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Pragmatisme économique
Finie la chasse
gardée ?
La semaine écoulée
a été riche en enseignements. La conception selon laquelle l’Algérie
ne doit regarder que vers l’Europe, en particulier vers la France,
pour développer ses relations économiques et attirer des
investissements, s’effrite de plus en plus. La délégation des
Emirats arabes unis vient de donner l’exemple. Entre les cinq
accords de coopération signés mercredi avec ce pays et le «vrai
désir de travailler ensemble» sous forme de «promesses» de la part
du MEDEF français, il n’y a pas photo. La réalité nous montre qu’il
est peut-être temps que l’Algérie en finisse une fois pour toutes
avec les idées reçues concernant de prétendues «relations
économiques privilégiées» avec certains pays en négligeant le reste
de la planète.
L’actualité
économique aussi bien que l’histoire récente des Investissements
directs étrangers (IDE) hors hydrocarbures en Algérie confirme cette
nécessité de changement d’attitude des élites gouvernantes, médias
et autres faiseurs d’opinions.
Quelques rappels
nécessaires. Nous sommes en juillet 2001. Orascom vient d’acquérir
la deuxième licence de téléphonie mobile. La compagnie égyptienne a
décroché cette licence loin devant le Français Orange Telecom et
l’Espagnol Telefonica (qui a finalement jeté l’éponge) en offrant
737 millions de dollars contre 422 millions proposés par le
concurrent français. La transparence de l’appel d’offres avait même
fait l’objet d’éloges de la part de la Banque mondiale. Mais chez
nous, des voix s’étaient élevées pour discréditer l’opération.
D’abord en tentant de jeter le doute sur sa transparence, ensuite en
essayant de dénigrer l’opérateur gagnant dont le seul tort était
d’être Arabe !
Des «spécialistes»
se succédaient dans les colonnes de quelques titres de la presse
écrite privée présentant les dirigeants d’Orascom comme des
arnaqueurs. «Orascom aura du mal à payer la première tranche de ses
737 millions de dollars et bientôt, sa fragilité financière, ses
lacunes techniques et ses investissements aussi douteux que ratés
dans d'autres pays alimenteront articles de presse et commentaires»,
écrivait une consœur dans un quotidien national devenu vite — avant
de disparaître de la scène médiatique — client de la publicité d’Orascom
Telecom Algérie (OTA).
On laissait
également entendre qu’Orascom n’avait pas les capacités
technologiques pour répondre aux exigences du cahier des charges.
Comme si les concurrents de l’Egyptien étaient eux-mêmes fabricants
de la technologie nécessaire à un réseau GSM. Les «spécialistes»
feignaient d’oublier que la plupart des opérateurs de téléphonie
mobile ne sont pas des détenteurs de technologies mais juste des
clients de grands constructeurs. D’ailleurs, ces derniers ne
s’aventurent jamais à se lancer dans les services de téléphonie
mobile, ils se contentent de vendre des équipements à des opérateurs
qui veulent lancer les services de téléphonie mobile.
Le flagrant parti
pris des détracteurs d’OTA montre à quel point, au sein de
l’administration algérienne, il existe des «poches de résistance»
contre tout changement en faveur d’une réelle ouverture économique
du pays et non pas le maintien sous tutelle d’une puissance
occidentale. Sinon, comment expliquer le tapage médiatique contre
l’opérateur égyptien alors qu’il avait proposé 315 millions de
dollars de plus que le concurrent français ?
Bref, le
feuilleton Orascom a été entretenu par quelques titres de la presse
écrite pendant près d’une année. Les vocables utilisés dans certains
articles étaient à la limite du racisme. Ces «Bédouins» venus
investir un terrain voulu comme une chasse gardée de quelques pays
occidentaux (la France en particulier), dérangent énormément.
Les choses ont
quand même commencé à se calmer pour des raisons publicitaires. La
leçon a été apprise. La venue d’un troisième opérateur arabe dans la
téléphonie mobile (Wataniya) n’a suscité aucune animosité.
Pourtant, en
attendant d’hypothétiques investissements français en Algérie, les
investissements arabes ne se sont pas fait attendre. Selon les
chiffres de l’Agence nationale de développement de l’investissement
(ANDI), entre 1997 et 2004, plus de 200 projets d’investissement,
totalisant 300 milliards de dinars (environ 3 milliards de dollars)
provenaient d’investisseurs arabes. Outre la télécommunication
mobile à qui reviennent les deux tiers du montant, plusieurs autres
secteurs d’activités sont concernés par ces investissements arabes
en Algérie. Il s’agit des services bancaires, de l’industrie du
ciment, de la pharmacie et de la promotion immobilière. Cependant,
les investissements arabes n’ont pas été suffisamment mis en valeur.
Imaginez un seul instant la quantité des articles de presse
favorables qu’aurait suscité l’investissement de plusieurs dizaines
de millions de dollars qu’une entreprise occidentale aurait consenti
pour la construction d’une usine de ciment en Algérie. Et bien,
l’investissement réalisé par Orascom dans l’usine de ciment Algerian
Cement Company (ACC) à M’sila, n’a pas bénéficié de la médiatisation
qu’il fallait. D’ailleurs, Natheem Sabbah, président de Sabbah
Invest Services, a eu raison de préciser, lors de la conférence de
presse animée par le président du FCE, Omar Ramdane annonçant la
tenue du 10e congrès des hommes d’affaires arabes à Alger
en novembre prochain, que «les investisseurs arabes n’ont pas
attendu l’amélioration de la situation sécuritaire pour venir en
Algérie». «Les premiers investissements datent de 1996», avait-il
ajouté.
Il ne s’agit bien
évidemment pas de plaider pour une orientation vers les hommes
d’affaires arabes, mais de dire que l’Algérie a beaucoup perdu en ne
regardant que vers l’Europe. «Nous avons dans le passé regardé
uniquement vers l’Europe. Il est temps de voir vers les pays arabes
afin d’attirer le maximum d’investissements, d’autant que nous avons
de quoi valoriser l’Algérie avec la réussite des investissements
arabes déjà réalisés en Algérie dans les secteurs de la téléphonie,
de l’industrie et des services», avait déclaré Omar Ramdane en
entamant le point de presse.
A en croire le
quotidien El Khabar (édition du 6 mai 2006), «l’Algérie a perdu 20
milliards de dollars d’investissements arabes à cause de la
bureaucratie». Selon la source de la rédactrice de l’article, le
président de la République aurait même décidé de prendre en charge
personnellement le dossier des investissements arabes pour qui
l’Algérie est difficilement accessible à cause de la «bureaucratie».
Une bureaucratie
qui empêche le pays de drainer plusieurs milliards de dollars
d’investissements directs est tout aussi criminelle que le
terrorisme qui a sévi durant la décennie rouge. Elle mérite qu’on
sévisse contre elle avec la plus grande fermeté. Il est indigne pour
un pays de laisser filer des investissements de plusieurs dizaines
de millions de dollars pour des faux problèmes de foncier
industriel. Il est tout aussi incompréhensible, pour un pays qui
prétend vouloir attirer le maximum d’investissements, de continuer à
produire une information économique destinée à des opérateurs
étrangers uniquement en langue française. Cette préférence serait
compréhensible si les investisseurs français se bousculaient au
portillon ; il n’en est malheureusement rien. Cette question de la
langue a, d’ailleurs, été franchement abordée par les rédacteurs du
rapport Emerging Algeria 2006 édité récemment par l’Oxford Business
Group qui considère qu’une plus grande ouverture de l’Algérie passe
inévitablement par l’usage de l’anglais comme langue de
communication économique.
Il reste à espérer
que le pragmatisme économique l’emportera sur la pratique de la
chasse gardée que des bureaucrates algériens semblent entretenir
contre tout bon sens. Il y a assez de place et d’opportunités
d’investissement en Algérie pour des milliers d’opérateurs de toutes
nationalités.
Abdelkader
Djalil
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