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La Constitution sud-africaine a dix ans
Il y a dix ans,
l’Afrique du Sud adoptait sa nouvelle Constitution, texte de
«renaissance», selon les terme de Nelson Mandela, qui tournait
définitivement la page du régime ségrégationniste de l’apartheid mis
en place un demi-siècle plus tôt.
«Que plus jamais
les lois ne séparent notre peuple et ne légalisent la répression et
l’oppression», lançait le père de la nouvelle Afrique du Sud le jour
de son adoption, en mai 1996, par l’Assemblée constituante au Cap.
La pierre
angulaire de ce texte est la Charte des droits de l’Homme, qui
interdit explicitement toute discrimination fondée sur «la race, le
sexe, l’orientation sexuelle, le statut marital, le fait d’être
enceinte, l’origine sociale et ethnique, la couleur de la peau,
l’âge, le handicap, la conscience, la croyance, la religion, la
culture, le langage et la naissance».
La nouvelle loi
fondamentale, résolument en faveur des libertés, mettait en place
les principales institutions du pays, désormais doté de 11 langues
officielles. Elle reconnaissait le droit à l’avortement et
confirmait l’abolition de la peine de mort. Une Constitution
intérimaire élaborée à partir de 1991 avait permis la tenue des
premières élections démocratiques de 1994, qui allaient porter
Nelson Mandela à la tête de l’Etat.
Après deux années
d’âpres négociations (1994-1996), les jours précédant l’adoption de
la nouvelle Constitution furent marqués par une série de blocages et
de menaces de rupture, un référendum ayant même été un temps
envisagé pour tenter de sortir de l’impasse.
Roelf Meyer, 58
ans, principal négociateur du Parti National (NP), le parti de
l’apartheid, a été avec Cyril Ramaphosa, pour le Congrès national
africain (ANC) l’un des artisans-clés de l’élaboration et du vote de
ce texte fondateur.
«Il a fallu
beaucoup de force de persuasion des deux côtés pour obtenir des
compromis de dernière minute», raconte-t-il. «Nous avions connu un
demi-siècle d’apartheid institutionnalisé mais cela faisait 300 ans
que l’Afrique du Sud était un pays complètement divisé. L’avènement
de la démocratie était par conséquent pour toutes les personnes
impliquées dans la rédaction de la constitution un puissant moteur»,
explique-t-il dix ans après.
Au-delà de ce
contexte historique, il se souvient aussi d’une volonté assumée
d’étudier différents modèles constitutionnels. «Nous étions prêts à
écouter les conseils venus de l’extérieur», rapporte-t-il, évoquant
des missions en Australie, en Allemagne, au Canada.
Pour Pius Langa,
président de la Cour constitutionnelle, le texte a été à la hauteur
des espérances placées en lui. «Ce que les gens attendaient de cette
nouvelle constitution est qu’elle marque le début d’une période de
paix, le début d’une ère où tous les citoyens seraient partie
prenante dans le développement de l’Afrique du Sud.» «Pour une large
part, cela s’est produit. C’est un processus, il est toujours en
cours», a-t-il précisé.
Le décalage entre
les principes affichés dans ce texte, souvent érigé en modèle, et la
réalité d’un pays où 2,4 millions d’habitants survivent dans «des
logements informels» et où les inégalités sociales sont parmi les
plus marquées au monde, ne le rend-il pas chimérique ?
«L’objectif d’une
Constitution n’est pas de fixer une norme pour la vie de tous les
jours mais plutôt de donner un idéal. Cela a été notre approche dès
le départ», rétorque Roelf Meyer, conscient que «le rêve
sud-africain» est loin d’être atteint.
Une femme à la
tête du pays en 2009 ?
Le président
sud-africain Thabo Mbeki a clairement indiqué, dernièrement, qu'il
souhaitait qu'une femme lui succède à la tête du pays à l'issue de
son deuxième mandat, en 2009. «Je peux vous assurer qu'il n'y a pas
un seul homme dans le gouvernement, y compris le Président, qui
travaille aussi dur et aussi bien que les femmes qui y figurent.»
Vice-président de
Nelson Mandela à partir de 1994, Thabo Mbeki a été élu à la tête du
pays en 1999, puis réélu en 2004 pour un deuxième mandat de cinq
ans, son dernier aux termes de la Constitution.
Il a répété à de
nombreuses reprises qu'il n'avait aucunement l'intention de tenter
de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat.
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Un accord de paix
bancal pour le Darfour
Le gouvernement et
une faction du plus important groupe rebelle soudanais, l'Armée de
libération du Soudan (ALS), ont convenu des termes d'un accord de
paix pour le Darfour dont la viabilité dépendra de l'adhésion de
deux autres entités rebelles encore réfractaires. Khartoum et la
branche de l'ALS dirigée par Minni Arcua Minnawi ont dit accepter
les termes de l'accord, non sans quelques réserves, afin de mettre
un terme à trois années de combats et de souffrances au Darfour,
région aride de l'ouest du pays. «J'accepte le document avec
certaines réserves concernant le partage du pouvoir», a déclaré
Minnawi au président nigérian Olusegun Obasanjo, au secrétaire
d'Etat américain adjoint Robert Zoellick et à des diplomates réunis
à Abuja. Selon un porte-parole de la faction de Minnawi, la
principale objection porte sur l'insuffisante représentation du
groupe au parlement. L'ALS comprend deux factions, mais selon des
observateurs, Minnawi a le soutien d'un plus grand nombre de
combattants du mouvement que son homologue Abdelwahed Mohammed al
Nour. La faction de Nour et un autre groupe rebelle, le Mouvement
pour l'égalité et la justice (MEJ), ont rejeté l'accord.
Le texte approuvé
par la faction de Minnawi est une version amendée du projet de
document présenté par l'Union africaine (UA) à l'issue de deux
années de négociations. Le texte a été retouché pour y rallier les
rebelles. Les dispositions visant l'incorporation des combattants
rebelles dans les forces armées soudanaises sont renforcées et la
nécessité pour le Soudan de désarmer les milices arabes «Djandjaouid»
est réaffirmée. La délégation gouvernementale, qui avait entériné le
texte initial de l'UA, a fait savoir qu'elle acceptait ces
modifications.
«Notre priorité
est la paix et l'amélioration de la situation humanitaire au
Darfour», a déclaré Majzoub al-Khalifa, chef de la délégation de
négociateurs gouvernementaux.
Selon Sam Ibok,
chef de l'équipe de médiateurs de l'UA, Khartoum se méfie toutefois
de l'intégration des rebelles dans l'armée régulière. Des
représentants du gouvernement ont jugé trop élevé le nombre de
rebelles devant être incorporés.
Embrassades et
applaudissements ont salué l'accord partiel conclu le 5 mai à Abuja,
et tous semblaient soulagés à l'issue d'intenses tractations. Le
négociateur en chef de l'UA, Salim Ahmed Salim, a reconnu qu'il
aurait préféré voir toutes les factions rebelles signer l'accord,
tout en évoquant «un grand jour pour la population du Darfour». «Il
faut être réaliste, l'accord entre le gouvernement et Minnawi, de l'ALS,
est un développement majeur. S'ils collaborent, ils peuvent faire
une contribution importante au rétablissement de la paix et de la
normalité au Darfour», a précisé M. Salim.
M. Ibok a tenu à
préciser que si les parties non signataires de l'accord faisaient
quoi que ce soit pour entraver sa mise en œuvre, elles
s'exposeraient à «une réaction forte de l'UA et du Conseil de
sécurité de l'ONU».
Ahmed Tugod,
principal négociateur du MEJ, a expliqué que son mouvement réclamait
des changements fondamentaux au projet d'accord, ce dernier devant
prévoir la création d'un gouvernement régional du Darfour, un poste
de vice-président du Soudan, une meilleure représentation dans les
institutions nationales, des indemnisations des victimes du conflit
et l'allocation de 6,5% du produit national brut à un fonds de
développement du Darfour. Des négociateurs de l'UA ont indiqué
qu'ils tenteraient de ramener Nour, de la faction encore réfractaire
de l'ALS, à la table des discussions.
Les rebelles ont
pris les armes en 2003 au Darfour en accusant le gouvernement
central à dominante arabo-musulmane de délaisser cette immense
région ethniquement mixte. Khartoum a mobilisé des milices pour
écraser l'insurrection. Le conflit a fait des dizaines de milliers
de morts et plus de deux millions de réfugiés.
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