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Blocage et retards dans la réalisation des projets
Belkhadem peine
à faire avancer les choses
Abdelaziz
Belkhadem est à la tête du gouvernement depuis le 24 mai 2006, date
à laquelle il a été nommé en remplacement d’Ahmed Ouyahia. Cette
nomination, bien que convoitée depuis de longs mois avant sa
concrétisation, donne désormais l’impression d’être un véritable
boulet que le nouveau chef de l’Exécutif traîne. Le patron du FLN a
vraisemblablement surévalué ses aptitudes et ses capacités.
Pourtant, au lendemain de sa nomination, Belkhadem n’avait pas
manqué de montrer tout l’honneur qu’il avait à prendre les rênes du
gouvernement. Mais c’est surtout la confiance placée en lui par le
chef de l’Etat, dont il a été le représentant personnel pendant plus
d’une année, qui l’a réconforté. Voulant donner l’impression d’un
chef qui arrive avec les idées bien arrêtées sur ce qu’il y a lieu
de faire pour améliorer la situation, d’autant que tout au long des
derniers mois ayant précédé sa nomination, il n’avait eu de cesse de
critiquer son prédécesseur, Ouyahia, au motif que ce dernier
personnifiait les blocages et les lenteurs constatées dans la mise
en application du programme du président de la République.
C’est pourquoi
Belkhadem dira encore que la nouvelle équipe gouvernementale sera
connue «sous peu» et ce, au terme des consultations qu’il devait
entamer juste après sa nomination. Mais contrairement à cette
déclaration, la composante de l’Exécutif a été reconduite dans sa
totalité. Il ne faisait pas l’ombre d’un doute que cette décision du
chef de l’Etat de ne procéder à aucun changement sonnait comme un
aveu. Bouteflika n’avait pas grande confiance en son ancien
représentant. Il est vrai aussi que si les aptitudes et compétences
politique du patron du FLN ne peuvent être mises en doute, il en est
autrement de ses capacités économiques. En d’autres termes,
Belkhadem n’a pas le profil qui sied à un chef du gouvernement.
Force est de reconnaître que lui-même est assez conscient de ses
lacunes. Pour preuve, dans sa première déclaration à la presse, il
s’est bien gardé de s’octroyer cette aptitude de meneur requise pour
le poste. Il s’est contenté de souligner qu’il avait l’honneur
d’être le «coordinateur» d’un staff gouvernemental. Pouvait-il
faire autrement ? Assurément non. Certes, on découvrira par la suite
que cette précision n’avait rien de fortuit ; elle obéissait en fait
à un calcul tout autre. Celui de préparer l’opinion publique à un
changement qui était en cours dans les esprits : la nouvelle mouture
de la Constitution que le FLN élaborait dans son laboratoire se
devait d’entériner. A savoir la suppression de la loi fondamentale
de la fonction de chef du gouvernement et son remplacement par le
poste de coordinateur dans la perspective de l’instauration d’un
régime présidentiel qui donnerait au Président la prérogative de la
nomination d’un ou plusieurs vice-présidents.
Mais il n’en
demeure pas moins que la désignation de Belkhadem à la tête de
l’Exécutif en a surpris plus d’un, d’autant que les rumeurs qui
avaient circulé sur l’identité du successeur de Ouyahia avançaient
Abdelmalek Sellal (ministre des Ressources en eau) et Chakib Khelil,
deux noms qui répondaient au profil recherché. Le premier présentait
l’avantage d’avoir été directeur de campagne de Bouteflika lors de
la présidentielle d’avril 2004. Une fonction qui ouvre droit à ce
poste de chef du gouvernement si l’on prend pour exemple le cas de
Benflis. Le second, quant à lui, avait en main l’atout maître
d’être compté parmi les proches des proches de Bouteflika, sans
oublier le fait qu’on le disait très soutenu pour ses visions
économiques libérales.
Le mauvais
choix ?
Bouteflika a-t-il
fait le mauvais choix en optant en définitive pour Belkhadem ? La
question est aujourd’hui reposée. Certes, à la tête du gouvernement
depuis moins de trois mois, le locataire du palais du gouvernement
est en droit de prétendre à un délai de grâce qui s’étalerait au
moins jusqu'à la rentrée sociale. Mais à y voir de plus près, l’on
serait tenté de se demander si les choses, d’ici là, pourraient
changer positivement. En effet, force est de le souligner : depuis
sa nomination et peut-être quelques déclarations par lesquelles il a
tenté de donner l’illusion qu’il serait l’homme du changement.
Il faut toutefois
rappeler qu’avant sa nomination, il n’avait pas été avec le dos de
la cuillère pour critiquer la gestion de Ouyahia. Ce dernier a été
identifié comme étant à l’origine de tous les blocages et tous les
retards accusés dans la mise en œuvre du programme présidentiel.
Pis, Belkhadem, conscient du rôle de l’UGTA et de son poids sur
l’échiquier politique du pays, a manœuvré pour s’attirer sa
sympathie en développant un discours contradictoire à celui tenu par
le patron de l’Exécutif et en affirmant «légitimes» les demandes de
revalorisations salariales exprimées par les syndicats. Ainsi, si
dans un premier temps, le président de la République avait épousé
les thèses de son chef du gouvernement, donnant de la sorte
l’impression qu’il le soutenait contre les attaques répétées de ses
adversaires politiques menés par le patron du FLN, Bouteflika ne
tardera pas à changer de position en reprenant à son compte la
revendication salariale. Mieux, il finira par donner raison au monde
du travail en annonçant les hausses attendues. Cela avait sonné le
glas pour Ouyahia. Pourtant, tous les observateurs le confirmeront,
la situation du pays n’a pas évolué d’un iota. Le principal projet
politique que le FLN – et donc Belkahdem – avait pris à
bras-le-corps, à savoir la révision constitutionnelle, donne
l’impression d’être au points mort. Au plan économique, la situation
de blocage est la même, voire pire que celle qui prévalait du temps
du patron du RND. Aucun des projets d’envergure n’a enregistré une
avancée notable.
Le gouvernement
donne l’impression de faire du sur place. Ses réunions en conseil
se font de plus en plus rares. Si Ouyahia semblait avoir quelques
soucis avec les ministres proches du Président, Belkhadem, lui, ne
semble avoir la main sur aucun des ministres en poste. C’est à se
demander à quoi sert désormais le gouvernement.
Nadia Kerraz
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Révision constitutionnelle
A quand le
concret ?
Longtemps perçue
comme sujet de discorde et prétexte à une guerre larvée entre Ahmed
Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, la révision de la Constitution a
enfin été confirmée par le président Abdelaziz Bouteflika qui, par
sa déclaration lors de sa rencontre avec les walis le 25 juin 2006,
a mis fin à toutes les supputations. Mais à part cette affirmation
du Président, rien ne laisse croire qu’une commission ou qu’un
groupe de travail planchent sur ce projet. Pourquoi ce silence après
une effervescence qui sous-entendait que cette révision était une
priorité ?
Ahmed Ouyahia et
Abdelaziz Belkhadem avaient tellement usé de cette révision. Ils se
sont même lancés dans une guerre à peine voilée. A tel point que
l’on s’est tous demandé qui d’entre les deux était sur la bonne voie
et reflétait la vraie aspiration du Président. La réponse n’a pas
tardé à venir. Le départ de Ahmed Ouyahia et son remplacement par
Abdelaziz Belkhadem a conforté la thèse qui disait que le président
de la République souhaitait cette révision. Même si pendant que
Ouyahia et Belkhadem déclaraient chacun sa position sur le sujet, le
Président n’a démenti aucun des deux et n’a fait, pour sa part,
aucune déclaration publique.
Pourtant, les
Algériens se rappellent qu’après l’élection du président Bouteflika,
en 1999, il était déjà question d’une révision constitutionnelle,
sans pour autant qu’une échéance ait été fixée. La situation dans
laquelle se trouvait le pays était tellement catastrophique que la
priorité ne pouvait nullement être accordée à cette révision. Il y
avait plus urgent à faire.
Le terrorisme
pesait de tout son poids, l’économie était déstructurée,
l’insécurité faisait fuir les gens qui se rapprochaient des grandes
villes en quête d’un peu de paix, les conditions de vie ne cessaient
de se dégrader. Sur le plan international, l’Algérie était devenue
un pays indésirable et tous les Algériens taxés de terroristes.
La priorité était
de remettre le pays sur les rails. Instaurer la sécurité pour
permettre aux gens de regagner leurs terres et leurs maisons
abandonnées, remettre l’économie en marche, redorer le blason de
l’Algérie sur la scène internationale. Ces missions, accomplies
durant le premier mandat du Président, ont apporté une amélioration
ressentie par tout le monde. La paix est revenue peu à peu, même si
de temps à autre des actes terroristes sont signalés ça et là. Une
façon comme une autre de nous signifier que la bête est toujours
vivante, même si elle a été sérieusement affaiblie. Malgré ces
relents de violence, le pays renaît de ses cendres et les gens
vivent mieux et espèrent voir encore d’autres améliorations, surtout
sur le plan social, où les choses laissent encore à désirer.
Le problème du
logement se pose toujours avec la même acuité. Un véritable
casse-tête chinois dont personne, à ce jour, n’a pu trouver sa
solution.
Le chômage, s’il a
un peu régressé, est toujours d’actualité. Le pouvoir d’achat se
détériore comme peau de chagrin. Une augmentation des salaires a
enfin été accordée aux travailleurs qui l’ont réclamée à cor et à
cri, mais rien de concret n’a encore été fait et déjà, les
commerçants en profitent pour augmenter le prix de plusieurs
produits. Autant dire que les choses ne changeront jamais.
Donc si pendant
ces années, il était occupé à rendre à l’Algérie son image de marque
et n’a plus reparlé de révision constitutionnelle, il faut savoir
que les émeutes qui ont secoué la Kabylie en 2001 et ont donné
naissance aux mouvements des ârouch et aussi à des revendications
identitaires, a obligé le Président, pour apaiser la situation de
plus en plus enflammée, a promulguer une loi de révision
constitutionnelle le 10 avril 2002, qui stipule que tamazight est
aussi langue nationale.
Avant d’entamer
son second mandat, le président de la République avait promis, à
l’échéance 2009, de réaliser un million de logements et
presqu’autant de postes d’emploi, de quoi faire saliver tous ceux et
celles qui vivent dans des conditions déplorables et même certains
privilégiés que la vie a pourtant gâtés, mais qui n’hésitent pas à
grignoter sur la part réservée aux moins chanceux.
Mis à part ces
deux projets qu touchent à l’aspect social, le Président avait
beaucoup parlé du projet d’amnistie générale. Un sujet qui, avec le
temps, s’est finalement concrétisé à travers une Charte de
réconciliation nationale qui a le mérite d’avoir réglé des questions
d’ordre pratique. En effet, indemniser les victimes du terrorisme,
et surtout les familles des terroristes, posait un problème. Elle a
aussi permis de clore, une fois pour toutes, le dossier des
disparus.
Dans la pratique,
le projet de révision constitutionnelle était surtout abordé par
Abdelaziz Belkhadem qui en faisait une priorité immédiate. Pour sa
part, l’ex-chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, qui ne voulait pas
entendre parler de cette révision, affirmait à qui voulait
l’entendre que ce projet n’était nullement au programme du
gouvernement.
Cette guerre
larvée et ces déclarations divergentes faisaient réagir même l’homme
de la rue et tout le monde s’accordait à dire qu’il n’y avait pas de
fumée sans feu.
Durant cette
confrontation, le président de la République a gardé le silence et
n’a pris position avec aucun des deux. Mais il était dit que les
choses allaient prendre une autre tournure. Ouyahia, pour sauver la
face, a accepté de démissionner. Après son départ, le Président a
nommé Abdelaziz Belkhadem chef du gouvernement.
Avec cette
nomination, beaucoup d’interprétations s’imposent et c’est
l’occasion, pour les observateurs de la scène politique, de dire que
finalement Abdelaziz Belkhadem était sur la bonne voie et que le
Président lui-même ne tarderait pas à confirmer cette hypothèse.
En effet, lors de
la rencontre qu’il a eue avec les ministres et les walis, Abdelaziz
Bouteflika a clairement affirmé qu’il était pour une révision
constitutionnelle. Cette déclaration a mis fin à toutes les
supputations possibles. Quelque temps après, le Président a précisé,
dans un entretien accordé à un hebdomadaire à Londres, que la
révision constitutionnelle est nécessaire car elle permettra enfin
de choisir un système politique et définira les prérogatives de
chacun.
Mais,
curieusement, rien de concret n’a encore abouti après ces
déclarations. A ce jour, aucune information n’a fait état d’un
groupe de travail ou d’une commission qui planchent sur ce projet.
Pourquoi les choses se passent-elles ainsi ? Le Président aurait-il
fait marche arrière ? Et si c’est le cas, quelles en sont les
raisons ? Ou alors attend-on tout simplement la rentrée sociale pour
désigner enfin ceux qui auront la charge de préparer ce dossier ?
Des interrogations
qui, pour le moment, n’ont aucune réponse. Il faut temporiser et
voir la tournure que prendront les choses d’ici quelques mois. Il
n’y a pas d’autre alternative.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Logements, ordinateurs, emplois
Des millions de promesses
Un
million de logements, deux millions d'emplois, un million de foyers
connectés à Internet… Les millions de promesses faites aux Algériens
depuis quelque temps méritent bien que l'on fasse le point sur leurs
avancées.
C'est par le biais du Conseil national économique et social (CNES)
que le rappel est venu. Si le programme de réalisation de logements
a atteint une vitesse de croisière appréciable, il demeure toutefois
otage de contraintes qui ralentissent sa cadence, remarque le CNES
dans sa note de conjoncture du 1er semestre 2006.
Les
chiffres présentés soulignent la vigueur dans la réalisation et la
distribution de logements en 2005, alors qu'on a attribué 132 000
logements et qu’on a lancé la construction de 332 000 autres. Cette
année, le record sera battu avec la distribution de 250 000
logements et le lancement de 350 000.
Mais
malgré cela on est loin du compte du million de logements. Les
raisons ? L'absence de ressources humaines et des coûts de revient
fluctuants. Le CNES souligne un déficit en main-d'œuvre qualifiée et
en cadres. Un paradoxe dans un pays en prise avec le chômage.
A
l'intérieur du pays, les retards dans le lancement des projets sont
du fait des entreprises qui délaissent l’habitat pour d'autres
créneaux plus faciles et plus rentables. Dès lors, les prévisions
sont largement contrariées.
Aspect tout aussi important, le volet financier. Effectivement, qui
va payer les logements ? En dehors du logement social, le programme
est destiné dans sa majorité à la classe moyenne qui n'a plus les
moyens d'épargner et qui voit son pouvoir d'achat fortement érodé
par la hausse des prix à la consommation et la faible évolution des
salaires. Pour les banques, les prétendants au logement sont ce
qu'on appelle les "insolvables" pour qui on a prévu des conditions
de crédit particulièrement contraignantes. Ce n'est donc pas avec
les Plan de soutien à la relance économique que l'on réalisera les
logements.
Que
propose le CNES ? Un assouplissement des conditions d'accès aux
crédits et plus d’efforts de la part de l'Etat. En fait, «des
actions pour améliorer la solvabilité de la classe moyenne à travers
des montages financiers, une révision de la durée d'amortissement,
la réduction des taux d'intérêts et une baisse de l'apport initial».
Dans
la même note de conjoncture, le CNES met en avant la situation
chaotique d'un marché de l'immobilier qui arrive à capter des fonds
qui seraient plus utiles aux programmes de réalisation de logements.
Un autre paradoxe dans un pays qui a un besoin urgent de loger
dignement ses citoyens. Ainsi, le Conseil relève l'existence de 1
500 agences immobilières qui exercent dans l'illégalité sur les 3
000 existantes. La tumeur urbaine que constituent les bidonvilles
continue sa progression.
Construire sur du sable ?
Mais
ce que constate le CNES, aujourd'hui, ne sont pas les seules
entraves à la bonne marche d'un programme ambitieux censé redonner
de l'espoir aux Algériens. Il y a quelque temps, au moment où était
annoncé le programme d’un million de logements, on notait que la
première limite de ce programme serait l'indisponibilité d'assiettes
foncières. En juin 2004, le ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme,
Mohamed Nadir Hamimid, avait annoncé le lancement d'une opération de
prospection et de recensement des assiettes foncières urbaines à
l'échelle nationale. Il s'agissait d'une opération tendant justement
à pallier l'obstacle le plus important de ce programme d’un million
de logements. Le problème du foncier a constitué, depuis
l'indépendance, une entrave majeure pour la mise en œuvre des
politiques de logement. On en revient encore une fois au CNES qui
dans son rapport sur la configuration du foncier en Algérie en 2004,
avait souligné que le foncier est devenu «une sorte d'otage de
pratiques douteuses», «hypothéquant sérieusement et durablement
toute politique d'aménagement, d'habitat ou d'investissement».
Par
ailleurs, l'exemple de l'opération location-vente de l'AADL a été
significative puisque sur 65 000 logements du programme 2003, seuls
4 000 ont été lancés avant la fin de l'année 2003. A l'époque, on
observait que dans certaines wilayas, les travaux ne pouvaient même
pas démarrer.
La
question du foncier était entière alors que dans la bande nord, là
où se trouve la plus grande concentration d'habitants, tous les
Plans directeurs d'aménagement et d'urbanisme (PDAU) et les Plans
d'occupation du sol (POS) sont déjà consommés. Selon les prévisions,
un million de logements équivaut à un total de superficie d'assiette
de l'ordre de 15 000 hectares. Outre le nombre de logements
particulièrement important, l'enveloppe dédiée est également
conséquente. Et si aujourd'hui, le CNES note les insuffisances en
matière de financement, finalement cela était prévisible et a été
prévu.
Des ordinateurs par milliers
Autre promesse tout aussi intéressante pour le commun des Algériens
celle d'un million de foyers dotés d'un ordinateur. Récemment, au
moment où il inaugurait Internet Party à Annaba, une manifestation
organisée par l'entreprise EEPAD, le ministre de la Poste et des
Technologies de l'information et de la communication, Boudjemaâ
Haïchour, a indiqué que plus de 90 000 familles avaient acquis leur
micro-ordinateur dans le cadre de l'opération Ousratic. Sur ce
total, 20 000 ont payé cash, 10 000 autres ont profité des actions
des œuvres sociales des entreprises et institutions et on attend les
autres. En fait, c'est moins de 10% du million attendu. Il est vrai
qu'un des premiers obstacles auquel étaient confrontées les familles
qui voulaient profiter de cette opération était la froideur de
l'accueil au niveau des banques, qui voyaient mal comment accorder
des crédits à la consommation sans garanties. Toutefois, le ministre
a mis en évidence le fait que toutes les banques ont accédé aux
demandes de crédit des citoyens, sauf la Société Générale Algérie.
Alors que, note-t-il, «cette banque a pourtant donné son accord et
signé des conventions avec les fournisseurs. Longtemps attendus, ces
derniers ont décidé de mettre un terme à leur relation avec elle».
Quant à l'objectif à atteindre, le ministre a été confiant,
indiquant que 500 000 familles seront en possession d'un
micro-ordinateur avec liaison Internet à l'horizon 2007.
Amine Esseghir
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Algérie -
Maroc
Messages subliminaux ?
Deux
événements récents ont donné lieu à une évaluation des relations
entre les deux pays. D'abord la fête du Trône marquée par le
discours du souverain marocain et le message d'amitié et de
félicitation adressé par le président Bouteflika au roi du Maroc.
Puis un triste événement, certes plus personnel pour les concernés,
la famille Belkheir, puisqu'il s'agit du décès du fils de
l'ambassadeur d'Algérie au Maroc qui a permis de voir la solidarité
marocaine agissante à l'égard du représentant de l'Algérie à Rabat :
le roi Mohammed VI a mis à la disposition du diplomate un avion
spécial pour lui permettre de se rendre à Alger et il a également
dépêché le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, pour
le représenter aux obsèques du fils du diplomate.
Le
message du président Bouteflika avait un contenu attendu puisqu’il a
réaffirmé «sa volonté permanente d'oeuvrer ensemble au
raffermissement des liens de coopération et de fraternité
algéro-marocaine (...) au plus haut niveau, au mieux des intérêts
suprêmes des deux peuples frères unis par les liens d'un passé
commun ainsi que par les exigences du futur à la construction duquel
nous ne devons ménager aucun effort afin que nos enfants puissent y
vivre dans le bien-être et la prospérité». «Je demeure profondément
convaincu que nos relations fraternelles connaîtront, avec la grâce
de Dieu, une impulsion exceptionnelle grâce à notre détermination
commune à les raffermir et à les élargir, pour répondre aux
aspirations de nos deux peuples à la solidarité et à la
complémentarité et de manière à nous permettre de relever les défis
de notre ère et de faire face à ses mutations et à ses contraintes»,
a ajouté le Président algérien. «Au nom du peuple et du gouvernement
algériens et en mon nom personnel, mes chaleureuses félicitations et
mes vœux les meilleurs de santé et de bien-être pour vous-même et
pour tous les membres de la famille royale et de paix et de progrès
pour le peuple marocain sous votre direction éclairée.» Un message
soulignant que, dans le cadre des relations entre les deux Etats, on
échange des amabilités et que finalement, à l'occasion des
cérémonies et des commémorations officielles, on se rend bien à
l'évidence que tout ne va pas si mal entre les deux pays voisins.
Mais
est-ce que pour autant tout va pour le mieux entre les deux Etats ?
Certes non. Les divergences perdurent entre les autorités
politiques, au détriment des relations apaisées entre les pays. La
position algérienne n'a pas fléchi d'un iota sur ce que les
Marocains appellent leur «première cause nationale». Concernant le
Sahara Occidental, l'Algérie-Etat ne voit de salut que dans
l'organisation d'un référendum d'autodétermination sous l'égide
l'ONU. Même si les Algériens se sentent plutôt peu concernés par ce
qui constitue le dernier cas de décolonisation en Afrique, aux yeux
des analystes des relations internationales en Algérie et dans le
monde. Dans l'approche algérienne, la divergence essentielle fait
que l'Algérie ne se considère pas comme partie prenante dans le
conflit, à l'inverse du point de vue marocain.
Si
le message du président Bouteflika est celui d'un chef d'Etat tourné
vers l'avenir, qui ne met pas en relief les divergences mais plutôt
les constantes qui doivent guider les bonnes relations entre les
deux pays voisins, le discours du souverain marocain, en revanche,
ne pouvait éluder la question des questions au Maroc, «le règlement
rapide et définitif de la question qui constitue la première cause
nationale du royaume».
La
nouvelle vision marocaine consiste en l'octroi, à ce qui est appelé
les provinces du Sud, «d'un statut d'autonomie, dans le cadre de la
souveraineté du royaume du Maroc, de son unité nationale et de son
intégrité territoriale».
L'adhésion de l'ensemble de la classe politique et de la société
civile marocaine semble acquise à cette solution et le roi du Maroc
souligne bien dans son discours la concomitance de deux éléments,
dont l'un est essentiel pour la bonne tenue des relations entre les
deux pays. Il s'agit là de «la volonté qui anime le Maroc, dans
toutes ses composantes, de clore définitivement ce dossier (celui du
Sahara Occidental, ndlr), pour consacrer tous ses efforts et son
énergie au processus de développement global et faire avancer la
construction de l'Union du Maghreb en tant que choix incontournable
que dictent tout naturellement la voix de la sagesse, la logique de
l'histoire ainsi que l'inéluctabilité d'un avenir commun. «Le roi
rappelle la mise en place du Conseil royal consultatif pour les
affaires sahariennes (Corcas), dirigé par Khelli Henna, ouvert pour
«être constamment en mesure d'intégrer en son sein tous les éléments
les plus actifs dans nos provinces du Sud».
Le
roi Mohamed VI précise : «Nous avons également insisté sur la
nécessité pour cette institution de rester ouverte à toutes les
sensibilités et à toutes les tendances, de sorte à traduire les
aspirations de tous les fils de la région, qu'ils soient résidents
dans nos provinces du Sud, ou de retour dans la mère patrie,
toujours clémente et miséricordieuse.»
Le
représentant du Corcas avait récemment entamé un périple dans
plusieurs capitales européennes et également aux Etats-Unis afin
d'influer sur la position algérienne – cela est dit sans ambage dans
la presse marocaine. Khelli Henna a annoncé sa décision d'entrer en
contact avec les responsables algériens dans le but de les
convaincre du bien-fondé du projet du Maroc.
Avec
les deux sinon rien
Finalement, il reste que si les deux Etats divergent sur la manière
de trouver des solutions aux problèmes, il semblerait qu'ils soient
convaincus aussi que tout se fera en commun accord et en
concertation, ou du moins avec l'adhésion de l'autre, sinon rien ne
se fera. L'Algérie et le Maroc frères ennemis ? Peut-être
aujourd'hui, mais condamnés à s'entendre au risque de contredire les
thèses de certains Marocains, comme Khalil Hachimi Idrissi, patron
du quotidien Aujourd'hui le Maroc, qui ne conçoit la prospérité et
l'évolution de son pays qu'à l'ombre d'un conflit rémanent entre les
deux pays.
Il
reste que la question du Sahara Occidental ne peut être la seule et
unique question qui pose problème. Celle-ci existait au moment du
sommet de Marrakech qui avait abouti au traité fondateur de l'Union
du Maghreb arabe.
Serait-ce l'arbre qui cache la forêt ? Dans une récente interview,
le ministre algérien des Affaires étrangères avait indiqué que la
réouverture des frontières terrestres entre les deux pays devait
être un aboutissement et non un préalable. Cette frontière
terrestre, fermée d'abord sur décision marocaine en 1994 après
l'attentat terroriste de l'hôtel Atlas Asni (devenu Atlas
Marrakech), au-delà des drames familiaux et des frustrations
engendrés de part et d'autre, souligne cette différence d'approches
des deux autorités politiques.
Car
on doit bien se demander quelle est l'ampleur des différends
puisque, au moment où le conflit existait, la frontière était grande
ouverte à la grande joie des commerçants et hôteliers qui voyaient
la prospérité se répandre sur le Maroc oriental. Car de toute
évidence, tout n'est pas dit. Régler les problèmes en suspens entre
les deux pays reviendrait à voir les commissions mixtes instituées à
cet égard siéger en permanence. Où en sont les règlements des
épineuses questions de la contrebande aux frontières, du terrorisme
ou de l'émigration clandestine pour ne citer que les plus apparentes
des difficultés ?
Des
difficultés que les politiques ont décidé de régler à leur manière
et selon leurs seuls visions et calculs, quitte à ce que deux pays
et deux peuples que tout rapproche s'éloignent de plus en plus.
Amine Esseghir
Haut
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