Semaine du 9 au 15 Novembre 2005

 

La trame du mercredi

C'est la faute à Sarkozy

 

 
 
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La trame du mercredi

C'est la faute à Sarkozy

Cela fait quelque temps déjà que la campagne pour l'élection présidentielle de 2007 a commencé en France. D'ici à ce que cette élection se tienne vraiment, il ne manquera sûrement pas d'occasions à ses protagonistes de mesurer leurs chances respectives, de se susciter réciproquement des difficultés, chacun faisant tout ce qui est en son pouvoir pour prendre le dessus sur son principal adversaire avant que soit abordée la dernière ligne droite. Les événements internationaux eux-mêmes, en particulier s'ils se produisent dans des pays où l'influence française reste vivante, serviront à relancer la polémique  dans le cas où la scène intérieure se montre peu créative. Ils seront happés, placés sur orbite, greffés sur une réalité auxquels ils sont étrangers. Il semble bien que l'élection présidentielle à venir fasse date comme celle qui, dans toute l'histoire de la cinquième République, aura été la plus longue. Les incidents qui la jalonneront seront scandés de sondages qui diront qui d'entre les présidentiables aura su tirer son épingle du jeu et qui par contre se sera laissé distancer par ses adversaires. Ils laisseront entrevoir dans le même temps ce qu'il y a lieu de faire pour rattraper son retard.

Les émeutes qui se poursuivent depuis près de deux semaines dans les cités ghettos en région parisienne et en province ont d'abord paru se développer au détriment de la candidature du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, tenu pour coupable d'avoir prononcé le grand mot de racaille pour désigner des jeunes qui l'avaient mal accueilli à une visite qu'il effectuait dans un quartier réputé sensible. Les troubles n'avaient pas plus tôt  éclatées que des voix se sont élevées pour demander son départ du gouvernement. Il semblait avoir commis l'erreur de sa vie. Et puis, brusquement, le ton acerbe adopté pour le fustiger s'édulcore notablement, tend à se confondre avec celui dont on use habituellement pour critiquer un adversaire politique. La première idée qui vient à l'esprit au vu d'une modération aussi soudaine, c'est que les émeutes qui n'en finissaient pas, qui au contraire avaient tendance à se généraliser, ont cessé d'être perçues comme un coup de sang passager, qu'on était d'autant plus disposé à comprendre et à excuser qu'ils sont consécutifs à la mort de deux adolescents électrocutés dans un transformateur EDF où ils étaient allés se réfugier pour échapper à la police qui les poursuivaient. Le rétablissement de l'ordre et de la sécurité publics devenait, croyait-on, une priorité pour tout le monde. Les gens les plus convaincus que  c'était la "provocation" de Sarkozy qui avait attisé le feu, qui s'étaient hâtés de demander sa tête, qui soutenaient avec virulence que sans les mots insultants qu'il avait employés, la colère des jeunes seraient vite retombée, qu'on n'en serait pas là aujourd'hui, ont cessé non seulement de le mettre en cause, mais de prononcer jusqu'à son nom. Chez eux plus que chez les amis de Sarkozy, il n'est plus question que de la meilleure politique à mettre en œuvre sans plus attendre pour empêcher que la crise ne se reproduise. Soudain, chez eux également, ce n'est plus la faute à Sarko.

Sans doute la classe politique française est assez mature pour savoir mettre fin à une querelle quand le désordre menace de s'étendre et qu'un rien est susceptible de le faire déborder. Mais la France se trouve-t-elle vraiment dans une situation si dangereuse ou à ce point exceptionnelle qu'il faille forcer sa nature et passer un pacte de non agression mutuelle en attendant que les choses reviennent à la normale? Même en supposant que la classe politique traditionnelle ait jugé la situation assez sérieuse pour s'accorder sur une trêve, il reste incompréhensible que Le FN fasse preuve lui aussi de la même disposition, lui qui ne prospère que sur les peurs, lui dont c'est l'intérêt de souffler sur la braise. Non, s'il fait sienne l'attitude générale, c'est sûrement qu'il s'est rendu compte que les émeutiers ne travaillent pas pour lui…mais pour Sarkozy. C'est qu'il dispose des mêmes informations que tout le monde, c'est-à-dire des mêmes sondages, qui sont loin de relever un recul de la cote de popularité du ministre de l'Intérieur. Tout au contraire, du moins à en juger par le changement de ton survenu chez tout le monde comme à un signal convenu entre tous, car on se garde bien aussi de crier par-dessus les toits qu'à sa grande déception les sondages sont plus que favorables à celui qu'on a commencé par juger éliminé de la course.

M. Habili

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