|
Accueil
Un sabordage
suffit !
Des crédits sont
des crédits et leur remboursement doit se faire de façon à ne pas
porter tort à l’intérêt général, mais l’Algérie étant ce qu’elle
est, peu d’observateurs sérieux pourront considérer que mettre le
couteau sous la gorge d’un investisseur en pleine phase de
développement est un acte qui ne s’inscrit que dans le seul cadre de
la bonne gouvernance. D’autant que les ennuis actuels de Tonic sont
étrangement consécutifs à un changement de directeur général au
niveau de la BADR et que le nouveau P-DG tient pour nulles les
orientations imprimées par son prédécesseur en matière de crédit.
Les nouvelles
dispositions d’esprit affichées par quelques grandes banques
algériennes à l’égard de quelques grands groupes économiques privés
interpellent aujourd’hui les consciences et nous obligent à des
rappels instructifs. Sachant qu’il est toujours malsain pour un pays
de placer ses entreprises importantes au cœur d’enjeux de pouvoir ou
d’en faire les exutoires privilégiés de règlements de comptes
politiques. Même si le marxisme a largement contribué à populariser
le concept d’économie politique, qui recouvre une réalité bien
concrète par ailleurs, cette école de pensée n’a jamais indiqué que
le politique devait manipuler l’économique, bien au contraire.
Surtout lorsque ces manipulations se soldent par la perte de
milliers d’emplois et le non-recouvrement de sommes souvent
faramineuses. La pénible affaire Khalifa reste à ce jour une plaie
ouverte qui doit nous indiquer que le traitement appliqué à un grand
groupe économique qui emploie plus d’un millier de travailleurs ne
peut malheureusement pas être le même que celui qui peut l’être à
l’épicerie du coin. Encore que si cette épicerie est la seule dans
un rayon de plusieurs kilomètres, le juge le plus tatillon
réfléchira à deux fois avant d’ordonner sa mise en liquidation.
Aussi est-il très
inquiétant d’entendre ces jours derniers des bruits, confirmés par
des informations rendues publiques, qu’un groupe économique aussi
stratégique que Tonic risque de mettre la clé sous le paillasson
pour cause de créances impayées. Le malaise est encore plus grand
lorsque nous savons qui est derrière l’expansion foudroyante du
groupe et les différends que peut avoir ce puissant personnage avec
le nouveau pouvoir. Cela nous replonge immédiatement dans des
souvenirs douloureux où nous avons tous assistés, impuissants, au
naufrage de quatre magnifiques entreprises qui employaient plus de
10 000 travailleurs et qui auguraient de jours meilleurs pour
l’initiative privée dans notre pays. L’importance de nos réserves de
change, depuis cinq ou six ans, a certainement fait croire à
quelques uns de nos décideurs que trente ou cinquante milliards de
dollars méticuleusement alignés dans les coffres d’une banque
étaient à même d’absorber le choc né de l’effondrement d’une
importante compagnie aérienne, d’une puissante banque d’affaires et
de dépôts et, maintenant, du plus important complexe papetier
d’Afrique. Réflexe de rentiers sans doute, qui ignorent tout le
travail qui doit être fait pour monter de tels géants économiques et
pour offrir du travail à des milliers d’Algériens sans perspective.
Cela dit, il est
aussi vrai que les lois de la République doivent être appliquées et
que nul n’est au dessus de la loi. Des crédits sont des crédits et
leur remboursement doit se faire de façon à ne pas porter tort à
l’intérêt général, mais l’Algérie étant ce qu’elle est, peu
d’observateurs sérieux pourront considérer que mettre le couteau
sous la gorge d’un investisseur en pleine phase de développement est
un acte qui ne s’inscrit que dans le seul cadre de la bonne
gouvernance. D’autant que les ennuis actuels de Tonic sont
étrangement consécutifs à un changement de directeur général au
niveau de la BADR et que le nouveau P-DG tient pour nulles les
orientations imprimées par son prédécesseur en matière de crédit.
Les lois de la République, elles, n’ayant guère changé entretemps,
il faut se demander si le pouvoir d’interprétation des textes est à
ce point extensible qu’il peut faire apparaître une créance comme
parfaitement saine aux yeux d’un banquier et comme désastreuse aux
yeux d’un autre. Si c’est le cas, la porte de l’arbitraire reste
alors dangereusement ouverte pour toute opération bancaire qui
pourrait ne pas plaire aux responsables du moment, mettant ainsi en
péril le principe sacré de la continuité de l’Etat.
Reste maintenant
la question, épineuse entre toutes, de la facilité avec laquelle les
crédits ont pu être obtenus aussi bien par Khalifa d’ailleurs que
par tous les autres grands groupes économiques, Tonic compris. Mais
là, il faut chercher du côté des ententes secrètes scellées au
niveau de certains niveaux du pouvoir et qui ont consisté en des
ventes concomitantes mûrement réfléchies, permettant à de hauts et
puissants personnages de bénéficier de rentes indirectes en échange
de coups de pouce en faveur d’investisseurs sûrs, le tout sur fond
de choix économiques stratégiques. S’il est vrai que la question des
rentes indirectes pose un problème d’ordre moral et éventuellement
même pénal, il est aussi vrai qu’il est difficile d’imaginer une
sortie du système bureaucratique et rentier sans passer par un
certain nombre d’entorses à la loi. Le problème étant alors de
choisir entre deux maux lequel est le moindre.
A. M.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |