Semaine du 9 au 15 Novembre 2005

 

Frank Ruddy (*) devant la 4e Commission de l’ONU

La chose parle d'Elle-même

 

 
 
 Sahara occidental

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Frank Ruddy (*) devant la 4e Commission de l’ONU
La chose parle d'Elle-même

Au cours des trente dernières années, des juristes de Philadelphie nous ont servi des arguments ingénieux pour rendre acceptable aux yeux de la communauté internationale l'extension de son territoire par le Maroc. L'invasion du Sahara Occidental a été appelée "Marche verte", comme si nommer une invasion selon une couleur respectée par l'islam pouvait la justifier. Le Maroc, qui avait protesté contre la colonisation du Sahara Occidental par l'Espagne, remplace maintenant celle-ci en tant que nouveau colonisateur.
Le journal britannique The Economist avait raison lorsqu'il qualifiait d'Anschluss moderne l'annexion du Sahara Occidental par le Maroc.
Le Maroc n'a cependant trompé personne. Il a demandé l'avis de la Cour internationale de justice pour justifier ses droits sur le Sahara Occidental. La Cour a nié ses droits de souveraineté sur le territoire. Alors, le Maroc l'a envahi. A entendre la version du Maroc, on pourrait croire que la Cour internationale a soutenu sa position et justifié l'invasion. Je demande à ceux parmi vous qui sont intéressés par la question : lisez le jugement de la Cour internationale ; il nie sans équivoque les droits du Maroc sur le Sahara Occidental.
Et comme si cela ne suffisait pas, le Conseil de sécurité a condamné à deux reprises l'invasion marocaine, mais ne croyez pas qu'une condamnation du Conseil de Sécurité puisse dissuader le Maroc. Le Maroc continue d'occuper, coloniser et terroriser le peuple du Sahara Occidental sans craindre de sanctions internationales parce que, franchement, pour le comportement illégal du Maroc, il n'y a pas de sanction internationale. En cas de violations du droit international, certains pays, comme l'Irak, envahissent et payent le prix. D'autres, comme le Maroc, envahissent et s'en tirent bien.
Un référendum était prévu en 1991 pour permettre à la population du Sahara Occidental de décider d'être libre ou de faire partie du Maroc. Cela se passait sous les auspices de l'ONU, qui avait créé une mission de maintien de la paix appelée Minurso afin de superviser le référendum. En 1994, le référendum commençait de devenir sérieux. Je le sais car j'y étais. Le problème, c'est que le Maroc a saboté le référendum avec l'aide d'un secrétaire général de l'ONU faible et incapable.
Les Marocains ont pris le contrôle effectif de la Minurso, choisissant (et éliminant) des électeurs, terrorisant la population locale. Quand ils ont ouvert les yeux, c'est-à-dire quand ils ont vu que le choix des Sahraouis, population autochtone du Sahara Occidental, était le rejet d'un rattachement au Maroc, les Marocains ont décidé qu'il n'y aurait jamais de référendum.
Ceci n'est pas seulement mon opinion mais aussi celle de Human Rights Watch, de Amnesty international et de tout observateur indépendant et journaliste ayant commenté cette situation.
En ce moment, on discute un plan selon lequel le Maroc règnerait sur le Sahara Occidental pendant une période, avec un référendum par la suite. Mais même cela n'est pas assez bon pour le Maroc.
Nous pouvons poursuivre avec nos subtilités juridiques, du genre "est-ce que les membres de telle ou telle tribu ont le droit de voter ?", pendant que le Maroc envoie des milliers de citoyens marocains au Sahara Occidental pour renforcer sa mainmise sur le territoire.
Il existe une doctrine en droit commun appelée res ipsa loquitur en latin (la chose parle d'elle-même). Cela signifie que quand la faute de l'accusé est déjà manifeste par l'énumération des faits, il ne faut plus de preuve.
L'énumération des crimes du Maroc, son invasion du Sahara Occidental, son occupation et sa colonisation durant 30 ans, son élimination cynique du référendum mis en place par l'ONU pour résoudre le problème parlent d'eux-mêmes et condamnent le Maroc. Le Maroc a agi au mépris du droit et tout le monde le sait. La question est de savoir si l'ONU veut ou peut limiter l'illégalité du Maroc. La réponse, jusqu'à présent, a été clairement non, c'est honteux.
 
Frank Ruddy, juriste, est ancien ambassadeur des Etats-Unis. En 1994, il a été vice-président de la Commission d'identification de la Minurso. L’année suivante, il a dénoncé, lors de son témoignage devant le Congrès américain, le système mafieux du makhzen.
 
http://www.arso.org/petRuddy.htm#trad

 

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