|
Accueil
La trame du mercredi
C'est la faute à Sarkozy
Cela
fait quelque temps déjà que la campagne pour l'élection
présidentielle de 2007 a commencé en France. D'ici à ce que cette
élection se tienne vraiment, il ne manquera sûrement pas d'occasions
à ses protagonistes de mesurer leurs chances respectives, de se
susciter réciproquement des difficultés, chacun faisant tout ce qui
est en son pouvoir pour prendre le dessus sur son principal
adversaire avant que soit abordée la dernière ligne droite. Les
événements internationaux eux-mêmes, en particulier s'ils se
produisent dans des pays où l'influence française reste vivante,
serviront à relancer la polémique dans le cas où la scène
intérieure se montre peu créative. Ils seront happés, placés sur
orbite, greffés sur une réalité auxquels ils sont étrangers. Il
semble bien que l'élection présidentielle à venir fasse date comme
celle qui, dans toute l'histoire de la cinquième République, aura
été la plus longue. Les incidents qui la jalonneront seront scandés
de sondages qui diront qui d'entre les présidentiables aura su tirer
son épingle du jeu et qui par contre se sera laissé distancer par
ses adversaires. Ils laisseront entrevoir dans le même temps ce
qu'il y a lieu de faire pour rattraper son retard.
Les
émeutes qui se poursuivent depuis près de deux semaines dans les
cités ghettos en région parisienne et en province ont d'abord paru
se développer au détriment de la candidature du ministre de
l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, tenu pour coupable d'avoir prononcé le
grand mot de racaille pour désigner des jeunes qui l'avaient mal
accueilli à une visite qu'il effectuait dans un quartier réputé
sensible. Les troubles n'avaient pas plus tôt éclatées que des voix
se sont élevées pour demander son départ du gouvernement. Il
semblait avoir commis l'erreur de sa vie. Et puis, brusquement, le
ton acerbe adopté pour le fustiger s'édulcore notablement, tend à se
confondre avec celui dont on use habituellement pour critiquer un
adversaire politique. La première idée qui vient à l'esprit au vu
d'une modération aussi soudaine, c'est que les émeutes qui n'en
finissaient pas, qui au contraire avaient tendance à se généraliser,
ont cessé d'être perçues comme un coup de sang passager, qu'on était
d'autant plus disposé à comprendre et à excuser qu'ils sont
consécutifs à la mort de deux adolescents électrocutés dans un
transformateur EDF où ils étaient allés se réfugier pour échapper à
la police qui les poursuivaient. Le rétablissement de l'ordre et de
la sécurité publics devenait, croyait-on, une priorité pour tout le
monde. Les gens les plus convaincus que c'était la "provocation" de
Sarkozy qui avait attisé le feu, qui s'étaient hâtés de demander sa
tête, qui soutenaient avec virulence que sans les mots insultants
qu'il avait employés, la colère des jeunes seraient vite retombée,
qu'on n'en serait pas là aujourd'hui, ont cessé non seulement de le
mettre en cause, mais de prononcer jusqu'à son nom. Chez eux plus
que chez les amis de Sarkozy, il n'est plus question que de la
meilleure politique à mettre en œuvre sans plus attendre pour
empêcher que la crise ne se reproduise. Soudain, chez eux également,
ce n'est plus la faute à Sarko.
Sans
doute la classe politique française est assez mature pour savoir
mettre fin à une querelle quand le désordre menace de s'étendre et
qu'un rien est susceptible de le faire déborder. Mais la France se
trouve-t-elle vraiment dans une situation si dangereuse ou à ce
point exceptionnelle qu'il faille forcer sa nature et passer un
pacte de non agression mutuelle en attendant que les choses
reviennent à la normale? Même en supposant que la classe politique
traditionnelle ait jugé la situation assez sérieuse pour s'accorder
sur une trêve, il reste incompréhensible que Le FN fasse preuve lui
aussi de la même disposition, lui qui ne prospère que sur les peurs,
lui dont c'est l'intérêt de souffler sur la braise. Non, s'il fait
sienne l'attitude générale, c'est sûrement qu'il s'est rendu compte
que les émeutiers ne travaillent pas pour lui…mais pour Sarkozy.
C'est qu'il dispose des mêmes informations que tout le monde,
c'est-à-dire des mêmes sondages, qui sont loin de relever un recul
de la cote de popularité du ministre de l'Intérieur. Tout au
contraire, du moins à en juger par le changement de ton survenu chez
tout le monde comme à un signal convenu entre tous, car on se garde
bien aussi de crier par-dessus les toits qu'à sa grande déception
les sondages sont plus que favorables à celui qu'on a commencé par
juger éliminé de la course.
M.
Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |