Semaine du 9 au 15 Novembre 2005

 

Scandale de la BNA

La réforme en prend un coup

Événement

La diplomatie algérienne en panne ?

Front social

L'année des émeutes

1er Novembre 1954-2005

Les réalités de l'ère coloniale

 

 
 
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Scandale de la BNA

La réforme en prend un coup

Ceux qui croyaient qu’après le scandale des scandales, en l’occurrence l’affaire Khalifa, l’Algérie n’allait plus jamais connaître d’autre affaire financière aussi scabreuse, en ont eu pour leur croyance. L’affaire de la BNA, après celles de la BDL, montre bien qu’au-delà des discours, le secteur bancaire public reste très fragile, et que sa réforme n’a pas atteint une certaine maturité au point de lui éviter des fuites de capitaux vers l’étranger. Cette affaire montre, en tout cas, que l’ex-ministre des Finances, M. Abdelatif Benachenhou, n’avait pas tord d’affirmer que les banques constituaient un « danger pour la sécurité nationale » vu les engagements internationaux de l’Algérie en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

Entre 15 et 20 milliards de dinars ont été subtilisés dans trois agences seulement (Bouzaréah, Koléa et Cherchell) de la Banque Nationale d’Algérie (BNA) en l’espace de trois ans (2002 – 2005). Cela représente quelques centaines d’opérations de mouvements de fonds menées par des « mains expertes » qui n’auraient quand même pas pu conduire une telle opération sans la complicité d’agents et cadres de la BNA à différents niveaux de la responsabilité. Les premiers éléments de l’enquête révèlent qu’une grande partie de cet argent a été viré vers des comptes à l’étranger. Plusieurs responsables et hauts cadres de la BNA sont inculpés dans cette affaire et mis sous contrôle judiciaire, dont l’ancien PDG de la banque, le directeur régional de la BNA et les directeurs des agences concernées par cette fuite de capitaux. Six personnes sont sous mandat de dépôt, et une vingtaine de personnes ont été auditionnés par le magistrat instructeur près le tribunal de Sidi M’hamed.

Le plus grave dans cette affaire, c’est que la découverte du pot aux roses n’a été possible que grâce à une lettre anonyme adressée, probablement par un fonctionnaire de la BNA l’information s’avérait être précise, aux plus hautes autorités. En d’autres termes, ce n’est pas le contrôle interne qui a mis en évidence ce scandale mais une source qui a sans doute considéré que l’affaire ne pourrait être prise en charge que si les pouvoirs publics étaient au informés.

Pour l’actuel ministre des Finances, M. Mourad Medelci, l’explication est technique. Selon lui, cette « regrettable affaire » n’aurait pas pu avoir lieu si le système électronique des paiements de masse avait été introduit, a-t-il déclaré lors de son passage à l’émission « El Mountada » de la Chaîne I, faisant état aussi d’« une série de mesures » qui ont été prises au niveau de la banque et du ministère des Finances « pour comprendre ce qui s’est réellement passé ». Et comme pour rassurer que les choses sont bien maîtrisées, Medelci annonce qu’une « commission d’enquête, composée d’Algériens et d’étrangers, se penche » sur ce dossier.

Même si le ministre des Finances tente d’en minimiser la portée, cette affaire est très grave en particulier si l’on prend en compte les déclarations officielles de l’Algérie concernant l’état d’avancement de la réforme bancaire. Annoncée pour le début 2006, cette réforme qui a été entamée depuis près de cinq ans ne semble pas en mesure de prévenir des scandales de ce genre.

Rappelons qu’au tout début de cette réforme avait éclaté le fameux scandale des fausses domiciliations de la BDL, dont le préjudice a été estimé à 1200 milliards de centimes, puis celui des prêts non remboursés accordés par la BEA dont le montant est de 20 milliards de dinars. Dans le même genre, il y a aussi l’affaire Tonic Emballage une société privée qui a bénéficié, dès son démarrage, d’un très important prêt, de l’ordre de 11 milliards de dinars, de la part d’une seule banque publique, en l’occurrence la Banque algérienne de développement rural (BADR). Cette dernière n’a pas respecté la règle prudentielle imposée aux banques qui est de ne pas dépasser les 25% des fonds propres en accordant des prêts.

Certaines estimations évaluent à 2,2 milliards de dollars le montant des pertes causées dans les différents scandales banquiers qu’à connu l’Algérie.

Mais pour ce qui est des transferts de fonds, il y a lieu de s’interroger sur le rôle de la Banque d’Algérie dans le contrôle des virements à l’étranger dans les opérations d’importation, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’affaire de la BNA. L’argent transféré dans comptes bancaires à l’étranger l’a probablement été sous couvert d’opérations d’importation surfacturée ou fictives, opérées par des sociétés écrans qui disparaissent dès l’accomplissement du méfait. Une vieille technique (usage des prêtes noms et des sociétés écran) à laquelle ont également recours les exportateurs des métaux ferreux et non ferreux, dont le scandale n’a pas encore suscité un vif intérêt de la part des pouvoirs publics, pour ne pas rapatrier les capitaux issus des exportations effectuées. Et dans ce cas aussi, la Banque d’Algérie reste étrangement muette.

Le problème posé par l’affaire de la BNA n’est pas de nature à encourager les investisseurs étrangers car, bien au contraire, il ternit l’image de l’Algérie et du système bancaire algérien qui a déjà pris un sacré coup depuis l’affaire Khalifa (rappelons que dans cette affaire il s’agit aussi en grande partie de fonds publics déposés par des institutions publiques dans cette banque privée). Même si un rapport du FMI dont avait fait état le ministère délégué chargé de la réforme financière (MDRF) il y a plus d’un mois, qualifie de « bonne » la gestion du secteur bancaire, que la stratégie algérienne « marque une rupture à la fois dans la poursuite des réformes engagées ainsi que dans la méthodologie de travail » et qu’elle couvre « l’ensemble des domaines de la sphère financière » dont la « gouvernance des banques publiques » et « l’amélioration de leur gestion », « l’ouverture du capital de certaines banques publiques », « le renforcement du contrôle bancaire », ainsi que « l’amélioration du marché du crédit » et « la dynamisation du marché financier ».

On ne connaît pas les éléments qui ont été mis entre les mains des « experts du FMI » cités dans le communiqué du MDRF, mais il semble évident qu’il existe un grand décalage avec la réalité du secteur bancaire public algérien, tout au moins pour certaines de ces établissements.

Une chose est sûre, c’est que ces scandales à répétition plaident en faveur de la privatisation des banques publiques mais également d’une plus grande transparence dans la gestion des banques et de l’octroi des prêts. Le plus important reste à notre avis la question des transferts vers l’étranger à travers des opérations d’importations ou, à un degré moindre, d’exportations. Quant au connaît la difficulté avec laquelle des investisseurs nationaux peinent à dégager des prêts et la facilité déconcertante qui est accordée aux importateurs, on est en droit de s’interroger sur la politique des banques. D’ailleurs, entre un transfert de fonds à l’étranger par des importateurs véreux ou l’octroi d’un prêt très important à un opérateur national qui investi en Algérie, le choix est vite fait. Car si personne ne dit que l’activité bancaire doit être sans risque, il y a lieu de faire la part des choses la nature des risques. Faire la différence entre l’argent irrécupérable qui franchi les frontières et des biens investis sur le sol algériens qui peuvent à tout moment êtres saisis dans le cas où l’opérateur n’honore pas ses engagements.

En attendant une véritable réforme, le secteur bancaire algérien reste dans une situation fragile qui ne le merci d’autres scandales plus importants. Il appartient à ceux qui dirigent ce secteur d’apporter les réponses qu’il faut et de faire en sorte que ça ne se reproduise plus. Car, à l’aire des résolutions de l’ONU contre le blanchiment de l’argent, ce genre de failles est vraiment menaçant pour la sécurité nationale.

Abdelkader Djalil

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 Événement

La diplomatie algérienne en panne ?

Menée au pas de charge  par le président Bouteflika, la diplomatie algérienne avait connu un coup de fouet certain  avec un "président volant" présent dans tous les forums et toutes les rencontres internationales importante et même à celles où on ne l'attendait pas forcément. "Le congé" pris par le président sur la scène publique depuis un peu plus d'un mois laisse-t-il la diplomatie algérienne sans chef d'orchestre après l'avoir menée tambour battant depuis six ans ? Où bien est-ce que les réalités nouvelles sont peu propices aux retentissements

Mais est ce que la diplomatie algérienne a changé ou bien son retour tonitruant sur la scène internationale s'est heurté à des réalités nouvelles et des positions globalement admise par tous et qui n'autorisent plus des positions et des manoeuvres en dehors d'un "politiquement correct" attendu.    

C'est Ahmed Ouyahia, le chef du gouvernement qui a représenté le Président  Bouteflika, à la cinquième session extraordinaire de la Conférence de l'Union Africaine qui s'est tenu à Addis-Abeba le 30 octobre. Une réunion africaine aux implications certaines sur le plan international de laquelle le président Algérien est absent serait inimaginable pour un des initiateurs du Nepad.

Pourtant, cela n'a rien d'une première, Ouyahia a déjà pris part à la réunion du Comité des dix Chefs d'Etat et de gouvernement du 4 août dernier. Celle ci

devait promouvoir la position africaine commune sur la réforme des Nations unies. Suivi d'une situation ou poursuite d'une mission entamée de longue, on pourrait effectivement le supposer.

Le comité des dix chefs d'Etat et de gouvernement a également un aspect beaucoup plus technique que politique se penchant surtout sur la position africaine d'élargissement du Conseil de sécurité de l'ONU. Un élargissement du conseil de sécurité  l'ONU qui n'a pas abouti lors de l'Assemblée générale et reporté pour peu que les Etats qui sont convaincus de ces réformes tiennent mordicus à leur positions et qui ont surtout les moyens de les faire admettre.

A ce propos, l'Algérie seul membre arabe du conseil de sécurité s'est certes démené deux fois pour réduire des effets des résolutions de l'ONU concernant la Syrie et l'Iran tout en se ralliant finalement aux positions des quatorze autres membres.

L'Algérie dans le concert des nations

A propos de la Syrie, l'Algérie avec deux autres membres permanents de l'organe suprême des Nations unies, la Russie et la Chine ont exprimé des réserves sur les conclusions jugées hâtives du rapport de Detlev Mehlis mais se sont associés à la résolution emprunte de menace sur la Syrie.  

Sur l'Iran c'est l'ambassadeur d'Israël à l'ONU qui s'est félicité de la position algérienne. Dan Gillerman, s'est félicité de la condamnation, par le Conseil de sécurité, des "remarques scandaleuses du président iranien" tout en remarquant dans son discours que l'Algérie, qui a pesé lors des consultations pour atténuer les termes de la déclaration, avait finalement rejoint les 14 autres membres du Conseil. En fait Dan Gillerman a critiqué l'Algérie pour avoir été "le dernier obstacle" avant l'adoption du texte par le Conseil. Conseillant d'ailleurs "qu'au vu de la très forte condamnation internationale, qui est allée au-delà de la politique et au-delà des frontières, l'Algérie aurait dû se ranger dans le camp de la raison et de la communauté internationale, plutôt que de défendre l'Iran". "Mais je suis content qu'en fin de compte, même si c'est au prix d'un certain mot ou compromis, l'Algérie s'est jointe aux quatorze autres pays (membres du Conseil) pour approuver" le texte, a-t-il conclu.

La diplomatie algérienne serait elle plus en phase avec le réalisme qui semble prévaloir dans la communauté internationale que prompt à défendre les grands principes qui l'ont toujours guidé ?

L'Algérie dont l'action au plan internationale était totalement absente risquent de devenir sujet d'une résolution onusienne  durant la décennie noire était revenue un pays de premier plan par la seule action d'un président aguerri à la diplomatie mais peut être aussi homme d'un temps où non alignement et lutte des blocs étaient des référents essentiels sur lesquels l'Algérie a forgé ses relations internationale et les principes qui les guident. Même s'il ne fait aucun doute que le président Bouteflika a largement intégré les nouvelles données géopolitiques qui dictent la manière de mener ses rapport aux autres, il est aussi certain que la présence remarquée du président algérien dans tous els forums internationaux rappelait parfois avec nostalgie et parfois avec effroi un discours sur la scène diplomatique.

Pourtant, est-ce que le réalisme diplomatique auquel se soumet l'Algérie va-t-il remettre en questions ses principes fondateurs au nom également de ses intérêts bien compris ?  Un des principes constant de l'Algérie le droit des peuples à l'autodétermination et le soutien indéfectible à une solution juste passant par l'entremise des Nations Unies dans le reglement de la question du Sahara occidental. Que disent les analyses prospectives fondées notamment sur tout ce qui s'est passé en Afghanistan et en Irak ? Difficile en effet de voir les desseins américains hors du contexte de ses intérêts énergétiques qui dictent en définitive l'action US ?

Les intérêts américains au Maghreb

Pour Washington autant le Maghreb que le Golfe de Guinée ne sont finalement que deux réservoirs pétroliers importants, complémentaires de ceux du Moyen-Orient. Si dans les pays du golf et en Irak l'emprise américaine réelle et durable ne fait aucun doute en Afrique du nord les choses sont moins évidentes. Il reste que cette région présente l'avantage d'une "façade d'exportation atlantique" à l'abri  des conflits du Moyen-Orient et loin, bien loin de la menace asiatique.

Si on évoque de temps à autre le soutien américain au Maroc sur la question du Sahara occidental, pour beaucoup les Etats Unis ne seraient pas contre la naissance d'un petit Etat pétrolier indépendant en Afrique du nord plutôt que de  négocier pied à pied avec le Maroc la sortie du pétrole algérien par le port de la Gazelle (Maroc).

Le petit Etat au sud du Maroc permettrait de créer une plate forme d'exportation pour les gaz et pétrole algériens.

Dans un tel scénario ce sera surtout les relations algéro marocaine qui en pâtiraient lourdement alors que l'on imagine mal l'utilité des accords entre américains et marocains sur la zone de libre échange (celui-ci fait partie du projet américain dit Eizenstat dont l'ambition à moyen terme est de créer  une zone de libre-échange entre les trois principaux pays du Maghreb - Algérie, Maroc, Tunisie - et les Etats-Unis) et surtout le statut du Maroc d'allié majeur non Otan des américains.

Quant aux européens, France en tête ils seraient plutôt mal inspirés de laisser les américains laisser faire. Avec un volume d'échange de 5,3 milliards d'euros et 20 % de parts de marché 600 entreprises françaises, employant 70 000 personnes et 40 000 Français résidant la préservation des intérêts avec le Maroc est plus qu'une évidence.  

Pourtant, si la position américaine part la seule analyse des intérêts pétroliers celle ci semble aller dans le sens d'une autonomie voire de l'indépendance du Sahara Occidental. Va t on pour autant laisser faire le jeu des puissants contre la stabilité et la pérennité des relations apaisées dans la région ? N'est ce pas là aussi un déni grave des principes fondateurs de la diplomatie algérienne ne pas agir contre les intérêts des autres Etats pour en défendre d'autres ?* Mais là dedans est ce qu'on 'en a pas assez de s'étaler sur les principes dans la façon d'analyser la démarche algérienne lorsqu'on évoque notre diplomatie faute d'expliquer les enjeux qui déterminent les positions et les décisions.

Amine Esseghir

*Doit on par ailleurs expliquer l'empressement marocain à entériner avant terme la question de l'autonomie des territoires du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine de peur d'affronter une situation de fait imposée par le réalisme économique et les intérêts énergétiques bien compris. Le roi Mohammed VI a annoncé le 6 novembre sa décision de consulter les partis politiques marocains au sujet de l'autonomie que le Maroc propose pour résoudre le vieux conflit du Sahara. "Nous avons décidé de consulter les partis politiques, eu égard à leur rôle fondamental dans les grandes questions nationales, pour voir comment ils conçoivent concrètement l'exercice de l'autonomie dans le cadre de la souveraineté du Royaume", a dit le souverain lors d'un discours radio-télévisé à l'occasion du 30ème anniversaire de la "marche verte".

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 Front social

L'année des émeutes

L'année 2005 aura été une année marquée surtout par les grèves et les émeutes enregistrées un peu partout à travers le pays. En effet, au mois d'octobre seulement, des citoyens sont sortis dans la rue crier haut et fort leur mal vie à Sétif, Tipaza, Aïn Defla, Khemis Miliana, El-Attaf, Bordj Bou-Arréridj et tout récemment à Arzew, où deux jeunes ont trouvé la mort lors de la répression des émeutes par les forces de l'ordre.

La montée du front social est on ne peut plus inquiétante car elle est le signe que tout va très mal. Un pouvoir d'achat qui se dégrade comme peau de chagrin, une crise du logement de plus en plus aigue et qu'on ne réglera pas de sitôt avec tous les problèmes de foncier et les entreprises du bâtiment plus ou moins défaillantes. L'exemple le plus démonstratif est le projet de location-vente de l'AADL qui a fait rêver tous les Algériens et qui traîne toujours malgré la présence d’ouvriers chinois réputés pour leur sérieux dans le travail. A ce jour, nombreux sont ceux qui ont déposé leurs dossiers en 2001 et sont toujours en attente d'une réponse qui ne vient pas.

La situation sociale est aussi marquée par les augmentations des prix qui ne cessent de gagner du terrain, surtout celles enregistrées pour l'électricité et le gaz, et qui font que les gens se retrouvent à s’acquitter du double de ce qu'ils payaient il y a quelques mois. On parle aussi beaucoup de la montée du banditisme et l'insécurité dans les grandes agglomérations, du chômage difficile à résorber malgré les programmes élaborés pour la création de micro-entreprises, de l'avancée du béton qui dénature les paysages et nous prive de toute la verdure qui donnait sa beauté au paysage, des cités dortoirs qu'on a construit un peu partout et dans lesquelles on a casé des familles sans penser un moment qu'elles pourraient avoir envie de détente et de loisirs, de ces commerces informels qui poussent comme des champignons et prennent de l'ampleur comme par magie et sont à l'origine de fortunes colossales sans que quiconque lève le petit doigt, de la bureaucratie toujours aussi présente dans nos administrations, des passe-droits, de pots de vins… et tout ce qui fait que l'injustice sociale devient de plus en plus flagrante et aussi de plus en plus ressentie par la frange défavorisée qui, elle aussi, ne cesse de gagner du terrain, même si les officiels affirment qu'il n'y a pas, en Algérie, de gens qui meurent de faim. Il y a pourtant ceux qui n'arrivent pas à assurer la scolarité de leurs enfants, ceux qui n'arrivent pas à acheter des médicaments, ceux qui n'arrivent pas à payer leur loyer  ou autres charges… Tout ceci pousse les gens à crier leur ras-le-bol d'une vie sans perspectives. Alors que d'autres s'enrichissent à vue d'œil.

Le front social est aussi marqué par l'intense activité syndicale déployée ces derniers mois. En effet, le 26 octobre passé, plusieurs syndicats, à savoir ceux de la BDL, de la BEA, de l’Enelec, de la CNAN, des Douanes, de Nashco, de l’ENMTV et des ports, la fédération des finances, six autres organisations syndicales du secteur de l'éducation (l'une affiliée à l'UGTA et les autres autonomes), le CLA, le Satef, l’UNPEF, le SNTE et la CNAPEST, se sont rencontrés avec pour objectif de coordonner leurs actions à l'avenir. Les syndicats de l'éducation ont pour leur part convenu de s'organiser autour d'une plate-forme commune afin de mieux défendre les libertés et faire aboutir leurs revendications socioprofessionnelles qui sont en substance l'amélioration des conditions de travail qu'ils disent précaires. Mais il faut savoir que ce qu'ils revendiquent le plus, ce sont les libertés syndicales qui sont, d'après eux, souvent violées. Les syndicats autonomes de l'éducation ne cherchent pas, par cette action, la fusion en un seul syndicat. "Nous avons ressenti la nécessité d'aller vers une nouvelle culture syndicale en s'entendant sur nos divergences, tout en maintenant nos différences. Nous avons remarqué dans toutes les bases syndicales des travailleurs de l'éducation une aspiration à l'unité des rangs", dira Redouane Osmane du CLA.

Les aspirations sont donc les mêmes : défense du droit syndical, droit de grève et amélioration des conditions de travail. C’est une bonne chose que ces syndicats pensent à accorder leurs violons car ils ont sans doute enfin compris que malgré leur pluralisme, ils ne pèsent pas grand-chose dans le dialogue actuel avec le ministère de l'Education, d'où l'idée de joindre leurs forces pour que leurs revendications aient plus de poids.

La situation sociale marquée par les grèves et les émeutes connaîtra-t-elle une amélioration ? Rien n'indique que la situation s'améliorera de sitôt. Certains observateurs estiment qu'il est fort possible que la contestation sociale montera d'un cran face à toutes les injustices ; ces mêmes observateurs pensent que la contestation dans le monde du travail s'exprimera soit d'une façon organisée, c'est-à-dire à travers le mouvement syndical, ou bien de façon inorganisée, c'est-à-dire en rejoignant le mouvement émeutier.

Toutes ces contestations ont pour point de départ les conditions de vie déplorables et le pouvoir d'achat qui se dégrade de plus en plus. Les derniers chiffres fournis par l'Office national des statistiques (ONS), expliquent, on ne peut mieux, la difficulté qu'ont les Algériens à affronter le quotidien. En effet, les prix des fruits et légumes ont augmenté de 200 à 400% durant les deux dernières décennies, tandis que les produits de base ont augmenté de 50% ces deux dernières années. La moyenne des prix est élevée et ne permet pas à tout le monde de s'alimenter convenablement. Le prix de la pomme de terre, légume de prédilection de toutes les familles algériennes, oscille entre 20 et 25 DA, celui de la viande rouge varie entre 500 et 700 DA, tandis que celui du poulet oscille pour sa part entre 160 et 170 DA le kilo, le risque de la grippe aviaire n'ayant pas fait baisser les prix comme on aurait eu tendance à l’attendre. Les prix du poisson sont intouchables, à part la sardine qui coûte entre 70 et 75 DA le kilo. Pour mieux expliquer la dure réalité, les services de l'ONS ont évalué les charges alimentaires d'une famille composée de quatre personnes à 25 000 DA le mois. Ces dépenses sont détaillées comme suit : ces quatre personnes consomment deux litres d'huile, ce qui leur revient à 160 DA, deux kilos de sucre, c'est-à-dire entre 40 et 80 DA, ils mangent 15 à 20 kilos de pommes de terre et 12 à 12 fois des légumes par mois, ce qui est évalué entre 8 000 et 9 000 dinars. Les Algériens ne consomment pas beaucoup de viande, cette consommation, qui varie entre 5 à 10 fois par mois, est surtout celle de viande congelée.

Les chiffres fournis par l'ONS rejoignent ceux fournis par le programme des Nations unies pour le développement et qui affirment que 5,3 millions d'Algériens vivent pauvrement et que 6,3% de ceux qui habitent les zones urbaines sont sous-alimentés pour 8,7% de ceux qui se trouvent dans les zones rurales. L'écart entre la frange défavorisée et les riches ne cesse de se creuser ; il était, au début des années 1990, de 12 fois, il arrive à 32 fois. Et si aucune augmentation des salaires n'est prévue, il faut croire que ce sera l'impasse.

Khadidja Mohamed Bouziane

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 1er Novembre 1954-2005

Les réalités de l'ère coloniale

"C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la Vérité", disait Blaise Pascal.

"La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine, ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française;" Puis dans l'article 4 : "Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit." Loi 2005-386 voté en seconde lecture le 10 février 2005, promulguée le 23 février 2005.

Cette loi profondément scandaleuse fait l'apologie de la colonisation à l'aube du XXIe siècle. Peut-être faut-il rendre hommage à ces jeunes français morts dans ces guerres coloniales, mais est-ce une raison pour oublier, voire bannir de la mémoire collective ces milliers de personnes, considérées comme des sous-citoyens à civiliser et que l'on nommaient "indigènes", qui avaient subi et ont souffert de crimes contre l'humanité, commis au nom de la France, en pleine connaissances des pouvoirs politiques de l'époque, et qui n'ont jamais été condamnés, que ce soit pour la pratique institutionnalisée de la torture, les exécutions sommaires, les viols, les disparitions, les villages rasés au napalm…, la liste est longue.

La France et la Déclaration universelle des droits de l'Homme, la France et la "Liberté, égalité, fraternité", a laissé des traces indélébiles dans la mémoire de notre peuple.

Cette loi fait l'apologie de la colonisation, alors que le Droit international considère l'acte colonial comme étant contraire aux valeurs humaines. Au plan de la forme, il y a matière à interrogations. Les mêmes autorités qui ont élaboré et fait approuver cette loi nous invitent, après coup, à réunir "une commission mixte composée d'historiens des deux rives de la Méditerranée pour faire toute la lumière sur la période coloniale". L'on est donc tenté de dire que le Parlement français a statué sans pour autant se soucier de la réalité des faits historiques, ni même du travail de ces hommes et de ces femmes qui, en Algérie et en France, apportent chaque jour des éléments nouveaux sur les atrocités commises, en terre algérienne, à l'encontre de tout un peuple réduit, par le fait colonial, au statut de sous-hommes. Pour mieux comprendre tous les "bienfaits de cette œuvre civilisationnelle", il n'y a pas meilleur témoignage que celui de ceux qui, pendant 132 ans, ont été les artisans du système colonial en Algérie.

Comment nier les violences faites aux Algériens quand celles-ci sont reconnues par ceux qui les commanditaient ! Le capitaine de Montagnac écrivait déjà en 1832 : "Dans toutes les opérations de guerre que nous faisons depuis quatre mois, il y a des scènes à attendrir un rocher, si l'on avait le temps de s'attendrir un peu. Eh bien on arrive à regarder tout cela avec une sèche indifférence qui fait frémir."

Saint Arnaud, maréchal de France, racontant dans une lettre datant du 7 avril 1842 : "Nous avons tout brûlé, tout détruit. Oh la guerre ! que de femmes et d'enfants réfugiés dans les neiges de l'Atlas, y sont mort de froid et de misère."

Le comble de l'horreur fut atteint, peut-être par les enfumades, spécialité d'un autre maréchal de France, Pélissier. Quand les Algériens fuyaient dans les grottes des montagnes, les soldats français bouchaient les issues, murées de fascines que l'on brûlait, et il chargeait un soldat d'entretenir le feu jusqu'à ce que mort s'en suive.

Pas question de faire des prisonniers. Le capitaine de Montagnac disait : "Tous les bons soldats que l'ai l'honneur de commander, sont prévenus par moi-même que s'il leur arrive de m'amener un Arabe vivant, ils reçoivent une volée de coups de sabre." Il ajoute : "Pour chasser les idées noires qui m'assiègent quelques fois, je fais couper, pas des têtes d'artichauts, mais des têtes d'hommes !". ce même officier accordait une prime de 10 francs par paire d'oreilles d'arabe que ramenaient ses soldats !

Dès la conquête, un très mauvais pli a été pris, il ira en s'amplifiant et il y restera jusqu'à la fin de la colonisation en Algérie.

Crimes de guerre et crimes contre l'humanité

Dans une Algérie conquise, mais jamais soumise, le refus incessant de reconnaître l'ordre colonial a été à l'origine du déchaînement cyclique d'une violence d'une rare férocité et sauvagerie. Le système établi par le colonisateur est parvenu jusqu'à élever un rang de haut fait d'armes les exactions perpétrées par ses soldats à l'encontre de populations innocentes. Ces méthodes inhumaines se perpétuèrent et se répétèrent pendant 132 ans, favorisés en cela par l'existence d'un cadre juridique discriminatoire basé sur la domination politique et économique d'une minorité d'origine étrangère.

Les atrocité et autres atteintes aux droits élémentaires de la personne humaine ont été donc une constante dans l'histoire de l'Algérie coloniale depuis le 5 juillet 1830 jusqu'aux crimes commis au lendemain de l'indépendance par les partisans de l'Algérie française, soutenus par l'OAS.

La torture

La torture sera érigée en système dès le déclenchement de la lutte de libération nationale et sera un instrument fondamental du maintien de la présence française en Algérie. La torture sera généralisée, touchera tous les niveaux de commandement et corps d'armée et sera institutionnalisée par la création d'organes officiels ou semi clandestins, tels le Centre de coordination interarmées (CCI), les Dispositifs opérationnels de protections, les fameux DOP, les Dispositifs de protection urbaines (DPU), les Centres de renseignement et d'action (CRA) et autres services "d'action psychologique" opérant en milieu urbain et rural.

"Tuer un Algérien parce que suspect n'est pas un crime, mais un devoir pour les soldats". Ce témoignage d'un soldat français révèle le contenu raciste et génocidaire de cette guerre menée contre le peuple algérien. Sinon comment expliquer l'instrumentalisation de la justice et du corps médical par les tortionnaires eux-mêmes ?

Il faut savoir que ce n'est qu'en 1872 que la France a définitivement colonisé l'Algérie. Quarante deux ans après le débarquement ! Ce peuple qui allait d'émeutes en révoltes n'a jamais accepté de renoncer à sa liberté ! C'est pour cela que la guerre menée par la France était une guerre totale qui visait l'extermination radicale de tout germe de contestation. Cette "sale guerre" était celle d'un colonialisme fondé sur une politique des plus contradictoires et des plus hypocrites, parce que reposant arbitrairement sur la haine profonde du colonisé et sa négation en tant qu'être à part entière.

La torture n'était pas seulement un moyen lâche et abject de soutirer des renseignements, mais une politique qui avait pour objectif l'éradication de la révolution et de créer un climat de peur et de terreur rappelant étrangement les méthodes nazies tant décriées. Des méthodes inhumaines que leurs propres exécuteurs ont avoué avoir pratiquées. Les généraux Massu, Bigeard, Aussaresse ou Schmitt ont avoué avoir ordonné et pratiqué la torture. Le général Paul Aussaresse, décoré de la légion d'honneur, dans une autobiographie paru en 2000, confirme et relate la pratique de la torture en Algérie.

Il déclarera au journal Le Monde en 2000 : "Je ne regrette rien. J'ai pour moi le droit et j'ai les ordres que j'ai reçus". Il ajoutera comme un sentence : "Je n'ai fait qu'obéir aux ordres de la République." A la tête d'un escadron de la mort, alors commandant O, il tortura et exécuta Me Ali Boumendjel et Larbi Ben M'hidi, mais également des centaines d'Algériens.

Ces tortionnaires sont protégés par le décret de 1968 qui les préserve de toute justification et de toutes poursuites judiciaires pour crimes contre l'humanité.

Les peines capitales

Si le 9 octobre 1981 François Mitterrand obtenait l'abolition de la peine capitale, vingt cinq ans plus tôt, ministre de la Justice du gouvernement de Guy Mollet, il approuvait les premières condamnations à mort des militants FLN. Une enquête du journal Le Point a démontré la large proportion de condamnations à mort pour les Algériens et presque pas d'Européens. Sur 45 dossiers de condamnés à mort, sept seulement auront un avis favorable de grâce, six d'entre eux ne seront pas suivis d'exécution.

Le 17 mars 1956 seront publiées les lois 56-268 et 56-269 qui permettent de condamner à mort les membres du FLN pris les armes à la main sans instruction préalables. Du coup le nombre des condamnations va s'envoler : il y en aura plus de 1.500 durant la guerre. Le 19 juin 1956, les deux premiers condamnés seront conduits à l'échafaud : Abdelkader Ferradj, 35 ans, capturé le 25 février 1956, et Ahmed Zabana, 30 ans, capturé le 8 novembre 1954. Avec les pouvoirs spéciaux donnés au général Massu en 1957, la guillotine va s'affoler : 16 exécutions capitales auront lieu du 3 au 12 février 1957. Les exécutions vont continuer jusqu'à la fin de la guerre : 29 en trois mois durant le gouvernement Maurice Bourgès-Maunoury, 49 pendant les six mois de Félix Gaillard et 80 sous Michel Debré.

Les camps d'internement

Usant de tous les moyens de violence et de terreur pour assurer la pérennité du système colonial, la France coloniale optera, à partir de décembre 1956, pour un système de répression massive qui fait du conflit "une guerre totale sans distinction entre civils et militaire". De nouveaux mécanismes de répression et de contrôle sont mis en place, pour parer au nombre de plus en plus croissant de "suspects" et d'arrestations.

Des camps de regroupement et autres centres de détentions sont ainsi érigés sur l'ensemble du territoire. Citons les lieux de détentions et de tortures les plus connus : dans le seul algérois, la Villa Susini, la Caserne du 19e génie de Hussein-Dey; l'immeuble Rex, à El-Biar, l'Amirauté, la Ferme Perrin à Birkhadem, la villa des Roses à El-Harrach, le centre de tri de Ben-Aknoun, la caserne Chanzy, les abris du Ravin de la Femme sauvage, le parc d'Hydra, la Grande terrasse des Deux-Moulins, les centres de Zéralda, Maison-Blanche et Draria.

Quand les suppliciés ont la chance de sortir vivants des "laboratoires", ils sont dirigés vers des camps de concentration appelés Centre de tri et de transit (CTT) ou Centre d'hébergement (CH).

Ces centres, en réalité, ont été créés dans le but bien précis de couper l'ALN de ses bases à l'intérieur du pays par un déplacement des populations. Des villages entiers sont déplacés et regroupés dans des camps, leur territoire devenant un terrain de chasse pour les troupes françaises, sortes de vastes zones interdites où tout individu présent est nécessairement un "rebelle". Le but de l'opération est de regrouper, de gré ou de force, les populations des camps dans l'optique bien évidente de mieux les contrôler et surtout de les humilier. Ces centres de tri et de transit, ainsi que ceux d'hébergement, étaient aussi des lieux de torture où étaient rattachés à un centre d'interrogatoire.

Les Algériens détenus sur place étaient interrogés au niveau du centre de transit ou d'hébergement ou alors ils arrivaient d'un centre d'interrogatoire officiel ou clandestin. Aucun d'eux ne passera jamais par un  tribunal et beaucoup mourront dans des conditions plus qu'inhumaines, qui sous la torture, qui de maladie et d'humiliation.

Ces centres (CTT) étaient géographiquement répartis comme suit : Oranie : 34, Algérois : 63, Constantinois : 41 et territoires du Sud : 9. Quant aux Centres d'hébergement : Oranie : 4, Algérois : 5, Constantinois : 1.

Sur cette présence coloniale, il faut ajouter que l'analphabétisme a atteint plus de 80 % en 1956, alors que des historiens rapportent que le taux de lettrés algériens était plus important que celui des Français en 1830. En résumé, on voulait la terre sans les Algériens et pour cela il fallait les exterminer.

S. Goubi

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