Semaine du  10 au 16 Août  2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Un sabordage suffit !

 

 
 
 Editorial

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Un sabordage suffit !

Des crédits sont des crédits et leur remboursement doit se faire de façon à ne pas porter tort à l’intérêt général, mais l’Algérie étant ce qu’elle est, peu d’observateurs sérieux pourront considérer que mettre le couteau sous la gorge d’un investisseur en pleine phase de développement est un acte qui ne s’inscrit que dans le seul cadre de la bonne gouvernance. D’autant que les ennuis actuels de Tonic sont étrangement consécutifs à un changement de directeur général au niveau de la BADR et que le nouveau P-DG tient pour nulles les orientations imprimées par son prédécesseur en matière de crédit.

Les nouvelles dispositions d’esprit affichées par quelques grandes banques algériennes à l’égard de quelques grands groupes économiques privés interpellent aujourd’hui les consciences et nous obligent à des rappels instructifs. Sachant qu’il est toujours malsain pour un pays de placer ses entreprises importantes au cœur d’enjeux de pouvoir ou d’en faire les exutoires privilégiés de règlements de comptes politiques. Même si le marxisme a largement contribué à populariser le concept d’économie politique, qui recouvre une réalité bien concrète par ailleurs, cette école de pensée n’a jamais indiqué que le politique devait manipuler l’économique, bien au contraire. Surtout lorsque ces manipulations se soldent par la perte de milliers d’emplois et le non-recouvrement de sommes souvent faramineuses. La pénible affaire Khalifa reste à ce jour une plaie ouverte qui doit nous indiquer que le traitement appliqué à un grand groupe économique qui emploie plus d’un millier de travailleurs ne peut malheureusement pas être le même que celui qui peut l’être à l’épicerie du coin. Encore que si cette épicerie est la seule dans un rayon de plusieurs kilomètres, le juge le plus tatillon réfléchira à deux fois avant d’ordonner sa mise en liquidation.

Aussi est-il très inquiétant d’entendre ces jours derniers des bruits, confirmés par des informations rendues publiques, qu’un groupe économique aussi stratégique que Tonic risque de mettre la clé sous le paillasson pour cause de créances impayées. Le malaise est encore plus grand lorsque nous savons qui est derrière l’expansion foudroyante du groupe et les différends que peut avoir ce puissant personnage avec le nouveau pouvoir. Cela nous replonge immédiatement dans des souvenirs douloureux où nous avons tous assistés, impuissants, au naufrage de quatre magnifiques entreprises qui employaient plus de 10 000 travailleurs et qui auguraient de jours meilleurs pour l’initiative privée dans notre pays. L’importance de nos réserves de change, depuis cinq ou six ans, a certainement fait croire à quelques uns de nos décideurs que trente ou cinquante milliards de dollars méticuleusement alignés dans les coffres d’une banque étaient à même d’absorber le choc né de l’effondrement d’une importante compagnie aérienne, d’une puissante banque d’affaires et de dépôts et, maintenant, du plus important complexe papetier d’Afrique. Réflexe de rentiers sans doute, qui ignorent tout le travail qui doit être fait pour monter de tels géants économiques et pour offrir du travail à des milliers d’Algériens sans perspective.

Cela dit, il est aussi vrai que les lois de la République doivent être appliquées et que nul n’est au dessus de la loi. Des crédits sont des crédits et leur remboursement doit se faire de façon à ne pas porter tort à l’intérêt général, mais l’Algérie étant ce qu’elle est, peu d’observateurs sérieux pourront considérer que mettre le couteau sous la gorge d’un investisseur en pleine phase de développement est un acte qui ne s’inscrit que dans le seul cadre de la bonne gouvernance. D’autant que les ennuis actuels de Tonic sont étrangement consécutifs à un changement de directeur général au niveau de la BADR et que le nouveau P-DG tient pour nulles les orientations imprimées par son prédécesseur en matière de crédit. Les lois de la République, elles, n’ayant guère changé entretemps, il faut se demander si le pouvoir d’interprétation des textes est à ce point extensible qu’il peut faire apparaître une créance comme parfaitement saine aux yeux d’un banquier et comme désastreuse aux yeux d’un autre. Si c’est le cas, la porte de l’arbitraire reste alors dangereusement ouverte pour toute opération bancaire qui pourrait ne pas plaire aux responsables du moment, mettant ainsi en péril le principe sacré de la continuité de l’Etat.

Reste maintenant la question, épineuse entre toutes, de la facilité avec laquelle les crédits ont pu être obtenus aussi bien par Khalifa d’ailleurs que par tous les autres grands groupes économiques, Tonic compris. Mais là, il faut chercher du côté des ententes secrètes scellées au niveau de certains niveaux du pouvoir et qui ont consisté en des ventes concomitantes mûrement réfléchies, permettant à de hauts et puissants personnages de bénéficier de rentes indirectes en échange de coups de pouce en faveur d’investisseurs sûrs, le tout sur fond de choix économiques stratégiques. S’il est vrai que la question des rentes indirectes pose un problème d’ordre moral et éventuellement même pénal, il est aussi vrai qu’il est difficile d’imaginer une sortie du système bureaucratique et rentier sans passer par un certain nombre d’entorses à la loi. Le problème étant alors de choisir entre deux maux lequel est le moindre.

A. M.

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