Semaine du  10 au 16 Août  2005

 

Après la disparition d’El-Hachemi Chérif

L’homme qui veillait au grain

 

 
 
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Après la disparition d’El-Hachemi Chérif

L’homme qui veillait au grain

“Un homme au service d’une idée simple”, “un républicain impénitent”,” l’un des symboles de l’opposition”, “le dernier des mohicans”, “un patriote”, “un démocrate”,”la sentinelle”, “un symbole du multipartisme”, “Monsieur courage”… Il y a bien longtemps que la presse nationale n’avait pas été aussi unanime s’agissant d’un Algérien. Un politique de surcroît. Nous pensons bien sûr à El-Hachemi Chérif, secrétaire général du MDS, décédé mardi dernier. Du Jour d’Algérie en passant par La Tribune, El Khabar, La Nouvelle République, El Watan, Liberté, El Djazair News et jusqu’au Soir d’Algérie, tous les quotidiens ou presque ont tenu à lui rendre hommage. Et c’est le moins qui était attendu. N’est-il pas parfois arrivé à cet homme, rappelle à juste titre l’éditorialiste du Jour d’Algérie dans son édition du jeudi 4 août, “d’être l’un des seuls à tenir tête à l’adversité” ? Mieux encore, estime le rédacteur, le poids qu’on prête à l’homme n’est point usurpé.

 

La sentinelle

Et pour cause, est-il souligné, “son attitude de refus a  d’ailleurs fini par déteindre sur l’écrasante majorité d’un corps électoral dont moins de 30% se rendent effectivement aux urnes”. Car, ajoute-t-il, “il ne faut pas se voiler la face, la tendance à l’abstentionnisme des Algériens s’est essentiellement nourrie des positions de principe développées consciencieusement, pendant plus de quinze ans”. Dans un autre écrit, publié dans son édition du 7 août, l’auteur rappelle cette position de principe défendue par le défunt. Ainsi est-il écrit : “L’homme de pensée et d’action qu’a toujours été El-Hachemi Chérif s’est attaché des années durant à répéter opiniâtrement qu’aucun compromis n’est possible entre les tenants d’une Algérie libre et démocratique, où seule règne la loi adoptée par un peuple maître de son destin, et les porteurs d’une idéologie négatrice des libertés individuelles et publiques qui,sous couvert de rétablir l’ordre divin, n’auront de cesse d’asservir un peuple né libre et qui entend le rester.”

La Tribune du mercredi 3 août rappelle que “quel que soit leur bord, ses amis et ses ennemis ont toujours salué sa constance politique”. “El Hachemi Chérif, est-il précisé, avait toujours revendiqué la double rupture avec l’intégrisme islamique et le système rentier bureaucratique, revendiqué l’égalité entre les femmes et les hommes, la reconnaissance de l’amazighité comme langue et culture et un Etat moderne de droit et de progrès.”

Pour sa part Al Khabar estime qu’”avec la disparition de cet homme, l’Algérie perd un autre provocateur politique qui appartient à une génération qu’il est difficile de remplacer dans une époque qui ne permet pas l’émergence de nouvelles élites culturelle, artistique ou politique et ne reconnaît que celles de l’argent, de la violence et du terrorisme”.

La Nouvelle République, qui voit en El-Hachemi Chérif “le dernier des Mohicans”, estime que “seule, en fait, la maladie a pu vaincre cet homme résistant et le contraindre au silence, lui qui a toujours affectionné les débats et animé les médias par ses interventions toujours plus pertinentes et distinguées”.

 

Une perte irremplaçable

Le commentateur ajoute qu’”il était pratiquement le dernier survivant de cette gauche historique algérienne, après l’éclipse de toutes les anciennes figures communistes, usées par le temps et dépassées par les évènements”.

A l’instar des autres commentateurs, celui de la Nouvelle République ne tarit pas d’éloges : “Pétri des idées de l’humanisme et farouchement attaché aux idéaux du progrès et de la laïcité, il a fait montre, durant cette dernière décennie, d’une opiniâtreté rare dans la classe politique.”  Soulignant de son côté le parcours du défunt et “son combat pour la justice”, Le Soir d’Algérie rappelle qu’”il a toujours convié à cette lutte ceux qui, comme lui, sous d’autres bannières politiques, croient en la démocratie et aux libertés démocratiques”.

“Un humble parmi les humbles.” C’est par cet autre qualificatif qu’El Watan a tenu à rendre hommage à El-Hachemi Chérif. “Il a joué un rôle actif dans la défense contre l’intégrisme en encourageant la population à se constituer en groupes d’autodéfense, les fameux Patriotes qui ont été d’un grand apport à la lutte contre le terrorisme”, est-il rappelé. Le rédacteur poursuit en estimant que ce sont là “des paroles que beaucoup n’oublieront pas de sitôt parce que prononcées par un homme qui a toujours refusé le moindre privilège, qui n’a même pas envisagé de faire valoir ses droits de moudjahid (…)”.

 

Et pourtant il a échoué…

Liberté paru au lendemain de l’annonce du décès souligne que “l’homme s’en est allé après avoir mené une vie engagée presque entièrement dans la lutte en faveur d’un ancrage avéré des valeurs démocratiques dans le pays”. Le chroniqueur, lui rendant hommage, écrit : “Un peu comme s’il n’avait plus rien à faire ici-bas en ces temps de compromis et de reniements, El-Hachemi Chérif s’est éteint.” Car comme le souligne l’éditorialiste de la Dépêche de Kabylie, “il est l’un des rares hommes à mériter autant d’éloges funèbres que d’éloges de vie, une vie qui a tenu à la fois du romantisme révolutionnaire et de l’arrimage à l’information, qui à son tour ancre le militant dans le quotidien avec ce qu’il charrie de beau et d’exécrable, de réjouissant et d’insoutenable,d’onirique et de cauchemardesque”. Pour le rédacteur, “l’Algérie progressiste doit se résoudre à vivre et à se fabriquer un imaginaire sans Hadj Ali, Khadda, Alloula, Kateb et, depuis hier, sans El-Hachemi Chérif”. Tâche difficile puisque, selon lui, c’était “le dernier porteur d’idéal”. A telle enseigne, souligne Al Fadjr, qu’”en dépit de sa maladie, il a toujours tenu à suivre de près l’évolution de la scène politique”. Pourtant, tient à rappeler l’éditorialiste d’El Djazair News, “El-Hachemi Chérif a échoué là ou où ses adversaires islamistes ont réussi”. Le quotidien arabophone El Youm estime que le défunt “laissera un grand vide, notamment au sein de son parti”, et se demande qui lui succèdera à la tête du MDS “au regard du poids” qu’il avait.

Nadia Kerraz

 

 

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