|
Accueil.
Après la
disparition d’El-Hachemi Chérif
L’homme qui
veillait au grain
“Un homme au
service d’une idée simple”, “un républicain impénitent”,” l’un des
symboles de l’opposition”, “le dernier des mohicans”, “un patriote”,
“un démocrate”,”la sentinelle”, “un symbole du multipartisme”,
“Monsieur courage”… Il y a bien longtemps que la presse nationale
n’avait pas été aussi unanime s’agissant d’un Algérien. Un politique
de surcroît. Nous pensons bien sûr à El-Hachemi Chérif, secrétaire
général du MDS, décédé mardi dernier. Du Jour d’Algérie en passant
par La Tribune, El Khabar, La Nouvelle République, El Watan,
Liberté, El Djazair News et jusqu’au Soir d’Algérie, tous les
quotidiens ou presque ont tenu à lui rendre hommage. Et c’est le
moins qui était attendu. N’est-il pas parfois arrivé à cet homme,
rappelle à juste titre l’éditorialiste du Jour d’Algérie dans son
édition du jeudi 4 août, “d’être l’un des seuls à tenir tête à
l’adversité” ? Mieux encore, estime le rédacteur, le poids qu’on
prête à l’homme n’est point usurpé.
La sentinelle
Et pour cause,
est-il souligné, “son attitude de refus a d’ailleurs fini par
déteindre sur l’écrasante majorité d’un corps électoral dont moins
de 30% se rendent effectivement aux urnes”. Car, ajoute-t-il, “il ne
faut pas se voiler la face, la tendance à l’abstentionnisme des
Algériens s’est essentiellement nourrie des positions de principe
développées consciencieusement, pendant plus de quinze ans”. Dans un
autre écrit, publié dans son édition du 7 août, l’auteur rappelle
cette position de principe défendue par le défunt. Ainsi est-il
écrit : “L’homme de pensée et d’action qu’a toujours été El-Hachemi
Chérif s’est attaché des années durant à répéter opiniâtrement
qu’aucun compromis n’est possible entre les tenants d’une Algérie
libre et démocratique, où seule règne la loi adoptée par un peuple
maître de son destin, et les porteurs d’une idéologie négatrice des
libertés individuelles et publiques qui,sous couvert de rétablir
l’ordre divin, n’auront de cesse d’asservir un peuple né libre et
qui entend le rester.”
La Tribune du
mercredi 3 août rappelle que “quel que soit leur bord, ses amis et
ses ennemis ont toujours salué sa constance politique”. “El Hachemi
Chérif, est-il précisé, avait toujours revendiqué la double rupture
avec l’intégrisme islamique et le système rentier bureaucratique,
revendiqué l’égalité entre les femmes et les hommes, la
reconnaissance de l’amazighité comme langue et culture et un Etat
moderne de droit et de progrès.”
Pour sa part Al
Khabar estime qu’”avec la disparition de cet homme, l’Algérie perd
un autre provocateur politique qui appartient à une génération qu’il
est difficile de remplacer dans une époque qui ne permet pas
l’émergence de nouvelles élites culturelle, artistique ou politique
et ne reconnaît que celles de l’argent, de la violence et du
terrorisme”.
La Nouvelle
République, qui voit en El-Hachemi Chérif “le dernier des Mohicans”,
estime que “seule, en fait, la maladie a pu vaincre cet homme
résistant et le contraindre au silence, lui qui a toujours
affectionné les débats et animé les médias par ses interventions
toujours plus pertinentes et distinguées”.
Une perte irremplaçable
Le commentateur
ajoute qu’”il était pratiquement le dernier survivant de cette
gauche historique algérienne, après l’éclipse de toutes les
anciennes figures communistes, usées par le temps et dépassées par
les évènements”.
A l’instar des
autres commentateurs, celui de la Nouvelle République ne tarit pas
d’éloges : “Pétri des idées de l’humanisme et farouchement attaché
aux idéaux du progrès et de la laïcité, il a fait montre, durant
cette dernière décennie, d’une opiniâtreté rare dans la classe
politique.” Soulignant de son côté le parcours du défunt et “son
combat pour la justice”, Le Soir d’Algérie rappelle qu’”il a
toujours convié à cette lutte ceux qui, comme lui, sous d’autres
bannières politiques, croient en la démocratie et aux libertés
démocratiques”.
“Un humble parmi
les humbles.” C’est par cet autre qualificatif qu’El Watan a tenu à
rendre hommage à El-Hachemi Chérif. “Il a joué un rôle actif dans la
défense contre l’intégrisme en encourageant la population à se
constituer en groupes d’autodéfense, les fameux Patriotes qui ont
été d’un grand apport à la lutte contre le terrorisme”, est-il
rappelé. Le rédacteur poursuit en estimant que ce sont là “des
paroles que beaucoup n’oublieront pas de sitôt parce que prononcées
par un homme qui a toujours refusé le moindre privilège, qui n’a
même pas envisagé de faire valoir ses droits de moudjahid (…)”.
Et pourtant il
a échoué…
Liberté paru au
lendemain de l’annonce du décès souligne que “l’homme s’en est allé
après avoir mené une vie engagée presque entièrement dans la lutte
en faveur d’un ancrage avéré des valeurs démocratiques dans le
pays”. Le chroniqueur, lui rendant hommage, écrit : “Un peu comme
s’il n’avait plus rien à faire ici-bas en ces temps de compromis et
de reniements, El-Hachemi Chérif s’est éteint.” Car comme le
souligne l’éditorialiste de la Dépêche de Kabylie, “il est l’un des
rares hommes à mériter autant d’éloges funèbres que d’éloges de vie,
une vie qui a tenu à la fois du romantisme révolutionnaire et de
l’arrimage à l’information, qui à son tour ancre le militant dans le
quotidien avec ce qu’il charrie de beau et d’exécrable, de
réjouissant et d’insoutenable,d’onirique et de cauchemardesque”.
Pour le rédacteur, “l’Algérie progressiste doit se résoudre à vivre
et à se fabriquer un imaginaire sans Hadj Ali, Khadda, Alloula,
Kateb et, depuis hier, sans El-Hachemi Chérif”. Tâche difficile
puisque, selon lui, c’était “le dernier porteur d’idéal”. A telle
enseigne, souligne Al Fadjr, qu’”en dépit de sa maladie, il a
toujours tenu à suivre de près l’évolution de la scène politique”.
Pourtant, tient à rappeler l’éditorialiste d’El Djazair News,
“El-Hachemi Chérif a échoué là ou où ses adversaires islamistes ont
réussi”. Le quotidien arabophone El Youm estime que le défunt
“laissera un grand vide, notamment au sein de son parti”, et se
demande qui lui succèdera à la tête du MDS “au regard du poids”
qu’il avait.
Nadia Kerraz
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |