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La trame du mercredi
Les démocrates
en deuil d’El-Hachemi Cherif, un homme au service d’une idée simple
C’est le propre,
ou le mérite, et sûrement le privilège de certaines personnes de se
vouer entièrement à une idée en apparence simple, mais qui en
réalité est arrivée à maturité au terme d’un long processus. C’est
pourquoi d’ailleurs ce genre d’idées est rien moins que personnel.
Pourtant, elles choisissent toujours celle ou celui qui va les
porter, les assumer et les incarner mieux que tout autre, comme s’il
y avait entre elles et ce qu’on pourrait appeler leur vecteur de
prédilection un lien aussi invisible qu’indéfectible. Car – n’est-ce
pas ? – c’est la mer qui prend l’homme, ce n’est pas l’homme qui
prend la mer. Ainsi en est-il de celle qui affirme que sans rupture
d’avec le régime bureaucratique basé sur la rente et l’islamisme,
l’Algérie est condamnée à une marche à rebours de l’histoire se
faisant, à une mort plus ou moins foudroyante, à la désintégration.
L’homme de pensée et d’action qu’a toujours été El-Hachemi Chérif
s’est attaché des années durant à répéter opiniâtrement qu’aucun
compromis n’est possible entre les tenants d’une Algérie libre et
démocratique, où seule règne la loi adoptée par un peuple maître de
son destin, et les porteurs d’une idéologie négatrice des libertés
individuelles et publiques, qui, sous couvert de rétablir l’ordre
divin, n’auront de cesse d’asservir un peuple né libre et qui entend
le rester. A une époque marquée par le déchaînement de violence
intégriste, il fallait effectivement marteler une ou deux idées
simples, s’en tenir à elles fermement, quitte à passer pour un
modèle d’intransigeance, de rigidité, au risque d’affronter jusqu’à
l’incompréhension des siens. A aucun moment El-Hachemi Chérif n’a
cédé aux sirènes d’un compromis qu’il savait dans l’immédiat
impossible. Il vient de nous quitter au terme d’une maladie qui n’a
eu raison ni de sa lucidité ni de son courage ; il est parti certes,
pourtant dans son camp c’est “son idée” qui a le plus de chance de
l’emporter parmi toutes celles qui se posaient en rivales. Il
travaillait durement, lui, aux fondations, à l’édification du
soubassement devant porter l’Algérie nouvelle quand d’autres chefs
de file avaient hâte d’”assumer des responsabilités”, d’”être dans
le coup”, “d’agir dans le monde tel qu’il est et non tel qu’il
devrait être”, et ne réussissant ce faisant, en proie à leur
impatience, qu’à se laisser laminer par une réalité et des
adversaires qu’ils sont allés affronter sur leur propre terrain.
Au point de
l’histoire où El-Hachemi Chérif se situe, l’attitude juste à
observer pour le partisan d’une république moderne, c’est celle de
l’intransigeance au regard des valeurs, étant donné que le conflit
porte essentiellement sur la question des fondements. Avec les
islamistes et leurs alliés de tous bords, dont les conservateurs au
pouvoir, le différend est par nature violent puisqu’il porte sur les
valeurs devant régir la collectivité nationale. Quand le conflit met
aux prises les partisans des libertés et leurs ennemis, y a-t-il
place pour un compromis politique, sachant effectivement qu’il n’est
pas d’Etat qui ne repose sur des valeurs partagées par des factions
que tout sépare par ailleurs ?
A lui et à sa
génération d’assumer le refus définitif de choix qui auraient
inéluctablement détruit l’unité de la nation. Ni lui ni elle n’ont
démérité, puisque la nation algérienne reste debout dans la tempête
qui n’en finit pas. A la suivante de pousser cet avantage jusqu’à la
victoire finale contre les terroristes apatrides prêts à commettre
les pires horreurs sur leur peuple. En d’autres termes, à elle de
sortir de la tranchée, où la première assumait la résistance, pour
se lancer à la conquête du pouvoir. A elle donc de se mettre au
service quasi exclusif d’une autre grande idée toute simple.
M. Habili
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