Semaine du  10 au 16 mai 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

La paix armée

 

 
 
 Editorial

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Après ce 8 mai 2006, Paris sera bien obligée de se rendre à l’évidence, et de dire adieu  à ses dernières illusions s’agissant du Traité d’amitié avec Alger. La signature qui aurait dû intervenir avant la fin de l’année dernière est désormais plus qu’hypothétique. En fait, bien malin est celui aujourd’hui qui oserait s’avancer à fixer une échéance. L’allocution de Abdelaziz Bouteflika lue par son ministre des Moudjahidine à l’occasion de la commémoration des massacres du 8  mai 1945 a sonné le glas du dernier espoir entretenu vaille que vaille par Jacques Chirac et que Douste-Blazy a voulu raviver lors de sa visite effectuée au début du mois d’avril dernier. Et pour cause cette allocution adressée aux participants aux festivités commémoratives organisées à Guelma est une  sentence sans appel.  Pas de traité sans le pardon officiel de la France a rappelé  une nouvelle fois, le président de la République en direction de ceux qui de l’autre côté de la méditerranée ont feint l’autisme dès qu’il s’est agit d’écouter la demande récurrente formulée par  Alger. Ce refus, quand bien même il n’a jamais été officiellement signifié, est néanmoins pris en compte par Alger. «Chacun est maître chez soi » est-il rappelé à juste titre. De cette latitude  faire ce que l’on veut sous son propre toit,  Président Bouteflika n’en disconvient pas. Mieux,  précisera-t-il, il n’est aucunement dans l’intention d’Alger «d’exercer quelque pression» pour, obtenir ce qui est de l’avis des Algériens le minimum, voire un droit élémentaire, en l’occurrence des « excuses publiques et solennelles» pour le génocide commis à l’encontre du peuple algérien par  la France coloniale.  Que Paris refuse aujourd’hui  d’assumer son passé n’enlève, cependant ,  en rien à la gravité du fait historique qui lui ne peut être travesti. Mais cet entêtement constituera à jamais l’obstacle sur lequel viendront se briser toutes les initiatives que l’on prendra pour donner aux  relations algéro-françaises cette dimension que l’on veut  particulière, et que l’établissement de ce partenariat exceptionnel contenu  dans traité d’amitié- mort-né-  aurait consolidé conformément aux vœux des deux parties. Et si Alger continuera à parler business et faire des affaires avec Paris, preuve en est,  Abdelaziz Bouteflika affirmera qu’« il n’y a pas de nuage dans le ciel d’Algérie France », il reste tout aussi vrai que cet avenir auquel les deux Présidents algériens et français comptaient emmener les deux pays n’est plus commun. Chacun, est-il désormais convenu, agira en fonction de ses intérêts supérieurs. Il aurait été du reste naïf de persister dans la croyance  d’une amitié exceptionnelle lorsque le sang a coulé. «Nous ne voulons pas tomber dans le piège d’une amitié qui s’alimente de la chair de l’être humain » a expliqué Abdelaziz Bouteflika. Mais cette  nouvelle situation est loin d’être en défaveur d’Alger. En effet, l’avantage  lorsque l’on  est lié par une relation d’affaires est que l’on est libre de ses faits et  gestes. C’est une relation où les sentiments n’interfèrent pas. Ou si peu,  car elle  est régulée par la loi de l’offre et de la demande. Du reste le choix qui est fait par Bouteflika de  diversifier les partenaires étrangers relève justement de cette prise de conscience. Sans  ce boulet aux  pieds qu’auraient constitué le passé commun et les liens affectifs nés d’une présence coloniale de plus de 130 ans,  l’Algérie est libre de négocier ses contrats sans qu’elle ne soit tenue de faire la moindre concession. D’autant qu’aujourd’hui, toutes les  capitales du monde savent qu’elle n’est redevable à aucune chancellerie. Elle a été seule dans sa lutte contre le terrorisme. Elle a été tout aussi seule lorsque il a fallu relancer la machine économique du  pays. Ses ressources financières ne sont plus assurées par des crédits contractés auprès d’institutions financières internationales. Ils  proviennent de la vente de sa ressource naturelle, le pétrole.

 C’est dire qu’en ce mois de mai 2006, l’Algérie est un pays qui est à l’aise avec son environnement extérieur. Dès lors pourquoi son Président se priverait-il d’exiger tout haut  ce que les populations de l’est du pays n’ont jamais eu de cesse de revendiquer. A savoir une reconnaissance officielle par l’ancien pays colonisateur de ce qu’ils ont enduré. Le seul reproche qui pourrait être fait a trait au retard enregistré dans la formulation de cette demande. En effet, «qui ne dit mot consent» affirme le proverbe. Pourtant, l’on ne peut accuser l’Algérie officielle d’avoir volontairement minimisé le crime commis à l’encontre de la population algérienne en ne le qualifiant pas dès le recouvrement de sa souveraineté de génocide. La conjoncture qui a prévalu  jusqu’à  ces deux dernières années  et les forces en présence à des niveaux élevés de la prise de décision à Alger peut expliquer cette gêne à affronter frontalement Paris sur un sujet aussi sensible que celui de notre histoire commune. Les changements intervenus ont délié les langues et ont libéré les initiatives. Sans animosité aucune à l’encontre de la France, avec la  sérénité qui sied à tout dirigeant d’un pays qui se sait dans son droit  le plus « élémentaire», Abdelaziz Bouteflika se charge de rappeler à Paris  ce qui est attendu. Dès lors il ne faut pas s’étonner si une nouvelle campagne anti-algérienne voit le jour en France. 

A. M.

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