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L’OMC
butte sur l’agriculture
Le statu quo
des riches
Difficile de le
démentir : les grandes économies agricoles du monde préfèrent
l’échec au compromis. Le blocage de la machine Organisation mondiale
du commerce(OMC) tourne autour de l’équilibre des échanges et de
l’organisation du marché alimentaire mondial. Trop stratégique pour
décrisper les riches et les pauvres. Trop, aussi, pour que les
choses restent en l’état. Ce qui annonce déjà la première réforme de
l’OMC.
En juillet 2006,
le cycle de Doha, amorcé en 2001, avec, entre autres, l'intention de
faciliter l'accès des pays les plus pauvres aux marchés alimentaires
des pays les plus riches, avortait. Et aucun échéancier ultérieur ne
fut fixé par les membres participants, et les principaux joueurs –
Union européenne, Etats-Unis, Japon, Inde, Brésil et Australie – se
reprochent mutuellement, depuis, la faute de cet échec. Bref, le
protectionnisme semble toujours à la mode. Plusieurs personnes,
incluant Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, cherchent de
nouvelles avenues diplomatiques, mais en vain. L’heure est
maintenant à la réflexion. Il faut quand même reconnaître que les
objectifs du cycle de Doha étaient ambitieux, voire même périlleux.
Ces négociations avaient pour but d’offrir au monde une
globalisation plus inclusive pour les pays pauvres en limitant les
barrières tarifaires et les subventions agricoles des pays mieux
nantis.
Or, les
échéanciers électoraux aux Etats-Unis et en France compliquent la
donne : celle d’inviter des pays démocratiques, qui dépendent
essentiellement d’un suffrage universel domestique, à résoudre une
énigme planétaire vouée à être parsemée d’embûches. Par exemple, la
plupart des mouvements qui représentent les producteurs agricoles
des pays riches, y compris le Canada, briguent le statu quo
puisqu’ils y gagnent énormément. Depuis plusieurs années, ces
groupes militent avec ardeur pour que leurs gouvernements respectifs
ainsi que les consommateurs ne concèdent en rien une diminution de
leur souveraineté alimentaire. Jusqu’à maintenant, leur lobby
s’avère plus qu’efficace.
En revanche,
contrairement à ce que plusieurs pays riches préconisent, l’échec
des négociations du cycle de Doha était loin d’être inévitable.
D’abord, les Américains estiment, avec raison, qu’il faut réduire
les tarifs à l’importation afin de permettre un meilleur accès à
d’autres marchés. Par ailleurs, les Européens, maîtres incontestés
des barrières tarifaires, calculent que les pays émergents doivent
protéger leur marché domestique par le biais de tarifs à
l’importation.
Il y a aussi le
délicat dossier des subventions agricoles. Sur ces points en litige,
M. Lamy avait tenté de construire un habile compromis entre pays
riches, mais aucune des parties n’a mordu à l’hameçon. De ce fait,
nous constatons qu’il existe un conflit idéologique entre plusieurs
membres, notamment les Etats-Unis et l’Union européenne. L’un veut
que Doha devienne une entente historique, tandis que l’autre préfère
que le cycle de Doha mène à autre chose de plus substantiel. De
plus, les membres ne s’entendent pas sur la façon d’aider les pays
pauvres et sur la manière de leur offrir les mêmes opportunités dont
disposent les pays riches. En quelques mots, c’est l’impasse.
Mais malgré ce
blocage, l’espoir est toujours permis. Ce n’est pas la première fois
qu’un tel échec se produit. En 1990, les négociations du cycle de
l’Uruguay étaient vouées à l’échec, selon plusieurs. Or,
quelques années plus tard, les pays impliqués renouaient le dialogue
pour ensuite créer, en 1994, l’Organisation mondiale du commerce
telle qu’on la connaît aujourd’hui. De telles négociations recèlent
souvent des constats d’échec des principaux participants. Cela fait
partie du processus.
Notons, pour
mémoire, que l’agriculture, le principal enjeu du cycle de Doha,
représente le chantier inachevé du cycle de l’Uruguay. En outre,
plusieurs pays, notamment l’Inde, la Chine et le Brésil, absents en
1990, participent cette fois au cycle de Doha.
Pour résoudre cet
épineux problème, les 149 membres de l’OMC doivent s’affairer à
trouver une solution musclée et juste. Afin de permettre aux pays
pauvres de développer une économie durable et prospère, les pays de
l’hémisphère nord doivent éventuellement reconnaître que leurs
doctrines agricoles actuelles ne se marient guère à une économie
globale. Et ils le savent très bien. L’échec de juillet dernier veut
tout simplement dire que le contexte géopolitique se prête mal à une
continuation des négociations, rien de plus.
Mais le contexte
risque de changer rapidement. Des 149 pays membres de l’OMC, seule
la Mongolie n’a pas d’entente bilatérale avec un autre pays.
Du côté américain,
l’administration Bush a signé 14 ententes et négocie présentement 11
autres pactes avec de futurs partenaires. D’ici la fin 2006, l’Asie
comptera plus de 70 accords de libre-échange. Cette explosion
d’accords est susceptible de créer un déséquilibre commercial pour
l’Europe et d’obliger les pays membres à revenir à la table de
négociation afin de compléter le cycle de Doha.
Le contraire, en
revanche, peut être aussi vrai. Pour le Canada, par exemple, où les
subventions agricoles directes atteignent les 4 milliards de dollars
annuellement, la conjoncture actuelle offre au gouvernement canadien
une opportunité de se préparer à la deuxième phase du cycle de Doha.
Le Canada compte déjà quelques ententes intéressantes, telles que
l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), la Zone de
libre-échange des Amériques (ZLEA) et d’autres accords avec le
Chili, le Costa Rica et Israël. Le Canada négocie présentement neuf
autres accords et doit poursuivre sa recherche de nouvelles avenues
pour l’agriculture canadienne. Une réforme des stratégies de mise en
marché telles que la gestion de l’offre, la transformation des
modalités de fonctionnement de la Commission canadienne du blé et
une augmentation de la compétitivité de nos agriculteurs est certes
de mise pour les prochaines années. Il faut bien admettre qu’une
fois que l’Europe et les Etats-Unis s’orienteront vers une entente,
le Canada devra suivre.
Tout compte fait,
les négociations du cycle de l’Uruguay ont duré sept ans et
plusieurs supputent que le cycle de Doha durera au moins dix ans, et
encore. Si nous nous fions au calendrier électoral américain, le
cycle de Doha prendra fin sous la gouverne du président ou de la
présidente qui succédera au successeur du président Bush. Alors,
après seulement cinq ans, il faudra tout de même donner au cycle de
Doha une véritable chance et laisser le temps faire son œuvre.
Nabil Benali
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