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Après ce 8 mai
2006, Paris sera bien obligée de se rendre à l’évidence, et de dire
adieu à ses dernières illusions s’agissant du Traité d’amitié avec
Alger. La signature qui aurait dû intervenir avant la fin de l’année
dernière est désormais plus qu’hypothétique. En fait, bien malin est
celui aujourd’hui qui oserait s’avancer à fixer une échéance.
L’allocution de Abdelaziz Bouteflika lue par son ministre des
Moudjahidine à l’occasion de la commémoration des massacres du 8
mai 1945 a sonné le glas du dernier espoir entretenu vaille que
vaille par Jacques Chirac et que Douste-Blazy a voulu raviver lors
de sa visite effectuée au début du mois d’avril dernier. Et pour
cause cette allocution adressée aux participants aux festivités
commémoratives organisées à Guelma est une sentence sans appel.
Pas de traité sans le pardon officiel de la France a rappelé une
nouvelle fois, le président de la République en direction de ceux
qui de l’autre côté de la méditerranée ont feint l’autisme dès qu’il
s’est agit d’écouter la demande récurrente formulée par Alger. Ce
refus, quand bien même il n’a jamais été officiellement signifié,
est néanmoins pris en compte par Alger. «Chacun est maître chez
soi » est-il rappelé à juste titre. De cette latitude faire ce que
l’on veut sous son propre toit, Président Bouteflika n’en
disconvient pas. Mieux, précisera-t-il, il n’est aucunement dans
l’intention d’Alger «d’exercer quelque pression» pour, obtenir ce
qui est de l’avis des Algériens le minimum, voire un droit
élémentaire, en l’occurrence des « excuses publiques et solennelles»
pour le génocide commis à l’encontre du peuple algérien par la
France coloniale. Que Paris refuse aujourd’hui d’assumer son passé
n’enlève, cependant , en rien à la gravité du fait historique qui
lui ne peut être travesti. Mais cet entêtement constituera à jamais
l’obstacle sur lequel viendront se briser toutes les initiatives que
l’on prendra pour donner aux relations algéro-françaises cette
dimension que l’on veut particulière, et que l’établissement de ce
partenariat exceptionnel contenu dans traité d’amitié- mort-né-
aurait consolidé conformément aux vœux des deux parties. Et si Alger
continuera à parler business et faire des affaires avec Paris,
preuve en est, Abdelaziz Bouteflika affirmera qu’« il n’y a pas de
nuage dans le ciel d’Algérie France », il reste tout aussi vrai que
cet avenir auquel les deux Présidents algériens et français
comptaient emmener les deux pays n’est plus commun. Chacun, est-il
désormais convenu, agira en fonction de ses intérêts supérieurs. Il
aurait été du reste naïf de persister dans la croyance d’une amitié
exceptionnelle lorsque le sang a coulé. «Nous ne voulons pas tomber
dans le piège d’une amitié qui s’alimente de la chair de l’être
humain » a expliqué Abdelaziz Bouteflika. Mais cette nouvelle
situation est loin d’être en défaveur d’Alger. En effet, l’avantage
lorsque l’on est lié par une relation d’affaires est que l’on est
libre de ses faits et gestes. C’est une relation où les sentiments
n’interfèrent pas. Ou si peu, car elle est régulée par la loi de
l’offre et de la demande. Du reste le choix qui est fait par
Bouteflika de diversifier les partenaires étrangers relève
justement de cette prise de conscience. Sans ce boulet aux pieds
qu’auraient constitué le passé commun et les liens affectifs nés
d’une présence coloniale de plus de 130 ans, l’Algérie est libre de
négocier ses contrats sans qu’elle ne soit tenue de faire la moindre
concession. D’autant qu’aujourd’hui, toutes les capitales du monde
savent qu’elle n’est redevable à aucune chancellerie. Elle a été
seule dans sa lutte contre le terrorisme. Elle a été tout aussi
seule lorsque il a fallu relancer la machine économique du pays.
Ses ressources financières ne sont plus assurées par des crédits
contractés auprès d’institutions financières internationales. Ils
proviennent de la vente de sa ressource naturelle, le pétrole.
C’est dire qu’en
ce mois de mai 2006, l’Algérie est un pays qui est à l’aise avec son
environnement extérieur. Dès lors pourquoi son Président se
priverait-il d’exiger tout haut ce que les populations de l’est du
pays n’ont jamais eu de cesse de revendiquer. A savoir une
reconnaissance officielle par l’ancien pays colonisateur de ce
qu’ils ont enduré. Le seul reproche qui pourrait être fait a trait
au retard enregistré dans la formulation de cette demande. En effet,
«qui ne dit mot consent» affirme le proverbe. Pourtant, l’on ne peut
accuser l’Algérie officielle d’avoir volontairement minimisé le
crime commis à l’encontre de la population algérienne en ne le
qualifiant pas dès le recouvrement de sa souveraineté de génocide.
La conjoncture qui a prévalu jusqu’à ces deux dernières années et
les forces en présence à des niveaux élevés de la prise de décision
à Alger peut expliquer cette gêne à affronter frontalement Paris sur
un sujet aussi sensible que celui de notre histoire commune. Les
changements intervenus ont délié les langues et ont libéré les
initiatives. Sans animosité aucune à l’encontre de la France, avec
la sérénité qui sied à tout dirigeant d’un pays qui se sait dans
son droit le plus « élémentaire», Abdelaziz Bouteflika se charge de
rappeler à Paris ce qui est attendu. Dès lors il ne faut pas
s’étonner si une nouvelle campagne anti-algérienne voit le jour en
France.
A. M.
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