Semaine du 9 au 15 août 2006

Blocage et retards dans  la réalisation des projets  

Belkhadem peine à faire avancer  les choses

Révision constitutionnelle

A quand le concret ?

Logements, ordinateurs, emplois

Des millions de promesses

Algérie - Maroc

Messages subliminaux ?

 

 
 
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Blocage et retards dans  la réalisation des projets  

Belkhadem peine à faire avancer  les choses

Abdelaziz Belkhadem est à la tête du gouvernement depuis le 24 mai 2006, date à laquelle il a été nommé en remplacement  d’Ahmed Ouyahia. Cette nomination, bien que convoitée depuis de longs mois avant sa concrétisation, donne désormais l’impression d’être un véritable boulet que le nouveau chef de l’Exécutif traîne. Le patron du FLN a vraisemblablement surévalué ses aptitudes et ses capacités. Pourtant, au lendemain de sa nomination, Belkhadem n’avait pas manqué de montrer tout l’honneur qu’il avait à prendre les rênes du gouvernement. Mais c’est surtout la confiance placée en lui par le chef de l’Etat, dont il a été le représentant personnel pendant plus d’une année, qui l’a réconforté. Voulant donner l’impression d’un chef qui arrive avec les idées bien arrêtées sur ce qu’il y a lieu de faire pour améliorer la situation, d’autant que tout au long des derniers mois ayant précédé sa nomination, il n’avait eu de cesse de critiquer son prédécesseur, Ouyahia, au motif que ce dernier personnifiait les blocages et les lenteurs constatées dans la mise en application du programme du président de la République.

C’est pourquoi Belkhadem dira encore que la nouvelle équipe gouvernementale sera connue «sous peu» et ce, au terme des consultations qu’il devait entamer juste après sa nomination. Mais contrairement à cette déclaration, la composante de l’Exécutif a été reconduite dans sa  totalité. Il ne faisait pas l’ombre d’un doute que cette décision du chef de l’Etat de ne procéder à aucun changement sonnait comme un aveu. Bouteflika n’avait pas grande confiance en son ancien représentant. Il est vrai aussi que si les aptitudes et compétences politique du patron du FLN ne peuvent être mises en doute, il en est autrement de ses capacités économiques. En d’autres termes, Belkhadem n’a  pas le profil qui sied à un chef du gouvernement. Force est de reconnaître que lui-même est assez conscient de ses lacunes. Pour preuve, dans sa première déclaration à la presse, il s’est bien gardé de s’octroyer cette aptitude de meneur requise pour le poste. Il s’est contenté de souligner qu’il avait l’honneur d’être le «coordinateur» d’un staff gouvernemental.  Pouvait-il faire autrement ? Assurément non. Certes, on découvrira par la suite que cette précision n’avait rien de fortuit ; elle obéissait en fait à un calcul tout autre. Celui de préparer l’opinion publique à un changement qui était en cours dans les esprits : la nouvelle mouture de la Constitution que le FLN élaborait dans son laboratoire se devait d’entériner. A savoir la suppression de la loi fondamentale de la fonction de chef du gouvernement et son remplacement par le poste de coordinateur dans la perspective de l’instauration d’un régime présidentiel qui donnerait au Président la prérogative de la nomination d’un ou plusieurs vice-présidents.

Mais il n’en demeure pas moins que la désignation de Belkhadem à la tête de l’Exécutif en a surpris plus d’un, d’autant que les rumeurs qui avaient circulé sur l’identité du successeur de Ouyahia avançaient Abdelmalek Sellal (ministre des Ressources en eau) et Chakib Khelil, deux noms qui répondaient au profil recherché. Le premier présentait l’avantage d’avoir été directeur de campagne de Bouteflika lors de la présidentielle d’avril 2004. Une fonction qui ouvre droit à ce poste de chef du gouvernement si l’on prend pour exemple le cas de Benflis. Le second,  quant à lui, avait en main l’atout maître d’être compté parmi les proches des proches de Bouteflika, sans oublier le fait qu’on le disait très soutenu pour ses visions économiques libérales. 

Le mauvais choix ?

Bouteflika a-t-il fait le mauvais choix en optant en définitive pour Belkhadem ? La question est aujourd’hui reposée. Certes, à la tête du gouvernement depuis moins de trois mois, le locataire du palais du gouvernement est en droit de prétendre à un délai de grâce qui s’étalerait au moins jusqu'à la rentrée sociale. Mais à y voir de plus près, l’on serait tenté de se demander si les choses, d’ici là, pourraient changer positivement. En effet, force est de le souligner : depuis sa nomination et peut-être quelques déclarations par lesquelles il a tenté de donner l’illusion qu’il serait l’homme du changement.

Il faut toutefois rappeler qu’avant sa nomination, il n’avait pas été avec le dos de la cuillère pour critiquer la gestion de Ouyahia. Ce dernier a été identifié comme étant à l’origine de tous les blocages et tous les retards accusés dans la mise en œuvre du programme présidentiel. Pis, Belkhadem, conscient du rôle de l’UGTA et de son poids sur l’échiquier politique du pays, a manœuvré pour s’attirer sa sympathie en développant un discours contradictoire à celui tenu par le patron de l’Exécutif et en affirmant «légitimes» les demandes de revalorisations salariales exprimées par les syndicats. Ainsi, si dans un premier temps, le président de la République avait épousé les thèses de son chef du gouvernement, donnant de la sorte l’impression qu’il le soutenait contre les attaques répétées de ses adversaires politiques menés par le patron du FLN, Bouteflika ne tardera pas à changer de position en reprenant à son compte la revendication salariale. Mieux, il finira par donner raison au monde du travail en annonçant les hausses attendues. Cela avait sonné le glas pour Ouyahia. Pourtant, tous les observateurs le confirmeront, la situation du pays n’a pas évolué d’un iota. Le principal projet politique que le FLN – et donc Belkahdem – avait pris à bras-le-corps, à savoir la révision constitutionnelle, donne l’impression d’être au points mort. Au plan économique, la situation de blocage est la même, voire pire que celle qui prévalait du temps du patron du RND. Aucun des projets d’envergure n’a enregistré une avancée notable.

Le gouvernement donne l’impression de faire du sur place.  Ses réunions en conseil se font de plus en plus rares. Si Ouyahia semblait avoir quelques soucis avec les ministres proches du Président, Belkhadem, lui, ne semble avoir la main sur aucun des  ministres en poste. C’est à se demander à quoi sert désormais le gouvernement.

Nadia Kerraz

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Révision constitutionnelle

A quand le concret ?

Longtemps perçue comme sujet de discorde et prétexte à une guerre larvée entre Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, la révision de la Constitution a enfin été confirmée par le président Abdelaziz Bouteflika qui, par sa déclaration lors de sa rencontre avec les walis le 25 juin 2006, a mis fin à toutes les supputations. Mais à part cette affirmation du Président, rien ne laisse croire qu’une commission ou qu’un groupe de travail planchent sur ce projet. Pourquoi ce silence après une effervescence qui sous-entendait que cette révision était une priorité ?

Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem avaient tellement usé de cette révision. Ils se sont même lancés dans une guerre à peine voilée. A tel point que l’on s’est tous demandé qui d’entre les deux était sur la bonne voie et reflétait la vraie aspiration du Président. La réponse n’a pas tardé à venir. Le départ de Ahmed Ouyahia et son remplacement par Abdelaziz Belkhadem a conforté la thèse qui disait que le président de la République souhaitait cette révision. Même si pendant que Ouyahia et Belkhadem déclaraient chacun sa position sur le sujet, le Président n’a démenti aucun des deux et n’a fait, pour sa part, aucune déclaration publique.

Pourtant, les Algériens se rappellent qu’après l’élection du président Bouteflika, en 1999, il était déjà question d’une révision constitutionnelle, sans pour autant qu’une échéance ait été fixée. La situation dans laquelle se trouvait le pays était tellement catastrophique que la priorité ne pouvait nullement être accordée à cette révision. Il y avait plus urgent à faire.

Le terrorisme pesait de tout son poids, l’économie était déstructurée, l’insécurité faisait fuir les gens qui se rapprochaient des grandes villes en quête d’un peu de paix, les conditions de vie ne cessaient de se dégrader. Sur le plan international, l’Algérie était devenue un pays indésirable et tous les Algériens taxés de terroristes.

La priorité était de remettre le pays sur les rails. Instaurer la sécurité pour permettre aux gens de regagner leurs terres et leurs maisons abandonnées, remettre l’économie en marche, redorer le blason de l’Algérie sur la scène internationale. Ces missions, accomplies durant le premier mandat du Président, ont apporté une amélioration ressentie par tout le monde. La paix est revenue peu à peu, même si de temps à autre des actes terroristes sont signalés ça et là. Une façon comme une autre de nous signifier que la bête est toujours vivante, même si elle a été sérieusement affaiblie. Malgré ces relents de violence, le pays renaît de ses cendres et les gens vivent mieux et espèrent voir encore d’autres améliorations, surtout sur le plan social, où les choses laissent encore à désirer.

Le problème du logement se pose toujours avec la même acuité. Un véritable casse-tête chinois dont personne, à ce jour, n’a pu trouver sa solution.

Le chômage, s’il a un peu régressé, est toujours d’actualité. Le pouvoir d’achat se détériore comme peau de chagrin. Une augmentation des salaires a enfin été accordée aux travailleurs qui l’ont réclamée à cor et à cri, mais rien de concret n’a encore été fait et déjà, les commerçants en profitent pour augmenter le prix de plusieurs produits. Autant dire que les choses ne changeront jamais.

Donc si pendant ces années, il était occupé à rendre à l’Algérie son image de marque et n’a plus reparlé de révision constitutionnelle, il faut savoir que les émeutes qui ont secoué la Kabylie en 2001 et ont donné naissance aux mouvements des ârouch et aussi à des revendications identitaires, a obligé le Président, pour apaiser la situation de plus en plus enflammée, a promulguer une loi de révision constitutionnelle le 10 avril 2002, qui stipule que tamazight est aussi langue nationale.

Avant d’entamer son second mandat, le président de la République avait promis, à l’échéance 2009, de réaliser un million de logements et presqu’autant de postes d’emploi, de quoi faire saliver tous ceux et celles qui vivent dans des conditions déplorables et même certains privilégiés que la vie a pourtant gâtés, mais qui n’hésitent pas à grignoter sur la part réservée aux moins chanceux.

Mis à part ces deux projets qu touchent à l’aspect social, le Président avait beaucoup parlé du projet d’amnistie générale. Un sujet qui, avec le temps, s’est finalement concrétisé à travers une Charte de réconciliation nationale qui a le mérite d’avoir réglé des questions d’ordre pratique. En effet, indemniser les victimes du terrorisme, et surtout les familles des terroristes, posait un problème. Elle a aussi permis de clore, une fois pour toutes, le dossier des disparus.

Dans la pratique, le projet de révision constitutionnelle était surtout abordé par Abdelaziz Belkhadem qui en faisait une priorité immédiate. Pour sa part, l’ex-chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, qui ne voulait pas entendre parler de cette révision, affirmait à qui voulait l’entendre que ce projet n’était nullement au programme du gouvernement.

Cette guerre larvée et ces déclarations divergentes faisaient réagir même l’homme de la rue et tout le monde s’accordait à dire qu’il n’y avait pas de fumée sans feu.

Durant cette confrontation, le président de la République a gardé le silence et n’a pris position avec aucun des deux. Mais il était dit que les choses allaient prendre une autre tournure. Ouyahia, pour sauver la face, a accepté de démissionner. Après son départ, le Président a nommé Abdelaziz Belkhadem chef du gouvernement.

Avec cette nomination, beaucoup d’interprétations s’imposent et c’est l’occasion, pour les observateurs de la scène politique, de dire que finalement Abdelaziz Belkhadem était sur la bonne voie et que le Président lui-même ne tarderait pas à confirmer cette hypothèse.

En effet, lors de la rencontre qu’il a eue avec les ministres et les walis, Abdelaziz Bouteflika a clairement affirmé qu’il était pour une révision constitutionnelle. Cette déclaration a mis fin à toutes les supputations possibles. Quelque temps après, le Président a précisé, dans un entretien accordé à un hebdomadaire à Londres, que la révision constitutionnelle est nécessaire car elle permettra enfin de choisir un système politique et définira les prérogatives de chacun.

Mais, curieusement, rien de concret n’a encore abouti après ces déclarations. A ce jour, aucune information n’a fait état d’un groupe de travail ou d’une commission qui planchent sur ce projet. Pourquoi les choses se passent-elles ainsi ? Le Président aurait-il fait marche arrière ? Et si c’est le cas, quelles en sont les raisons ? Ou alors attend-on tout simplement la rentrée sociale pour désigner enfin ceux qui auront la charge de préparer ce dossier ?

Des interrogations qui, pour le moment, n’ont aucune réponse. Il faut temporiser et voir la tournure que prendront les choses d’ici quelques mois. Il n’y a pas d’autre alternative.

Khadidja Mohamed Bouziane

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Logements, ordinateurs, emplois

Des millions de promesses

Un million de logements, deux millions d'emplois, un million de foyers connectés à Internet… Les millions de promesses faites aux Algériens depuis quelque temps méritent bien que l'on fasse le point sur leurs avancées.

C'est par le biais du Conseil national économique et social (CNES) que le rappel est venu. Si le programme de réalisation de logements a atteint une vitesse de croisière appréciable, il demeure toutefois otage de contraintes qui ralentissent sa cadence, remarque le CNES dans sa note de conjoncture du 1er semestre 2006.  

Les chiffres présentés soulignent la vigueur dans la réalisation et la distribution de logements en 2005, alors qu'on a attribué 132 000 logements et qu’on a lancé la construction de 332 000 autres. Cette année, le record sera battu avec la distribution de 250 000 logements et le lancement de 350 000.

Mais malgré cela on est loin du compte du million de logements. Les raisons ? L'absence de ressources humaines et des coûts de revient fluctuants. Le CNES souligne un déficit en main-d'œuvre qualifiée et en cadres. Un paradoxe dans un pays en prise avec le chômage.

A l'intérieur du pays, les retards dans le lancement des projets sont du fait des entreprises qui délaissent l’habitat pour d'autres créneaux plus faciles et plus rentables. Dès lors, les prévisions sont largement contrariées.

Aspect tout aussi important, le volet financier. Effectivement, qui va payer les logements ? En dehors du logement social, le programme est destiné dans sa majorité à la classe moyenne qui n'a plus les moyens d'épargner et qui voit son pouvoir d'achat fortement érodé par la hausse des prix à la consommation et la faible évolution des salaires. Pour les banques, les prétendants au logement sont ce qu'on appelle les "insolvables" pour qui on a prévu  des conditions de crédit particulièrement contraignantes. Ce n'est donc pas avec les Plan de soutien à la relance économique que l'on réalisera les logements.

Que propose le CNES ? Un assouplissement des conditions d'accès aux crédits et plus d’efforts de la part de l'Etat. En fait, «des actions pour améliorer la solvabilité de la classe moyenne à travers des montages financiers, une révision de la durée d'amortissement, la réduction des taux d'intérêts et une baisse de l'apport initial».

Dans la même note de conjoncture, le CNES met en avant la situation chaotique d'un marché de l'immobilier qui arrive à capter des fonds qui seraient plus utiles aux programmes de réalisation de logements. Un autre paradoxe dans un pays qui a un besoin urgent de loger dignement ses citoyens. Ainsi, le Conseil relève l'existence de 1 500 agences immobilières qui exercent dans l'illégalité sur les 3 000 existantes. La tumeur urbaine que constituent les bidonvilles continue sa progression.

Construire sur du sable ?

Mais ce que constate le CNES, aujourd'hui, ne sont pas les seules entraves à la bonne marche d'un programme ambitieux censé redonner de l'espoir aux Algériens. Il y a quelque temps, au moment où était annoncé le programme d’un million de logements, on notait que la première limite de ce programme serait l'indisponibilité d'assiettes foncières. En juin 2004, le ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme, Mohamed Nadir Hamimid, avait annoncé le lancement d'une opération de prospection et de recensement des assiettes foncières urbaines à l'échelle nationale. Il s'agissait d'une opération tendant justement à pallier l'obstacle le plus important de ce programme d’un million de logements.   Le problème du foncier a constitué, depuis l'indépendance, une entrave majeure pour la mise en œuvre des politiques de logement. On en revient encore une fois au CNES qui  dans son rapport sur la configuration du foncier en Algérie en 2004, avait souligné que le foncier est devenu «une sorte d'otage de pratiques douteuses», «hypothéquant sérieusement et durablement toute politique d'aménagement, d'habitat ou d'investissement».

Par ailleurs, l'exemple de l'opération location-vente de l'AADL a été significative puisque sur 65 000 logements du programme 2003, seuls 4 000 ont été lancés avant la fin de l'année 2003. A l'époque, on observait que dans certaines wilayas, les travaux ne pouvaient même pas  démarrer. 

La question du foncier était entière alors que dans la bande nord, là où se trouve la plus grande concentration d'habitants, tous les Plans directeurs d'aménagement et d'urbanisme (PDAU) et les Plans d'occupation du sol (POS) sont déjà consommés. Selon les prévisions, un million de logements équivaut à un total de superficie d'assiette de l'ordre de 15 000 hectares. Outre le nombre de logements particulièrement important, l'enveloppe dédiée est également conséquente. Et si aujourd'hui, le CNES note les insuffisances en matière de financement, finalement cela était prévisible et a été prévu.

Des ordinateurs par milliers

Autre promesse tout aussi intéressante pour le commun des Algériens celle d'un million de foyers dotés d'un ordinateur. Récemment, au moment où il inaugurait Internet Party à Annaba, une manifestation organisée par l'entreprise EEPAD, le ministre de la Poste et des Technologies de l'information et de la communication, Boudjemaâ Haïchour, a indiqué que plus de 90 000 familles avaient acquis leur micro-ordinateur dans le cadre de l'opération Ousratic. Sur ce total, 20 000 ont payé cash, 10 000 autres ont profité des actions des œuvres sociales des entreprises et institutions et on attend les autres. En fait, c'est moins de 10% du million attendu. Il est vrai qu'un des premiers obstacles auquel étaient confrontées les familles qui voulaient profiter de cette opération était la froideur de l'accueil au niveau des banques, qui voyaient mal comment accorder des crédits à la consommation sans garanties. Toutefois, le ministre a mis en évidence le fait que toutes les banques ont accédé aux demandes de crédit des citoyens, sauf  la Société Générale Algérie. Alors que, note-t-il, «cette banque a pourtant donné son accord et signé des conventions avec les fournisseurs. Longtemps attendus, ces derniers ont décidé de mettre un terme à leur relation avec elle». Quant à l'objectif à atteindre, le ministre a été confiant, indiquant que 500 000 familles seront en possession d'un micro-ordinateur avec liaison Internet à l'horizon 2007.

Amine Esseghir

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Algérie - Maroc

Messages subliminaux ?

Deux événements récents ont donné lieu à une évaluation des relations entre les deux pays. D'abord la fête du Trône marquée par le discours du souverain marocain et le message d'amitié et de félicitation adressé par le président Bouteflika au roi du Maroc. Puis un triste événement, certes plus personnel pour les concernés, la famille Belkheir, puisqu'il s'agit du décès du fils de l'ambassadeur d'Algérie au Maroc qui a permis de voir la solidarité marocaine agissante à l'égard du représentant de l'Algérie à Rabat : le roi Mohammed VI a mis à la disposition du diplomate un avion spécial pour lui permettre de se rendre à Alger et il a également dépêché le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, pour le représenter aux obsèques du fils du diplomate.

Le message du président Bouteflika avait un contenu attendu puisqu’il a réaffirmé «sa volonté permanente d'oeuvrer ensemble au raffermissement des liens de coopération et de fraternité algéro-marocaine (...) au plus haut niveau, au mieux des intérêts suprêmes des deux peuples frères unis par les liens d'un passé commun ainsi que par les exigences du futur à la construction duquel nous ne devons ménager aucun effort afin que nos enfants puissent y vivre dans le bien-être et la prospérité». «Je demeure profondément convaincu que nos relations fraternelles connaîtront, avec la grâce de Dieu, une impulsion exceptionnelle grâce à notre détermination commune à les raffermir et à les élargir, pour répondre aux aspirations de nos deux peuples à la solidarité et à la complémentarité et de manière à nous permettre de relever les défis de notre ère et de faire face à ses mutations et à ses contraintes», a ajouté le Président algérien. «Au nom du peuple et du gouvernement algériens et en mon nom personnel, mes chaleureuses félicitations et mes vœux les meilleurs de santé et de bien-être pour vous-même et pour tous les membres de la famille royale et de paix et de progrès pour le peuple marocain sous votre direction éclairée.» Un message soulignant que, dans le cadre des relations entre les deux Etats, on échange des amabilités et que finalement, à l'occasion des cérémonies et des commémorations officielles, on se rend bien à l'évidence que tout ne va pas si mal entre les deux pays voisins.

Mais est-ce que pour autant tout va pour le mieux entre les deux Etats ? Certes non. Les divergences perdurent entre les autorités politiques, au détriment des relations apaisées entre les pays. La position algérienne n'a pas fléchi d'un iota sur ce que les Marocains appellent leur «première cause nationale». Concernant le Sahara Occidental, l'Algérie-Etat ne voit de salut que dans l'organisation d'un référendum d'autodétermination sous l'égide l'ONU. Même si les Algériens se sentent plutôt peu concernés par ce qui constitue le dernier cas de décolonisation en Afrique, aux yeux des analystes des relations internationales en Algérie et dans le monde. Dans l'approche algérienne, la divergence essentielle fait que l'Algérie ne se considère pas comme partie prenante dans le conflit, à l'inverse du point de vue marocain.

Si le message du président Bouteflika est celui d'un chef d'Etat tourné vers l'avenir, qui ne met pas en relief les divergences mais plutôt les constantes qui doivent guider les bonnes relations entre les deux pays voisins, le discours du souverain marocain, en revanche, ne pouvait éluder la question des questions au Maroc, «le règlement rapide et définitif de la question qui constitue la première cause nationale du royaume».

La nouvelle vision marocaine consiste en l'octroi, à ce qui est appelé les provinces du Sud, «d'un statut d'autonomie, dans le cadre de la souveraineté du royaume du Maroc, de son unité nationale et de son intégrité territoriale».

L'adhésion de l'ensemble de la classe politique et de la société civile marocaine semble acquise à cette solution et le roi du Maroc souligne bien dans son discours la concomitance de deux éléments, dont l'un est essentiel pour la bonne tenue des relations entre les deux pays. Il s'agit là de «la volonté qui anime le Maroc, dans toutes ses composantes, de clore définitivement ce dossier (celui du Sahara Occidental, ndlr), pour consacrer tous ses efforts et son énergie au processus de développement global et faire avancer la construction de l'Union du Maghreb en tant que choix incontournable que dictent tout naturellement la voix de la sagesse, la logique de l'histoire ainsi que l'inéluctabilité d'un avenir commun. «Le roi rappelle la mise en place du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas), dirigé par Khelli Henna, ouvert pour «être constamment en mesure d'intégrer en son sein tous les éléments les plus actifs dans nos provinces du Sud».

Le roi Mohamed VI précise : «Nous avons également insisté sur la nécessité pour cette institution de rester ouverte à toutes les sensibilités et à toutes les tendances, de sorte à traduire les aspirations de tous les fils de la région, qu'ils soient résidents dans nos provinces du Sud, ou de retour dans la mère patrie, toujours clémente et miséricordieuse.»

Le représentant du Corcas avait récemment entamé un périple dans plusieurs capitales européennes et également aux Etats-Unis afin d'influer sur la position algérienne – cela est dit sans ambage dans la presse marocaine. Khelli Henna a annoncé sa décision d'entrer en contact avec les responsables algériens dans le but de les convaincre du bien-fondé du projet du Maroc.

 Avec les deux sinon rien

Finalement, il reste que si les deux Etats divergent sur la manière de trouver des  solutions aux problèmes, il semblerait qu'ils soient convaincus aussi que tout se fera en commun accord et en concertation, ou du moins avec l'adhésion de l'autre, sinon rien ne se fera. L'Algérie et le Maroc frères ennemis ? Peut-être aujourd'hui, mais condamnés à s'entendre au risque de contredire les thèses de certains Marocains, comme Khalil Hachimi Idrissi, patron du quotidien Aujourd'hui le Maroc, qui ne conçoit la prospérité et l'évolution de son pays qu'à l'ombre d'un conflit rémanent entre les deux pays.

Il reste que la  question du Sahara Occidental ne peut être la seule et unique question  qui pose problème. Celle-ci existait au moment du sommet de Marrakech qui avait abouti au traité fondateur de l'Union du Maghreb arabe.

Serait-ce l'arbre qui cache la forêt ? Dans une récente interview, le ministre algérien des Affaires étrangères avait indiqué que la réouverture des frontières terrestres entre les deux pays devait être un aboutissement et non un préalable. Cette frontière terrestre, fermée d'abord sur décision marocaine en 1994 après l'attentat terroriste de   l'hôtel Atlas Asni (devenu Atlas Marrakech), au-delà des drames familiaux et des frustrations engendrés de part et d'autre, souligne cette différence d'approches des deux autorités politiques.

Car on doit bien se demander quelle est l'ampleur des différends puisque, au moment où le conflit existait, la frontière était grande ouverte à la grande joie des commerçants et hôteliers qui voyaient la prospérité se répandre sur le Maroc oriental. Car de toute évidence, tout n'est pas dit. Régler les problèmes en suspens entre les deux pays reviendrait à voir les commissions mixtes instituées à cet égard siéger en permanence. Où en sont les règlements des épineuses questions de la contrebande aux frontières, du terrorisme ou de l'émigration clandestine pour ne citer que les plus apparentes des difficultés ?

Des difficultés que les politiques ont décidé de régler à leur manière et selon leurs seuls visions et calculs, quitte à ce que  deux pays et deux peuples que tout rapproche s'éloignent de plus en plus.

Amine Esseghir

 

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