d’amnistie, Ouyahia n’en accepte pas moins le principe.
“Comme nous avions soutenu la loi sur la concorde civile, suivie
d’une grâce amnistiante, en 1999, nous appuyons toute initiative qui
participe à mettre fin au terrorisme et au retour des éléments armés
au sein de la société”, avait répondu le secrétaire général du RND à
une question relative à l’amnistie générale, lors de sa conférence
de presse de vendredi dernier. Le RND a même amené l’Organisation
nationale des victimes du terrorisme (ONVT), présidée par Mme Flici,
à accepter l’idée de l’amnistie générale qui sera accordée, entre
autres, à des terroristes qui ont commis des crimes.
Le même revirement
dans la position du RND a été observé à propos de son appréciation
sur l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures. Rappelons aussi que
dans des conditions politiques autres que celles en cours depuis
l’élection présidentielle de 2004, le RND avait fustigé (en automne
2003, pendant la valse-hésitation du parti avant d’offrir son
soutien à Bouteflika) et fait campagne contre le texte de loi de
Chakib Khelil. Si le texte de loi comme les arguments du ministre de
l’Energie et des Mines sont restés quasiment les mêmes, la position
d’Ouyahia a, par contre, complètement basculé à ce sujet. Désormais,
le secrétaire général du RND trouve au projet de loi des vertus
salvatrices et avantageuses pour l’avenir du secteur des
hydrocarbures en Algérie dans la mesure où ce texte encourage le
partenariat nécessaire au développement de l’exploration et
l’augmentation des capacités de production par la découverte de
nouvelles réserves.
Mais l’existence
d’un parti politique n’étant pas faite uniquement de soutien et
d’opposition à des politiques ou des projets, le RND a d’autres
chantiers à mener avant les prochaines échéances électorales. Sur ce
registre, la concurrence avec le FLN devrait être une occasion pour
le RND de mener un travail de fond pour une participation féminine
plus accrue dans la vie du parti. D’autant que lors de son récent
congrès, le FLN avait montré la voie à suivre en matière de
participation féminine, en faisant en sorte que la proportion des
femmes congressistes dépasse les 10%. Cela a été rendu possible
grâce à des mesures prises à l’époque de Benflis et qui ont été
reconduites par l’équipe de Belkhadem, qui a présidé à la
préparation du congrès.
Par ailleurs, des
sources au RND font état d’un “redéploiement” du parti, “en
particulier dans les régions qui nous sont acquises”. Les mêmes
sources estiment que le parti d’Ouyahia “fera quand même campagne”
pour l’amnistie générale car, dit-on, “ce sera une occasion de
renouer avec le travail de terrain et de rapprochement des militants
avec la population”. Pour eux, dans sa quête pour une véritable
action politique, le RND ne doit pas être perçu par la population à
travers uniquement ses ministres et ses députés, “mais par le biais
de ses idées”. D’où, pensent-ils, la nécessité pour le parti
“d’avoir son propre journal”.
Abdelkader
Djalil
Haut
Les deux partis
affûtent leurs armes
Elle n’aura que
trop duré l’étape intermédiaire entre le gouvernement choisi au
lendemain des élections présidentielles d’avril 2004 et celle qui va
marquer l’entame des chantiers politiques et économiques au menu du
deuxième mandat du Président réélu.
Confectionné sur
la base d’une majorité FLN à dominance “redresseurs”, ce qui était à
ce moment précis une donne inévitable dans la détermination des
rapports de forces politiques, le gouvernement, bien que raflant la
majorité des sièges par respect dira-t-on, à la majorité
parlementaire qu’il ne fallait à aucun moment perturber eu égard à
la fragilité des équilibres de ces mêmes rapports de force ballottés
entre une alliance présidentielle naissante et un FLN, qui avait un
pied dans l’alliance et l’autre dans l’opposition.
D’abord, il fut
livré en l’état en l’espace de 17 jours. C’était la période où les
appétits étaient excités suite à la déferlante des soutiens au
Président pour son deuxième mandat. Alors que l’on s’attendait à la
mise en application d’un gouvernement d’alliance et une continuité
dans l’action, comme promis par le Président élu, la composante de
l’Exécutif va surprendre par le choix de l’appartenance partisane
des hommes. Sur les 39 ministres, 16 sont FLN, ils sont suivis par 7
RND et 4 MSP, ce qui donne un taux de pénétration dans l’Exécutif de
41% au profit du FLN, vivant alors le pic de tension provoqué par
son explosion en deux parties presque égales, alors que les
formations MSP et RND n’ont occupé que 18%, le premier des deux
profitant toutefois de la compensation par le bénéfice du poste de
chef du gouvernement.
Le calcul, établi
sur cette base, va laisser tout de même un avant-goût d’inachevé
dans l’établissement durable de l’alliance, comme définie
antérieurement au 8 avril 2004. Presque tout le staff était resté
dans l’état de rafistolage opéré quelques semaines auparavant, suite
à la démission des ministres FLN ayant rejoint l’aile Benflis. Le
FLN, bien que fractionné, avait fin par s’imposer à travers le taux
de 41%, comme si l’alliance, conçue pourtant “stratégique”,
n’existait pas.
L’alliance
gouvernementale avait encore fait défaut au président de la
République, après l’expérience de 1999, quand toutes les formations
ayant soutenu l’arrivée de Bouteflika à la tête de l’Etat algérien
ont été invités à accéder au gouvernement, avec comme seul bagage un
“oui” de principe sur les grands axes du programme du Président
qu’ils avaient en charge de mettre en pratique.
L’état hybride de
l’Exécutif, rendu plus critique par la présence de technocrates sur
lesquels devra s’appuyer le président de la République pour faire
avancer certains chantiers, économiques surtout, a vite fait montre
de l’incapacité du gouvernement à adopter une démarche politique
commune. Durant ces dix mois qu’aura duré le gouvernement
post-8 avril 2004, des positions graves de par la contradiction
qu’elles recèlent ont fait resurgir cette incompatibilité politique
au sein de l’Exécutif, surtout en ce qui concerne les dossiers
brûlants de l’actualité. L’amendement du code de la famille en est
le cas type de “gouvernement qui attend statut”. Autant les
adhésions au programme du Président étaient rapides et sans
équivoques, allant jusqu’à envisager un “pacte stratégique”, autant
les principes fondamentaux de chacun des membres du gouvernement
élargi sont restés souvent contradictoires et menaçants.
La rivalité
RND-FLN
Avec un
gouvernement tenu par les deux bouts, un RND dirigeant de l’Exécutif
et un Belkhadem ministre d’Etat et ministre des Affaires étrangères,
de surcroît artisan de la reconstitution du FLN comme force
politique première, on ne peut s’attendre qu’a un affrontement entre
deux tendances, traduit dans les faits par une démonstration de
force exprimée tout récemment par la création d’un poste de
président du parti, puis son attribution d’office au président de la
République, qu’il en veuille ou pas, dans la mesure ou l’éventualité
du refus était prévue en gardant ce poste vacant. A la satisfaction
du plus vieux parti, le président accepte l’offre de la présidence
honorifique et comble de bonheur le FLN, qui s’y accroche comme à
une planche de salut afin de se repositionner sur la scène politique
“comme incontournable”, selon les propres termes de Belkhadem.
Tout se jouera
ensuite sur le tableau : poursuite du programme en ce qui concerne
notamment l’instauration de la réconciliation nationale et adoption
de l’amnistie générale, pour lesquels le FLN fait montre de toute sa
disponibilité, avec par endroits un enthousiasme débordant ayant
fait défaut au FLN durant ces dix derniers mois quand il a fallu
discuter le code de la famille, notamment.
Le RND, se sentant
du coup menacé par le rival de toujours, en sus de sa fragilité par
l’état de somnolence de l’alliance qu’il a initié, réplique en moins
d’une semaine après le congrès unificateur du FLN, à travers les
résolutions de son conseil national par un “correctif” de taille
apporté à la notion d’amnistie et de réconciliation nationale en
rappelant l’urgence de poursuivre la lutte antiterroriste afin de
venir à bout de ce fléau qui constitue un danger pour
l’aboutissement de la réconciliation nationale elle-même. Il
marquera par là toute sa distance par rapport au FLN en délimitant
la ligne rouge à ne pas franchir en allant chercher la
réconciliation nationale.
L’adhésion de l’un
comme de l’autre au principe de réconciliation, consolidée par un
soutien indéfectible exprimé par les deux à la démarche du président
de la République est de ce fait plus que jamais partagée, pouvant
même retarder davantage les échéances préconisées si l’on s’en tient
aux arguments avancés par l’un comme par l’autre.
Si pour le FLN, il
s’agit d’aller vite et tout de suite à l’amnistie générale et tout
reprendre à zéro sans condition aucune, sinon user à merci de la
faveur d’un Bouteflika au poste de président du parti devant lui
servir de caution plus tard pour un retour sur la scène politique en
qualité de leader, le RND, lui, se choisit une autre approche en
fonction de l’impact sur le plan social et sur le plan
international. Le parti de Ahmed Ouyahia préfère jouer sur le
tableau de la mondialisation, à conquérir pour les besoins
économiques, en se mettant à niveau avec les normes internationales
de lutte contre le terrorisme international. L’appel, dans ce sens,
lancé en direction de la clase politique pour une condamnation
unanime du terrorisme, se veut également une assurance de plus quant
aux capacités démocratiques du RND et ses performances à diriger les
futures démarches politiques en tant que parti proche de la réalité
nationale.
C’est donc sur les
questions qui fâchent que le FLN comme le RND se donnent les moyens
d’agir en vue de mener bataille pour le partage des rôles.
Samira Mana
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |