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Charte
sur la paix et la réconciliation nationale
Les textes à l’épreuve des équilibres nationaux
L’opinion reste sans doute étonnée de constater le retard, ou à tout
le moins le manque d’empressement dans la promulgation des lois
devant traduire concrètement la charte sur la paix et la
réconciliation nationale. Retard expliqué par des interventions
sporadiques visant à accréditer l’idée que l’élaboration de ces
textes se fait tout de même dans la discrétion et en toute sérénité.
Mais les voix officielles n’empêchent pas de penser autrement, au vu
des contradictions patentes qu’elles ne cessent de véhiculer.
Me
Farouk Ksentini, président de la Commission nationale pour la
promotion des droits de l’Homme, désormais en fin de mandat a été le
premier, à la veille du scrutin du 29 septembre, à annoncer qu’il
fallait s’attendre à une trentaine de textes. Au lendemain du
référendum, le ministre de l’Intérieur affirmait à la radio
nationale que le gouvernement était en train de réfléchir à la
formulation la plus fidèle qui soit au vœu populaire ayant avalisé
les grandes lignes de la charte. Depuis, le président de l’Assemblée
populaire nationale, Amar Saadani a fait savoir, quant à lui, qu’il
s’agit seulement d’une vingtaine de textes qui devront incessamment
atterrir pour être adoptés avec la célérité requise par les députés.
Enfin, les dernières informations sur la question font état d’une
commission composée d’experts des ministères de l’Intérieur, de la
Justice, de la Solidarité nationale, des Affaires étrangères, de la
Santé et des représentants des services de sécurité. L’on nous dit
également que le passage de ces textes ne saurait dépasser le mois
en cours avant approbation par l’APN lors de la session en cours.
Entre
temps, trois événements ont alimenté la grille de lecture de uns et
des autres parmi les observateurs qui prévoient de relever nombre
d’indices éloquents sur l’avenir politique immédiat du pays à
travers le contenu même de ces lois. En premier chef, et alors que
l’on attendait un effet d’annonce lors de l’anniversaire du 1er
Novembre 1954, le chef de l’Etat s’est abstenu de s’adresser à la
nation, bien qu’il n’y ait pas de lien immédiat à faire entre ce
fait et le retard dans le textes. Sauf que, bien entendu, cela reste
un point d’appui pour toutes sortes de supputations, du moment
qu’avec plus de 97% de «oui», le président de la république doit
disposer des coudées franches pour aller plus au fond dans sa
démarche.
Deuxièmement, l’épisode Anouar Haddam. L’ancien dirigeant du
FIS-dissous a reporté à une date ultérieure son retour en Algérie,
après avoir annoncé son acceptation de l’invitation lui étant faite
par le chef de l’Etat par l’entremise de son représentant personnel
A. Belkhadem ; invitation qu’il a été le seul à lire comme
personnellement adressée, ce qui cadre parfaitement d’ailleurs avec
ses intentions de jouer le rôle d’éclaireur des restants des anciens
chefs du parti à l’étranger et, si cela venait à réussir,de prendre
de l’avance sur eux. Toujours est-il que Haddam affirme avoir été
contacté par «les autorités officielles, par le biais de l’ambassade
d’Algérie à Washington, lui ont clairement signifié que son retour
au pays est indésirable» et qu’on lui aurait déconseillé de revenir.
Haddam n’en dit pas plus, surtout pas à propos de ses motivations.
Son recul obéit-il à des considérations politiques ou veut-il
laisser croire qu’il a eu peur pour sécurité ? Dans un cas comme
dans l’autre, il fait entendre que les conditions ne lui semblent
pas favorables.
Le
troisième événement, qui s’inscrit en droite ligne du second, ce
sont les avertissements de Madani Mezrag, rompu désormais aux
colonnes de la presse nationale, adressés à ses pairs de l’ex-Fis à
l’étranger leur demandant de retarder leur retour jusqu’à ce que les
décrets exécutifs découlant de la charte soient connus. L’ex-émir de
l’AIS argumente son appel par le fait que seule la promulgation de
textes «sérieux» serait de nature à constituer une garantie pour ces
derniers. Madani Mezrag, qui ne s’arrête sur aucun article de loi
pour faire de la politique au grand jour, cherche-t-il des garanties
au bénéfice de son camp ou veut-t-il, à travers une logique de
donnant-donnant, à conditionner la participation de l’ex-Fis au
processus de réconciliation par l’avènement de textes qui ne
compromettent en rien ses derniers espoirs de retour sur la scène
politique ? Car, pour ce qui est de ses attentes, Madani Mezrag les
exprime tout haut : «les anciens militants du Fis sont des Algériens
comme les autres et ils ont les mêmes droit, y compris de faire de
la politique» (El Youm, le 7 novembre 2005). En plus clair, il lui
est incompréhensible et inacceptable que ces derniers soient dans le
même temps amnistiés (ou pardonnés, c’est selon) et interdits
d’activité politique, puisque de son point de vue une réconciliation
nationale achevée date du recouvrement de ce droit, pas moins. La
tonalité nouvelle dans les propos de Madani Mezrag peut prêter à une
seconde lecture, dans le sens où ceux-ci semblent trahir toute son
impatience, alors qu’en faisant campagne pour la charte, il se
faisait adepte de «l’étapisme» que l’on voulait de rigueur pour
cette charte, elle-même considérée par certains comme bloquée dans
le corset trop étroit des équilibres nationaux.
Si
l’on devait pousser plus loin ce raisonnement et l’attribuer aux
premiers concernés par le contenu de la charte sur la paix et la
réconciliation nationale, c’est-à-dire les groupes terroristes
appelés à déposer les armes, l’on comprendrait aisément le faible
taux de reddition observé jusque là. La trêve unilatérale de
l’ex-AIS, dont les 3.000 éléments ont rendu les armes, et la
reddition de plusieurs groupuscules du GIA dans le sillage de la loi
sur la concorde civile, contraste beaucoup avec le maintien du
principal groupe armé, le GSPC en l’occurrence de son refus de la
chance offerte par la charte. Officiellement, il demeure encore
1.000 à 1.600 terroristes dans les maquis et on ne peut nier la
persistance d’un niveau de l’activité terroriste similaire à l’avant-référendum,
celui qui ne vise pas moins que d’inscrire le terrorisme en tant que
phénomène endémique, marginal dans ses grands effets, mais constant
en tant que donne permanente dans l’appréciation de la situation
politique de l’Algérie.
A cet
égard, le volte-face de Madani Mezrag est à souligner, lui qui
promettait avec aplomb que « 80% des éléments du GSPC se rendraient
une fois la charte adoptée par le peuple». Celui qui prétendait
entretenir des contacts avec les groupes armés pour les convaincre
de quitter les maquis, n’en parle même plus et préfère que chacun en
reste là où il est, à son poste, y compris et notamment les
dirigeants à l’étranger.
De
deux choses l’une. Soit il s’agit d’une manœuvre, qui semble plutôt
concertée, pour peser sur l’élaboration des textes de loi en
question et obtenir par ce biais le maximum de concessions
possibles, soit les dirigeants de l’ex-Fis ne font que poursuivre
une tactique qui ne pouvait être dévoilée dès le départ avec un
soutien feint à la réconciliation nationale, pour passer ensuite à
une attitude des plus réservée à cette démarche qui risque de la
mette en difficulté, précisément pour remettre sur la table leur
revendication essentielle, le retour à l’activité politique. Pour
oser aujourd’hui ce qui s’apparente à ni plus ni moins qu’à un
chantage, il faut au moins que ses initiateurs soient convaincus
que, quelque part, le moment est favorable à ce genre de manoeuvres.
Ce n’est certainement pas dans des soutiens à l’étranger qu’ils
pourraient chercher une pareille inspiration, celui qui a tenté de
s’afficher comme le chef de file étant en disgrâce auprès des
autorités américaines qui ne l’accueillent pas sur leur territoire
avec plaisir. C’est, visiblement, la ferme conviction que l’ex-Fis
reste majoritaire en dépit de tout ce qui a pu se produire qui donne
à penser à ces denier que le peuple « éternellement» acquis
(l’a-t-il été vraiment ?) ne pouvait voter pour la
responsabilisation de leur camp et donc sa punition. Et même si les
faits démontrent le contraire, ils n’ont d’autre choix que de
s’accrocher et de défendre, par tous les moyens, une thèse pareille.
Il est capital pour les dirigeants du Fis de présenter,
implicitement dans ce cas de figure, le déroulement du scrutin sous
l’aspect qui leur soit le plus favorable, en reprenant à leur compte
les arguments des partis démocratiques doutant ouvertement du taux
de participation de l’électorat.
Il va
de soi que plus les textes découlant de la charte mettront du temps
à voir le jour, plus la surenchère gagnera en puissance et passera
comme recours prioritaire dans la guerre de position qui s’annonce,
éloignant le champ politique d’une sérénité croissante comme promis.
Le fait est que l’ex-Fis fera tout pour atteindre par la voie
juridique ce qu’il a perdu par la voie référendaire. Il présente,
lui et ses alliés, ces fameux équilibres nationaux comme si
eux-mêmes ne faisaient pas partie de l’équation, alors qu’en réalité
ils conditionnent et subissent le rapport de force, dans lequel le
premier déterminant reste la volonté des Algériens. A cette étape de
l’évolution de la crise politique, la charte ne porte pas plus que
sur la formalisation des rapports de force ayant résulté de la
guerre contre le terrorisme, à la fois en tant que mal destructeur
et symptôme d’autres encore plus profond. Il en est pour qui elle
doit être instrumentalisée pour projeter ce rapport dans l’avenir
avec l’objectif de la transformer. Tel est l’enjeu d’un bras de fer
engagé et auquel il est urgent de couper court.
Nabil Benali
Réconciliateurs et éradicateurs
La
piqûre de rappel de Abdelhamid Mehri
L’ancien secrétaire général du FLN n’aura étonné personne par son
insatisfaction les jours suivant le référendum sur la charte sur la
paix et la réconciliation nationale. Il pense même qu’une telle
consultation était parfaitement inutile, mais ce n’est pas pour les
mêmes raisons que certains l’on dit ou peuvent le penser. A son
avis, ce n’est donc point pour leur rejet du terrorisme ni fait
qu’il tienne pour responsable le parti dissous que les Algériens
n’avaient nul besoin d’être consultés. Son analyse est autre. Il en
révèlera plus d’une facette dans sa récente interview à El Chourouk
El Youmi, opportunité qu’il saisira pour une tentative qui est loin
d’être involontaire de recadrer le débat de l’après-référendum
suivant des notions parfaitement dépassées par le cours des
événements. Pour M. Mehri, les Algériens n’avaient pas besoin d’être
consulté sur la réconciliation, car leur majorité est tout bonnement
dans le camp des réconciliateurs. Il en déduit que seul un pouvoir
éradicateur est en mesure de soumettre une pareille question au
peuple. Mehri ne manque pas de s’inscrire en porte-à-faux avec les
objectifs de la charte elle-même qui, selon son initiateur Abdelaziz
Bouteflika doit servir à dépasser les clivages idéologiques qui ont
nourri la crise politique. Le signataire du Contrat national de
1994, revendiquant le retour du FIS, aura tenté de réhabiliter des
mots qui ne sont pas sans effets : «éradicateur», «réconciliateur».
Effets désastreux tant ils prolongent les amalgames les plus
dangereux ! C’est ainsi qu’un chef du gouvernement qui a fait
campagne pour la politique de la main tendue se retrouve classé à la
case des éradicateurs, et qu’à partir de quoi l’on peut avoir du mal
à définir un GSPC pleinement occupé à éradiquer les Algérien qui lui
tombent sous la main.
N.
B.
Haut
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